Bibliographie et Iconographie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne  

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{{Template}} Bibliographie et Iconographie de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne[1][2] (1875) is a book on Restif edited by Paul Lacroix and published by Auguste Fontaine.

Full text

BIBLIOGRAPHIE ET ICONOGRAPHIE

DE TOUS LIS 0UVRAGB8


DB


RESTIF DE LA BRETONNE


Cinq cents exemplaù*es en papier de Hollande.




PARU. — TTP. O. CHAMBROT, RUB 'OK^ 8AIim-PJUU», 19.


BIBllOORAFEm ET ICONOGRAPHIE

DB TOUS LEB OUVRAOBS Dl

RESTIF DE LA BRETONNE


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FÀB Kin un cuBitau pturimpi


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AUGUSTE FONTAINE, LIBRAIRE W. M n IT, P1M4QI en pimoumUi it <tAi.»mt db u aouan, 1 ar 10


PRÉFACE


A la fin de Tannée dernière, M. Auguste Fontaine, qui faisait imprimer un nouveau Catalogue de sa Librairie, dans lequel devait figurer une collection presque complète des ouvrages de Restif de la Bretonne, eut Tidée d*y ajouter quelques extraits de la Bibliographie spéciale que je pu- blie aujourd'hui; il me pria, aussi, de lui laisser copier un paragraphe de la préface que j'avais déjà écrite pour mon ouvrage, et ce paragraphe fut placé, dans son Cata- logue, comme un avant-propos, en tête de la description des œuvres de Restif.

On nous permettra de reproduire ce paragraphe, qui ré* pond sommairement à bien des questions, à bien des criti- ques, et qui fut approuvé par tous les vrais amis des livres. Ce n*est pas une apologie aveugle et exagérée du singulier auteur, qui a été simultanément trop admiré et trop dé- daigné, trop critiqué et trop loué; c'est plutôt une sorte de réhabilitation de ses ouvrages, qui sont la plupart peu connus et qui, en devenant rares et chers, n*ont pas en- core été appréciés à leur valeur.

« Il faut être bien prévenu ou bien ignorant, disions- nous dans cette préface, pour vouloir confondre les ou- vrages de Restif de la Bretonne avec ce qu'on appelle, à juste titre, de mauvais livres, avec ces ouvrages dangereux


ij PRÉFACE.

qui ne tendent qu*à éveiller les passions et à échauffer les sens. La Magistrature, qui a toujou^ confié à des hommes intelligents et éclairés la surveillance des excès de la Presse, n*a jamais poursuivi, n*a jamais condamné les livres de Restif . Il n*y a que les Posthumes, ou Lettres du Tombeau, qui aient été momentanément arrêtées, à Tépoque de leur publication, en 1802; mais le ministère public les rendit plus tard à la famille de l'auteur, sans donner suite à la saisie. Vers 1824, par mesure de simple police, les propriétaires de cabinets de lecture furent invités à effacer, sur leurs catalogues, quelques-uns des livres de Restif de la Bretonne. Ces livres, en effet, ne convenaient guère aux cabinets de lecture, qui ont, pour clientèle ordinaire, des femmes, des jeunes filles et même des en- fants.

(c Les livres de Restif étaient dès lors assez rares ; ils le sont devenus davantage depuis, et ils le deviendront de plus en plus, parce qu'ils sont maintenant recherchés par les grands amateurs de curiosités bibliographiques. Ces livres, en effet, contiennent les matériaux et les documents les plus intéressants pour Thistoire des mœurs du temps. Les paysans, les ouvriers et le peuple n'ont jamais eu de peintre plus fidèle et plus sympathique que Restif de la Bretonne. Ses ouvrages, où se reflètent, comme dans un miroir à facettes, les divers aspects de la société fran- çaise, depuis 1760 jusqu'en 1805, resteront de précieux monuments du Costume moral, pour le dix-huitième siècle, comme les écrits de Pétrone et d'Apulée pour l'antiquité romaine. »

Nous insisterons sur ce point : les ouvrages de Restif, publiés la plupart sous la garantie de l'examen des cen- seurs royaux, n'ont jamais été poursuivis, à l'exception des Posthumes, ni jamais condamnés par les tribunaux, attendu qu'ils n'ont pas été réimprimés une seule fois, depuis les premières éditions qui remontent à trois quarts


PRiFAGE. iij

de siècle ^ Nous ne pouvons préToir ce qui arriverait, si Ton venait à les réimprimer, non pas pour la foule, en éditions communes à bas prix, mais à petit nombre et avec ce luxe typographique qui n'est fait que pour les riches amateurs et pour les bibliophiles, car on peut appliquer à ces réimpressions discrètes le vers d'Horace :

Odi profiuimn vulgus et arceo.

Suivant toute probabilité *et d'après les règles du simple bon sens, les choses n'en iraient pas autrement que pour les Cent Nouvelks nouvelles de Louis XI, pour les œuvres de Rabelais, pour le Moyen de parvenir^ de Beroalde de Terville, pour les Serées de Guillaume Bouchet, et pour tant d'autres livres anciens, appartenant à la bonne litté- rature gauloise, libre et facétieuse, tous consacrés par l'usage et par le temps, tous classés et recommandés parmi les anciens livres, qu'on peut réimprimer et vendre ouvertement, dans certaines conditions morales de prix et de publicité. Dans tous les cas, notre Bibliographie rai- sonnée des ouvrages de Restif n'a été faite qu'en vue des éditions originales, comme si elles ne devaient jamais être réimprimées, et nous désirons qu'elles ne le soient pas, pour qu'elles conservent mieux leur intérêt de rareté et de curiosité.

Cette Bibliographie a donc été entreprise et menée à bonne fin, grâce à l'aide infatigable d'une personne que je regrette de ne pouvoir nommer, pour servir de guide non«seulement aux amateurs qui recherchent les ouvrages


■ n ne faut pas prendre au sériettz plusieurs Cataloguée des ou- vrages candamnéSj n^ayant aucun caractère officiel, très-incomplets, très-<atttifs, et publiés sans doute dans le but de dissimuler certains noms d^auteurs et certains titres de livres. On a mis arbitrairement, dans ces Catalogues, beaucoup d^ouvrages qui sont seulement interdits aux cabinets de lecture et qcâ ne doÎTent pas figurer dans les ventes publiques.


iv PRÉPACB.

de Restif et qui veulent les avoir bien complets, mais en- core aux libraires, qui, ayant en leur possession ces ou- vrages, seraient en peine de les collectionner, et surtout aux relieurs qui se trouvent embarrassés, à chaque instant, par le classement des gravures et la vérification du nom- bre de pages dans les exemplaires si différents les uns des autres.

En étudiant les ouvrages de Restif aupoint de vue biblio- graphique, il ne m*a pas été possible de m'abstenir d*en prendre connaissance sous le rapport historique et litté- raire. Je n'en ai pas fait l'analyse, mais j'ai touché, en passant, les points les plus curieux qui m'ont frappé et qui me paraissaient dignes d'une mention. Il est résulté, de ce travail de mosaïque, un ensemble de documents qui font bien connaître, ce me semble, l'homme et son œuvre. C'est l'homme surtout qui se dégage naturellement de cet exa- men chronologique des livres qu'il a écrits. Restif de la Bretonne est peint, en quelque sorte, par lui-même, dans cette Bibliographie, formée de citations et d'extraits de ses productions si nombreuses et si diverses.

Nous ne sommes pas, tant s'en faut, des admirateurs ex- clusifs et passionnés de Restif, quoique nous fassions grand cas de plusieurs de ses ouvrages, notamment la Malédic- tion paternelle, qui vaut la Nouvelle Héloîse de Jean-Jacques, la Découverte australe, qui égale le Voyage dans la lune de Cyrano, le Drame de la Vie et le Théâtre, qui peuvent sou- vent off'rir des termes de comparaison avec les œuvres dra- matiques de Diderot, de Mercier et de Beaumarchais, et enfin Monsieur Nicolas, qui est peut-être supérieur aux Confessions de J.-J. Rousseau, si l'on veut considérer le chef-d'œuvre de Restif comme une anatomie morale du cœur humain. Mais, en revanche, mieux que personne, nous reconnaissons, dans ce polygraphe excentrique, les infériorités et les défauts du philosophe, du romancier et de l'écrivain. On peut caractériser Restif, en disant que


PBÉFACI. T

c'est un monstre d'originalité, plutôt encore qu^un génie original.

Nous n'ayons pas à refaire ici son portrait, qu'il a fait lui- même en termes aussi bizarres que pittoresques : « Je suis, disait-il en 1777 {Monsieur Nicolas, tome X, page 2967), un grand Fabuliste, qui, au lieu de prendre les animaux pour interlocuteurs, se prend lui-même. Je suis un animal multiple, quelquefois rusé comme le renard, quelquefois bouché, lent et stupide comme le baudet ou le fourmillier, souvente-fois fier et courageux comme le lion, parfois fu- gace et charognier comme le loup, tantôt aigle et vautour, tantôt simple épervier, plus souvent perdrix, alouette, dila- cérées. Jeme montre sous toutes ces formes ; je suis le héros d'une fable, où je fais le rôle de ces animaux. » C'est là l'histoire de sa vie, qu'il a racontée, avec une impudeur naïve et presque honnête, dans Monsieur Nicolas.

Un des traits les plus singuliers de l'homme aux idées singulières, c'est la prétention qu'il a toujours eue d'être vertueux et d*aimer la vertu. Tous ses ouvrages , et les moins orthodoxes, sont pleins de ces invocations à la vertu, lors même que l'auteur vient de se donner à lui- même le plus scandaleux démenti. Il ne faisait que se juger, d'après le jugement de sa divinité. M""' Parangon, la femme de son patron, imprimeur d'Auxerre, à laquelle il avait donné pourtant un échantillon de sa vertu assez compro- mettant : « Tu connais la vertu et tu l'aimes ! lui disaiirelle, au moment de se séparer de lui en 1754, et tu la préfères et tu l'adores I Mais tes passions l'emportent, tu ne peux les surmonter. . . Tremble, en aimant la vertu, d'être accablé du mépris qu'on doit aux vils scélérats. Ton âme est droite, mais faible, et à chaque faiblesse elle éprouvera le re. mords déchirant I » Les remords n'avaient pas manqué à Restif, mais il n'en conservait pas moins la bonne opinion que M"** Parangon lui avait donnée de lui-même. « Oui, je suis le plus vertueux des hommes, puisque j'ai le plus de


VJ PRÉFACE.

force! » écrivait-il en 1785. Mais, deux ans après, il doutait un peu du plus vertueux des hommes : <( J*ai, toutes les an- nées, depuis la 50*, disait-il, acquis une infirmité, en per- dant au moral une vertu. » La confiance en sa supériorité morale lui était revenue plus tard, et il se sentait raffermi dans son orgueil, lorsqu*il attachait cette mémorable ins- cription au monument impérissable de ses faiblesses, de ses vices, de ses turpitudes, à son chef d'œuvre : le Cœur humain dévoilé.

a J'ai écrit librement, comme Rabelais, Francion, Mon- taigne, mes similaires. J*ai écrit sans licence, comme jamais on n'a écrit, depuis eux, à cause des plats censeurs. Mais, n'ayant pas Tâme corrompue comme Fauteur d'A/me, je peins l'amour et jamais la débauche, encore moins la cruauté. C'est que l'amour, même d'échappée, comme celui qui donna l'existence à Virginie, à Sara, à Dœlie, fut toujours en moi une vertu. » (Tome XI, page 3256.)

François Marlin, de Dijon, qui avait été le plus fougueux admirateur de ResUf, et qui s'était brouillé avec lui à l'oc- casion des querelles conjugales du mari et de la femme, fit amende honorable, en sollicitant le pardon de son an- cien ami et en déclarant qu'il ne pouvait vivre tranquille et heureux, depuis qu'il n'avait plus, pour se diriger dans la vie, l'exemple et les leçons du plus vertueux des hommes. Il lui dédiait alors le roman de Jeanne Royez, qui ne parut que huit ans après sa mort : « A Nicolas-Edme Restif , auteur profond du Paysan et de la Paysanne pervertis, auteur ingénieux de t Homme volant, historien varié des Contemporaines. » M. Charles Monselet, qui a composé, avant nous, une Monographie bibliographique de Restif de la Bretonne, ne s'est pas, il est vrai, passionné, comme Marlin, pour la vertu de Monsieur Nicolas, mais il a osé le défendre, le justifier, le relever, vis à-vis de la critique, qui l'avait injustement écrasé dans la boue : « Hâtons-nous, disait M. Ch. Monselet en 1854, de détruire en partie ce


PRÉFACE. Vij

préjugé fatal, qui consiste, poiu* beaucoup de personnes, à regarder Fauteur des Contemporaines comme un écrivain exclusivement infâme, perdu, horrible, souillé, impossible à lire, comme un romancier lépreux, dont le nom salit la mémoire, dont les livres salissent le cœur. Restif de la Bretonne a pu avoir ses heures d'égarement, comme Pé- trone, comme Mathurin Régnier, comme Mirabeau ; mais, en revanche, comme Jean-Jacques, il a eu de longues heures de mélancolie et de douleur expiatoires. »

Restif, dans sa vieillesse, avait perdu la plupart de ses applaudisseurs et de ses thuriféraires ; avant de tomber dans Toubli qui enveloppa les dernières années de sa vie littéraire, il avait reçu les coups de pied de tous les Ânes du Parnasse : le Tribunal d'ApoUon (1799) prononçait con- tre lui cet arrêt, de par Mercier de Gompiègne et François Rosny : « On ne s'attend pas que nous donnerons la vo- lumineuse notice des élucubrations philosophiquement bizarres de cet original et trop souvent licencieux écri- vain; nous ne citerons pas le Pomographe, le Mimograpke, le Gynographe, f Anthropographe. Restif a voulu être de rinstitut, malgré l'Institut. » Le Dictionnaire des hommes du jour (1800) n'accordait que deux lignes à l'auteur de tant de volumes : « Restif de la Bretonne n'est pas de l'Ins- titut! Quel dommage! C'est pourtant un philosophe bien moral ! » L'auteur anonyme des Petites vérités au grand jour (an YIII), jetait aussi son pavé au malheiu*eux lapidé : « Nous répétons ce qu'a dit M. Le Gat, d'Abbeville, en rendant compte de la Prévention nationale, drame en trois volumes, par Restif, dans le Journal de Nancy : « Le bien- ce heureux Scudéry, de prolixe mémoire, n'était qu'un au- « teur infécond, comparé à M. Rétif de la B., écrivain le « plus fou, le plus original, le plus extravagant, etc. » Le voilà peint d'après nature. Madame; ajoutez que les ou- vrages de cet auteur, respirant toujours le ton de la plus mauvaise compagnie, en rendent la lecture extrêmement


Viij PRiFAGK.

dangereuse ; cependant, on ne peut refuser à cet homme beaucoup dlmagination et une espèce de génie, mais il a toujours une bizarrerie qui ferait croire que sa tète n*est pas bien saine. »

G*est en Suisse que Restif, conspué et vilipendé à Pa- ris, avait trouvé un chaleureux, un sympathique défen- seur. Le baron Bilderberck, en publiant un roman hu- moristique de F. Schultz, traduit de Tallemand et intitulé Maurice (Lausanne, J. Mourier, 1789, 2 vol. in-12), n'ou- blia pas d'insérer dans sa préface cet éloge éclatant de rillustre auteur du Paysan perverti et des Contemporaines : « Restif, ce génie vraiment extraordinaire, cette appari- tion inconcevable dans le siècle où nous vivons, ne me semble pas assez apprécié. Jamais écrivain n'a possédé plus d'imagination, plus d'originalité, un style plus à soi, une manière plus neuve et plus attachante. On reconnaît l'esprit et le cœur des Contemporaines dans chaque page qui sort de sa plume. Ce cœur qui brûle de l'amour sacré du bien public, cet esprit qui connaît les travers de sa na- tion, le jeu des passions et le labyrinthe de notre constitu- tion morale, devrait faire l'étude et l'admiration de nos jeunes romanciers. Tout chez lui, jusqu'à son cynisme, est respectable et tient au but moral qu'il s'est proposé et qu'il ne perd jamais de vue. »

M. Gh. Monselet n'a pas fait autre chose que de com- menter ces lignes louangeuses et sincères, dans le livre spirituel qu'il a écrit sur Restif de la Bretonne, livre que nous n'aurions pas songé à refaire, si l'auteur avait voulu mettre son ouvrage au courant de la réaction littéraire qu'il a provoquée en faveur des nombreux et volumineux ouvrages de Restif, qui trouvent aujourd'hui tant de bien- veillance parmi les bibliophiles. Notre Bibliographie, en reprenant un sujet que notre ingénieux devancier avait traité avec beaucoup de patience et d'érudition, ne pou-


PBÉFACI. il

yait que s'augmenter se compléter, et se perfectionner, quoiqu'elle ne soit pas arrivée encore à la perfection. Le dernier venu profite toujours des travaux de ses prédé- cesseurs.

Nous n'avons pourtant pas essayé de faire une nouvelle biographie de Restif, après celle que M. Gh. Monselet a esquissée si habilement; mais nous y suppléons, en réim- primant un document contemporain de notre auteur, la Notice que son ami le chevalier de Gubières-Palmé- zeaux a composée en 1811. Cette Notice, qui n'existe que dans un livre fort rare : Histoire des Compagnes de Maria, laisse beaucoup à désirer comme œuvre littéraire; mais elle est intéressante et précieuse comme écho véridique et curieux de la vie intime de Restif. Il a fallu pourtant en faire disparaître des longueurs inutiles et insignifiantes : nous avons cherché à les remplacer par une suite de notes, qui renferment des particularités et des détails né- cessaires, que Gubières-Palmézeaux n'a pas connus ou qu'il a négligés à dessein.

Enfin, l'accessoire le plus important que nous puissions ajouter à cette Notice, c'est l'indication des principales sources bibliographiques, auxquelles il faudra recourir, avec une réserve prudente et impartiale, pour écrire un jour l'histoire de Restif de la Bretonne ; mais on n'oubliera pas que les matériaux les plus abondants, les plus variés et les plus curieux se trouvent épars dans les 200 volumes qu'il a publiés lui-même de 1767 à 1802. Nos lecteurs recon- naîtront sans doute, en parcourant notre livre, que nous avons eu sans cesse sous les yeux cette inépuisable source d'informations et de renseignements.

P. L. Jacob, bibliophile.

15 octobre 1874.


OUVRAGES A CONSULTER


i . — - Article nécrologique sur Restif de la Bretonne.

Article sévère et peu bienveillant, attribué à L. de ViUeterque, dans le Journal de PariSy du 9 février 1806.

Les deux filles de Restif, Anne et Ifarion Restif, y firent une ré- ponse très-modérée, dans le Mercure de France, n« 239 du 15 février 1806, pag. 37^. La lettre suivante, qu*elles avaient adressée aux au- teurs du Journal de Paris, parut aussi, dans ce journal, le 15 février 1806 ; elle mérite de figurer ici, en tête des documents biographiques relatifs à Restif de la Bretonne :

« Messieurs, la lecture de votre article sur notre père, M. Restif de la Bretonne, nous fait sortir de Tétat d*accablement ob nous a jetées le sentiment de sa perte, pour rétablir quelques vérités.

« Plus instruites que vous à cet égard, nous ne devons pas souffrir que le Public, qui fut toujours le confident préféré de notre père, que ce Public impartial, qui a tant de fois daigné Taccueillir, soit abusé sur le compte de l'Ami de la Vérité.

« Notre respectable père a terminé sa vie, à 72 ans, le 3 février, à midi, entouré de sa maison, composée de ses enfants, de sa domes- tique et de sa garde, sans souffrances, sans crainte. En le disant mort à 68 ans, vous avez sans doute daté de Tépoque où il est devenu infirme.

« Jamais il n'a manqué d'un honnête nécessaire; ses enfants et petits-enfants, ses sœurs, ses amis et même ses voisins ne l'auraient pas souffert. Son infortune venait de malheurs et non d'un manque de conduite. Quel homme fut plus que lui laborieux et infatigable? Certes, U ne pouvait être dans l'aisance, après avoir essuyé des ban- queroutes et des remboursements en mandats ; mais sa position, après avoir été difficile, n'a point été humiliante. Le Gouvernement d'un Empereur aussi humain que grand pourvoit à tout avec dignité.

« Si cet hommage public, que nous devons à la mémoire du plus digne des pères, est accueilli de vous. Messieurs, notre reconnaissance égalera la considération distinguée avec laquelle nous avons l'hon- neur d'être vos très-humbles servantes,

A. Rbstif, femme Vionon, M. V« Restif d'Aunat. »


PRÉFACE. XJ


3. — Notice nécrologique et bibliographique.

Cette notice, signée A. J. Q. B., est du savant bibliographe Ben- chot ; eUe a paru dans la Retme (ancienne Décade) philosophique, littéraire et poHtique, avril 1806, pag. 120-26 du second volume de Tannée.

Une lettre de Jouyneau-Desloges sur les manuscrits et les ouvrages inédits de Restif, dans le même tome de cette Revue, est le complé- ment de la notice de Bouchot.

3. — Notice historique et critique sur la vie et les ouvrages de Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, par Gubières* Palmézeaux.

Cette Notice, composée de bonne foi par un des amis de l'auteur, et que nous avons réimprimée, en Tabrégeant de tout ce qu'elle a d'inutile et d'insignifiant, en tête de notre ouvrage, a paru d'abord dans le 1*' vo- lume de VHiftoire des Compagnes de Maria, ou Épisodes de la me d^unejoHt femme, ouvrage posthume de Restif de la Bretonne (Paris, Guillaume, 1811, 3 vol. in-12) et remplit tout ce volume, y compris la préface, xlv et 200 pp.

4. — Notice biographique de Restif de la Bretonne, par Weiss.

Biographie universelle, de Michaud, 1827, tom. 37, pag. 391-97. — Seconde édition, revue et augmentée, publ. par M»* C. Desplaces, tome 35, pag. 462-66.

Cet article est curieux, étant extrait des ouvrages mêmes de Restif.

5. — Notice biographique.

Biographie universelle et portative des Contemporains , publ. par Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve, 1836, tome IV, pag. 1086-88.

Cet article n'est qu'un abrégé de celui de la Biographie Michaud, mais avec quelques différences.

6. — Notice biographique.

Nouvelle Biographie générale, de Firmin Didot trères , tome 42, pag. 25-33.

Cette notice, qui n'est pas signée, est très-complète et très-intéres- sante.

Nous ne croyons pas devoir citer les articles qui figurent dans toutes les Biographies générales et dans les Biographies des Contem-


Xij PBiFACI.

porains, parce que ces articles ne sont que des extraits, des répéti- tions ou des falsifications de l'article original de la Biographie Mi- chaud. Les auteurs de ces articles n'y ont ajouté que des appréciations dédaigneuses et toigours erronées, ou des injures, ou des calomnies. On a lieu d'être surpris que Desessarts, dans les Siècles littéraires, et Prudhomme, dans son Dictionnaire universel, n'aient pas fait une meilleure part à Restif de la Bretonne.

7. — Charles Monselet. — Restif de la Bretonne. Sa vie et ses amours ; documents inédits, ses malheurs, sa vieil- lesse et sa mort; ce qui a été écrit sur lui; ses descen- dants. Catalogue complet et détaillé de ses ouvrages, suivi de quelques extraits. Paris, Alvarez, 1854, in-12; portrait gravé par Nargeot, d'après le grand portrait dessiné par Binet et gravé par Berthet, et fac-similé.

Tiré à 500 exemplaires, 400 sur papier vergé, 60 sur papier yélûif 40 sur papier de Hollande, 20 sur papier rose. Malgré cette déclaration de l'éditeur, M. Aubry acheta le reste de l'édition, montant à près de 900 exemplaires, après la vente de 300 à 400 autres, et fit refaire des titres à son nom, en 1858.

Le travail de M. Ch. Monselet est des plus curieux et des plus in- téressants. Le point de départ de cette notice biographique et biblio- graphique a été un examen du Paysan perverti, lequel avait paru dans le Constitutionnel et qui forme encore une partie importante de ce volume, totalement épuisé et devenu rare.

8. — Compte-rendu de Touvrage de Restif: Philosophie de Momiettr Nicolas.

Cette critique amère et dédaigneuse, attribuée à Millin, fût publiée dans le Magasin encychpidique, 2« année, tom. III de l'an IV (1796), pag. 549 et suiv.

C'est dans ce cruel article que se trouve réimprimée in extenso l'affiche incroyable, placardée dans les rues de Paris, soit par Restif, soit par ses amis, lors de la formation de l'Institut.

9. — Notice bibliographique siu* les ouvrages de Restif de la Bretonne, par M. Quérard.

Voy. cette notice très-complète et soigneusement rédigée, dans la France littéraire (Paris, Firmin-Didot, 1835), tome VU , pag. 544 et suiv. M. Quérard a répété, toutefois, plusieurs erreurs de l'article Bretonne (Restif delà), inséré dans la France littéraire, àe J. S.Ersch (Hambourg, B. G. Hoffmann, 1797, 3 vol. in-8}.


PBÉFAGS. Xiij

10. — Analyse raisonnée des principaux ouvrages de Res- tif de la Bretonne, par Eusèbe Girault, dit de Saint-Far- geau.

Voy. cette analyse dans la Bemte des ronuau, recueil d^analyees rai- sonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers, par Eusèbe G****** {Paris, Firmin-Didot firères, 1839, 2 vol. in-8, tome II, pag. 199-204).

11. — Restif la Bretonne, par Pierre Leroux.

C'est la l'A des Lettres sur le Fouriérisme (22 pp.), adressées à Bdmond Tissier, dans la Rewie sociale de Pierre Leroux, mars 1850.

12. — Les Confidences de Nicolas, par Gérard de Nerval.

Trois articles dans la Bemte des Deux-Mondes, en 1850.

Ces articles ont été réimprimés dans son recueil intitulé : les Illu- minés, ou les Précurseurs du Socialisme, récits et portraits (Paris, Le- çon, 1852, in-12).

Qérard de Nerval les avait composés, après avoir lu seulement Monsieur Nicolas, dont il se borne à faire une analyse pittoresque et poétique.

13. — c( Rbstif de la Bretonne, Tesprit le plus inventif et Tun des plus féconds écrivains français.

« Sa Vie licencieuse, écrite par lui-même, et liste des ouvrages qu'il se proposait d'écrire.

« Manuscrit Autographe, inédit, des plus étranges et des plus curieux. »

Noua copions textuellement un article (n» 287) du BulleHn de la vente générale de la librairie ancienne et moderne du Collectionneur, me Saint-Sulpice, 32^ à Paris {Paris, chez JT»» Vallète, liàratre-édi" teur, 1867, in-8}. On ignore ce que ce manuscrit a pu devenir.

14. — Caractère de Restif et ses ouvrages.

Voy. ce jugement dans Touvrage suivant : Petite histoire de France, ou Revue du grand historien, ouvrage à l'ordre du jour : suivi de let- tres anecdotiques, en partie relatives à la Révolution, par Tauteur de Salluste aux Français (Paris, Gamery, an 11-1794, 2 vol. in-8).

L'auteur de cet ouvrage nonyme est Fr. Marlin, de Dijon, que Restif cite sans cesse sous le nom anagrammatisé de Mitron et sous


ziv PBÉrAci.


le pseudonyme de Milpourmil. IIj m brouillèrent, après avoir été liés ensemble, et devinrent ennemis, jusqu'à leur réconciliation, peu d'an- nées avant la mort de Restif.

Il faut citer aussi les curieuses lettres de Milran que Restif a impri- mées à la fin du 3* volmne de la Prévention nationaie^ et à la fin du tome XIX des Con^emporotnef ^ aeoonde édition, etc.

15. — Causeries sur la littérature et les arts, Restif de la Bretonne, par Henry Berthoud.

Feuilleton de la Presie, 4 septembre 1836. M. Ch. Monselet, dans son ouvrage sur Restif (pag. 85), dit que cet article est « le plus men- songer qui ait été écrit sur Tauteur des Contemporaines ». La Presse, il est vrai, inséra, dans le n^ du 27 septembre, une rectification qui fut envoyée par un des petits-fils de Restif de la Bretonne. M. H. Ber- thoud n'avait fait pourtant que répéter, en les commentant, mais sans la moindre malveillance, les renseignements peut-être exagérés qu'il tenait d'une personne de la famille même de Restif.

16. — Sur Restif de la Bretonne et ses ouvrages.

L'Entracte, 29 et 30 octobre 1851.

17. — Notes sur Restif la Bretonne, à propos de la Pay- sanne pervertie^ drame de Dumanoir et Dennery.

FeuiUeton de Ch. Matharel de Fiennes, dans le Siècle^ 27 octo- bre 1851.

18. — Détails curieux sur Restif.

Voy. VSssai sur Fhistoire de ^Imprimerie dans le département de tYonne et spécialement à Auxerre^ par H. Ribière, avocat. Auxerre, Perriquet, 1858, in-8, pag. 54-57.

19. — Documents inédits sur Restif de la Bretonne, par Sylvain-Puychevrier.

Voy. ces documents, dans le n« 186 du Bulletin du Bouquiniste, d'Aug. Aubry, 15 sept. 1864.

20. — Précis de la vie de M. Restif, curé de Gourgis» Parùy imprimerie de Baudeht et Eberhart (vers 1832), in-8^ de 13 pages.

C'est le frère aîné de Restif et son parrain, Il en est beaucoup question dans Monsieur Nicolas, Ce digne curé, né le 4 mars 171 S,


PBÉPAGS. 1?

rnoomt le 29 mars 1800, dans sa paroisse, après Tavoir gouvernée pendant 55 ans avec autant de zèle que de charité. On trouve deux ou trois lettres de lui, dans les Contemporaines, seconde édition ; voy. tome XXI, à la fin du volume.

21. — Notice sur Geneyièye Rétif, veuve Boiron, ancienne cantinière de la garde impériale, par S. Henry Berthoud. Paris j imprimerie de FéUx MaUeste^ 1839, in-8 de 16 pages.

(Geneviève était une des nièces de Restif. Cette brochure se vendait, chez tous les libraires, au prix de 60 centimes, et au profit de la veuve Boiron.

22. — Correspondance originale de Restif, avec ses pa- rents, ses amis, et différentes personnes, jusqu'en 1788.

Cette correspondance, qui ne comprend pas moins de 200 à 250 let- tres, est imprimée dans les tomes II et III de la Prévention natio- naieSy et dans la seconde édition des Contemporaines, à la fin des tomes XIX à XLII.

23. — Correspondance de Grimod de la Reynière, avec Restif, en 1787-1791.

Outre les lettres de Qrimod de la Reynière, imprimées dans la se* conde édition des Contemporaines, on trouve, à la fin du Drame de la y^» pftg* 1258 à 1396, celles qu*il avait adressées à Restif, durant son exil à Domèvre en Lorraine, son voyage en Suisse et son séjour dans le midi de la France, jusqu'à sa brouille avec son ancien ami.


NOTICE

HISTORIQUE ET CRITIQUE


SUR LA. VIE BT LBS OUVRAOES


OB


NIGOLAS-ËDME RESTIF DE LA BRETONNE


Restif de la Bretonne était un assemblage de tous les contrastes ; et si je manque de génie pour le peindre, au moins je ne manquerai pas de variété : la venté surtout ne manquera pas dans mes pein- tures. Lié pendant vingt ans avec Restif de la Bretonne, je dirai ce que j'û vu, ce que j*ai entendu; que pouvez-vous exiger de plus?

Pourquoi ne dirais-je pas que Restif de la Bretonne était né de parents, honnêtes à la vérité, mais qu'il était le fils d'un pauvre paysan de Sacy, petit village de la ci-devant Bourgogne, et main- tenant du département de TYoïme? Son père était non-seulement un paysan très-honnête, mais encore un laboureur très-actif.


> Restif, dans ia Yie de mon pire et dans Montieitr Nicolas^ s'est pin à grandir la position de son père, Edme Restif, lequel se qualifiait lui-m^me de marchand en signant racte de baptême de son flls. H j a donc beaucoup d'exagération dans ce qu'il dit de la condition sociale et de la fortune de ce impie marekand, qui ayait été d'abord métayer. « J'ai visité, rapporte M. Sjlvain Puychevrier dans une lettre adressée à M. A. Aubry {Bulletin du Bouguimête^ 1864, 8" année, l«r semestre, p. 491), la métairie de la Bretonne , où Restif est né. C'est beau- coup |dus tard , et après quelques succès comme écrivain , qu'il a i^outé ce nom au sien. Cette métairie ou ferme a été d'une certaine importance; eUe dé* pend toigours de la commune de dacy; eUe est isolée, mais située à une faible distance. Par suite dliéritages, on l'a morcelée, et Ton a bAti sur ses anciennes dépendances; cela forme maintenant un groupe d'habitations. Cependant le principal corps de bâtiment, habité par la nombreuse famille des Restif, existe


s HOTIGK HISTOEIQtn BT CRITIQUE gUB LÀ VU

Restif de la Bretonne disait lui-même, avec modestie, quand on

rinterrogeait sur sa naissance, sans chercher & l'humilier : « Je

suis fils d'un berger et berger moi-même. Je suis né dans le vit-

  • lage de Sacy, le 22 novembre 1734 *. J'ai gardé les troupeaux dans

encore, comme an siècle dénier, et a toi^oort été oecopé depuis par des des- cendants on des alliés. H j a quelques années, c'était un nommé Tillien, mort à quatre>-vingtHBix ans, parent des Restif, et dont les ancêtres ont eu leur part peu flatteuse dans les élucubrations de notre terrible auteur. C'est encore, à l'heure qu'U est, un rejeton de la fiuniUe, qui habite la Bretonne; il m*a fait voir quel- ques objets mobiliers proTenant du père de Restif, et qui lui sont échus proba- blement en partage. » Mais la suooession du père de Restif avait été sans doute asses mince, ear, i^rès la mort de son flls atné, l'abbé Thomas, en 1786, à Sacy, 1«* biens meubles et immeubles du défont ayant été partagés entre ses frères et sœurs, le curé de Courgis rend compte de ce partage en ces termes, dans une lettre adressée à Restif de la Bretonne : « On a levé les scellés la Teille ou avant-Teille du carême, en présence de toutes les personnes néces- saires. On a commencé les partages les derniers jours de mai; on les a presque finis le 25 de juin. Il vous est échu , comme aux antres cohéritiers, un paquet d'habits et linges , qui a été Tendu It francs ; plus une somme de 12 livres et quelques sols ; plus une somme de 48 livres et près de 10 sols , et des fonds tant en rentes que terres et prés, pour 211 livres. U reste encore à partager, lors- qu'on les aura reçus, les revenus de quelques baux et de quelques rentes, avec un certain nombre de livres et une obligation de 27 livres 18 sols sur un par- ticulier de Saint^yr. n se peut faire que j'oublie quelque chose, mus c'est invo- lontaire. » Lettre 166, à la fin du tome XXn des C<mteuq>oraime9, seconde édition. Dana Afonnsur NieoUu (tome X, page 2981), Restif déclare que son père ne lui avait presque rien laissé, « avec environ 6,000 livres de biens-fonds, dit-il, dont Je n'ai pas touché 1,000 écus, ayant vendu à feu mon fi^re le paysan, qui ne m'a payé qu'à demi, ce que je ne dis point pour reproche ; j'ai perdu vdkmtiera avec mon frère, et si je n'avais pas eu d'enfants, je lui aurais fait présent de tout mon petit patrimoine, ailn de ne pas morceler le domaine de Labretone

< La date de la naissance de Restif a été donnée d'une manière fautive, par tous ses biographes, comme par lui-même. M.Sylvain Puychevrier a pubÛé, dans le Bulletin du Bbuqwbdête, de M. Aubiy (8* année, l" semestre, 1864, p. 492), l'acte de baptême extrait des registres de la paroisse de Sacgr ; le voici textuel- lement :

« Le vingttrois octobre mil sept cent trente-quatre, nous, curé de Sacy, avons baptisé Nicolab-Bdub , fils de maître Bdme Restif, marchand, et de honneste femme Barbe Ferlet, les père et mère, né le même Jour, et de légitime mariage, lequel a eu pour parrain M. Beatif imaorv, et pour marraine honneste fille Anne Restif, qui ont signé avec nous et les témoins.

« Rbtip. — Ankb RbTif. — « B. Rbtip. — Fondrut, curé de Sacy. »

Le pairain, que l'extrait de baptême nomme M. Antif minore t était le propre fr^re du noureau-né, mais issu d'un premier mariage. On l'appelle ici minore^ parce qu*U se préparait, dans les ordres mineurs, à devenir pi^kre. H lût jus- qu'à sa mort curé de Courgis, village voisin de Sacy. M. Sylvain Puychevrier suppose avec raison que Torigine de l'erreur de Restif et de ses biographes, an s^jet de la date de sa naissance « vient de oe qu'on aura confondu son acte


XT US OirVRAGXS DE BSSTI? BI LA BBXTONNK. 3

mon enfance, et je devrais les garder encore. » Mais lorsque quelr que jeune fat de la c^>itale cherchait à rabaisser l'état de berger ou de laboureur, en ISaisant un pompeux étalage de ses aïeux et de sa généalogie, mon Restif, alors, se soulevant de toute la hauteur de son &me, se faisait descendre fièrement de l'empereur Pertinax, qui, en français, veut dire Rétif; et il soutenait que ses titres, ainsi que les titres de certains marquis, étaient déposés à la Biblio- thèque royale. H a môme fait imprimer sa généalogie, d'abord dans ks ParitienneSf ensuite dans Monsieur Nicolas; et sa généalogie, vraie ou fausse, ne l'a point empêché de passer toujours pour un fort honnête homme. Laissons donc les titres imaginaires de Restif de la Bretonne, et passons à ses titres véritables, aux seuls titres qui lui ont mérité l'estime et l'admiration de ses concitoyens, à ses ouvrages.

Restif de la Bretoime a déjà écrit sa vie dans un ouvrage inti- tulé : Monsieur Nicolas^ ou le Cœur humain déooUé. U avait déjà écrit une bonne moitié de sa vie, dans l'ouvrage intitulé : la Vie de wum pére^ ouvrage très-estimable sur lequel je reviendrai. Restif de la Bretonne, d'ailleurs, parle de lui et de sa famille, dans presque tous ses ouvrages, tantôt sous des noms supposés, tantôt sous son propre nom. Restif de la Bretonne s'appelait Edme^àe son nom de baptême; et son Paysan perverti s'appelle Edmond^ qui est le di- minutif d'Edme; ce qui peut faire croire que dans le Paysan per^ verti il a voulu se peindre lui-même. La vie poUtique de Restif de la Bretonne ^ enfin n'a été remarquable par aucun grand événe-


d« baptême et celvi de son frère TIioauw< qui eiC aé , et «flbt • le £1 MfVembre, en 17X8. Quant à Forthographe da nom de Reitlf, Toyes Ja Prédtaoe de notre ouvrage.

  • Palméieanx se garde bien de rechercher et de dire qnel» Airent les actes et

les sentiments de Restif pendant les mauvais jours de la Révolution : il passe ainsi réponge sur sa propre conduite, à cette triste époque, où U avait eu le malheur de ae Jeter dans tous les excès de ropinièb flù jour, en prenant, dans sea écrits, une part indirecte aux plus odieux événements de oe temps^là, à com- mencer par la priée de la BastiUe, qu'il célébra dans un poème de circonstance, et à finir par û mort de Marat, qu'il panthéonisa dans ses vers. On s'explique ainsi pourquoi U s'abstient de dire que Restif, sans se mêler toutefois aux folies et anx crimes des acteurs politiquea de l'ère républicaine , avait épousé haute- ment leurs idées et leurs doctrines, en calomniant, en insultant la royauté et la noblesse, en demandant à grands cris l'anéantissement de toutes les religions, de toufl les cultes, de toutes les lois morales. U est impossible qu'il n'ait pas écrit et pnbUé alors quelques livres, quelques brochures politiques. Son gendre Auge hil attribuait positivement le pamphlet impudique intitulé Dom Bougre aun


4 ROTIGI HISTORIQtJK ET CMTIQinB SUR LA TIS

ment, quoique Restif de la Bretonne ait trayeraé les éyénements prodigieux de la RéYolution française : événements qui ont frappé presque tous les gens de lettres, soit dans leur existence, soit dans leur liberté.

Mais la vie littéraire de Restif de la Bretonne est aussi extraor- dinure, que sa vie politique est vulgaire et commune. Mmisieur NicolaSy ou k Cœur humain dévoilé, me paraît être le chef-d^œuvre de Restif de la Bretonne» Si cet ouvrage n'est pas un chef-d'œuvre, comme je Tai dit, il est du moins unique en son genre. L'auteur y fait son histoire, non pour donner des faits assez ordinaires, quoi- que souvent d'un intérêt au-dessus de ceux de tous nos romans; mais pour nous dévoiler le moi humain et la marche des passions. La vérité, non la vraisemblance, est ce qu'on doit rechercher dans k CoBwr humain dévoiU. En effet, le vrai n'y est pas toujours vrai- semblable.

L'auteur y commence son histoire, dès sa naissance : il renvoie à kiVie de mm përe,^ pour les détails antérieurs. Il la divise par époques. La première, remplie de petits détails enfantins, n'est peut-être pas la moins intéressante, par la fidélité de l'écrivain à dévoiler les petits ressorts d'une âme neuve ; il ne nég^ge aucune des circonstances qui peuvent instruire les parents sur l'attention

Étaia^énérauK , et nous serions tentés d*ajoater foi à la dénonciation, malgré les démentis que Restif lui opposait devant les magistrats chargés de pour» aniyre Tantenr de cette ignoble production. Palméxeaux signale trois volnmea de pamphlets contre Tabbé Maory, c'est-à^iire sans doute plnsienrs pam- phlets pouvant former trois volumes, mais cette indication vague ne suffit pas pour nous permettre de reconnaître l'œuvre de Restif parmi les nombreuses pièces satiriques qui ont paru , de 1789 à 1792, contre Tabbé Manry. U faut lire les tomes XIV et XV de Monâiewr Nicolas^ intitulés HeUgion, Morale et Politique, et surtout le tome XVI* des iVtttte de Parité pour bien se rendre compte de la vio- lence et du dévergondage des emportements révolutionnaires de Restif. Palmé- seaux, qui ne sif^ait plus ses poésies : ekewUier de Cubiêres^ avait du moins le courage de mettre son nom à tout ce qu'il publiait, même aux PortrmU de Ma- rat et de Le PeUetierl Restif, au contraire, ne signait rien et désavouait, au be- soin, tout ce qu'il avait publié à la faveur de l'anonyme. Un passage de Jfoit- eieur Nicolas (p. 3317) peut nous donner une idée des angoisses qui ont obsédé Restif pendant la Terreur : « Mon imagination fougueuse , qui me rend mal- heureux toutes les nuits, dit-il, mon imagination vagabonde me peignit Tau- dience révolutionnaire, Dumas ou Coffinhal, leurs sitisangues jurés, les ban- quettes , les gendarmes à la baïonnette tirée , le foudroyant : Tu n'as plus la parole/ la tonte ftissonnante des cheveux, les mains hideusement ligaturées derrière le dos, la charrette, les huées d'une populace effrénée, la descente serrant le cœur, le fatal escalier, le renversé sur la planchette, la chute bruyante du couperet... les flots de sang ! »


ET US OUnULOS DS BISTIf DE Ul BBXTONNE.

^ •

qu'ils doivent donner aux fréquentations, aux jeux, aux caresses, auxquels se livrent leurs enfants. Cette première époque offre cer- tains détails étrangers aux villes ; mais il en est aussi qui sont de tous les lieux et de tous états de la société.

La seconde époque rentre plus dans la marche ordinaire. Cepen- dant on y trouve encore de ces tableaux, uniques dans leur genre, qui appartiennent moins à l'espèce humitine qu'à l'individu. Telle est la manière dont Edme Nicolas (ces deux mots sont le nom du héros) s'attache à Fayel, à Pocquet, ses deux camarades.

Dans la troisième, il aime Jeannette Rousseau, objet de son pre- mier amour muet, et qui n'en est que plus ardent. Toute cette troi- sième époque est très-intéressante par les développements qu'elle présente : l'historiographe s'y montre dès lors ce qu'il doit être toute sa vie, un homme plus physique que moral, mais toujours naturel. Il aime les femmes à la fureur, il les adore ; mais il aime aussi le plaisir qu'elles peuvent procurer, et il satisfait souvent avec une autre femme les désirs inspirés par celle qui est inattar quable autant qu'adorée.

La quatrième époque est la plus importante : elle est celle de l'entier développement et des grandes passions; on y trouve tout ce qui peut rendre l'espèce humaine intéressante, à tous les ftges et dans toutes les conditions. Le héros, au sortir de l'adolescence, a tout ce qui peut toucher et plaire dans un jeune homme naïf et vertueux par principes, libertin par tempérament. Le premier objet qui le frappe en arrivant à la ville, c'est Edmée Servigné. U avait été entraîné, par ses camarades, à un apport, célèbre dans le pays, qui avait eu lieu le beau dimanche de la fête de saint Loup, évéque de Troyes, l'intime ami de saint Germain, le plus illustre des évéques d'Auxerre. Les peuples des bords de ITonne hono- ruent dans Loup l'ami de Germain. Ainsi, le premier dimanche qui suivait le 1^' septembre, toute la ville courait à Vaux, petit village dédié à Loup. Il y avait une sorte de foire où se rendaient tous les marchands des environs, surtout les* (fureurs à banne. Nicolas n'avait jamais vu d'apport; il trouve à Vaux l'image d'une fête. Les Auxerrois, qui avaient chez eux tout ce qu'on pouvait vendre à cette foire, n'achetaient rien ; ils n'allaient à Vaux que pour se divertir et boire le meilleur vin de Coulanges, qu'on y avait apporté, pour les gourmets de la ville, un mois auparavant.


IfOTICI HI8T0RIQUB ET CIUTIQUI SUR Ul VUS

Ainsi la foire n'était que pour les habitants des environs, et les vignerons d'Auxerre ou de Saint-Bris. Il y avait des danses, des bateleurs, etc. Le jeune paysan de Sacy fut enchanté; mais, porté pour les plaisirs simples, il fut plus attiré par une ronde de vignerons que par tout le reste. Il s'approche; mais quelle fut son émotion, en voyant de loin une jeune fille sous le costume et de la taille de Jeannette Rousseau I II n'était pas impossible qu'elle fût à cet apport, Ck)urgis n'en étant qu'à trois lieues. Il n'ose la regarder en face; mais la ronde tourne: Nicolas voit alors une brune charmante, à l'œil noir, au visage modeste, mais plus colorée que Jeannette. C'était Edmée. Ses deux camarades, qui reconnais- sent Catherine, sœur aînée de la belle Edmée, se mettent de la ronde; Nicolas a le bonheur d'avoir la main de la jolie brune, la double de Jeannette. Ce tact le fait tressaillir : il danse en trem- blant; son cœur croit tenir la main de Jeannette... Il faut voir les détails du reste de la fête... On revient.

Nicolas perd Edmée de vue, et ne la retrouve que six mois après, et par hasard. Son attachement se renouvelle. U ne peut renoncer à cette charmante fille, qui d'ailleurs était un parti plus fortuné que lui ; mais il a différents engagements : Manon Prudhot, Made- Ion Baron l'occupent tour à tour; Fanchette lui est promise. Ce- pendant il ne peut oublier la belle Edmée; U songe alors à ses cousins maternels, qu'il aimait tendrement, et il n'a de repos que lorsqu'il leur a procuré la main des deux sœurs. Ce sont les noces de ces deux cousines, qui ont fourni le plus touchant des tableaux du Paysan, où cette histoire est employée, et celui du même genre, répété dans le Casur humain déviïilé.

Le héros, dont l'ftme s'était ouverte au plaisir de retrouver à Auxerre Timage de Jeannette, ne fut point distrait, par Edmée, du plaisir que lui procura l'arrivée de M"« Parangon; il avait perdu de vue cette jeune fille, lorsque la femme céleste arriva de Paris. Quel être divin que M"^" Parangon! Elle est si parfaite, qu'on se- rait tenté de la regarder comme une création imaginaire.

L'écrivain de sa propre histoire a eu l'art de s'associer au mérite de M"* Parangon. On voit, dans son récit, une femme vertueuse, craignant le danger de ^uccomber i une passion secrète et com- battue, exposer, sans le savoir, son protégé à différents écarts; mais de ces écarts même sortent de nouveaux tableaux.


XT U8 OUYBAGBS DI BI8TIF 1» hk BBXTORNS. 7

La belle et naïve Manon Prudhot offire un caractère tendre, ti- mide; la petite vérole vient l'enlaidir, et la laideur change son caractère aimable en Acreté. Un romancier se fût bien gardé d'ex- poser ce changement de caractère ; mais Thistorien du Cœur humain était dans l'obligation de le faire.

Paraît alors Madelon Baron. Cette belle a l'âme sensible; elle a été coquette ; un amant naïf, et différent de tous ceux qu'elle a con- nus, la fixe : elle voit qu'il a des sens brûlants ; facile par habitude, elle &it servir cette facilité à fixer son amant; elle sent qu'il faut lui ùdre des avantages, pour le dédommager de ce qu'elle a donné sans doute à d'autres : elle y travaille; mais ce qui attache à elle, c'est un amour sincère et digne d'un cœur absolument pur. Elle est redeveaue estunable. Quel est le roman qui offre un tableau aussi neuf, aussi vrai? «Serait-ce Faubku? serait-ce même Tflé- a M$$ de J.-J. Rousseau? serait-ce la Clarisse^ ou la Faméla de c< Richardson? Nulle part on ne le retrouve, parce que tous ces « ouvrages sont des romans faits d'après la vraisemblanee, et a non d'i^rès la vérité, »

Parlerai-je de la belle Ciolombe? de Marianne Tangis, de cet ange de douceur, dans l'Ame de laquelle la vertu s'amalgame à l'amour et le rend une vertu? La faiblesse dans cette fille unique aurait été un effort de courage : elle n'aurait succombé, que dans la crainte de commettre une faute plus grave.

Un romancier anrail^il traité ce qui regarde la jeune sœur de M"* Panmgon, la jdie Fanchette, comme l'historien, qui ne doit dire que la vérité? Non, .sans doute; il aurait voulu un dénoûment plus marqué ; il aurait négligé une Toinette, comme un personnage trop bas. JSt cependant comme la vérité l'ennoblit l Qui ne l'aime, qui ne resUme pas? Quel est le romancier anglais ou français, qui ait rendu aussi noble, aussi intéressante une fille en service? Toi- nette Doi^iné égale au moinp Paméla : elle est moins admirable, nuûs elle est aimable autant qu'estimable.

L'aventure disparate avec Rosq Lambelin est aussi un de ces traits qui ne se trouvent nulle part. Une fille, qui séduit par son esprit, sa coquetterie, sans beauté ; qui enchatne, parce qu'on ne s'est paa défié d'elle, parce qu'on a cru qu'elle ne captiverait pas! Peutrêtre a-t-on rapporté trop de mauvais vers, qu'on lui a faits : peut-être son f^oéme, dont la destmée a été si singulière, est-il trop


8 NOTIGB HI8T0B1QUK ST CRITIQUE SUE Ul YII

loDg. On sait que ractrioe D... *, cousine de Rose, le corrigea, et le fit imprimer quelques années après.

Les adieux de M*^ Parangon valent mieux que tous les adieux de roman : ils sont vrais autant que touchants, ils sont sublimes.

Commence la cinquième époque. Le lecteur est surpris de voir son héros voltiger, coqueter, aussitôt après son arrivée à Paris, comme un véritable Tom-Jones ; c'est que la plupart des hommes et des femmes accoutumés aux compassements romanesques ont perdu de vue la Nature. Un jeune homme aime, aime à la fureur une belle femme : il la quitte, il arrive dans un séjour inconnu, une beauté s'offre à sa vue : elle n'a pas tous les traits de celle qu'il adore, mais elle a, comme elle, de beaux yeux, une bouche mi- gnonne, un sourire délicieux ; conune elle, deux coussins d'amour *, qui font présumer le reste ; comme elle, la nouvelle beauté laisse échapper de longs et tendres regards. Un son de voix harmonieux, touchant, dit, conune la belle adorée, de ces mots enchanteurs, qui ne sortent que de la bouche de la beauté. L'amant voit dans celle-ci l'âme de celle-là; il voit l'aurore des plus douces faveurs... Estril étonnant qu'il adore la nouvelle, comme il adora la première? Le héros lui-même n'artril pas adoré M*« Parangon, comme il adora Jeannette Rousseau?

Sixième époque. La vertu, apanage plus certain de la jeunesse que de l'&ge mûr et de la vieillesse, fait que le héros, d'ailleurs épris de Fanchette, renonce à la trop séduisante Greslot, femme mariée. Mais les mêmes motifs n'existant pas pour l'aimable Char- lotte, ni pour M^^* le Maire, il s'abandonne au goClt éphémère qu'elles lui inspirent.

Enfin il perd M"^ Parangon, et par contre-coup M'^^ Fan-


  • Cette actrice doit être M"* Deackampa, qui avait pria le nom de Berard à la

Comédie-Italienne. Noos n'avona pu découvrir le titre exact du po€me que Restif attribue à Roae Lambelin, et qu^ dit avoir été imprimé. Voy. Motuieur Nicotâ», tome VI« p. 1817, 1730 et 1745. Le« vers qu'il cite de ce poème sont trèa-faci]«- ment tournés : « On me demandera comment j'ai pu me ressouvenir de cea vers! ajoute-t-il en note. Une parente de Rose , actrice aux Italiens, les a fait imprimer, et j'en ai trouvé un eaLempUire» Elle j a aenlament fait de très-^ands changements. » Ce poème renfermait , suivant son témoignage , des vers fort libres, que la censure fit disparaître à l'impression.

> Cette expression revient souvent dans les owrages à% Raatif de la. Bre- tonne; il en est de bien plus hardies que je n'emploie pas; et je prie le lecteur de me pardonner ce que je dis, en faveur de ce que je ne ois pas. {Xote de l'aïUeur.)


KT LS8 OUYBAGBS DS RK8TIF DS LA BBETONNS. •

chette. n est au désespoir. C'est à cette occasion que la vérité fournit k l'historien ce que jamais l'imagination n'eût présenté au romancier. On voit ici un de ces fûts extraordinaires, qu'on n'a rencontrés nulle part, et qui est un de ceux qui ont déterminé l'historien À se prendre lui-même pour le sujet de son ouvrage. Jamais la nature ne forma rien de comparable en beauté, comme en mérite, à Zéphire, et c'est elle que trouve le héros, après une perte irréparable, sans Zéphire. Rien au monde, dans aucun Uvre, d'aussi pur, d'aussi intéressant que Zéphire; et elle était prosti- tuée, vierge cependant et la vertu même, quand il la rencontra, la sauva (car elle était à lui) !... n l'adore. On voit ici des tableaux, comme on n'en a jamais vus... On y voit toute la bonté du plus vertueux des hommes, de ce Loiseau, chef-d'œuvre de son sexe, comme M** Parangon et Zéphire l'étaient du leur... Il la perd aussi, cette enfant adorée, qu'il devait épouser; et quand elle n'est plus, il découvre qu'elle était sa fiUel.. Cette étonnante histoire est appuyée de preuves.

Ici, son désespoir a cependant une consolation : c'est l'amitié no- ble, parfaite de l'admirable Loiseau. Il est encore consolé par la compagne et l'amie de Zéphire, la généreuse autant qu'aimable Suadèle Amélie... Il perd ce nouveau chef-d'œuvre de la Nature.

D trouve Henriette, Anglaise, dont la tante, Irlandaise, le trompe. Ce trait est absolument unique dans les ouvrages histori- ques ou amusants. Son mariage avec cette étrangère a des suites funestes... Il quitte Paris.

Ici, les aventures vont se presser; et l'année 1759 sera la plus variée de sa vie. Arrivé à Auxerre, il veut retrouver Marianne Tangis; il s'adresse à Edmèe Servigné, femme charmante, deve- nue sa cousine. Elle élude la réponse. U part pour Sacy. Marianne était mariée, et bientôt, sachant qu'elle a perdu son unique amour, en cédant aux sollicitations de sa famille, elle est emportée par la douleur. On trouve ici quelques arrangements de parents, qui res- tent sans efTet pour l'établissement de Nicolas.

Enfin M. Nioolas apprend la mort de Loiseau : cette defhière perte met le comble & ses chagrins : elle l'anéantit. Il se sauve à Dijim^ pour s* distraire : c'est là qu'il n'est que trop distrait. Une joKe Comtoise le subjugue d'abord, et cette fille, si elle était restée vertueuse , aurait décidé sa vocation pour un état qu'il détes-


10 NOTICS HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LA VIE

tait, le sacerdoce. Il en aurait fait sa gouyernanto, et une assex agréable jouissance avec elle raurait préservé du crime du célibat; mais tous ces projets s'évanouissent par la découverte de la séduc- tion de sa future gouvernante, séduction arrivée par la Joson, sa camarade.

La jeune Milanne ne lui donne qu'un goût passager, quoiqu'il eOt pu reproidre aTBc elle , plus sûrement qu'avec la jolie Comtoise, son plan de sacerdoce. Son activité est étonnante, n apprend que le cousin germain de deux jolies sœurs doit revenir bientôt pour en épouser une, qu'il a trouvée adorable. Inconnu dans la ville, il se donne pour ce cousin, qu'on n'avait pas vu depuis l'âge de quatre ans. Il est accueilli. Trop ardent pour ne pas chercher la jouis- sance , il cueille la rose , et le cousin arrive. Le sycophante est obligé de lui céder la place, et ne reparaît plus.

Alors il remarque l'aimable et naïve Manette Teinturier. Natu- rellement vertueux , malgré ses écarts , ses amours les phis douces sont toujours celles où il se propose le mariage. Il emploie, de bonne foi, ce moyen; il est aimé, tout s'arrange. Au lieu d'aller à Lyon, il va retourner à Sacy, pour obtenir l'aveu de ses parents; mais, la veille, il surprend l'entretien d'une virtuose, alors célèbre à Dijon, qui élevait deux filles naturelles, dont l'aîné était âgée de sept ans. Il comprend , par l'entretien d'Omphale avec sa tante , que cet enfant est le fruit d'une aventure que G. d'Arras, le corde- lière lui procura en 1752, et dont il n'avait pas connu la partenaire. La beauté de la mère, celle de l'enfant qui jouait à ses cOtés,


< Le p«raonBâge é& G. d'Ana*» que R«ati£ a peint de maki de maître dans MomAêmt IficolaÊ, est ai origi]ial« si extraoïdinain, ^ve nona avons en ploa d'une fois l'idée de reconnaître en loi, noarsenlement le type du Compère Ma- thieuy mais encore Tanteur de ce célèbre roman, Henri-Joseph Dnlaurens, dit Vabbé Dulaureiu, H y a, en eflbt, une analogie singolière entre les deux peraon- nages. Voyes, daaa Monsieur NicoUs (tome IV, page 1165 et sniT.), Texpoeition des idées philosophiqiies de Q, d'Airas. On y retrauTe ea germe toute la philo- sophie de Re«ti£. 11 Caïadrait dono essayer d'établir un rapprochement, fondé sur des faits «t des dates, entre la vie de Dulaurcos et le séjour de G. d'Axras, dans un oeuvent de cordeÂiers* à Aaxerre. Quant au surnom de G. d'Arras, ce serait «ne allnsion au po(Sme de lét ChanMU d'Arras, qui flt grand bruit lors de sa publicatioa en 1765, après celle du Balai, autre po0me héroïque du même genre. G. d'Arras ou Dulaurens n'aurait-il pas donné ou confié une partie de ses manuscrits à Restif 7 En tous cas, en 1759, Restif ne savait plus où trouver l'adresse de G. d'Arras (tome JX, page 2981), et plus tard, G. d'Arras lui en- voyait, par la poste, une juvénale, les Bulles de savon, que Restif a publiée sous son nom et que TAutour lui avait d^à montrée en 1753 (pa^ 1158).


ST LS8 OUVRAfiES DS BISTIF DE LA BRETONNE. H

l'intérôt que lui inspirait l'autre petite fille , dont Omphale venait de déclarer Torigine (de sorte que le héros se trouvait père de deux enfants 1), le déterminèrent sur-le-champ à renoncer AManette, pour aller se découvrir A Omphale. Il exécute ce projet, le lende- main matin... On verra ce qui fait manquer cet établissement raisonnable.

Le héros revient A Sacy; il retourne A Paris. Après une courte maladie, il y re^^oii les derniers soupirs de Zoé, promise A son ami Loiseau. Il y devient amoureux de Françoise-Sofronie Sellier, belle-sœur de Bonne, son hOtesse: il va Tépouser... Sofironie est assassinée par son frère Laurent, bandit célibataire.

Rien ne retenait plus M. Nicolas A Paris ; son mauvais génie le conduit A Auxerre, et, avant que cette malheureuse année 1759 soit écoulée, il y a fait la connaissance d'Agnès Lebégue, second volume de Rose Lunbelin, qu'elle supplante; et il l'épouse, le n avril 1760.

Uni A la plus méchante des femmes* (après sa mère, encore

< (f^Êà, tfaprès on rteit Torbal fidt par M. Bastif éb U Bratonne loi-même, qae J« parle ainai de M"* Restif de la Bretonne, née Lebégue; mais ce récit a pu être dicté par la mauvaise humeur et par d'autres sentunents que j'ignore. Quoi qu'A en soit, j*ai eu l'honneur de connaître M** Restif dans les der- nières années de sa vie , et elle m'a paru toi^ours infiniment respectable, par SOS mœurs , son honnêteté, sou esprit et son caractère. {Note de Vauteur.)

Agnès Lebégue écrivait en i»tMe et en vers fadlement, mais très-incorrecte- ment. On peut croire qu'elle a en quelque part aux ouvrages de son mari, quoi- que celui-ci n'en convienne pas. Û lui attribue pourtant, ce me semble, une petite pièce de théâtre qn'U a fait imprimer. On ne s'explique pas qu'il ait pn- bUé certaines lettres de sa femme dans la Femme infidèle et dans Montieur NieoUu, où il la déshonore en se déshonorant lui-même (voy. tome X, pag. 2842 et soiv.). Psîmésesux, qui ne parie pas du divorce demandé et ofaienu par M"* Restif de la Bretonne en 1794^ a inséré, dans la préface de sa NoUoe, une lettre que cette dans Teuive lui avait adressée :

« Paris, 18 octobre 1806.

« Je suis trop charmée. Monsieur, de l'honneur que vous m'aves fait par la demande de quelques traits intéreesauls, qui puissent être insérés dans l'Élog» de feu mon mari (dont, par bonheur pour sa famille, vous roules bien vous charger), pour ne pas y répondre avec empressement. Mais des mal- heurs, que toute la prsdeaoe liumaine ne pouvait prévoir, m' ayant séparée de cet homme de mérite en 1784, je né puis me Uvrer au doux plaisir que j'au- rais à chanter ses louanges, si le démon de la ^corde n'avait pas empoi- sonné de son souffle impur fesprit do oet homme naturellement bon. Cela Ait oaune que, durant vlngt^ix années, je nTeus aucune coonaissaiice ni de ses aAûres, ni de sa conduits : en rain je lui écrivais ; on interceptait mes lettres. Ainsi, tout ce que je puis dire en ce moment, c'est que^ durant tout le temps que j'ai passé avec kd , j'ai eu la satisfaction de voir dans mon mi^ un


U NOTICE HISTORIQUS IT CEITIQtl SUE LA VIS

plus méchante qu'elle), M. Nicolas, pauvre, avili, végète dans la misère jusqu'en 1765. Durant cet intervalle, la seule connaissance honnête qui lui reste, est Bathilde TAlsacienne, une prostituée!

C'est de cet abîme profond que le tira Rose Bourgeois , image presque parfaite, par la figure, de M** Parangon; il en devint épris à l'excès : sans connaître cette jeune personne, sans lui parler plus qu'à Jeannette Rousseau, elle produisit le même effet sur lui ; elle l'électrisa ; il se mit au travail, et il produisit la FamiUe vertueuse^ le premier de ses ouvrages. Quoique ce pre- mier jet ne fQt pas suivi du succès, M. Nicolas eut la témérité de quitter son état, et de compter sur le nouveau, en mangeant le produit de la Famille vertueme. Il fit trois ou quatre autres romans : Lueile^ la Confidence nécesioire, le Pied de FancheUe et la Fille naturelle. U eut trois louis ^ du premier; il perdit le second par mauvaise foi ; mais le troisième et le quatrième le nourrirent, jusqu'au Pomographe, la première de ses œuvres qui eut un succès marqué. Pendant qu'un libraire l'alimentait avec le rapport de ses derniers ouvrages, dont il perdit la moitié par banqueroute, il

« homme fort ntile au public , de plnsienrs manières. Xai vu avec admiration « plus de vingt pèrea de famille ne subsister, on nombre d'années considérable, « que sur le travail que leur procurait cet auteur si laborieux. Il donnait tou- te jours la préférence aux pères et mères chargés de nombreuse famille, et sur- « tout aux plus infortunés ; car il était fort dbaritable. Si un vieillard, homme H ou femme, lui demandait Taumône, U le conduisait dans une petite auberge, M pour lui faire donner un ordinaire et une chopine de vin. Pour refuser on « homme Agé , Il aurait fallu qu'il n'eût rien sur lui. H est aussi ficheux pour « les pauvres, que pour lui, que ses affaires aient mal tourné ; mais malheuren- « sèment , comme il avait mis son patrimoine dans l'impression de ses œuvres, ■ il se trouva ruiné par les assignats et autres causes dont il ne put se ga- « rantir, par rapport à sa grande bonté.

« Je désirerais bien. Monsieur, qu'il f(it possible de tirer l'esprit de sa très- « nombreuse coUection, qui deviendrait sûrement bien précieuse au public, « lorsque le génie et le goût de MM. Palméxeaux et Mercier y auraient ajouté « un nouveau prix. Si j'avais l'esprit et le génie de M** la comtesse Fanny de « Beauhamais, je vous oflirirais'mes services ; mais, en me rendant justice, je « n'ai à vous offlrir que les regrets que me cause mon incapacité, ainsi que « le témoignage de la considération respectueuse, avec laquelle j'ai l'honneur

u d'être, etc.

« Veuve Rbstif, née Lbbboub. »

< Tous ces détails m'ont été racontés par lui-même. {Note de roa/ear.) Le métier littéraire fot, en effet, pour Restif, le plus ingrat des métiers; il ne le cache pas dans plusieurs endroits de ses ouvrages , et notamment dans une addition de six pages, qu'on ne trouve, à la fin du tome IV de la Déeomyerit austraie^ que dans les exemplaires non cartonnés. Cette note, que nous avons citée à l'article des CoiUanporainet , établit d'une manière exacte les sommes


XT US OUVRÂGIS DS BSSTIF Dl LA BBSTONNS. 13

imprima VÉcoie de la jeunesse^ les Lettres d'une jeune fUle à son pére^ le Ménage parisien ^ la Femme dans les trois états ^ le Fin MaMSy traduction espagnole.

n végétait, perdant, avec mi mauTais libraire, les deux tiers des produits, quand il acheva le Paysan pervertiy composé la nuit, après la journée donnée aux impressions. Cet ouvrage le fit con- naître; il quitta ses mauvais libraires ; il vendit, à un meilleur, son École des Péres^ son Quadragénaire^ sa Malédiction paternelle j la Vie de mon Pére^ la Découverte australe ^ les Contemporaines^ 42 vol., et une troisième édition du Paysan avec la Paysanne, Il gagna cinquante-six mille francs, en dix années. Il devint riche. Il réunit, en une seule édition, le Paysan et la Paysanne pervertis; il réimprima le Pied de FanchettCy la Fille naturelle , le Pomographe^ la Femme dans Us trois États; 30 vol. des Contemporaines, Il imprima la Dernière Aventure d^un homme de quarante^nq ans^ les Françaises y les Parisiennes ^ le PaUns-Boyal ; les Provinciales, 12 vol. ; les Nuits de Paris, 16 vol. ; le Drame de la Vie, 5 vol. ; un Almanack des Modes*, quelques Pamphlets contre l'abbé Maury, 3 vol. i des Costumes de 1760 à 1788, estampes de Moreau, pour Fédition Magna Charta.

Forcé, après sa ruine opérée par les payements en assignats, de suspendre ses impressions, il composa, sans les- imprimer, les Lettres du Tombeau*, V Enclos et les Oiseaux, les Mille et une


THÛmeiit dériaolres qve Rsstif aurait tirées de ses liTres, jusqu'à ce que le snc- oès des Contempora in u lui eftt donné des bénéfices qui loi firent une petite for- tone» que les assignats de la RéTolution devaient lui enlerer.

  • Noos avons dierché inutilement dans les bibliothèques cet Almanoeh des

Modett qui n'est pas connu des bibliographes et qui n'existe pas, k moins qu'il n'ait paru en Allemagne^ à Nieuwed sur le Rhin, ou en Suisse, à l'époque où la publi- cation des estampes de Moreau et de Freudeuberg, avec un texte de l'auteur des Cen^mporatMt (1789), mettait en vogue le talent de Restif pour la descrip- tion du costume physique et moral de son temps. Quant aux trois volumes de pamphlets contre l'abbé Mauxy, nous indiquons plus loin dans la Bibliographie plusieurs de ces pamphlets anonymes, qui peuvent être attribués à Restif; au reste, Restif ne parie pas de FabbéMaury dans ses écrits; il n'avait donc été que l'agent secret et complaisant de Mirabeau, qui se servit de la presse clandes- tine pour attaquer son éloquent adversaire avec les armes de la calomnie et de la satire. Nous ne savons pas quel peut être l'ouvrage que Palméseaux désigne plus loin sous le titre de Bioênm, Ne serait-ce pas plutôt les Hêoieê^ dont Restif a parié dans ses annonces d'ouvrages et dont il nous reste quelques frag- ments, bien extraordinaires , imprimés en appendice dans les Poêthmnu ?

  • n est asses étrange que Palméseaux, Thabitué indispensable du salon de

la comtesse de Beaubamais, son ancienne maîtresse et son invariable amie,


U NOTICE HISTOaiOUS KT GRITIQUS S0R Ul VIS

Métamorphoses^ les Béveries et une AnMmHHe^ qu'il avait dessein de supprimer entièrement ^

Voua le précis de sa vie littéraire.

Revenons & ses aventures. La première qui se présente après son mariage, c'est sa liaison avec Maine Blonde ; vient ensuite celle avec Glaudon et Marianne Roullot, où il y a de la philosophie.

Mais ces petites passions sont étouffées. Du sein de sa nullité, M. Nicolas semble renaître avec Adélaïde Nécard. On trouve ici une journée unique, délicieuse, étrangère & tous les romans : il faut la lire ; elle est également intéressante dans le Caswr humam dé^oUé^ et dans le Brame de la vie, où elle est mise en scène.

Les aventures suivantes, avec Désirée, Bathilde, Sailly, ne sont rien, en comparaison

J'ai dit que Rose Bourgeois et sa jolie sœur Eugénie l'avaient rendu à la dignité d'homme, et l'avaient fait auteur. Il ne se lia plus avec personne jusqu'en 1768, qu'il connut la déUdeuse^ Élise

cite comme inédites Ut Lettres du Tombeau, qui ayaient été laes, an Air et à mesure de leur composition, dans ce salon où Restif avait aussi sa place, et qui furent imprimées, sous le titre des Potthunu», en 1802. U faut donc supposer que Tédition entière avait été mise sous le séquestre, avant qu'elle eût paru, et, en effet, elle n'est pas annoncée dans la Bibliographie générée de la Fraiwe^ de Treuttel et Wûrtx. Bouchot n'en parie pas non plus dans son article nécrolo- (pque sur Restif de la Bretonne, publié dans la Décade, ou Revue philoeophique, littéraire et politique^en mai 1806. On peutjdonc assurer qu'à cette époque Restif était peut-être le seul qui possédât un exemplaire de ses Potthones, lesquels ne furent mis en circulation que longtemps après et presque dandestbiement. Le séquestre n'ayant pas été levé d'une façon régulière et l'ordonnance de saisie se trouvant maintenue en principe, lee Potthumee ne figurèrent donc Jamais dans les catalogues imprimés de cabinets de lecture , et ▲. Marc ne les a pas même citées dans son DieHonMire de» JHomans aneiene et modemee (Paris, 1819, In-S).

I Palméieaux connaissait sans doute rAnH-Juttine^ puisqu'il parie de l'inten- tion qu'avait Restif de la supprimer entièrement ; on peut même supposer qu'il l'avait lue sur les épreuves, car il était friand de ces sortes de livres. U est certain cependant que Restif n'osa pas lire celui-ci dans le salon de la comtesse de BeauharLais, quoique cette dame ne se soit pas scandalisée de lalecture des Poethumee, Restif annonce plus d'une fois, dans les catalogues de ses ouvrages, la prochaine publication de FEnclo» et des Méta m orphoeee, Yojem dans la Biblio- graphie ce que nous avons dit de ces deux productions, qui étaient certainement à peu près achevées et dont la première seule avait été mise sous presse. Restif avait préparé et commencé beaucoup d'autres ouvrages, qui se sont trouvés mi manuscrit dans ses papiers, après sa mort, et qui auraient été, nous a-t-<m dit, confiés par ses filles à Sébastien Mercier. Ils existaient, du moins, en partie, parmi les manuscrits provenant de Mercier, lesquels ftirent briUés vers 1818 par la personne qui en était dépositaire.

  • Je donne à toutes ces dames , que je n'ai pas eu l'honneur de connaître, les

mêmes épithètes que leur donne l'auteur, dans Montieur NieoUu^ ou le Cent humain déwnlé, que j'ai lu et relu plusieurs fois, {yote de Vauteur.)


ET LK8 OUYBAaSS DS BISTIF DE LA BBETONNE. U

Tulout. Ja quitta, parce qu'étant marié, il ae pouvait s'attacher solidement ^

En 1769, il connut Victoire, qui a donné pour lui à la rue Saintonge un charme qui dure encore; et ce fut Teffet d'une demi- journée, tant il est vrai que c'est moins la durée que la force du charme, qui déifie une fenune dans le cœur de son amant.

Pendant trois ans vraiment remarquables, il n'arrive rien; mais, à cette époque, paraissent Louise et Thérèse , ces deux enchano teresses. Tune par l'amour, l'autre par l'amitié, dont le charme ne doit pas cesser K Ce qu'il y a de singulier, c'est que, dans le Drame de la Fie, il n'a jamais pu faire une pièce passable de cette aventure si bien sentie. Louise le rendit père de Fillette, la douceur de la vie de son père, si la mort ne la lui avait pas enlevée, au moment où il avait le plus besoin de ses consolations filiales.


t RMtif, malgré ses oommémoralioiii et set aimiTWtaiMS de regret pour les personnes qu'il avait aimées (il y revient sans cesse dans Motuiew Nicoloi), n*était pas anssl sensible qu'il vent bien le paraître. Ainsi, cette Élise Tulout, qn*U a divinisée comme tant d'autres dans son Ccnr humain déooUé, lui avait écrit le 20 avril 1780, par Tentremlse de la veuve Duchesne, libraire : « Trois années d'absence n'auront peui-étre banni de votre mémoire ni mon nom ni ma personne ; du moins. J'en juge par moi. Dana cette persuasion, je m'adresse à vous, pour une petite affaire. » Elle lui demandait donc un rendev-vons, cbec elle, à l'ancien Bureau des foins, et elle le priait de lui faire savoir d'avance le Jour et l'heure du rendes-vous. Restif répondit qu'il était malade et ne voyait personne. M"* Tulout lui adressa une lettre très-digne ettrès-spiritueUe, qui ne ftat pas la fin de leurs relations : « Vous êtes malade ! M disait-elle, je vous plains de toute mon ftme ; cependant je me dis: Cest sa faute ; s'il eût pu comprendre quel baume salutah^ que la tendre, que la douce amitié, il ne serait pas ma^ lade ; non, il ne le serait pas. Ses peines ainsi que son mal ne viennent que de lui !... Mais ce mal n'est pas ce qui vous empêche de paraître à mes yeux. Deux moti£i, tous deux ii^urieux, sont le grand obstacle : l'un, que vous n'aves pour une amie généreuse aucun égard, parce que vous croyea qu'eUe ne le mérite pas ; l'antre est la crainte que cet exeellent eœtw n'aille mal à propos se souve- nir... et qu'alors les reproches... que sais-je ? S'il n'était rien de tout oela»votre mal de poitrine ne me priverait point de votre vue, et, bien persuadé de mes sentiments, vous viendries non-seulement i^prendre ce que J'avais à vous dire, mais encore épancher vos maux dans le sein de cette amitié dont Je parlais à Finstant : eUe n'est pas cosama l'amour, rien ne la rebute, rien ne la choque, que le mal qu'eUe voudridt partager, pour alléger l'être qu'elle afane,si cela se pouvait... » Cette lettre semblait un adieu définitif, et Restif n'en Ait pas trop ému, car U était trés-occupé de Virginie, qui le quitta brusquement. U revint donc à Élise Tulout : « Je sentis alors, ditpU {Moiuieur Nieoioi, tome XI, page 3909), c<»nbien l'amitié est plus faite pour les hommes de mon Age, que l'amour. »

  • L'épisode de Louise et Thérèse, dans Monnmtr NicoUu, tome X, page 2768-

2819, est un chef-d'œuvre incomparable, qui devrait être, comme Mmon Le$eautt mis à sa place dans notre littérature.


16 NOTICE HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LA TIE

Louise est la dernière femme qui ait aimé le héros. Aussi, ni Virginie^, ni Sara>, ni Félicitette ', ne Font effacée ; quoique la pre- mière des trois, après Tavoir tourmenté, lui ait apporté quelques consolations.

Quant À Sara, elle ne lui donna qu'une lueur trompeuse de bonheur. Félicitette n'inspira pas une passion; ce ne fut qu'un goût superficiel. Ainsi le titre de la Dernière Aventure d'un homme de quarante-cinq ans a été pleinement yérifié.

Tel est le tissu de l'ouvrage.

Dans le tome septième des dix-neuf volumes que contient le Cœur humain dévoilé^ ou la treizième partie des vingtnquatre, en comptant k Drame de la Vie^ on voit encore le Calendrier du héros, qui contient un volume entier. Les trois volumes suivants sont remplis par la Philosophie de M. Nicolas. La quatorzième ou diz-eeptième partie comprend sa Morale, et quelques juvénales. La quinzième ou dix-huitième, sa Religion et sa PoliUque, avec quelques juvénales. Enfin, dans la seizième ou dix-neuvième, on trouve la revue de ses ouvrages; ce volume est aussi terminé par des juvénales sur différents abus.

Le Drame de la Vie supplée à diverses circonstances omises ; outre qu'il met en action différents récits plus marqués que les autres, ce dernier ouvrage prête quelquefois à l'imagination. La première pièce est intitulée : Madame Parangon ; c'est la meilleure ; la seconde, Zéphire; la troisième, Agnès; la quatrième, Agnès et Adèlaide de Nécart; la cinquième, Base et Eugénie; la sixième. Élise Tulout; la septième, Louise et Thérèse ; la huitième, Virginie; la neuvième, Sara; la dixième, Félicitette; la onzième. Fil-


I Les amoart de Restif avec Virginie sont rmcontéa dan* le tome X de JfM- fiMT Nieoia% page S855 et anir., et dana le Quadragénaire^ « qui n'eat antre chose, dit41, que rhistoire de ma liaiaon avec elle, un peu déguisée. » Restif avait fini par entr^emr Virginie, et il l'aToue dans ses Mémoires, en disant qu'il ayût voulu savoir comment était traité un amant qui payait.

L'épisode de Sara Debée, qui avait déjà fourni à Restif le siget de la Dernière aoenture d^vn homme de 45 an», publiée en 1783, remplit tout le 12« vo- lume de Monneur Nicolas. Cette version est bien supérieure à la première, et c'est 1* seule qu'on devrait réimprimer comme un des chefs^'œuvre de Restif. Sara se mêlait d'écrire des comédies, et Restif en a publié une dans aes propres ouvrages. Voyes son Théâtre^ dans notre Bibliographie.

s G*est M*^ Félicité Ménager, sœur d'un directeur des Aides, qu*il nomme FéUdtette Prodiguer. On ne doit pas la confondre avec Félisette, qu'il avait aimée en 1783 et qui n'est autre que M'** Minette de Saint-Léger.


ST LKS 0UYRAGS8 DE BS8TIF DE LA BASTONNS. 17

lette^ etc Les entre-pièces sont remplis par des scènes déta- chées, qui ne laissent pas de lacunes.

Le CoBur humain dévoilé est donc réellement composé de vingt- quatre volumes , auxquels doit être annexé le vingt-sixième des Ntiits de Paris j que le libraire Mérigot ne vend pas *» mais qui a tant de connexité avec le Cosur humain qu'il y est cité plusieurs fois.

Je ne dissimulerai pas que , pour porter ce volumineux ouvrage à sa perfection, il faudrait le retoucher, le réimprimer, et y joindre le Catéchisme de Morale, physique, religieux et politique, dont Fauteur s'occupa long-temps. Ce nouvel ouvrage, qui pourrait être mtitulé : le Véritable Système de la Nature , donnerait un supplé- ment nécessaire, tant à la Philosophie de M. Nicolas , qu'aux Ixois petits traités contenus dans les quatorzième, quinzième et seizième volumes du grand ouvrage'.


t « J'ai déjà exposé, dit Restif dans Mormeur NieoUu (tome XYI, page 4739), comment je n'avais pas dit ce que je voulaiSf dans mon XVie volume (des Ntdt»), qu'on a tout cartonné, en le brochant. Cependant ce volume, tel qu'il est, renferme une foule de traits si frappants qu'ils ont efflrayé le libraire Mérigot, qui a maintenant les 13 premiers volumes, mais je le donnerai avec le Drame de la vie, » Le XYI0 volume des Nuits fut publié, en effet, à la suite du Drame de la me, pour le fure passer inaperçu, mais aucun libriUre n'osait le vendre, même en 1806, puisque Bouchot n'en fait pas mention dans la notice nécrolo- gique de Restif de la Bretonne.

  • Restif ne ^rle pas, dans Mofuiewr Nicolas y du traité philosophique que

Palméseaux cite ici comme un des ouvrages les plus importants de l'auteur : il faut en inférer que le Catéchisme de morale^ physique ^ religieux et politique^ ne flit composé que dans les dernières années de Restif, c'est-à-dire depuis 1797, date de Timpression des tomes XIY, XV et XYI de Monsieur Nicolas, Nous avons remarqué, dans le Dictionnaire des ouvrages anongmes, de Barbier (2* édit., 1822-25, tome III, p. 35), un titre de livre, qui poumût bien être l'ouvrage même cité par Palméseaux : « la Philosophie du Huvarebohni (vrai bonheur, en ana- gramme), pays dont la découverte semble d'un grand intérêt pour l'homme^ ou Récit dialogué^ par P. J. J. 5*** (Sponville) et Nicolas Bugnet^ sans nom et sans date (vers 1805), 2 vol. in-12. » Barbier ajoute en note : « Voici la clef de quelques noms employés dans cet ouvrage : Ruvareheuxis^ vrais heureux; Ponélano^ Na- poléon ; îçanarfsj Français. » Cette citation semblerait se rapporter à l'ouvrage dont Palméseaux souhaitait la publication en 1811, mais l'imprimé n'est men- tionné nulle part dans les bibliographes, et nous doutons fort qu'il ait été publié. Quoi qu'il en soit, on en réimprima l'analyse, peu d'années après, sous ce titre : Catéchisme social ^ ou Exposition particulière des principes posés par feu P. J, J, *** S. ***, dans un ouvrage inédit, auquel il a donné pour titre : Recherches sur la nature des êtres sensibles; par Nicolas Bugnet. Paris^ Le Nor^ mandy 1808, in-12 de 72 pp. Voilà probablement un extrait du livre que Palmé- leaux aurait voulu intituler : Véritable Système de la Nature. Nous ne voyons qu'un pseudonyme dans ce nom de Sponville, que Barbier nous présente comme


16 HOTIGB HISTORIQUE ST CRITIQUE SUR LA VIE

Voilà un aperçu bien léger, mais à peu près exact, de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne ; mais si je m*y suis étendu large- ment sur Jf . Nicolas, ou le Cœur humain dévoUéj faudrart-il que je fasse de même pour ses autres ouvrages? Non, certainement; c'est ce que je ne ferai pas. Une analyse détaillée de tous les ouvrages de Restif fournirait au moins cent volumes, et les bornes que je me suis imposées ne me permettent pas d'extravaser le génie de cet homme extraordinaire.

Je dirai cependant que le Paysan perverti est un ouvrage trè^ remarquable, par la rapidité de la narration, la force du style, la variété et le contraste des caractères ; je dirai que la Paysanne pervertie ne le cède en rien au Paysan perverti , et que ces deux ouvrages réunis ensemble, tels que les a publiés Restif de la Bretonne, quelque temps avant sa mort *, forment un des monu- ments les plus singuliers de la littérature française du dernier siècle. Je rappellerai au lecteur que le seul Paysan perverti^ a eu qua-

celui de l'auteur. Nous chercherions plutôt, dans les initiales mises en tAte de la PhUoêophie du Ruoarebohnij les noms de Jean de Vert et de Saxancour, que Restif avait adoptés à l'époque de ses quereUes avec son gendre. Quant à Nico- las Bugnet, ce serait le graveur en bois Beugnet, qui était lié particulière- ment avec Anne Lebègue, épouse divorcée de Restif. U faudrait donc supposer que la Philosophie du Muvarebohni ne fut imprimée qu'après la mort de Restif et se trouva supprimée par la censure impériale, comme l'avaient été les Pos- thumes , par la censure consulaire.

  • Ce n'est pas « peu de temps avant sa mort », mais bien en 1784, que Restif

publia, dans une édition homogène, le Paysan et la Paysanne pervertis. Yoj. à cette date notre Bibliographie. Mais nous croyons qu'il Ht de nouveaux titres k cette édition, en 1794, pour essayer de vendre les exemplaires qui lui restaient. Le moment était mal dioisi : il y avait peu d'amateurs de romans, en pleine Terreur, ou du moins on ne publiait alors que de petits romans erotiques, en 1 ou 2 volumes in-18. Le marquis de Sade lui-même était citoyen actifs et n'im- primait rien, excepté des Adresses patriotiques dans les journaux révolution- naires. Restif se tenait caché et faisait le mort.

  • Les quarante-deux éditions du Paysan perverti^ faites en Angleterre , n'ont

jamais existé que dans l'imagination de Restif. Un mystificateur (c'étut le métier à la mode) avait raconté cette énorme bourde à l'auteur de ce roman, qui Ait très-bien accueilli en France, mais qui ne trouva pas d'échos en Angle- terre, où les romans français ne pénétraient que bien rarement, car ces romans étaient beaucoup trop libres pour plaire à des lecteurs anglais. Restif accepta sans contrôle, avec sa naïveté ordinaire et son aveugle orgueil, le fait incroya- ble des quarante-deux éditions du Paysan perverti , et depuis lors il ne cessa de le répéter lui-même, le plus sérieusement du monde, non-seulement dons ses livres, mais dans tous ses prospectus, dans toutes les annonces de la collection de ses œuvres. Dix ans après la publication du Paysan perverti et au moment de l'apparition de la Paysanne^ un nommé Lanigan, peut^tre un autre mystifi- cateur, écrivait à Restif, le 30 octobre 1785, en datant sa lettre du café de l'Uni-


ET LES OUVRAGES DE RESTIF DE LA BRETONNE. »

rante-deux éditions en Angleterre, et que l'on peut en conclure qu'il y a quelque mérite dans cet ouvrage, puisque la nation de TEurope qui se connaît le mieux en romans a paru en faire tant de cas. Il y a, je Tavoue, des tableaux horribles et même dégoû- tants dans le Paysan et la Paysanne réunis. Le marquis italien est un monstre, qu'il faudrait étouffer entre deux matelas ; Gandet est un autre monstre, digne à la fois de la roue et de l'apothéose ; mais que ne pardonne-tron pas, en faveur du beau caractère de Loiseau, et surtout en faveur de celui d'Edmond, jeune homme toujours simple et toujours abusé, toujours confiant et toujours trahi; jeune homme, enfin, presque toujours criminel, quoique toujours vertueux? Que dirai-je des Contemporaines^ ^ autre ouvrage de Restif de


Tentté, rae SaintJacques, aa coin de celle des Cordiers, pour loi offrir de faire traduire en anglais la Pay«an>i« pervertie y par un anki qu'il arait à Londreii, « dans rintention que, si cela réuMîsaait, il entreprendrait la traduction des antres ouvrages » de l'auteur. Le sieur Lanigan ajoute : « H m'a tait réponse qu'il ne demandait pas mieux et de lui en envoyer un exemplaire aussitôt qu'il serait en mon pouvoir. Comme il a une fortune indépendante et rien du tout à £ûre, cela sera pour lui un amusement honnête. Mais, avant que de le lui en- voyer, j'ai voulu savoir si vous avies chargé quelqu'un d'en faire la traduction en cette langue , et si fe Paytan perverti est déjà traduit. • Restif remercie son traducteur Aitur, en offirant de lui donner les feuilles de ses livres, à mesure qu'elles s'imprimeraient, afin que le sieur Lanigan les adressât directement à la personne qui se chargerait de la traduction^, mais il se garde bien de dire que le Paytan t^t déjà traduit. Voy. les lettres 135 et 139, à la fin du tome XXI de la seconde édition des Contemporaineê, Nous ne pensons pas que la Paysanne ait été traduite, non plus que le Paysan, en Angleterre ; la traduction, en allemand, du premier de ces deux ouvrages, ne parut même qu'en 1791, et la Paysanne ne ftit pas traduite en Allemagne. Mais Restif répéta, jusqu'à sa mort, que son Paysan avait eu quarante-deux, éditions dans le pays des romans de Fielding et de Richardson.

' Le Sie vos non vobis de Virgile , devenu proverbe avec beaucoup de raison, est surtout applicable à Restif de La Bretonne. Plusieurs auteurs dramatiques ont puisé le sujet de leurs pièces dans les Conten^>oraineSj et n'en ont rien dit à personne ; entre autres, les autours de Benoit^ ou le Paumre de Notre-Dame ^ joué avec succès au théâtre du Vaudeville. Je développerai cette vérité, en parlant plus loin du Théâtre de Restif de la Bretonne ; Théâtre qu'on a pillé plus encore que les Contemporaines; Théâtre qfoï ne mérite point l'obscurité où U est plongé, et qui ferait la réputation d'un homme, s'il était mis en lumière. {Note de hau- teur.) Depuis que Palméseaux publiait cette note, les auteurs dramatiques ont fait une foule d'emprunts, plus ou moins déguisés et plus ou moins heureux, aux œuvres de Restif de la Bretonne. La Paysanne pervertie, drame en 5 actes, par Dumanoir et Dennery, fût représentée, avec beaucoup de succès, en 1857. Voyes le curieux article de M. Ch. Matharel de Fiennes, dans le feuilleton du Sièele du 27 octobre de cette année-là, article dans lequel on trouve des détails ihtéreasants sur la vie de Restif. Mais la plupart des v^e^ de pièces, tirés des


90 NOTICE HISTOEIQUS ST CEITIQUS SUR LA. VIS

la Bretonne, qui a eu le plus grand débit, et qui à tous égards le méritait? N*y trouve-t-on pas une inépuisable fécondité d'imagi- nation, et une variété de caractères plus inépuisable encore? Restif de la Bretonne adorait les femmes; c'est dans cet ardent amour qu'il a puisé son talent; cet amour a été à la fois père de ses fautes et de son génie. Eh bien 1 que l'on me dise si toutes les nuances du cœur des femmes n'ont pas été développées dans cet ouvrage? N'en a-tril pas sondé les replis les plus secrets ? Et, quoique ado- rateur des femmes, n'en a-t-il pas dévoilé les défauts, les vices même, avec autant de force qu'il fait briller leurs vertus? S'il a vertement critiqué les jolies femmes bourgeoises de la rue Saintr Jacques, n'a-tril pas élevé jusqu'aux cieux M"' Parangon^? Cette femme, épouse d'un imprimeur d'Auzerre, fut la première idole de notre Nicolas, et jamais il ne la perdit de vue ; il lui donna le nom d'un caractère d'imprimerie {parangon) , et certes il fit bien, car, comme Restif de la Bretonne fut toute sa vie imprimeur, c'était le moyen de ne jamais l'oublier. Aussi en parle-tril, dans presque tous ses ouvrages, avec le plus vif enthousiasme.

Mais revenons à l'ouvrage intitulé : les Contemporaines. Restif de la Bretonne y peint la Mauvaise Mère, la Bonne Mère, la Bonne Fille , la Mauvaise , l'Épouse qui fait son Mari ce que l'on sait , l'Épouse qui lui est fidèle. Tout, dans cet ouvrage admirable, vit par les oppositions et les contrastes. Disparaissez, Contes moraux de Marmontely tant vantés 1 vous n'êtes rien auprès des Contem- poraines. Vous, monsieur Marmontel, vous étiez rédacteur du Mercure de France, et, en cette qualité, bien pensionné par Louis XV, lorsque vous avez fait vos Contes moraux. Restif de la Bretonne était un pauvre prote d'imprimerie, qui peut-être avait la bonhomie de corriger les fautes d'orthographe de vos manus- crits, mais le prote d'imprimerie l'emportait bien sur vous. Monsieur l'Académicien. Vous avez peint. Monsieur l'Académicien, ce qui se passe dans les maisons riches, dans les salons dorés, et quelquefois aussi dans les campagnes; mais vos paysannes sont maniérées et enjolivées, Monsieur l'Académicien : vous

oaTrages de Restif, n'ont été ni reconnus, ni signalés ; par exemple, la fameuse Timlnde d'argent^ des Bouffes-Parisiens, ne serait, dit-on, que rimitation d'une nouvelle des CtmtempormnMf etc.

  • Son vrai nom était Mn« Ponmier, née Cosurderoy. Voyei dans la Bibliogra-

phie le chapitre de Motaiewr NicoloÊ. •


KT LBS OirVRAGES BK RESTIF DK LA BRETONNE. 21

leur donnez tout votre esprit , toutes vos grâces factices ; et Restîf de la Bretonne ne vous ressemble pas : il peint à grands traits, et souvent avec finesse, car Tun n'empêche pas Tautre, la Jolie Ëpîcière, la Belle Limonadière, et tout ce qu'il a vu de beau et de joli enfin dans la Confiseuse, la Bouclière, la Polisseuse, la Tonnelière, la Brocheuse, la Blanchis- seuse, etc., etc , et jusque dans la Fille du Savetier du coin.

La mode était, de son temps, de faire des contes moraux. M"« des Uncis, MM. Marmontel, la Dixmerie, Willemain d'Aban- cour, le célèbre Mercier lui-même, tous ont fait des contes moraux; mais aucun de ces contes, quoique fort agréables d'ailleurs, ne peut l'emporter sur les Contemporaines de Restif de la Bretonne, soit pour la variété des caractères, soit pour le pittoresque des situations. La prétendue bonne compagnie dira : « n n'a peint que les femmes du peuple !» Eh I pourquoi mépriser les femmes du peuple, surtout lorsqu'elles sont jolies ? La véritable noblesse pour les femmes est bien plus dans les grftces de la figure que dans les armoiries de leur mari. Restif a peint , d'ailleurs , des femmes de qualité ; mais elles sont moins intéressantes que les roturières.

Restif n'aimait point la noblesse , quoiqu'il ait fait imprimer sa généalogie ; et cependant il s'attachait volontiers aux femmes de condition, qui joignaient la beauté du visage à la noblesse dé leurs aïeux ; et M*** de Beauhamais a été de ce nombre ; mais Restîf de la Bretonne était déjà vieux, lorsqu'il a connu M"* Fanny de Beauhamais *.


< La comtes«6 de Beatthanuda, qui était la mahresse avouée du chevalier de Cubièree de Palméseaox, après avoir été ceUe de Dorât, eut, pendant plus de quarante ans, un des salons littéraires les plus brillants et les plus curieux de Paris. Restif y Ait présenté, au milieu de Tannée 1787, et il ne cessa jamais d'y venir assidûment, une ou deux fois par semaine, jusqu'à sa mort. Il a fait un éloge délicat de la comtesse de Beauhamais et de son salon, dans ifoiuirar NUolat , tome XI , p. 3179 et sniv. « J*ai vu ches la comtesse, dit-il avec malice, Cubières, successeur de Dorât. » C'est ches la comtesse de Beauhamais qu'U faisait, après souper, des lectures de tons ses ouvrages. Le baron de Lamothe- Langon, qui l'avait rencontré dans le salon de cette dame, en 1803 et 1804, nous a dit que sa tenue était déplomble et qu'il faisait horreur k toutes les per- sonnes qui le voyaient pour la première fois ; son caractère, aigri par l'orgueU et par le malheur, était si répulsif, qu'il fallait toute l'indulgence et toute la bonté de la com t esse de Beauhamais, pour le tolérer et le faire supporter aiw antres. On peut imaginer le contraste que devait produire , dans cette maison riche et distinguée, le costume excentrique et misérable de Restif, qui n'avait pas changé d'Iiabit pendant quinse ans et qui s'en vantait!


22 NOTICE HISTORIQUE ET CRITIQUE 8UB LA. VIE

Le Paysan perverti (car j*aî toujours le nom de ce roman au bout de ma plume), le Paysan perverti y dis-je, renferme un but moral très-prononcé : celui d'empêcher les pères des provinces d'envoyer leurs fils dans la capitale, séjour af&eux, où le vice tend sans cesse des pièges à la vertu, et d'où il est si rare qu'un jeune homme revienne avec ses mœurs , sa probité , son argent et son innocence.

Lorsqu'à son retour des galères, Edmond vient seul et la nuit, dans une église de village, pleurer sur la tombe de ses père et mère, qu'il a fait mourir de douleur par ses déportements; lors- qu'après avoir pleuré sur leur tombe, il vient pleurer encore sur un banc de pierre, non loin de la maison de son frère Pierre, et qu'il n'ose point y entrer, retenu par le repentir et la honte; lorsque le frère Pierre et sa femme, ayant entendu quelque bruit à leur porte, croient que ce sont des chiens qui l'occasionnent; lorsque Pierre, frère d'Edmond, lance une grosse pierre pour les écarter , et que cette grosse pierre, au lieu de tomber sur les chiens, tombe sur Edmond lui-même, et le blesse dangereusement; lors- qu'Edmond, tout ensanglanté, s'éloigne, et que Pierre et sa femme viennent, pendant son absence momentanée, se reposer sur le banc de pierre où Edmond a tant pleuré ; lorsque Pierre et sa femme éprouvent de l'humidité, que Pierre dit à sa femme : u Éloignons- nous, ma femme ; ce banc est trop humide de la rosée ; » et lors- qu'Edmond, qui n'était pas loin, et qui les entend, s'approche toutrà-coup, et leur dit d'une voix entrecoupée de sanglots : « Ce n'est point la rosée qtà Va rendu humide, ce sont mes larmes ! » Y a-t-il, dans aucun roman, soit national, soit étranger, une situa- tion plus douloureuse et plus déchirante ? Y a-t-il même un mot plus touchant et plus sublime * ?

Parlerai-je maintenant, sans en faire l'analyse, des autres

1 Cest Dutartre de la Bourdonné, riche Anancier, ami de Batel-Dumont, qae ce passage du Paysan pmverti a^ail si vivement impressionné, qu'il disait à Restif lui-même : «J'ai lu tous nos bons romans; aucun n*a fait sur moi la moindre sensation^ pas même Paméla, ni Clarisse, ni l'JTMbbff. Vous êtes le seul qui m'ayies fait tressaillir et pleurer une fois, dans votre Paysan. C'est lorsque Edmond a été génir sur les tombeaux et qu'il s'est retiré, à l'approche de deux époux vertueux; il écrit : « Tu as dit à ma femme : Alles-vous-en ; il 7 a du « serein, la rosée pourrait vous ûUre maL.. La rosée, c'étaient mes larmes I > J'ai senti mon cœur se oontraeter et bondir... J'ai fecmé le livre et savouré le seul attendrissement de lecture et de théâtre, que j'eusse éprouvé de ma vie* » {Monsieur Nicolas, tome XI, page 3203.)


ET LIS OUVRAOSS DE RESTIF I» LA. BBETONNE. 23

ouvrages de Restif de la Bretonne, que j'ai seulement indiqués? Non, je dois faire un choix dans ces ouvrages, comme un choix dans mes éloges. Voilà pourtant que la Vie de mon Père me tombe sous la main. La Vie de mon Père! Que ce titre est intéressant pour les ftmes s^isibles et reconnaissantes! Il n'y a point, dans la Vie de mon Pére^ les mêmes défauts que dans le CcBur humain déwdU; il n'y a point surtout les mêmes taches qui salissent ce grand ouvrage; il n'y a point l'énergie, la profondeur et la force, qui dominent dans le Paysan perverti; mais si Restif ^de la Bretonne n'avait fait ni le Paysan perverti, ni le Cœur humain dévoilé, il est certain que la Vie de mon Père serait son chef-d'œuvre. Dans le Paysan perverti, il ne peint guère que des crimes; dans le CcBur hwnain dévoiié, il y a des détails qui font frémir la pudeur et même l'innocence. Ici tout est pur, majestueux, calme, tranquille, comme la vertu même ; la Vie de mon Père est un ouvrage tout patriarcal; et Ton dirait que, détaché de la Sainte-Bible, il servit autrefois de pendant à l'histoire de Tobie. Je dirai plus : cet ouvrage est écrit plus correctement que tous les autres ; j'y ai à peine remarqué dix fautes de langage; et l'on sait que les produc- tions de Restif en fourmillent.

Un autre ouvrage, qui, sans avoir le même intérêt, mérite à peu près les mêmes louanges, est celui intitulé : les PariHennee, Restif, dans les précédents, n'avait été que romancier : il est, dans celui-ci, romancier et législateur.

Cet ouvrage est un des meilleurs de Restif de la Bretonne , et toutefois l'un des moins connus, quoique l'Académie française ait failli, dans le temps, lui donner le prix d'utilité ^ Est-il rien, en effet, de plus intéressant que de voir et d'entendre M"^'* d'Au- bonne, de Yalbel, d'Argentré, Monhu, d'Estival, de Lorme, etc.,

  • Cesi à Restif Ini-oiAme que Palméieanx emprunte ce renseignement, qa*il

ne fait qne mentionner, sans s'y airAter : « Ces quatre volumes, dit Restif dans la revae de ses onvrages (tome XYI de Monsieur Nieola», p. 4731), tant au moral qu*au pbydqus, sont réellement un livre classique pour les personnes du sexe CTest à cet ouvrage que le trésorier de France, Butel-Dumont, voulait faire donner le prix d'utilité de 1788. Je Ven dissuadai, en lui représentant que ce n'était ni un Labarpe , ni le reste de ces auteurs automates composant rAcadémie firançiûse, qui étaient en état de juger du mérite ou du démérite de ma produc- tion. Et il en convint. R faut, ajoutai-je, pour avoir le prix, qu'un ouvrage soit composé pir un des leurs et dans leur manière ; cette manière ne fCit-eUe pas celle du public Tout est clique dans ce malbeureux pays. Voyes ce plat Institut!...»


9à NOTIGK HISTORIQUE KT CRITIQUE SUR LA VIS

toutes femmes encore jeunes, sages et aimables, nous tracer tour à tour les portraits de la Fille colère y de la Rietue, de la Mélan-i colique j de la Sournoise , de la Flatteuse, de celle qui aime le mariage, de celle qui ne l'aime pas, etc.; de les tracer, devant de jeunes demoiselles, parées de ces qualités, ou entachées de ces vices, et de se faire écouter avec intérêt et reconnaissance? Une chose remarquable dans cet ouvrage, c'est que, parmi tous les caractères dessinés avec vérité , on trouve celui de la Folle par amour j tel quej'a mis au théfttre un auteur dramatique distingué; et il me paraît difficile que l'auteur dramatique n'ait pas puisé ses idées dans Restif , puisque le roman de celui-ci a été publié avant la pièce de l'autre ^

Restif de la Bretonne paraît ne point aimer les femmes savantes, dans ses Avantf»ropos; il voudrait que les femmes ne fussent que des ignorantes ; il leur interdit même toute espèce d'instruction , comme on a pu le voir par les lignes suivantes : « Si l'on voulait m'en croire, les femmes ne sauraient que la morale, et rien du tout des autres sciences, n Et dans un autre endroit de ses ouvrages, il a dit : « Toute la sagesse d'une femme ne vaut pas la folie d'un homme. » Que de contradictions dans ce bon Restif de la Bretonne ! Restif de la Bretonne ne veut point que les femmes deviennent savantes: je Pai vu passer sa vie chez la présidente d'Ormoy *, dont


I Restif avait été averti de cette imitation, qu'il considéra comme un plagiat effronté, par une lettre qui lui fVit adressée par Levacher de Chamois, rédacteur du Jùurnal de» Theàire» .* « On a représenté, Itindi, à la Ck>médie-Italionne, mon- sieur, un ouvrage intitulé : Nina ou la FoUe. Cette comédie a du rapport avec une anecdote que vous avex imprimée dans le premier volume des Contemporaines et qui , je crois , a pour Utre : Il a perdu la mémoire. Je serais curieux d'offlrir au public la comparaison de votre manière et de celle de Nina; en conséquence, je vous prie do me prêter le volume dont j'ai besoin ; je vous le renverrai, samedi prochain ; vous savez, monsieur, avec quels sentiments d'estime et d'attachement Je suis, pour la vie, votre très-humble serviteur. Db Chabmois. Hôtel des Arts, faubourg Saint- Martin » 17 Mai, 1786. » {Contemporaine», seconde édition, tome XXI, lettre 153, à la fin du volume.) La comédie mêlée d'ariettes, Nina ou la FoUe par amour, avait été représentée le 15 mid 1786; l'auteur était Mar- sollier des Vlvetières , qui ne fut pas nommé , à cause du firoid accueil que sa pièce avait reçu; mai» la musique de Dalajnrac et le jeu excellent de M** Du- gason, dans ^e rôle de Nina, attirèrent la foule pendant un grand nombre de re^ésentatlons. Lee journaux dirent que la pièce semblait imitée du Boi Lear, de Shakespeare, et. ne nommèrent pas Restif, qui fut indigné de ce qu'il regar- dait comme un injuste oubli.

  • La présidente d'Ormoj, née Chailotte Chaumet, avait été piquée de la

tarentule littéraire pendant un voyage en Italie, où elle fut reçue membre de


BT LES OirVRAGSS DB RE8TIF BB LA BRETONIfB. H

le nom est connu et estimé dans les lettres ; chez M"* de CoUeviUe, née Saint-Léger^, auteur du roman de la Rentière ^ et de plusieurs

r Académie des Arcades de Rome, sous le nom de Laurilla. J.-J. Rousseau donne de singuliers détails sur cette dame, qu'il avait connue et qui lui avait fait toutes sortes d'arances; voy. la seconde promenade des Jiéverieê d'un promenewr êolitmre. Le salon de cette dame de lettres était ouvert à tous les lettrés et k tous les savants. Elle composa plusieurs romans qui fUrent publiés sous le voile de l'anonyme , voile transparent pour tons les habitués de son salon : Ua Mal- kenrt de la jmmê ÉmiUe, 1770; la Vertu ehaaeeUmte^ ins, etc. Rastif avait été chargé de la correction des épreuves de ces romans. Quand il Ait devenu célè- bre par ses ouvrages , il trouva ches la présidente d'Ormoy un accueil très- «mprasaé. M** d'Onnoy mourat en janvier 1791, et son salon ne passa pas tout entier dans celui de sa fille aînée , qui écrivait aussi des romans asses libres, et qui avidt épousé le pofite Mérard de SaintJust, ancien maître d'hôtel du comte de Provence. Restif se mit àTécart de l'élégante société de M"* Mérard de Saint^ust, où l'on n'eÙt pas admis un génie aussi crotté et aussi mal vêtu.

  • Les relations de Restif avec If* A. de Saint-Léger, qui fût depuis M"* de

CoUeville, sont asseï difftcilea k bien apprécier : U correspondait avec elle en 1783 ; elle était d'une figure agréable et d'un esprit charmant; elle devait être aussi très - passionnée , si on la juge d'après ses lettres à Restif, et elle s'occuput de littérature. Restif en fut certainement fort épris. U parle d'eUe, dans le tome XI de Monsieur Nieolat. Mais il .était brouillé avec eUe depuis 1784, deux ans avant qu'elle eût épousé M. de CoUeville. U dit, p. 3053 : « M<i« Sain^Léger et moi n'avions eu qu'une liaison Uttéraire ; liai- son trop nouveUe alors et trop peu nourrie par nos entrevues toujours rares, pour être devenue un besoin, une habitude, confiance, épanchement, etc. » Plus loin, p. 3068, U la traite comme une fille perdue, mais ce n'est plus W^ Saint-Léger, c'est Minette. Nous n'ajouterons donc pas foi à l'hor- rible anecdote qu'il raconte d'elle et qui ne fait pas honneur à la discré- tion de l'efl^nté Butel-Dumont. Restif avait eu la légèreté , sinon la mé- chanceté, d'imprimer, à la fin de la Prévention nationale ^ seise lettres qn'U avait reçues de M»* de Saint-Léger et d'y joindre une lettre latine, où U ména- geait peu les mœurs de cette éerivine. De là leur brouille, qui aurait amené un procès en calomnie, sans l'intervention prudente de l'astronome Lalande. Voici la lettre d'excuses que Restif écrivit à son ancienne Félisette, pour apaiser raifaire : « Mademoiselle , je quitte à Tinstant M. Delalande, l'homme le plus aimable et le plus sage. Comment est-Q possible que M^i* de SaintrLéger pense avoir h se plaindre de moi, elle qui a tant d'esprit? Quoi ! en reconnais- sant quelques-unes des traces de nos conversations ou de nos lettres, eUe a cm qu'un ami, qui l'estime, a voulu parler d'eUe pour la dénigrer ! Ah l mademoi- selle, vous êtes une fiUe ordinaire... Mais non, vous me sendres justice; vous aves eu des doutes et vous ne les aves plus. Vous, que je révère, vous... à qui Je me proposais de dire un jour une multitude de choses qui ne peuvent être dites avant le temps fixé, mais qui s'écoule, vous sentires ce que signifient ces mots, et qu'une justification n'est pas un dénigrement. Non , non , vous n'êtes pas la Félisette de la lettre italique (en latin), vous êtes l'aimable, Tintéres- sante, la jamais oubliée Saint-Léger, que j'ai vue pleurer avec moi. Prenex garde! On ne se console pas d'avoir été injuste ! Votre respectueux et obéissant serviteur. Rkstif db Ui Brktonnb. P. S. Je vous écris, avant de rentrer chez moi, sur le premier carré. » Cette lettre , imprimée dans la seconde édition des CotUempormnu (tome XIX, à la fin, n* 98) , est suivie de cette note perfide : « Il faut placer, avant celle-ci , et lire de suite les seize lettres qui se trouvent à la fin de to PréeenlUm naHomaie. •


26 NOTICE HISTORIQUE ET CRITIQUE 8UR lA VIE

autres charmants ouvrages; chez &!■"« la baronne de Montanclos*, qu'il appelait avec raison une aimable poétesse; chez M"* de Beau- harnais, qui, par sa délicate bienfaisance, a prolongé les der- nières années de sa vie, et chez laquelle ce flambeau, avant que de s'éteindre, a jeté, pour ainsi dire, ses derniers rayons. Je Tai vu enfin, je l'ai vu prier, pendant trois ans, son ami Mercier, de le mener chez cette baronne de Staël, aussi singulière par ses destinées qu'admirable par ses ouvrages; chez cette femme si extraordinaire, que les femmes lui ont pardonné d'être belle, et les hommes d'avoir du génie; chez cette femme, enfin, qui joint toute l'énergie de l'homme à toutes les gr&ces de la femme, et qui, pour la postérité, marquera autant dans un siècle de lumières, que Clémence Isaure a marqué dans un siècle de ténèbres. J'ai vu Mercier 3 se rendre aux vœux de Restif; j'ai vu Mercier mener

' Restif, dans MomtiBur NieoUu^ «coorde une mention do quelques lignes asses peu flatteuses à la présidente d'Ormoy, mais il ne parle pas une seule fois de Mn« de Montanclos , qui n'écrirait pas de romans, et qui faisait des poé- sies et des pièces de théâtre. Avant son second mariage, lorsqu'elle était ba- ronne de Prinoen , Mn^ de Montanclos avait une briUante existence ; son salon était à la mode, et l'on parlait de sa beauté autant que de son esprit. Devenue veuve, elle rédigeait, depuis 1774, le Journal des Dame$^ et elle le céda, en 1785, à Mercier, qui ne réussit pas à le soutenir. Restif devait avoir peu de sympa- thie pour cette dame poftte, qui, après la Révolution, était presque aussi pauvre que lui. Mais elle obtint une pension de l'empereur Napoléon, à la recomman- dation de l'excellente comtesse de Beauhamais, son amie, qui était alliée à rimpératrice Joséphine.

  • Sébastien Mercier Ait un des plus ardents, des plus dévoués, des plus

fidèles amis de Restif, malgré l'humeur fantasque, le mauvais caractère, les bouderies, les ii\ju8tices de celui-ci. Mercier l'excusait peut-être, en retrouvant ses propres défauts et ses propres qualités dans cet ami difficile et capricieux, ri Quand il me louait en face, Àt Restif dans Monsieur NieoUu (tomes XI, page 3193), je pensais qu'il se moquait de moi. » Leur liaison commença en 1782, lors- que Mercier eut publié spontanément, dans son TaNéau de Paris^ qui paraissait alors avec un immense et brujrant succès, l'éloge le plus chaleureux et le plus sincère dn Paymn perverti. Il ne se borna pas là; U publia dans le Journal de Neufehàiél un article non moins élogisux sur les ouira*ages de l'auteur du Paytan perverti. Restif, qui le savait «o Suisse, prit la plume pour lui écrire une longue lettre de remerchaeni, datée du 23 mars 1782. Cette lettre, imprimée à la fin du tome XOC de la seconde édition des Cgfifgwquorowe», est fort curieuse. Restif s'y montre dans toute la naïveté de son orgueil; il s'admire, il se lone, il se congratule ; il ne parie que. de luL Cfest dans le post^criptum seulement qu'il rend hommage au talent éa Mercier : « Votro TabieaUy lui dit-il« vous fait une répntation brillante. » Mercier ne lui répondit que troia mois plus tard, en revenant à Paris ; « Ce 31 août 1782. Monsieur, je n'ai reçu votre lettre ^'il y a deux jours* Dain cette grande ville, les jours passent» sans qu'nn s'en aper- çoive. J'ai à vous narrer l'histeire de vos grands succès dans tonte laSuiasee votre nom y est devenu légal des pkis grands noms* Et moi, je ne m'«n étoime


ET LES OUVRAGES DE RS8T1P DE LA BRETONNE. S7

Restif chez la baronne de Staël, et j*ai yu Restif en revenir, trans- porté d'admiration, d'amour et d'enthousiasme ^

Quant aux autres injures un peu grossières qu'il dit aux femmes, lui-même y a répondu par les lignes suivantes , tirées des Pari- siennes mêmes : « La flUe est l'être le plus intéressant qu'il y ait dans la Nature ; les vices des femmes sont toujours l'ouvrage des hommes. » Ici, lecteur, vous allez, ainsi que moi, trouver des contradictions nouvelles; mais comment pourrait-on ne pas se contredire, lorsque, dans une vie assez courte, on a publié plus de deux cents volumes? Malgré ces contradictions, les statuts du Lycée des Mœurs (dans les Parisiennes) ne renferment qu'une mo- rale excellente , et le législateur Restif, sans faire autant de mal que les législateurs de la Convention, a fait beaucoup plus de bien, ce me semble.

C'est dans le caractère des Parisiennes , intitulé la Hautaine , que Restif a inséré sa généalogie : il la met dans la bouche d'un nouveau comte ou d'un comte parvenu , qui n'en est pas plus fier pour avoir acquis ce titre , et qui, malgré toutes ses richesses et tous ses blasons, est toujours resté philosophe. Ce morceau étant presque aussi comique que la généalogie du héros de Rabe- lais, je raursis transcrit ici tout entier, s'il n'avait pas été trop long, et personne ne m'aurait désapprouvé^. L'auteur y fait une


point; il y a longtemps que j'ai pensé que, du côté de l'invention, du génie et de la fécondité, personne ne vous égalait. Je suis malade, je son peu ; je de- meure an Orand-Montrouge, près le chAteau. Faites-moi Tamitié de venir me voir, et de m'indiquer le jour et le lieu où je pourrais vous voir et vous renou- veler les sentiments d^estime et d'attachement que je conserverai toujours. J'ai rhonneur d'être, monsieur, votre très-humble serviteur. Mbrcibb. » A cette lettre si cordiale, Restif réjdique par une visite affectueuse, et voilà les deux amis enthousiastes l'un de l'autre. Restif a imprimé, dans les appendices des tomes XX, XXI et XXII de la seconde édition des Contemporamês, plusieurs lettres de Mercier, très-intéressantes pour l'histoire intime des deux amis. Mais ce- pendant il y eut souvent, entre eux, des nuages, du firoid et du ressentiment; Restif avait malheureusement tous les torts. Ainsi, dans le Journal de Pari», où Mercier écrivait sur des si^eta variés, Restif adressa plus d'une fbis, au rédac- teur, des lettres très-amères et très-ii^ustes contre son ancien ami. On fera, sans doute, un jour, le recueil de toutes ces lettres inconnues, égarées dans les journaux et dans des volumes rares, où Ton ne songe pas à les chercher.

I Pas un mot sur Mb* de StaAl, dans Mauiemr Nteolat, mais, en servaiiche, des phrases erueUes contre le ministre Kecker.

  • II est certain que Restif, en- composant «a généalogie qui parut d'abord en

tête de la 2^ édition de la Vie de m/m père {1790) et qui tat depuis très-angmen- tée dans rintroduction àe Monsieur Nicolas (pages II à 25 du premier vdume).


28 NOTIGI HI8T0BIQUS ST CBITIQUl SUR LÀ VU

critique un peu amère, mais adroite et gaie, de ce qu'il y a de plus ridicule dans le monde , c'est-à-dire d'un homme qui n'a d'autre mérite que celui d'une généalogie. Voici comment il la termine, en se citant lui-même, et après Téternelle nomenclature des Perti- nax^ ses aïeux :

M Ëdme Pertinax engendra Edme-Nicolas Pertinax, qui fut poëte, et qui doit, suivant son horoscope, mourir de faim, le 4 décembre, un samedi soir. »

Les personnes qui aiment les rapprochements singuliers pour- raient dire que Restif de la Bretonne a été enterré le 4 février, qui n'est pas loin du 4 décembre, et conclure del& qu'Edme-Nicolas Restif était prophète. J'adme mieux m'attacher à un rapproche- ment plus douloureux, mais plus vraisemblable. Edme-Nicolas

n'avidt en vue qu'une plaisanterie, dans le goût de Rabelais. Il avait donc imité le fameux chapitre de Pantagruel^' intitulé : De Vorigine et de toKtiquité du grand Pantagruel, en attribuant cette imitation gaillarde et divertissante à son aïeul Pierre Restif le Sévère, mais il ne tarda pas à se persuader que cette généalogie pouvait bien renfermer un fonds de vérité, et U crut très-sérieuse- ment que sa famille descendait de l'empereur romain Pertinax. Il Ait encouragé et confirmé dans sa chimère généalogique par un de ses parents éloignés, re- ceveur de tailles à Grenoble, qui lui écrivit, à la date du 22 mars 1780 : « La Vie de tnon père^ que je viens de lire, monsieur, m*a singulièrement intéressé aux personnages dont il est fait mention dans cet ouvrage écrit avec autant d'esprit que de sublimité. L'effet de cet intérêt a été d'exciter ma curiosité et de me donner le plus grand désir de savoir si l'auteur a composé cette histoire d'après son imagination ou d'après une tradition fondée. Vous ne seres point étonné, monsieur, de ma curiosité, quand vous saures que je suis petit-fils d'un M. Jean Restif, avocat àNevers, mort en 1743; que mon père était venu s'éta- blir, ainsi que son frère, en Dauphiné, en 1739 ; enfin, que M. Restif, curé d'Auxonne, était fils d'un premier Ût de feu Jean Restif, mon grand-père. Ma courte généalogie suffit pour vous prouver que je suis de la famille des Restif, et que je vous prie de me donner des renseignements sur notre origine. ■ Ce Restif, de Orenoble, posait ensuite, à l'auteur de Monsieur Nicolae^ différentes questions relatives à leur généalogie commune. Il lui demandait enfin : « Si vous croyez qu'avec des soins et de l'argent on puisse recouvrer quelques titres qui prouvent l'ancienneté de notre famille. » Restif, l'auteur, fut piqué au jeu, et s'empressa de fournir au Restif, receveur de tailles, les renseignements qu'il put lui procurer. Il fit plus ; il rédigea une généalogie moins bouffonne des Restif- Pertinax, en élaguant toutes les drôleries qu'il avait ajoutées à la généalogie pu- bliée d'abord dans la Vie de mon père; il l'intercala dans te* Pomienn^j (1787), où personne n'eût songé à la chercher. Voyes deux lettres de Restif, de Orenoble, dans le tome XIX des Contemporainet, seconde édition, nos 31 et 32, à la fin du volume. Plus tard, la généalogie de Restif reparut, avec toutes ses joyeusetés rabelaisiennes, dans l'introduction de Monsieur Nicolas. « Tous les hommes sont d'un sang égal, faisait-il dire à son aïeul Pierre Restif : l'éducation seule met une différence entre eux. O nobles! laissez là vos ancêtres et fondez votre valeur sur votre propre mérite. » Cependant l'auteur de Monsieur Nicolas n'en resta pas moins convaincu qu'il descendait de Fempereur Pertinax.


RT LES 0UV1UUE8 DS BBSTIF DE LA BRETONNE. »

Pertinaz n'est pas mort de faim, à la vérité; mais, sans blesser la délicatesse des personnes qui Tentouraient à ses derniers moments, je puis affirmer qu'il est mort dans un état très-voisin de l'indi- gence.

Je suis las de toujours parler, en mon nom, et & la troisième personne, des ouvrages de Hestif et de Restif lui-même... A moi donc, Bonneville*, à moil Voilà Bonneville qui se présente; je n'ai eu besoin que d'un coup de baguette, pour le faire venir. « Bonjour, mon cher Bonneville, comment vous portez-vous au- jourd'hui? — Pas trop bien, mon cher Palmézeaux : un libraire vient de me faire banqueroute d'environ trente mille francs, et j'avoue que cet événement m'a rendu un peu malade. Ces gens-là sont de si mauvaise foil — Eh quoil toujours l'ennemi des librai- res! Soyons francs; si nous ne leur vendions point de mauvais ouvrages, ils ne feraient point de mauvaises affaires. — Dites : si le public était plus juste, si les journaux étaient plus impartiaux ; mais le public ne lit que sur la foi des journaux, et les journaux


' Nicolas de BonneyiUe (né à Évreux le 13 mars 1700, mort à Paris en 1828), que Palméaeaux fait intervenir id comme un ancien ami de Restif, n'avait pas toujours été libraire. C'était un savant, un philosophe, un érudit, un poète, un homme politique. Ses vers, ses traductions, ses ouvrages de philosophie et d'his- toire avaient été fort remarqués, lorsque la Révolution éclata. 11 toi nommé électeur de Paris et président de district; mais, nonobstant son exaltation pour 1a liberté, il se posa en ennemi irréconciliable des jacobins et des terroristes. Le 30 mai 1793, Marat l'avait dénoncé comme aristocrate et voulait le faire mettre en accusation. Bonneville tôt arrêté, mis en prison, mais non jugé. Le 9 thermidor le sauva et le délivra. U rétablit son imprimerie du Cercle social et fonda un journal politique intitulé le Bien informé. Il était de longue date l'ami de Fontanes et, par conséquent, de Restif; Û ne se brouilla pas avec ce der^ nier, lors de la brouille de Restif et de Fontanes. Bonneville, partisan fanatique des doctrines de Saint-Martin et des autres illuminés, ne pouvait qu'être très- sjmpattûque à l'auteur de la Philoacphie de Monsieur Nicolas. 11 fit donc imprimer les trois volumes de cet ouvrage, dans son imprimerie, où l'on imprimait alors iê Système du monde, de M. delà Place. Ces deux ouvrages, si différents l'un de Tantre, n'eurent pas la même fortune ; le livre de M de la Place fût proclamé un chef-d'œuvre et fit la réputation de son auteur ; le livre de Restif n'eut qu'un succès de fou rire, et ce 8uc<^ dura quelques jours, après l'insertion d'un extrait critique dans le Mûgnsin encyelopédigwe, de Millin. Restif ne toucha pas un sou sur le produit de la vente de son ouvrage, comme il le répète avec amertume, et il attribua cet échec à la négligence de Bonneville, avec qui il resta en déUcatesse. Les huit premiers volumes de Monsieur Nicolas, que les éditeurs associés avaient mis en dépôt à la librairie de Bonneville, n'eurent pas plus de succès *, ce qui empêcha Bonneville de faire imprimer la Morale, la Politique et la ReMgioii, de Restif. Ces trois parties, imprimée» à laMaisûn, par l'auteur lui- même, en 1797, formèrent depuis les tomes XIV à XVI de Monsieur Nicolas.


90 NOTICE HiSTORIQUl ST CRITIQUE SUR LA VIE


n'annoncent et ne vantent que les productions de leurs coteries littéraires, ou les entreprises de leurs coteries bibliopoliques. — Je vous y prends, mon cher Bonneville. Dans les deux cas, le malheureux libraire est la victime et non le coupable ; il ne faut pas Taccuser d'un mal, dont nous sommes la première cause ; en général, on compte beaucoup plus de libraires ruinés par des au- teurs, que d'auteurs ruinés par des libraires ; et si Ton ne reproche jamais à un auteur d'avoir fait banqueroute, c'est que la banque- route suppose un crédit, et qu'auteur et crédit voyagent rarement de compagnie. Mais quittons cette matière ; je veux parler d'un homme qui s'appelait Nicolas, comme vous, de Nicolas Restif de la Bretonne ; et conune j'ai le projet de faire de lui une espèce d'Éloge historique, ou une* Notice un peu détaillée sur sa vie et ses écrits, allons, mon cher Nicolas Bonneville, dites-moi ce que vous pensez des ouvrages de Nicolas Restif de la Bretonne? Vous le connaissiez depuis bien plus longtemps que je ne le connaissais moi- même ; vous alliez chez lui souvent; il venait souvent chez vous; il vous sera facile de me satisfaire. » Bonneville, à ces mots, s'es- suie le visage avec son mouchoir ; il tousse, il crache plus d'une fois, et figurez-vous, lecteur, qu'il m'adressa la parole en ces termes :

(( Nicolas Restif de la Bretonne fut mon homonyme, à la vérité, et j'avoue que ce fut un homme de génie ; comme je l'ai vu pres- que tous les jours durant les vingt dernières années de sa vie, et comme il m'a donné tous ses ouvrages, je vais vous en parler avec vérité et franchise. Mais, comme je dirai plutôt ce qu'il m'a dit que ce que j'ai retenu de mes lectures, je vous prie de m'excuser si je fais de temps en temps quelques fautes de mémoire. Les commen- cements de Nicolas Restif dans la carrière des lettres ont été, comme ceux de presque tous les grands hommes, faibles, peu marquants et insignifiants même. Son premier ouvrage fut la Fa- mille vertueuse, roman en quatre parties. L'intention en est bonne, sans doute, mais l'invention n'en vaut rien du tout. C'est en partie l'histoire de M'^*' Rose Bourgeois, dont alors il était amoureux; il voulait plaire à cette belle personne, et se faire un nom célèbre, pour l'obtenir de ses parents : il avait, d'ailleurs, à cette époque, un insurmontable besoin d'écrire ; mais il n'avait encore lu que les romans de M°>° Riccoboni, dont il était l'admirateur passionné ; et


ET LES OUYRàGES DE RESTIF DE LA BRETONNE. 31

cet homme, qui devint, par la suite, aussi supérieur à M**® Ricco- boni que Voltaire Test à Palissot, cet homme, de son propre aveu, ne composa qu'un essad informe, où, au lieu d'énergie et de senti- ment, il n'y avait que du boursouflage à la Durosoi. Restif, dans cet ouvrage, n'écrivait point encore d'après lui, mais d'après les autres : c'était un original plein de feu, qui commençait par être un froid copiste.

uLesPrùgrés de la Vertu, ou Lucile, ne valent guère mieux que la Famille vertueuM : la vertu ne fait aucune espèce de progrès dans ce roman ; au contraire, elle y marche à reculons, depuis le commencement jusqu'à la fin, et c'est une chose assez déplaisante, en général, que MM. les romanciers parlent toujours de vertu dans les titres de leurs romans, et qu'il n'en soit pas du tout question dans le courant de leur ouvrage. Ce roman est d'un style beau- coup plus libre que celui de la Famille vertueuse ; et la Famille vertueuse, quoique très-faible, s'enrichit d'un défaut qu'elle n'a pas, si on la compare aux Progrés de la Vertu. Restif de la Bre- tonne, d'ailleurs, a refondu, à ce que je crois, cette Lucile dans ses Contemporaines, sous le titre des Crises d'une jolie fiUe, et c'est ce qu'il pouvait faire de mieux. Dans une nombreuse assem- blée de femmes, les laides passent à la faveur des belles, comme, dans un panier d'oranges, on ne fait pas attention à celles qui sont tachées, lorsqu'on les trouve à côté des plus vermeilles.

« Passons au Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose : c'est le troisième roman de Restif de la Bretonne, et c'est ici que commence véritablement à poindre le talent de notre cher Nicolas ; je l'appelle notre cher Nicolas, parce qu'il me paraît que vous l'admirez autant que je l'aime. Ainsi donc, ce Nicolas est bien le nôtre, et j'espère qu'on ne me blâmera pas, si tantôt je le critique et tantôt je le loue. N'a-t-on pas le droit de faire de son bien tout ce qu'on veut? Notre cher Nicolas avait une manie fort excusable, selon moi, mais tout à fait singulière. Une femme eût-elle été hor- rible dévisage, eûtrclle été bossue ou borgne même, pourvu qu'elle eût un joli pied et surtout un pied bien chaussé, notre cher Nicolas en devenait amoureux à la folie ^ Le pied était tout, pour

> On ferait un ouvrage entier, et des plus singuliers, en se bornant à extraire des livres de Restif tout oe qui concerne son goût, sa passion pour les jolis pieds et les jolis souliers de femme. Il sufilra de citer une note, qui ne peut être que


3S NOTIGR HISTORIQUE BT CRITIQUE SUR LA VUS

lui, chez une femme ; hors le pied, point de salut ; hors le pied, point de jouissance : il le dit lui-même, dans plusieurs de ses ou- vrages ; et y a-t-il rien de plus plaisant que la manière dont il s'appitoie sur la perte des talons hauts, qui faisaient briller les pieds des femmes bien plus que les chaussures plates? On croi- rait, d'après ses lamentations, que nous sommes à la fin du monde. Amoureux du pied à ce point, il devait traiter avec succès le sujet du Pied de Fanchetie; aussi, ne l'a-t-il point manqué. Non content de peindre un joli pied, en peignant celui de Fanchette, il dédie cet ouvrage à M"* Lévêque, femme du marchand de soieries dont l'enseigne était la Ville de Lyon, vis-à-vis les Innocents, laquelle

de loi et qai se troave ajoutée k l'extrait cTiin long article scur let Contempo- raines^ imprimé dans le Jotartud de Neufehàtel^ en octobre 1781, et réimprimé avec des réflexions critiques dans la Revue des ouvrages de l'auteur, page ccxxvi, à la suite des Figure» du Payion perverti. L'auteur de l'article à^x Journal dm Neuf- eAd/el» lequel parait être Sébastien Mercier, sons le nom de la femme du libraire- imprimeur des Contemparainet, avait dit de Restif : « Que m'importent ses petits défauts? Que m'importe son goût excessif pour les pieds mignons, auquel il re- vient sans cesse avec une complaisance marquée ? ■ Restif y revient donc enoure dans la longue note que lui suggère ce passage : « Cest, je crois, dit-il, parce que Tauteur des Cùntempormnea a plus vivement senti qu'un autre le pouvoir qu'a sur les sens la partie de notre habillement qu'on appelle la cAoïMSure, qu'il y revient si souvent... J'ai entendu dire, dans ma boutique, où l'on parle quelque- fois nœuds et modes, que ce sont des femmes tribades qui ont amené le goût de se coiffer en hommes, de porter des chapeaux, d'ôter les talons de nos chana- sures ou de les faire si bas que nous ayions le pied plat. J'ai remarqué que nous n'avions presque jamais la jambe aussi bien faite que les hommes; pour peu que nous rayions grosse du bas, une chaussure petite nous rend lourdes, massives ; c'est ce qu'on voit aux paysannes ; si nous l'avons sèche, elle nous fait un gros vilain pied, dont la vue est repoussante. Mais, en outre, je trouve qu'il n'y a pas de sens aux femmes d'avoir voulu se grandir par la tête, comme des grena- diers, et de se raccourcir si désavantageusement par les pieds : ce n'est rien gagner. Pour moi, je crois, d'après notre auteur, que les talons hauts ont un double avantage pour les femmes ; le premier et le plus important, c'est d'éloi- gner la forme de notre chaussure de celle des hommes, ce qui lui donne le diarme du sexe, qu'elle n'aurait pas sans cela ; le second, de rendre plus agréa- ble le bas de la jambe et du pied ; le troisième, de donner à notre marche un air moins décidé. Je trouve que la marche d'une femme à talons bas a quelque chose de trop hardi et même d'indécent... Une femme doit avoir l'air sylphide : un soulier plat lui donne l'air matériel ; au lieu qu'un talon haut l'empêche de toucher la terre en quelque sorte et en fait Une créature céleste, n réunit donc plusieurs avantages, qui se fondent en un, de plaire. Nos grand' -mères, qni établirent la hauteur du talon, ne le firent, je crois, qu'après de mûres réflexions sur leurs effets. Cest la raison pour laquelle cette mode a été généralement adoptée, même en Espagne, m'a-t-on dit. Quand le cordonnier Bourbon, de la rue des Vieux-Augustins, a fait un soulier de femme, si on le présentait à un sauvage, qui n'aurait jamais vu de femme chaussée, et qu'on lui demandât quel être cela doit chausser, il répondrait : C'eêt vn ange, wm fée, vMe sylp/iide! ■


ET LIS OUYB^GSS DI BISTIT DS LA. BBITONIII. »

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M** Lévôque avait, dilron, le plus joli pied de Paris. Ce Pied de Fanchette eut trois éditions, en fort peu de temps ; il s'en vendait, m'a dit Fauteur, plus de cinquante exemplaires par jour*.

c< La Confidence nécessaire me force à vous faire une confidence que je ne ferai qu'à vous; c'est que notre cher Nicolas était un petit roué qui aimait également la brune et la blonde ; il avait deux maîtresses, lorsqu'il fit la Confidence nécessaire: Marguerite Bour- dillat et Marie Fouard, l'une blonde et l'autre brune. La première partie de ce roman ne doit être lue ni par les brunes ni par les blondes, si elles sont honnêtes ; la seconde partie, renfermant les confidences de lord Mestin, est fort intéressante. La FiUe natur relie l'est infiniment davantage : c'est, de tous les romans de notre cher Nicolas, le plus attendrissant, à mon avis. Il m'a assuré l'a- voir composé en trois jours. U l'a refondu depuis dans les Contem- poraines, sous les deux titres suivants : la Sympathie paternelle et la FiUe reconnue; il en a môme fait une comédie, intitulée : la


' Le tacoès àa roman le Pied de Fanchette fht immense, qnotqne les joarnanx ident dédsigné la plnpaxt de s'occuper de cette nouveauté anonyme. Mais on s*en occupa beaucoup dans les salons et surtout dans les cerdes littéraires : on lot ce roman, on en parla, on en chercha Tauteur, qui était encore absolument inconnu. On aurait touIu le produire dans le monde des beaux-esprits. Cest de 1* troisième édition du Pied de Fanehette (1777) que date la liaison de Restif avec Hdansat de Mairobert, qui lui rendit de grands services et qui peut-être se servit de lui pour Fimpression de quelques livres clandestins ; car Mairobert, qui était secrétaire du roi, censeor royal et secrétaire des commandements du duc de Chartres, ne se faisait pas faute d'écrire et de publier, sous le manteau, des ouvrages satiriques où il n'épargnait personne. U est remarquable qu'il re- chercha la connaissance de Restif, au moment même où il faisait paraître son Bepkm englaie^ qui ftit imprimé sans doute à Nenfchâtel, en Suisse, comme les livres de l'auteur àxïPied de Fanchette. Voici la lettre qu'il adressait, en 1777, à ce dernier, pour se mettre en rapport avec lui : « Comme M. de Mairobert ignore l'a d re sse de rauteur du Pied de Fanehette, et qu'U apprend que M. Quillau est chargé de Timpression de ce roman, U prie M. Quillau de vouloir bien faire sa^ voir à l'auteur, qu'il désire le voir, pour quelque diose qui peut lui être agréable, le plus promptement possible; s'il se peut, demain matin jeudi, à huit heures, ou vendredi on samedi, à pareille heure. Ce mercredi, 1er février. » {Contempo- rainée^ seconde édition, lettre 22, à la fin du tome XIX.) Restif, à qui Mairobert prêta plus d'une fois son crédit et sa bourse, a terminé la seconde édition des Centemporainee (voy. le dernier feuillet du tome XLII) par une allocution recon- naissante à la mémoire de son généreux ami : « Je ne pardonnerai jamais, écri- vait-il dans le tome X de Moneieurlificoku, page 2985, je ne pardonnerai jamais au lâche ou infortuné Lingnet de l'avoir calomnié, après sa mort, dont je célèbre annuellement l'anniversaire par mes larmes! » Et pourtant il oublie ses larmes et sa reconnaissance, au point de qualifier de grand etpion (tome XVI, page 4765) oet homme excellent, dont il disait ailleurs : « J'ai tout perdu, à sa mort ! »


34 IfOTIGS HI8T0R1QU1 ET GEITIQUI SUR LÀ VIS

Mère impérieuie ou la FiUe naturelle, dont je vous parlerai à son tour.

c< Nous voici enfin arrivés au Pomographe oti la Prostitution ré- formée. Ce titre ne doit point vous effrayer ; c'est un ouvrage pur, écrit sur une matière très-impure. Notre cher Nicolas a recueilli, sous le titre d'Idées singulières, plusieurs ouvrages de ce genre : la Mûnographe ou le Théâtre réformé^ les Gynographes ou la Femme réformée, VAnthropographe ou l'Homme réformé, le Theih mographe ou les Lois réformées, le Glossographe ou la Langue réformée. Le Pomographe est le premier et le meilleur de tous. Lorsqu'un auteur veut faire un bon livre, il doit voir de près les sujets qu'il traite ; notre cher Nicolas a fait le sien, en conscience, c'est-à-dire de msu et de auditu, je n'ose pas dire de tactu. U n'y avait pas, à Paris, une abbesse qu'il ne connût, pas une qui ne lui eût fourni des renseignements certains pour composer ce livre, extrêmement religieux, dont il n'y a que les impies en amour et en galanterie qui se scandalisent. Comme je sais que vous êtes, ainsi que moi, fort dévot à la beauté, je n'ai pas besoin de vous dire de quelles abbesses je veux parler, dans mon langage un peu hiéroglyphique. Quoi qu'il en soit, si l'ouvrage de notre cher Nicolas n'était pas très-édifiant, il pouvait être fort utile, et c'est ce qu'il voulait. Mais les philosophes passent leur vie à former des projets heureux pour le genre humain, et les fripons, unis aux sots, tra- vaillent sans cesse à les faire avorter. Nicolas venait de mettre la dernière main au Pomographe : il croyait la besogne achevée ; mus, hélas I ce n'était pas tout. Il fallait alors un censeur qui ap- prouvât, un libraire qui achetât, et un imprimeur qui imprimât. Le conmiissaire Chenu refusa d'approuver l'ouvrage, et aucun libraire ne voulut l'acheter. Il fadlut avoir recours à un autre censeur. Marchand, plus raisonnable que Chenu, l'approuva*; mais toujours


> Voici U lettre que Restif avait écrite au censeur Jean-Henri Marchand, qai devait être pins tard son collaboratenr, pour Ini faire approaver le Pomographe: « Monsieur, tous me mettes entre deux précipices ; je n'ai que le choix de celui oà je Tais me jeter : tous déplaire, encourir l'indignation d'un magistrat, pour qui j'ai le plus profond respect, ou perdre 1,200 livres, moi qui ne possède pas 1,200 deniers* Lorsque j'ai vu mon ouvrage paraphé, sûr de rendre, j'ai puisé dans la bourse d'autrui ; je n'ai plus rien I H faut que je sois, que je passe pour un malhonnête homme, ou bien que j'attende qu'on me traîne en prison. J'ai fait l'ouvrage scabreux, pour donner du pain k mes enfants ; je l'ai fait imprimer, parce que la vente d'un mille au moins m'était assurée. Je n'ai plus rien, moins


XT LB8 OimUGES DE BX8T1F DE LÀ BRETONNE. 35

mêmes refus de la part des libraires. Nicolas, dans ces extrémités, eut recours à un nommé Michel, ouvrier de Timprimeur Quillau, chez lequel il trayaillaît; ce Michel, actif et intrigant, se chargea d'avancer les frais de l'impression, à condition qu'il en retirerait le profit. Notre cher Nicolas, qui préférait la gloire à l'argent, y consentit. Voilà donc enfin lePomographe imprimé I Oui, le voilà imprimé, mais voici, pour l'auteur, de nouvelles angoisses et de nou- velles peines. Le homographe, tout imprimé, fut dénoncé à M. de Sartine comme contraire aux bonnes mœurs; et Nicolas^ crai- gnant d'être arrêté, resta caché durant trois jours et trois nuits. Mais M. de Sartine était philosophe, quoique lieutenant de police ; il se fit lire tout l'ouvrage, et il en permit la publication, de sa pro- pre main. On dit, à Paris, un mal prodigieux de cet ouvrage ^ ;

^e rien, puisque je dois. Je sois au désespoir I Sans mes enfants, je n*eiisse jamais tenté l'impression de ce maudit ouvrage, mais la vente, la vente m'a tenté, parce que j'y découvrais un moyen de faire la bien de ceux pour qui ma tendresse me ferait sacrifier ma vie même. A tout événement, je les ai envoyés ches leur grand'mère, où ils auront le nécessaire ; et moi, monsieur, j'attends votre réponse, pour m'expatrier ou demeurer; la suppression ou la tolérance de mon ouvrage fera l'un ou Tautre, Je suis, avec le plus profond respect, mon- sieur, votre très-humble et trés-obéissant serviteur. 27 juin 17G0. » Lu Ccntem- pcramUy seconde édition, lettre 5, k la fin du tome XEK.

X Restif raconte, dans la Revue de ses ouvrages, tome XVI de Moniteur Nieo- Uu^ page 4537, comment l'imprimeur QuUlau et son prote Domenc dénoncèrent an lieutenant général de police U Pomographe, que le censeur Marchand avait paraphé et qui allait paraître, et envoyèrent au Bureau de la Ubrairie plusieurs feuilles du livre dans lesquelles l'auteur n'avait pas fut les corrections deman- dées par le censeur. Mais Restif n'a pas révélé alors le moyen qu'il avait em- ployé pour arriver à se faire un appui auprès de M. de Sartine. Ce fût l'intermé- diaire d'une femme. M"** Poissonnier, qui ne pouvait être que la maîtresse du lieutenant de police. Restif écrivit à cette dame une lettre très-singulière, qu'il eut la hardiesse d'imprimer, en 1785, dans le tome XIX de la seconde édition des ContengHtrobtês. H raconte, dans cette lettre, la trahison de l'imprimeur Quillau k •on égard, et se justifie de son mieux d'avoir voulu désobéir à la censure. «Madiune,dit-a à son étrange protectrice, j'ose me flatter que vous m'honoreres de vos bons offices et de votre protection même, dans une affaire où la plus odieuse noirceur vient de se dérouler contre moi. Je ne suis pas riche, vous le ■avec, madame ; j'écris pour vivre ; ce motif n'est pas le seul : un petit désir de gloire, omunun k tous les hommes, et l'envie d'être utile, s'y joignent encore. Je viens d'achever un projet, qui, je pense, pourra donner des vues sages aux gens en place. » Ce projet était un projet de règlement pour les prostituées^ et Restif s'adressait à M** Poissonnier, en la priant de recommander le Porno- çraphé k M. de Sartine. « J'ai l'honneur de vous envoyer, ajoute-t-il, un exem- plaire, madame ; j'espère qu'en le lisant, vous me rendrez justice. Je crois qu'une démarche auprès du magistrat ne vous oompromettrait en aucune façon, eu égard à la bonté de ma cause. » M** Poissonnier lut le livre, et M. de Sartine •n permit la vente.


NOTICK HI8T0R1QI}E XT CRITIQUE SUR LA. TIR


cependant il s'y vendit bien ; il se vendit encore mieux dans toutes les provinces; et Tintrigant Michel en retira beaucoup d'argoit, tandis que le bon Nicolas n^y gagna pas une obole. Que di&-je? cet ouvrage, digne des récompenses du gouvernement, ne lui valut que des persécutions et des chagrins. La mdme chose m'est arrivée dans différentes circonstances; mais à quoi sert de le rappeler? L'histoire de notre cher Nicolas est celle de presque tous les grands hommes qui ont travaillé pour le bonheur de leur patrie. Une seule chose dut consoler Nicolas, et le consola, en effet, de l'ingrati- tude de ses concitoyens ; c'est que, tandis qu'ils se moquaient de ses Idées singulières, mais philanthropiques, l'empereur Joseph II les faisait exécuter dans ses États; j'en ai vu la preuve par les gazettes d'alors; j'en ai vu la preuve surtout par les lettres qu'on écrivit alors d'Allemagne & notre cher Restif, et qu'il me commu- niquai


1 RMtif, dans Monsieur NieoUu (tome X, page 2741), dit, en parlant da Pot- nographê : « C'est peut-être, de tons les projets moraux donnés an CtoaTome- ment, le plus utile et surtout celui qui demande une exécutibn prompte. » Puis, il ajoute en note : « Sa Majesté impériale Joseph II l'a bien senti, puisqu'il en a ordonné l'exécution, à Vienne, au rapport de la Giuette de Leyde, décembre 1786. » C'est là une des plus comiques mystifications dont Restif ait été la tîo- time. On lui annonça, dans une lettre venue d'Allemagne, que les plans de son Pomographe étaient mis en pratique à Vienne, par ordre de l'empereor Joseph. Il le crut, et il en Ait tellement fier, qu'il ne cessait de le répéter avec une naïve assurance. Il y revient sans cesse dans les catalogues de ses ouvrages, et il cite to^jour8, comme autorité, la Gaxette de Leyde, qui annonçait la i^ forme pornographique édictée par l'empereur. La mystification ne s'arrêta paa lit, car on lui fit savoir, par de nouvelles lettres anonymes, que plusieurs âleo- teurs d'Allemagne avaient également décrété l'essai des statuts âuPornoçropJke dans leurs États. Restif rappelait, à tout propos, que son ouvrage, quiluioooi^ tant coûté de toute» manières (page 4558 de Monsieur Nicolas), était devenu dans tonte l'Europe le code de la Prostitution. On s'explique ainsi comment il n'éprou- vait aucune honte à revenir sans cesse sur les projets qu'il avait développée dans son livre, et qui eurent l'approbation de plusieurs économistes sérieux. Le censeur royal, Toustain de Richebourg, l'ami et l'admirateur de Restif, n'avait pas hésité à déclarer, dans une lettre à M. ***, de la plupart des premières Académies de l'Europe (10 mai 1783), que « la philosophie et l'humanité ne con- damneront jamûs les recherches et les spéculations d'un écrivain, sur les moyens de rendre plus de décence aux mœurs de ses compatriotes, et de pré- server leur santé du mal, pernicieux à tant de rois, de papes, de cardinaux* de prélats, de guerriers, de ministres, de magistrats, de gens de lettres, etc., qui ont payé des instants de fragilité par des années de soufflranoe et quelque- fois par une mort lente et cruelle. » (Voyes cette étrange lettre, à la fin du tome XXXni des Contemporaines.) Au reste, Restif ne se ûûsait pas faute de raconter lui-même tout ce qu'il y avait gagné, par amour de la philosophie et de Thumanité : « Lorsque je faisais le Pomogrtqtkej dit-il {Monsieur Nicolas,


XT LES omr&ias ds bistif dk la britonnx. s7

« La Mimographê et les autres livres en graphe de notre cher Nicolas ne sont pas indignes des regards du public; il y a par- tout des idées saines et lumineuses; mais elles sont noyées dans un déluge de notes, d'un caractère si menu et si fin, qu'il est im- possible de les lire. Il y règne, d'ailleurs, une hardiesse, qu'on appellera philosophique, si l'on veut; mais, pour être réformateur dans tant de genres, il faut être plus que philosophe, il faut avoir à ses ordres des trésors et même des années. Dans le QlosMh graphe ^, par exemple, notre cher Nicolas veut non^eulement réformer Varthagraphe, mais la langue; ce sont ses propres par rôles. Il a, en conséquence, écrit la plupart de ses ouvrages avec une orthographe nouvelle, dont l'invention n'est point sans quel-


tome XI, page 3210)f mes sens étaient trop aeeentiblett pour que je ne aaccom- basse pas quelquefois, et comme J*étais toi^oan tendre, même avec les filles, les plus blasées devenaient fécondables. H est résulté de là qu'au bout d'an terme, comme de 15 à M ans, J'avais rendu mères, dans l'espace de dix ans, une soixantaine de ces infortunées, arrachées ainsi, par Vamour et la nature, à la brutale débauche et à Vlnutilité. »

I Palméieaux parle du Gloêfographê^ comme d'un ouvrage imprimé, comme s'Q l'avait eu entre les mains, puisqu'il a Vair de le critiquer. II ne serait pas im- possible que Restif eftt achevé cet ouvrage avant sa mort et même l'eût eompoté à la caue, comme U faisait pour ses antres ouvrages. Restif, en effet, avait plu- sieurs fois annoncé la prochaine publication de ce tome VI des Idées tinguUèreê. ]>ans le tome XVI de Mimdmir Nieolat» page 488B et suivantes, U avait même Inséré un long extrait de son ouvrage, qui « n'est pas encore imprimé », disait- il, et il renvoyait à l'ouvrage même, « pour le reste ». Deux mois après la mort de Restif, Bouchot, ayantdonné une bibliographie des ouvrages du déftmt,dans la Décade pkUotopkiquê, devenue alors ta Menue pkUoeopMqm, Uttéraàre «f poU' tiqm (an ISOS, 2« trimestre, pages 120 et suivantes), n'y fit point figurer le GUn- eoffrapke; ce qui motiva une lettre signée Jouynean-DeiRloges (imprimée dans le même volume, page 500), dans laquelle cette omission est réparée : « Oet homme (Rétif), don/ la fertUe pbane a noirci tant de papier, pour réformer à sa manière les hommes, les femmes, les mœurs, les lois, les théâtres, a dû vouloir aussi réformer la langue. Le dixième volume (Jouyneau-Desloges compte les parties pour des volumes) de ses Idéee tmçvUèree ou de ses livres en graphe, a pour titre : le GloeMograpke ov la Langue réformée. Voyes la dernière page de son Andrograpke, qui a paru en 1782, où il annonce avoir en projet oet ouvrage qui devait suivre le Theemogr^tka ou lee Loi» réfotrméee. est pos s i b le que, comme XAfUhropographa ou VHomme refermé, que vous croyes n'être pas imprimé, le Olaeeogngtke ne le soit pas non phû. Mais on ne saurait croire qu'un écrivain aussi fécond n'ait pas tenu parole, lui à qui la façon d'un livre, quelque volumineux qu'il f&t, coûtait si peu de travail et si peu de temps, et qui a vécu plus de vingt ans, après avoir pr<mtis celui-ci. On doit absolument an avoir trouvé, i^rès sa mort, le manusôit dans ses papiers. Bhl qui sait combien d'autres livres projetés, commencés ou même achevés, on a dû y trou- ver également ! » L'AtUkropographey dont parle Jouyneau-Desloges, n'était autre que VAitdrogrt^pke, sous son premier Utre.


^ MOTICI HISTORIQUE ET CEITIQUB SUE LiL YIE

que mérite, mais que partout on a trouvée bizarre, parce qu'elle n'était point appuyée par l'autorité. Laissons donc tous les ou- vrages de réformation -de notre cher Nicolas, et revenons à ses ouvrages d'invention, c'est-àrdire à ses productions romanesques et dramatiques.

« Un matin, j'étais seul chez moi, occupé, au coin de mon feu, à lire le Marquis de Tavan au l'École de la Jeunesse; Nicolas entre, et me dit : « Quel livre lisez-vous U? » — C'est un de vos oih vrages, lui répondis*je ; c'est VÉcole de la Jeunesse. — Tant pis pour vous, répliqua-tril ; c'est un ouvrage détestable ; mon cœur n'y est pour rien : je ne l'ai fait qu'avec ma tête; rien dans le monde n'est plus froid ni plus sec ; et ce qu'il y a de pis, c'est que je n'ai jamais pu en rien faire de bon. Je l'û dédié à la Jeu- nesse, et il n'y a réellement que l'épttre dédicatoire qui soit agréable. Heureusement, j'ai refondu tout ce fatras dans mes Con- temporaines, afin de lui donner une forme qui puisse un peu moins déplaire. » Les Contemporaines de Restif étaient une es- pèce de creuset où, à la faveur de l'or pur, il faisait passer quel- quefois les matières les plus impures et les plus hétérogènes.

« Je ne dirai point des Lettres d'une FUle à son Père ce que me dit notre cher Nicolas de VÉcole de la Jeunesse. Ce roman serait le meilleur des siens, s'il l'avait travaillé avec plus de soin, et si, en le commençant, il avait eu plus de connaissance du monde. Les caractères en sont parfaitement contrastés, et les développe- ments en sont passionnés et brCdants ; une gouvernante pleine de mérite...., un petit maître philosophe, un agréable athée...., des incidents qui n'ont rien de forcé, et toutefois très-attachants...., un grand intérêt de curiosité Voilà ce que je me rappelle va- guement; j'ai pleuré, voilà ce que je me rappelle encore Je

rends compte des impressions de ma jeunesse ; c'est mon cœur, c'est ma mémoire, qui s'expriment ; mon esprit, au moment où je vous parie, n'entre pour rien dans mes jugements.

« Je crois avoir conservé un souvenir plus clair et plus exact de la Femme dans les trois états de Femme, d'Épouse et de Mère, en trois parties. Cette division m'a paru heureuse, la seconde partie surtout m'a paru charmante ; et j'ai appris, depuis, que M. de la Chabeaussière y avait puisé presque entièrement sa comédie des Maris corrigés, et n'en avait témoigné à notre cher Nicolas que


ET LIS OirVB^fflBS BB BB8TIF DB lA BBBTONIŒ. »

fort peu de reconnaissance. Ce cher Nicolas s'en plaignait sou- vent avec amertume, et répétait le Sic vos non vobis de Vir- gile.

Le Ménage parieien, onzième roman de Nicolas Restif, donna lieu, autant que je peux m'en souvenir, à une anecdote qui fait infiniment d'honneur à Grébîllon fils. Ce Ménage parisien n'est autre chose qu'une satire assez plate contre les gens de lettres ; l'auteur y suppose l'existence d'une Académie dite de Qui perd gagne, et le tout est flanqué de notes bizarres et fort injurieuses quelquefois contre des littérateurs distingués, qui ne méritaient point qu'on les tndt&t de la sorte. GrébiUon fils ^ était du nombre, et GrébiUon fils fut nommé censeur de l'ouvrage; on y disait beaucoup de mal.de ses romans, et même un peu de sa personne. Grébillon fils, loin de se fflcher en lisant son article, l'approuve tout entier et le paraphe. Le Ménage parisien, sans cette appro- bation, n'aurait jamais pu paraître. Notre cher Nicolas en voulait à Grébillon fils, sans trop savoir pourquoi ; ce trait de clémence le désarma, et il devint depuis l'ami et l'admirateur du fils de l'auteur d'Atrée et de Bhadamiste. Grébillon fils ne se contenta point de parapher le Ménage parisien; dès que l'ouvrage parut, il en dit beaucoup de bien à ses amis et à l'auteur lui-môme. Gré- billon fils n'avût pas tort; il y a des traits originaux et spirituels qui ne pouvaient partir que de la plume de notre cher Nicolas.

« Tout le monde a lu les Mémoires d'un Homme de qutUité, par

1 CrébOloD flli, qae Rastif n'avait pas ménagé dana te Ménagé paritiaiy et qui n'en avait pas moins autorisé la mise en vente de cet onvrage, qoe ses confrères Tonluent faire Interdire, conservait si peu de rancune contre Tanteur de l'oa- vrage agressif, qu'il l'aida plus tard , comme censeur, à obtenir la permission de pnbUer l'École des pèree, que le commissaire Desmarolles retenait au bureau de police. « Ce Ait à l'occasion de cette persécution, raconte Restif dans Texa^ men de ses ouvrages (tome XVI de Jfoiuimr NieoUu, page 4681), que je revis M. de CrébiUon flls (en 1776), alors censeur de la police. Cet auteur léger me fit un accueil plein d'amitié : « Vous êtes Tauteur du Paigean? s'écria-t-U. Je n'aurais jamais pensé que Fanteur du Payean et celui du Ménage parieien pus- sent avoir rien de commun!... » Une autre fols, j'y trouvai M. CoUé, qui cessa de psrier... CrébOlon, en me voyant, lui dit : « Parle I parle ! Cest un des nôtres !» Et il me nomma. CoUé vint m'embrasser ; il me fit des compliments et surtout des amitiés. C'est ainsi que les gens de mérite me dédommageaient des tracasseries d'un commis, à la merci duquel me laissait le lieutenant de police.» Malgré cela, Restif, qui oubliait trés-promptemeat les services rendus, se mon- tra peu sympathique et peu bienveillant, dans Mmeieur Nicolae^ pour CrébiUon flls, qu'U nooune M. de CruHUon, pour faire un méchant jeu de mots épigram- malique.


40 NOTICl HISTORIQUE ET CEITtQUE SUR LÀ VIE

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l'abbé Prévôt, ajouta alors Nicolas BonneviUe; mais les Nouveaux Mémoires d'un Homme de qualité, par notre cher Nicolas, les ayes-vous lus? — Non, lui répondi&je; je les ai cherchés partout sans les trouver; Tédition en est épuisée. — Eh bienl vous n*y perdex pas infiniment. Une belle dame, appelée Placidie, que son père destine à être la maîtresse d'un roi, et qui épouse un qui- dam appelé M. Darmontières; un fils, qui aime beaucoup une jeune personne qu'il ne connaît pas; une thèse de médecine, sou- tenue en enfer pour prendre la défense d'un médecin qui guéris- sait ou plutôt qui préservait alors de la maladie syphilitique; voilà à peu près sur quoi roulent les Nouveaux Mémoires d'un homme de qualité. Vous en croyez l'édition épuisée : elle revit dans les Contempormnes, grand magasin où notre cher Nicolas a entassé toutes les brochures de sa composition, dont il ne savait que faire, et qui n'ont pas laissé que de plaire au public sous cette nouvelle forme.

« Notre cher Nicolas n'était point fait pour être traducteur, car jamais il n'exista en France un génie plus original ; mais que ne peut la nécessité sur les hommes de lettres, lorsqu'ils sont pau- vres, ou lorsqu'ils ont besoin de leurs censeurs? Le censeur d'Her- milly avait commencé la traduction du Fin Matois^ de l'auteur es- pagnol Quevedo : il pria Restif de l'achever; et non-seulement Restif l'acheva, en y ajoutant des notes, une préface et une no- tice sur l'Inquisition, mais il prêta vingtrcinq louis à d'Hermilly, pour l'engager à lire et approuver le Paysan perverti, qu'aucun censeur peut-être n'aurait voulu approuver ni lire. Notre cher Nicolas fut encore obligé de faire un présent à un impudent conunis d'alors, appelé DesmaroUes, pour faire mettre en liberté son Éc(^ des pères, ou le Nouioel ÉmUe, que ce monsieur retenait en prison. Notre cher Nicolas, quoiqu'il eût des ressemblances avec Jean- Jacques Rousseau, n'a jamais aimé le système de celui-ci sur l'é- ducation. Il m'a dit bien des fois que le système de Jean-Jacques était aussi impraticable que dangereux pour les Parisiens, et qu'il avait fait périr dans Paris une grande quantité d'enfants. Mais, comme tout est aussi plaisant que douloureux dans la vie de Res- tif, disons toute la vérité sur cet article. Restif, en sa qualité de prote, avait fait signer la lettre de vente de rÉcole des pères, par son compositeur nommé Logerot, Le commis Desmarolles, ayant


IT LES 0UYBÂ6S8 BE RSSTIF BX LA BKETONNI. 41

la Diderot ^y refusa Fouvrage tout net, parce que les philosophes, tels que Diderot, commençaient à n'être pas en odeur de sainteté auprès de Messeigneurs les évèques. Notre cher Nicolas, pour réparer cette erreur, écrivit quelques jours après une lettre d'avis, signée par lui-même. Ayant reçu le lendemain un mandat de Des- marolles, Restif eut la bonté de se rendre aux ordres de ce faquin, qui le traita avec un mépris et une hauteur inconcevables. Après avoir fait néanmoins soixante-dix voyages chez lui, et après avoir fait un présent à ce DesmaroUes, conmie je l'ai dit plus haut, VÉcole des pères lui fut rendue; mais cet ouvrage ayant passé par les mains de plusieurs alguazils littéraires, et étant sorti tout mutilé de l'antre de la censure, la réfutation du système d'Emile n'y est qu'imparfaite ; et d'un corps rempli d'embonpoint, il n'est guère resté qu'un pauvre squelette, qui, admirable en quelques endroits, ne fait pourtant qu'exciter la pitié des lecteurs. »

Je fis observer à Nicolas Bonneville que je croyais le système de Rousseau sur l'éduca^on, inattaquable.

« Et quand même il le serait, répondit-il, pourquoi ne voulez- vous pas qu'on l'attaque? C'est par des vérités nouvelles qu'on détruit quelquefois de vieilles erreurs accréditées; et^ quoique Descartes soit un grand homme, n'esi-ilpas heureux, pour le monde savant, que Newton ait eu un système opposé au sien ? N'estrce pas du choc des opinions que naquit toujours la lumière?

« Notre cher Nicolas avait plus de quarante ans lorsqu'il publia VÉcole des pères, ce qui lui donna l'idée de faire le Quadragé- naire, ou l'Age de renoncer aux passions; mais, loin de renoncer aux passions, noire cher Nicolas s'y livra plus que jamais, à cet


  • CTatt RMtif qui raconte lui-même ce plaiaaat quiproquo, dans Monsieur NU

eoloff (tom. X, pag. S838 et suivantes). Le conseiller d'Esprémesnil avait adressé an lientenant de police nn mémoire relatif k Tonvrage, qni passait pour être de Diderot, à cause dn nom de Lofferot^ sous lequel on l'avait déclaré; le mémoire du conseiller commençait ainsi : « C'est un système de philosophie suivi, com- biné pour renverser toute religion, toute morale, etc. » Cette amusante histoire est racontée, avec plus de détails, dans le tome XVI de Monsieur' Nicolas, pages 4e7S-S3. Restif la termine, en disant : « Je ne saurais dire tout ce que je souf- fris, durant les mois de février, mars, avril et mai 1776 1 » Et tout cela, parce qu'on croyait, au Bureau de la librairie, avoir un ouvrage de Diderot à exa-' minmr. De là les nombreux cartons exigés par le censeur secret, nommé de Sancy. Voyesdana la Bibliographie, artide de V École êtes pères^ une lettre d'un Allemand, Engelbrecht, sur les retranchements que la censure a faits dans cet ouvrage.


42 NOTIGS HISTORIQUE IT CRITIQUE SUR LA VIS

ftge. Son Quadragénain renfenne la plupart des lettres qu*il écri- vait alors aux filles de modes de la rue SaintrHonoré, au coin de la rue de Grenelle, et quelques réponses que lui firent ces dames. On les trouve, à la suite de la Malédiction paternelle, malédiction que notre cher Nicolas accordait très^libéralement à celles de ces dames qui lui refusaient leurs faveurs, et dont il ne fit pas sou- vent usage, grftce aux bontés de ces dames.

« Le Nouvel Abeilard, ouLettresde deux AnumU qttine se sont jamais vus, a beaucoup plus de physionomie que le Quadragé- naire; ridée même en est des plus heureuses. Notre cher Nicolas croyaitril que, pour rendre les liens du mariage fortunés, il fallait que deux amants s'écrivissent sans se connaître, et qu*il fallait que les pères et mères leur en donnassent la permission ? Il était alors amoureux d'une jolie charcutière, appelée M^^* Lando, et c'est elle qui lui servait de modèle dans le Nouvel Abeilard; car il lui fallait toujours un modèle ou un mannequin, pour tous ses ouvrages ^, et c'était presque toujours une jolie femme qui lui en servait, tantôt en réalité et tantôt en idée. Sa méthode confirme une vérité, depuis longtemps connue, c'est que l'art d'écrire se rapproche infirment de l'art de peindre, ut pictura poesis.


' Restif, dans àfonsietw NieokUjiioxm donne des renseignements bien cnrieox sur la msnitee dont il composait ses romans, en choisissant toi^oors une btue et on modèle on nne mute. U lui fallait d'abord on sujet Trai, qui formait la base de l'onvrage, car, dans le commencement de son auteuromanie, « voolant tont inrenter, dit>il, je me troavais souvent sans base et sortoat sans yenre. » Noiis parlons, dans la Bibliographie, k l'article de laFmniUe vertueitêe,à& la base qu'il avait trouvée pour composer ce roman, dans lequel il n'eut pourtant pas de muse. « Dans mes ouvrages suivants, dit-il (page 2663 du tome IX de Mom- sieur NieoUu)t j'eus toigours des bases ; celle de la Confidence néeeteaire fût ma première histoire déguisée; celle du Margute de 7***, un joli trait d'un jeune financier libertin, converti par une jolie cousine ; la Fille naturelle,xme MattÀre touchante, dont Bdme le libraire avait été témoin ; le Pied de Fanchette eut une base et une muse : la base, la duchesse de Choiseul, et son joU pied, la fille de la marchande de modes, au coin de la rue Tiquetonne ; la muse, M** Lévéque, jolie femme, fille du chirurgien Moreau, de l'Hôtel-Dieu, et mariée k un mar- chand du même commerce que le père de Rose B. (Bourgeois). V École de» père» n'a d'autre base qu'i^mUe, mais Rose et sa sœur y reparaissent dans Tintères- sant épisode de l'amour paternel. Le» Lettres d'une fUle à ton père eurent pour base les quatre sœurs Decour, dont une est encore jolie en 1790. » Yoyes aussi, pages 2973 et suivantes de Monsieur Nicolas, comment le hasard lui oflkait, dans lame, de charmants modèle», toigours chaussés k talons très-élevés, et remarquables par leur démarche comme par leur chaussure. La base d'un ro- man était to^jours un joli pied ; la muse, une marche provoquante, sinon un tour de jupe enchanteur.


ET US OUTRÀfilS BS RESTIF DE hk BRETONNE. 43

<c Qae ne sui&ge un homme volant I Je m'élancerais, en dix mi- nutes, vers les terres australes, et là je découvrirais que les hommes, quelque temps après la Création, ont été des hommes- chiens, des hommes-chevaux, des hommes-singes, des hommes- taureaux, etc. Et, tel que Robinson Crusoé, je reviendrais à Paris faire un roman charmant de tout ce que je n'aurais pas vu. Ro- binson Restif ajoute qu'originairement il n'y eut dans le monde qu'un seul animal, et que cet être unique, sans le bouleversement de la Nature, n'aurait jamais formé qu'une seule espèce; mais que les points du globe étant un peu différents, il s'en est ensuivi que les êtres animés ont été infiniment variés, tant au physique qu'au moral. Comme je suis un peu paresseux, ajouta Bonneville, en riant néanmoins, j'aime mieux le croire que d'y aller voir, et je vous conseille, mon cher Pahnézeaux, d'en faire autant. Je viens de vous parler, sans que vous le sachiez, d'un ouvrage de notre cher Nicolas, intitulé : la Découverte australe, ou l'Homme volant, ouvrage rempli d'imagination et de verve, mais qui n'a aucune espèce de base. Tels sont, en général, les ouvrages systé- matiques de notre cher Nicolas : il s'y perd dans les espaces ima- ginaires, et ne retombe sur la terre que pour être approuvé par les gens qui n*ont jamais lu Descartes, Copernic, Newton, etc.... Notre cher Nicolas se plaignait beaucoup, au sujet de cet ouvrage, des gens du monde et des gens de lettres, disant qu'ils ne l'a- vaient pas compris : nous avons, vous et moi, un peu encouru cet anathème; mais il faut nous en consoler, car le bon Nicolas, quoique écrivant bien, ne sait ce qu'il veut dire lui-même dans l'Homme volanUm, la Découverte australe.

« La Philosophie de M. Nicolas, ouvrage en trois volumes, du même, étant un peu dans le genre de la Découverte australe; j'a- voue que cet ouvrage n'a laissé, dans mon souvenir, que des notions un peu confuses, et que je l'ai beaucoup admiré sans y rien com- prendre. Je compte pourtant le relire ^

«( Notre cher Nicolas était un romancier moraliste, c'est-à-dire un peintre du cœur humain ; et lorsqu'il sortait de sa sphère pour monter dans les sphères célestes, c'est-à-dire pour devenir astro-

< M. BooneTille parle ici on peu trop légèrement de la PMloêophie ds M. Nico- la»; c'est on des pins beanx ooTrages de Restif de la Bretonne, et qne j'analy- serais, si je n'étais pas resserré dans des bornes trop étroites. (Noté de VmUeur.)


44 NOTICE HISTORtQUX XT CRITIQUE 8UR LA. YIX

nome, ce n'était plus qu'un rêveur sublime, mais extravagant, dé- nué des connaissances mathématiques indispensables pour traiter ce genre, et dont tous les véritables astronomes, même en l'esti- nu&nt, avaient le droit de se moquer.

« Après toutes les rêvasseries admirables de notre cher Nicolas, sur l'origine du monde et la formation de l'homme, parlenû-je de la Dernière Aventure d'un homme de quarante-cinq ans, qui se trouve .tout entière dans Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dé- voilé (tom. XII), quoiqu'elle ait été séparément imprimée? Non, ce serait un double emploi ; car, vous, le grand admirateur de Restif, vous avez lu son Monsieur Nicolas, que je regarde comme son chef- d'œuvre. Vous parlerai-je de la Vie de mon père, du Paysan et de la Paysanne pervertie, des Parisiennes,des Contemporaines, etc. ?. .. Non, ces ouvrages étant les plus connus, à coup sûr, vous devez les connaître. Parlerai-je de la Femme infidèle et d'Ingénue Sexan- cour, deux romans qui doivent marcher ensemble? Dieu m'en pré- serve I Notre cher Nicolas y dévoile tous les secrets de son ménage ; et quels secrets, juste ciell... Il travaille de son mieux à y désho- norer sa femme, qu'il ne pouvait pas déshonorer, puisqu'elle a toujours été vertueuse. Il vomit, dans le second, les injures les plus atroces contre son gendre, auquel il donne le surnom de VEs- ehiné. Ces deux romans, où sont imprimées des lettres originales de son épouse, de sa fille, de son gendre, etc., semblent avoir été faits dans un accès de fièvre chaude : il n'y a guère, en effet, qu'un fou ou un maniaque qui puisse chercher ainsi à se déshonorer, en déshonorant sa famille. Tirons le rideau 'sur toutes ces turpitudes, et plaignons-en l'auteur, qui n'a pu, je le répète, les mettre au jour que dans un accès de délire ou de frénésie.

« Parlerai-je des Filles du Palais-Royal, en trois parties, ou- vrage que notre cher Nicolas destinait à faire suite aux Contem- poraines^ et que les censeurs ne voulurent jamais laisser passer? Non, quoique cet ouvrage eût pu faire surnommer Restif le Pé- trone ou VArétin français, l'auteur, grflce à un certain préser- vatif que lui avait donné le docteur Guillebert, surnommé, je crois, de Préval, l'auteur, dis-je, approfondit tellement la matière, et décrit avec tant de naturel, d'énergie et de gr&ce, les différentes manières dont les femmes peuvent servir aux plaisirs des hommes, qu'il est impossible de ne pas rougir, même quand on serait le


XT LB8 Omr&iGES DS RB8TIF DK LÀ BRXTONNX. 45


libertin le plus déhonté de la capitale. Je ne suis pas un capucin, je l'avoue, mais je ne suis pas un homme crapuleux; et je pense que la volupté, pour mériter ce nom, doit avoir pour compagnes inséparables et la pudeur et le mystère.

« Je reprochais, un jour, à notre cher Nicolas, cette peinture beaucoup trop libre des Filles du Palats-RoycU : — « Je l'ai faite, me répondit-U, pour suppléer au silence de notre ami Mercier, qui, dans le Teibleau de PariSf ne parle point de ce qu'il y a de plus intéressant et de plus utile dans le monde, c'estràrdire des mai- sons où l'homme, tourmenté par le besoin d'aimer, va le satisfaire sans remords. Oui, ajouta-t-il avec chaleur, je suis l'ami et le pro* tecteur de ces maisons que l'on méprise; j'aime bien mieux y voir une jolie courtisane que de faire un enfant à l'épouse de mon ami ou de mon voisin. — Heureux, lui répliquai*je, heureux le bon et honnête Mercier, qui, dans son Tableau de Paris, n'a pas dit un mot dont puissent s'offenser les oreilles chastes 1 Tout ce qui blesse les mœurs publiques est un crime à mes yeux, et l'obs- cénité est de ce nombre. La société n'est-elle pas assez corrom- pue, sans chercher à la corrompre encore? Qu'a-t-on besoin d'en- seigner aux jeunes filles et aux jeunes garçons ce qu'ils ne sauront que trop tôt? En accélérant chez eux le désir de la jouissance, vous tuez le fruit dans son germe. Vous devez entendre ce que je veux dire par ces paroles : si je vous les expliquais, je deviendrais indécent moirméme. Un auteur obscène, en un mot, est à mes yeux un empoisonneur public, digne d'être puni par les lois. » Notre cher Nicolas allait répliquer; mais, comme la matière était délicate, et que je n'avais pu le convertir, je pris la fuite, de peur d'être moi-même perverti.

M Parlerai-je des Promnciales, au l'Année des Dames natio- nales, divisée en trois cent soixante-six nouvelles? Non. Car tout cela rentre dans les CorUempcraines, les Parisiennes, les Fran- çaises, etc... Cette Année des Dames nationales renferme des anec- dotes très-intéressantes et très-variées : notre cher Nicolas y peint toutes les femmes qu'il a connues, et la plus sage même s'y trouve. Mais vous faire l'analyse de tous ces romans serait une chose presque impossible, surtout dans une conversation rapide et légère comme celle que nous avons ensemble. Qu'il me suffise de vous rappeler ce que vous savez sans doute : c'est que personne n'a


4S NOTICE HISTORIQUE ET CRITIQUE SUR LÀ VIE

écrit plus de Nouvelles que notre cher Nicolas, et que persoxme, dans ce genre, ne Fa surpassé et ne le surpassera jamais peut- être. Florian a fait douze Nouvelles bien purement écrites, bien correctes et bien académiques, mais il a eu douze cents prOneurs pour les vanter : notre Nicolas a fait douze cents Nouvelles, que personne n*a prônées, mais la postérité le vengera, et il ne devra sa gloire qu*& lui-même.

« Parlerai-je des Veillées du Marais, ou Histoire du grand prince Oribeau^ roi de Momnumnie, au pays d'Evinlande, et de la vertueuse princesse Oribelle de Lagénie, etc.? Non, certes, je n*en parlerai pas. Ce fut le libraire de Restif qui lui donna ce titre de Veillées du Marais, parce qu'alors paraissaient les Veillées du châ- teau de M"'* de Genlis : effort de génie bien digne d'un libraire! mais, malgré cet effort de génie, les Veillées du château eurent beaucoup de succès, et les Veillées du Marais n'en eurent point du tout. Comment auraientrclles pu en avoir? Cet ouvrage, depuis le commencement jusqu'à la fin, est une espèce de logogriphe où tout est forcé et inintelligible. L'ordre alphabétique règne non- seulement dans les chapitres qui sont intitulés A, B, G, D, mais encore à chaque alinéa des chapitres. Tous les noms y sont ana- granmiatisés, à cause des allusions qu'on pouvait y faire à la famille royale. Les noms des grands hommes le sont aussi : ainsi Iratlove, c'est Voltaire ; Yllus, Sully; Vssuero, Rousseau, etc. Voilà, certes, un joli sujet de veillée pour le grand prince Oribeau et la princesse Oribelle! Ces Veillées m'ont fait dormir, quoique notre cher Nicolas ait fini par leur donner le titre ^'Instituteur d'un prince royal, titre qui n'a pas eu plus de succès que le pré- cédent, quoique l'ouvrage se vendît chez le libraire Duchesne, rue des Grands-Augustins. L'instituteur, en effet, de certaines mai- sons, que j'ai désignées plus haut, pouvait-il être FinstiUiteur d'un prince?

« Parlerai-je des Nuits de Paris, ou le Spectateur nocturne ? Oui, j'en parlerai, mais à une condition : je n'ai qu'un souvenir confus du Théâtre de Restif de la Bretonne, aussi volumineux qu'inté- ressant; et comme vous vous occupez de théâtre plus que moi, vous m'obligerez de m'en rendre un compte à peu près semblable à celui que je vous ai rendu de ses romans. » J'y consentis, et Nicolas Bonneville poursuivit, à peu près de la sorte : « Notre cher


XT LES OUYB^GcES DE RESTIT DE LÀ BRETONNE. i?

Nicolas m'a dit yingt fois qu'il avait mis vingt ans à faire ki Nuits de Paris^ ce qui ne prouverait pas que ce fût son meilleur ouvrage; mais, pour la richesse, la fécondité et l'originalité des tableaux, aucun ne le surpasse ou ne l'égale même : c'est une composition large, où toutefois les mœurs de la nation sont peintes avec vérité dans les plus petits détails. Il y a des carac- tères enchanteurs, tels que celui de la marquise de Montalembert et celui de Duhameauneuf. L'auteur raconte avec exactitude, dans cet ouvrage, tout ce qui se passait nuitamment, à Paris, sous l'an- cien régime ; ce qui le rend précieux pour les peintres, les gra- veurs, les poëtes et les historiens même : semblsJ>le à ces vieilles tapisseries reléguées dans les garde-meubles où sont des repré- sentations fidèles des usages, des coutumes, des vices et des vertus de nos aïeux. Dans deux cents ans, on lira cet ouvrage avec au- tant d'avidité et de plaisir que nous lisons les Chroniques de Ghar- lemagne et le roman de Lancelot du Lac : on y trouve, au surplus, les esquisses des Contemporaines, des Parisiennes, des Fran- çaises, etc. C'est à la fois le portefeuille de Rembrandt et de Te- niers, où les jeunes élèves en littérature peuvent puiser des sujets tour à tour joyeux et terribles, et les mettre en récit ou en action, soit sur la scène, soit dans des romans. »

Nicolas Bonneville avait à peine fini ces mots, que je me dispo- sais à lui rendre compte du Théâtre de son cher homonyme Nico- las Restif de la Bretonne, lorsqu'il me dit : « Pardon si je vous quitte. Notre conversation dure depuis une heure au moins, et je sms obligé d'aller chez moi, pour y corriger les épreuves d'une nouvelle édition de mes Écoles normales. Cependant je ne veux pas perdre ce que vous m'avez promis, et vous m'obligerez de m'envoyer, par écrit, le plus tôt possible, votre opinion sur le Théâr tre de notre cher Nicolas. »

En conséquence de cette prière, le lendemain, j'écrivis à Nicolas Bonneville la lettre suivante : elle ne sera point déplacée ici, puis- qu'elle roule tout entière sur une partie de la gloire de Nicolas Restif de la Bretonne, et qu'ainsi elle fait nécessairement partie de ma Notice sur la vie et les écrits de cet homme extraordi- naire.

« Avant de vous écrire directement, mon cher Nicolas, sur le « Théâtre de notre cher Nicolas Restif de la Bretonne, il est, je


IfOTICB HISTORIQUE BT CRITIQUE SUR LA VU


« crois, nécessaire que ma lettre soit précédée de quelques ré- « tlezioiis sur ropinion qu*oat les gens du monde, en général, et « même quelques gens de lettres, des productions dramatiques. Il « est tel ou tel auteur, dont on a représenté une ou deux pièces « assez mauvûses, et qui jouit d*une grande célébrité ; il est tel « ou tel auteur, qui a trente bonnes pièces imprimées, et dont on « connaît à peine le nom. D'où vient cette différence ? Le public, « me direz-vous, n'admire que ce qu'il voit sur la scène, et il n'ap- a plaudit que ce que les acteurs lui présentent ; le public ne peut « jamais avoir tort, et je conviens, avec vous, qu'il peut avoir raî- « son dans cette circonstance. Mais il faut faire une distinction «c entre le public liseur et le public applaudisseur, si je puis me «c servir de ces termes. Et pourquoi le public liseur ne veut-il pas c( qu'une pièce soit bonne, parce qu'elle n'a jamais été représen- « tée ? La plupart des pièces qui plaisent tant aujourd'hui au pu- « blic applaudisseur n'ontrelles pas été imprimées avant que d'être « représentées ? Ne peut-on pas mettre au nombre de ces pièces « le Tancréde et VÈcossaise de Voltaire, le QasUm et Boyard de « du Belloi, le Père de famille de Diderot, l'Honnête Criminel de « Fenouillot de Falbaire, qui passent pour des chefs-d'œuvre? Ne a peut-on pas y mettre le ThéAtre de notre ami Mercier, et plu- « sieurs autres Thé&tres ? Non, le public de Paris, aussi léger que « frivole, ne veut pas croire que des ouvrages admirables peuvent « dormir, depuis trente ans, dans l'arrière-boutique d'un libraire, « dans le portefeuille d'un comédien ignorant ou dans le galetas « d'un pauvre auteur dramatique. C'est par une suite de ce prê- te jugé barbare et surtout funeste à l'art des Molière et des Cor^ « neilie, qu'on n'a point lu le Théâtre de Restif de la Bretonne, et « que même on n'a point voulu le lire. Eh bien, je l'ai lu, moi, « mon cher Nicolas, et j'y trouve des pièces admiraJbles, beaucoup « plus dignes d'être applaudies que certaines rapsodies însigni- « fiantes qu'on offre tous les jours aux regards du public. Restif « de la Bretonne a fait une quarantaine de pièces de thé&tre : (( toutes ne sont pas également belles, et je ne parlerai pas de « toutes ; mais je vous dirai un mot de celles qui m'ont paru les » plus agréables. Et je vous dirai : Lisez, jugez et comparez. La « Cigale et la Fourmi est un ouvrage vaste et important, quoique « son titre annonce deux personnages de très-peu d'importance.


BT LES OtlYRA&SS DE RSSTIF DÉ LA BBBTONNB. 49

« Cette pièce est la fable de La Fontame, extrêmement déyelop- <c pée, destinée exclusivement à l'éducation de la jeunesse. Elle a « été jouée dans différentes maisons d'éducation et a toujours c< réussi. Plusieurs auteurs, qui ont assez d'esprit et d'activité « pour faire jouer leurs pièces, en prennent souvent le sujet dans a les pièces imprimées que le public ne connaît pas ; ce qui est « arrivé à notre cher Restif de la Bretonne. Il m'a dit souvent que « M. Laya n'avait fait que mettre en vers son drame en cinq actes « et en prose, intitulé : les Fautes sont personnelles; que M. Flins « des Oliviers n'avait fait qu'accommoder aux circonstances son « EéveU éPEpiménide; et que M. Gardel, qui n'a besoin de voler « personne, lui avait volé son Jugement de Paris, dans le ballet f( charmant qu'il a donné sous ce titre. Je ne dis point que ces ao- «< cusations de plagiat soient véritables; je dis seulement qu'elles « ont souvent été faites par notre ami Restif de la Bretonne, et « c'est ce que je vous prie d'observer, mon cher Nicolas, si toute- ce fois ces accusations étaient fondées. Gomme les pièces plagiées^ u pour me servir d'une expression de Restif lui-même, ont toutes u eu beaucoup de succès, que deviendrait l'opinion de tous ces ju* « geurs dramatiques qui prétendent que Restif de la Bretonne ne i< connaissait point le théâtre, et qu'il n'a jamais rien fait de sup- K portable dans ce genre ? jugeurs de théâtre et de littérature I u quand estK^e donc que vous vous dépouillerez de vos préjugés, « et de ce vieil entêtement qui vous force à n'admirer que ce que « vous faites ?

« Âvez-vous lu. Messieurs, la Fille naturelle ou la Mère impé" « rieuse, comédie en cinq actes, en prose, tirée, comme je crois u l'avoir déjà dit, du roman de laFiUe naturelle? Avez-vous lu « cette pièce, aussi bien conçue que sagement conduite, et aussi' u agréable qu'intéressante ? Non, je vois que vous ne l'avez pas « lue. Vous y auriez remarqué des beautés de tous les genres, et « surtout des contrastes frappants : un père généreux, vertueux et « compatissant ; une femme hautaine, impérieuse, entêtée, goû- te vemant despotiquement ses enfants et son mari ; la fille de ce « mari enfin, fille charmante, douce, honnête, sensible, que cette « mère dure et injuste prend pour la maîtresse de son époux, et « vous auriez dit : C'est dans cette mauvaise pièce que Desforges « a puisé en grande partie l'idée de son chef-d'œuvre intitulé : la i< Femme jalouse.


80 NOTICE HISTOBIQUK IT CBITIOUS SUE LÀ VU

« Avei^ouB lu : les Fautes sont personneUes^ drame où M. Laya « a pu prendre quelques diamants, mais où il en a laissé bien plus a encore qu'il n*en a pris? Et connaissez-vous, au ThéAtre-Fran- « çais, une pièce où y ait un plus beau quatrième acte? N'avez- « vous pas été déchiré dans tous les sens, et n*ayes-vous pas fondu « en larmes, lorsque tous y aves vu une fiUe honnête et sensible y M amener son père sur la scène, son père privé de la raison depuis « le crime de son SIb^ et qui n*a à la bouche que ces paroles terri- « bles:« DitesHUoi, aî-je encore de l'honneur? » N'y a-tril pas dans H ce drame une morale profonde, unie aux détails les plus pathé- « tiques ; et, s'il était exnbelli par le jeu des acteurs, ne croyei-vous « pas qu'il pourrait réussir infiniment sur la scène firançaise et « même sur les scènes étrangères ?

<c Avei-vous lu, messieurs les jugeurs dramatiques, aves-vous lu « Samére l'alkUta, ou le bcn FÙs, en trois actes, en prose? Non, « vous ne l'avez pas lu ; eh bien 1 moi, je l'ai entendu lire deux fois « chez madame Fanny de Beauhamais, par l'auteur lui-même ; et « je voudrais bien, pour votre gloire, que vous eussiez composé ce « petit ouvrage. N'estrce pas un véritable diamant, un diamant « pur et sans tache ? un ouvrage, enfin, rempli de sentiment, de « délicatesse et de grftce? Vous faites sonner bien haut vos mélo- « drames monstrueux, vos farces à la fois sépulcrales et risiblesi « où, par le moyen d'une musique insignifiante et monotone, vous « attirez les applaudissements d'un public hébété, qui ne voit pas « que vous plongez l'art dans la barbarie, ou que vous le faites re- « monter à son origine, c'est-àrdire à son enfance première ; et « qu'ainsi l'art dramatique, le premier de tous les arts chez le « peuple français, retombe, par vous, dans sa première enfance. « Vous ne voyez point tout cela, messieurs les jugeurs, et vous « osez dire du mal du Théâtre de Restif de la Bretonne, que vous « n'avez pas lu, et que vous n'êtes pas dignes de lire 1

« Mais il me semble que je m'emporte... Pardon, mon cher Ni- ce colas ; n'imitez point ces prétendus oracles de Melpomène et de « Thalie, qui prononcent despotiquement sur ce qu'ils ne connais- « sent pas ; lisez le Théâtre de notre ami Restif de la Bretonne, « si vous ne l'avez pas lu ; et vous y verrez partout des tableaux c< tantôt gracieux et tantôt terribles, des scènes bien filées, des dé- « veloppements heureux, de beaux caractères, et surtout des oppo-


ST LS6 OUTILAfiES Dl RBSTIF DB LA BBBTONNS. U

« sitîons et des contraetes ; ce qui est, à mon gré, le grand secret « de Fart dramatique. Lisez la PréventUm naHonak, drame du plus c( grand genre, qu'il a refait trois fois, et qui est également intéres- « sant sous les trois manières. Lisez le Drame de la vie» magasin (c immense d'idées et de situations, où Ton pourrait puiser cinq ou « six drames qui ne mourraient jamais. Lisez ses deux Épimé- « nide^ trèfr-variés pour les situations, quoiqu'ils portent le même « titre. Lisez le Père vakt, ou l'Épouse aimée après sa mort, tiré « d'une de ses Contemporaines : vous y verrez un homme éperdu- ce ment amoureux d'une sourde-muette, & qui une cousine sert d'in- M terprète ; vous verrez les détails singuliers qui résultent de cette ce invention singulière, et vous serez peutrétre un peu moins amou- « reux du drame de M. Bouilly, intitulé : l'Abbé de l'Êpée, drame c< intéressant, je l'avoue, mais dont le Père valet a pu fournir à « M. Bouilli l'idée primitive.

« Lisez le Libertin fixé^ en cinq actes, qu'un certain directeur « de thé&tre, sxjlBsi froid qu'un glaçon, n'a point voulu faire repré- « senter, parce que l'amour y est peint avec tous ses transports et « toute son énergie.

« Lisez même, lisez les comédies lyriques ou les pièces à ariettes u de notre cher Nicolas ; et partout vous trouverez une imagina- « tion féconde, souvent gracieuse et presque toujours attachante.

« Vous avez reproché à notre cher Nicolas d'avoir été un peu « trop libre dans quelques-uns de ses romans ; et ce reproche, que « j'approuve, est fondé à beaucoup d'égards. Eh bienl son Théâtre a est entièrement à l'abri de ce reproche : il n'y a pas une ligne t( que le censeur le plus austère voulût en retrancher. L'Amour c< menteur f comédie tirée du Nouvel Abeilard, est la seule pièce de « notre ami Restif qui ne puisse pas être représentée en public : « or l'auteur ne la lui destinait point. Tout le reste est d'une pureté « vrûment exemplaire, et l'on pourrait lui appliquer ce vers si M connu de la If étromonie :

« La mère en prescrira la lecture ii sa fflle.

« N'est-il pas singulier, mon cher Nicolas, que le Théâtre de « Restif, qui est celui de ses ouvrages qu'on devrait le plus lire, « soit celui de tous qu'on ait le moins lu? Mais pourquoi vous fai&-je « cette question? Tout n'estrii pas singulier, bizarre et extraordi-


5t NOTIGI mgTORIQlff BT CBITIQUI 8im LÀ VIS

« naire dans la vie de Restif de la Bretonne ? Quoi qu*il en soit, « lisez, je vous le répète, le Théâtre de Restif de la Bretonne, et <f vous direz, ainsi que moi, que c'est un des plus beaux fleurons <f de sa couronne littéraire. « Salut et amitié 1

« G. PAUrtZSAUX. »

Cette lettre fut à peine achevée, que je l'envoyai à M. Nicolas Bonneville, qui, m'ayant rencontré quelques jours après, me re- mercia de vive voix, et me promit de lire et relire le Théâtre de Restif de la Bretonne. Mais cette lettre et les réflexions qui la précèdent suiBsent-elles pour faire connaître au lecteur cet homme extraordinaire tout entier? Non, et le lecteur semble me dire : « Vous nous avez parlé des romans et des pièces de théâtre de Restif de la Bretonne ; c'est fort bien : mais, pour faire connaître un homme à fond, il faut parler de ses mœurs, de son caractère, de ses habitudes ; c'est l'homme qu'U faut peindre, ^rès avoir peint l'auteur; c'est le père, l'époux, l'ami, le citoyen. » Je sens que le lecteur a raison, et je vais tâcher de le satisfaire. M. Mercier, d'ailleurs, ayant appris que je travaillais à une Notice sur la vie et les écriû de Restif de la Bretonne, me dit, il y a quelques jours : « Mon ami, vous traitez là un beau sujet, un sujet qui vous fera partout beaucoup d'honneur, et surtout en Allemagne. La dernière fois que j'ai parcouru ces contrées, il n'est pas une ville, pas un village même où l'on ne m'ait demandé de ses nouvelles. On a été jusqu'à me faire sur son compte les questions les plus minutieuses, questions que l'on fait ordinairement sur les grands hommes, dont on a lu les écrits, et que l'on désire de connaître. Est-il grand? estril petit? blanc ou noir? brun ou blond? gras ou maigre? Quels sont ses goûts, ses habitudes, ses sociétés? Est-il marié ou garçon? Gomment est-il habillé ? Aime-t-il la promenade, la bonne chère, le grand monde, la solitude ? Mange-t-il peu ou beaucoup? Fait-il de l'exercice ou reste-t-il sur sa chaise, etc., etc.? »

Je n'ai point l'orgueil de croire que ma chétive production ira jusqu'en Allemagne. Je vais cependant répondre à ces différentes questions, autant qu'il sera en moi, non-seulement pour remplir le vœu du lecteur, mais encore la curiosité de ces bons Allemands, qui, ayant eux-mêmes de grands hommes pour contemporains, nous font l'honneur de s'intéresser si vivement aux nôtres.


BT LIS OUTILAftlS Dl RE8TIP DE LA. BBETONNS. 53

Resiif de la Bretonne ayant tracé dans son Monsieur NicoUu l'histoire de sa jeunesse, et même celle de son ftge viril, je ne par- lerai point de ces deux époques ; sa vieillesse seule me fournira quelques traits, qui, ayant quelquefois sur elles un effet rétroactif, le peindront, sinon aux trois quarts, du moins en profil, d'une manière assez ressemblante. A Texemple de Plutarque, de Sué- tone, de Diogône Laérce, je citerai de lui quelques mots qui le feront mieux connaître que toutes mes phrases, et je terminerai cette Notice, par un parallèle entre lui et les auteurs, soit regni- coles, soit étrangers, qui ont travaillé dans son genre.

C'est en 1785 que j'ai vu pour la première fois Restif de la Bre- tonne. Je sortais de la Comédie-Française, où l'on venait de jouer une pièce nouvelle ; et, désirant de l'acheter, j'allai chez la veuve Duchesne, qui alors était en possession de vendre toutes les nou- veautés dramatiques. J'entre, et je vois au milieu de la boutique un homme debout, avec un grand chapeau rabattu qui lui couvrait toute la figure, un grand manteau de très-gros drap noirâtre qui lui descendait à mi-jambes, et sanglé au milieu du corps comme une béte de sonmie. Cet homme tire de sa poche une petite bou- gie, vient l'allumer au flambeau du comptoir, la met dans une lanterne qu'il ferme, et monte l'escalier de sa chambre, sans dire un mot, et sans regarder ni saluer personne. Je demandai quel était cet homme. « Eh quoi I vous ne le connaissez pas? me répon- ditron : c'est Restif de la Bretonne. » Pénétré d'admiration et d'étonnement, à ce nom, que je connaissais déjà, je promis de re- venir le lendemain chez la veuve Duchesne, bien plus pour voir de près Restif de la Bretonne, que pour acheter une nouvelle bro- chure. J'arrivai, en effet, à l'heure précise où rentrait le philoso- phe sauvage. Je l'abordai poliment, et, désirant entrer en convei^ sation avec lui, je lui fis plusieurs compliments et même plusieurs questions sur ses ouvrages; je lui demandai, entre autres, dans quelle année avait paru le Pied de Fanchette^ et chez quel libraire on en trouvait la meilleure édition. Ces questions et ces compliments ne pouvaient que lui plaire : eh bien I le philosophe sauvage alluma sa bougie au flambeau du comptoir, la mit dans sa lanterne, qu'il ferma, et monta l'escalier de sa chambre, sans me répondre et sans regarder ni saluer personne ^ Je sortis de chez la veuve Du-

1 RatCif Bout apprend, dam plaaieim paasagei de Moniimr NieoUu, qii*U se


54 NOTICE HISTORIQUI BT ClUTiQm SDR LA TU

chesne , désespéré, mais brûlant un peu moins du désir de faire connaissance ayec cet écrivain bourru.

Cinq ou six années après, je le rencontrai chez M** Fanny de Beauhamais, où son ami Mercier Tavait conduit, et où il n*a pas cessé de venir ju8qu*au dernier moment de sa vie ^. Je lui rappelai la manière dont il m'avait accueilli, chez la veuve Duchesne : il s'en souvint'; et conune la présence de M"^* de Beauhamais l'a-

tonait souvent renAnné cfaes loi et n*oaTrait ta porte à personne, soit qii*il tra^ vaill&t à ses ouvrages, soit qn'U craignit les importuns ou les espions. U vécat encore plus solitaire, quand il fût tout à fait séparé de ta femme. Dans une ré- ponse (31 Janvier 1786) adressée an savant liistorien et polygraphe Henri Hal- let, de Genève, qui lui avait écrit dans les termes les plus élogieux et les plus sympathiques, en le comparant à J.-J. Rousseau, Restif ne cache pas ses habi- tades de sauvagerie : « Si vous venea à Paris, adresses-voos à mon libraire (M** veuve Duchesne). N*ayant domestique ni mâle ni femelle, et n'ouvrant pas parce que je travaille dans mon lit, tous me trouveries difficilement. » Vojei cette correspondance, n** 142 et 143 des lettres, seconde édition des Con- tmnporainet, tome XXI, à la fin du volume.

I « On ne peut avoir aucune idée de la malpropreté de Restif, quand on ne l'a pas vu! » nous disait Lamothe-Langon. Nous aurions pu lui répondre que Restif lui-même s'est montré tel qu'il était, dans les Contenqtoramei .* « Je m'étais jusqu'alors, dit-il à la date de 1779 (tome X, page 2980), suffi à moi-même, à l'aide de miUe écns de rentes, en parcimonie, que m'a laissés mon père, savoir : sur les habillements de la tête aux pieds, mille francs d'épargne, par an... » Plus loin (page 299-1), il complète le tableau de son épargne somptuaire : « Depuis 1773, Jusqu'à ce jour, 6 décembre 1796, Je n'ai pas acheté d'habits. Je manque de chemises. Une vieille redingote bleue, aînée de mes habits, me couvre Jour- nellement. » U avait, en outre, un grand manteau à collet et un grand chapeau de feutre à larges bords, pour courir les mes. C'est dans ce costume qu'il s'est ûdt représenter dans plusieurs des estampes de ses Nviiê de ParU. Ce déOuit de soins de toilette, œ manque absolu de respect de soi-même, sont d'autant plus incompréhensibles ch«i Restif, qu'il pousse à l'extrême l'exigence de la pro- preté ches les femmes. H y revient sans cesse dans ses livres, et U pose en principe que la plus jolie femme est repoussante, si eUe ne fait pas de la pro- preté une vertu indispensable à tout âge et dans toutes les conditions. R remar- que avec complaisance que cette vertu est presque générale ches les filles publiques. Ses règlements du Pcmograpke contiennent, à cet égard, de bien minutieuses prescriptions.

s Palmézeaux cite, dans la préface de sa Notice, une lettre amicale qui lui fiit adressée par Restif de la Bretonne, à l'occasion d'une critique très-juste, qu'il lui avait faite, et qui prouve, une fois de plus, que cet implacable ennemi des plagiaires et des contrefacteurs ne se faisait pas faute de s'approprier le bien d'autrui, en pillant audacieusement ses contemporains, liais Palméseaox n'a pas compris que Restif avait été très-délicat, ou très-malin, en ofl^ant à la comtesse de Beauhamais une pièce de vers, empruntée à Dorât, son ancien amant.

« n vous est fort aisé de dire : « Vous pilles M. Dorât, pour apporter vos pira- « teries à Mme de Beauhamais. » Croyes-vous donc, Monsieur de Palméseaux, K qu'il soit bien facile de rimer comme vous, comme Dorât et comme la dixième M Musef J'ai voulu comparer à Flore notre belle dame; tandis que je roulais « ces pensées dans mon esprit, je tombe sur.un AUiumaeh d» Ifauet, d^à an-


BT LIS 0UTILA61S Dl RBSTIP DS LA BRSTONNI. 55

▼ait inâDiment adouci : « Que Toulex-Tous? me ditril, je traTalUais alors à mon JIt5ott spectateur; et, voulant être un hibou Téritable, j'avais fait le vœu de ne parler à personne. — Des hibous tels que vous, lui répliquai-je, sont des aigles. » Cette réponse parut lui plaire, et depuis ce temps il me témoigna toujours de Tamitié et de la bienveillance.

Restîf de la Bretonne n'apportait point dans la société les formes polies, aimables et caressantes des personnes qui cherchent à plaire. Il était ours dans sa conversation comme dans ses écrits : il était naturellement taciturne et morose, silencieux et renfrogné; en un mot, il ne faisait la cour à personne, mais il n'était pas lâché qu'on U lui fît, et il était surtout fort éloquent lorsqu'on le mettait sur le chapitre de ses ouvrages. Je l'ai entendu un jour parler, pendant six heures, de la PkUosophie de M. Nicolas, l'un de ses ouvrages qu'il aimait le plus, et le meilleur de tous peutrétre, s'il avait des bases plus solides. Je l'ai entendu, dis-je, charmer

« den, 9t J6 troave répttM à Bcif^e. QimIb van, me dis-Je, plus dignes de « Pftimy, que ceux de Dorât t Je copie muu lire; mais bientôt je suis arrâtè « par des incoBYenances, qui ne Tétaient point pour Sophie. Je suis obligé de « m*anéter, et de faire quelques rers pour rentrer dans mon sqjet et dans les « oouTenanoes. Cest par ces yers que Je tennine la pièce. Ce n'est pas que « Je n'en aie trouvé quelques-uns, que Je regrettais de ne pouvoir piUer, tels < que oeux-ci :

» Du sein des plus douces ivresses, « Reçois notre hommage et nos vœux w CTest la crainte qui fit les dieux, « L'amour seul créa les déesses


ii Je vois Psyché ; je crois l'entendre, « Parmi la foudre et les éclairs, « Héler sa voix plaintive et tendre « Au tumulte effrayant des mers.


« Mais comment coudre tout cela? J'ai préféré de le laisser piller à d'autres, « qui sauront s'en accommoder.

« Je suis fier de mon piUage : « Enfin, disais-je, je vais porter à Panny des

  • vers dignes d'elle : ils sont de Dorât! » Si J'avûs été Pabnégeaux, ^e n'en au-

« rais porté que de moi.

« Je respecte un bon poète ; j'admire Palméseaux; et, sur ce, je prie Dieu « qu'U le prenne en sa sainte et digne garde; et j'adore, en attendant, notre « ingénieuse et ravissante Muse.

« Signé RBsnr Li Pibatb, par conscience du vrai beau.

« Paris, le 3 octobre.

« Je refys l'histoire ^Agathe s Je verrai si Je puis en être oontent. »


S6 NOTIGB HlgTOBIQUK IT CEITIQUl 8U& LÀ TK

tout le monde par le feu, Tabondance de aon élocution, et par les grftces et la vivacité d'une ima^^tion aussi variée que féconde. C'était vnûment Torigine du monde, racontée par le vieux Silène : et ma comparaison n'est pas hors d'œuvre ; car de jolies femmes, qui Técoutaient avec enchantement, l'avaient déjà barbouillé avec d'excellent vin de Bourgogne.

Restif de la Bretonne était fort négligé dans ses habits : tantôt ils étaient déchirés, et tantôt couverts de taches; il poussait enfin la négligence jusqu'à la malpropreté *. Je ne dis point ceci pour nuire à sa mémoire : quand on est malpropre sur soi, on ne fait tort qu'à soi-même ; et l'on peut être vêtu négligemment et avoir


I Le raocès des CimtmnpùrtBmêê mita la mode Raatif de la Bretonae, qui de- yint le lion du Jour dans la lociété aiittocratique. On ne parlait qae de loi, et peu de personnes cependant pouvaient se vanter de le connaître ou même de l'avoir vu. VL y eut lûors, à son égard, une émotion générale de curiosité, sur- tout ches lei fenunes, dont U s'était déclaré Tadmirateur enthousiaste. Tout le monde aurait voulu se rencontrer avec lui, dans quelques soupers où Ton par- venait, non sans peine, à le faire venir ; mais Restif était encore plus sauvage que ne l'avait été i,-i, Rousseau, et U ne se décidait que bien rarement à accep- ter une de ces invitations qui allaient le chercher, sous toutes les fonnes et BOUS tous les prétextes, dans sa retraite impénétrable. Voyes dans la seconde édition des Cùnten^porianeê, tomes XIX, XX, XXI et XXII, les lettres d'invita- tion que lui adressaient le marquii de Jarente, Qrimod la Reynière fils, le comte de dermont-Tonnerre, le baron de Corberon, le comédien Desessarts, le chevalier de Saint-Marc, etc., pour l'avoir à leur table, et l'oiBrir, pour ainsi dire, en specta- cle, à leurs convives et à leurs amis. Ces lettres, si pressante! et si suppliantes, prouvent asses que Restif ne se rendidt pas aisément aux désirs des belles damei et des grands seigneurs, n raconte, dans Motuietar NieoUu, plusieurs de ces soupers dans lesquels il se Iwssa emporter à toute la fougue de son carac- tère et à tous les élans de son imagination. « Quelque temps après que j'eus fait cette connaissance, dit-il (tome XI, page 3076), M. de Morfontaine Ait prié par des dames, qui m'avaient lu, de leur donner à souper avec moi. Je fus invité.» Cest dans ce souper qu'il vit, pour la première fois et la dernière, la belle mar- quise de Montalembert, qui devint son héroïne et sa muse dans ses NuUm de Paris» Le récit de ce souper n'est pas moins piquant que celui d'un autre sou- per donné, en l'honneur de Restif, ch«i le docteur Guillebert de Préval, souper dans lequel le pofite Robe lut son Origémtme devant un auditoire de médecins et de savants. Mais les soupers les plus mémorables on Restif ait paru Airent ceux que donna le comte de Qémonville, le 25 janvier 1787 et en février 1793. Tous les assistants, comtes et princes, ducheises et comtesses, avaient pris de faux noms et de fausses qualités, pour ne pas effaroucher Restif, qui, croyant être avec des académiciens d'Amiens, des marchands, de bonnes bourgeoises et des fournies de province, se livra sans défiance à l'intarissable expansion de sa verve et de son originalité, n était si content, en sortant de table, qu'il ne sut pas même mauvais gré à ses amphitryons de l'avoir un peu trop mystifié. Voyes encore la relation d'un de ces dîners de mystificateurs, chez Sénac de MeQhan, au mois de novembre 1789, tome XI de Montieur Nicolat, pages 3175 et suiv.


XT LBS OUTRAGES BS RBSTIF DB LÀ BBXTONIVI. ^7

beaucoup de vertu et beaucoup de génie. Reatif de la Bretonne, d'ailleurs, ayant commencé par être un ouvrier d'imprimerie, et ayant toujours vécu en ouvrier, trouvait plus commode d*aller, cbex ses voisins, avec un habit d'ouvrier, qu'avec un habit de grand sei- gneur, brodé sur toutes les tailles. Ce mépris pour la toilette tour^ nait même à sa louange, comme on va le voir, et devint peutrôtre un des fondements de sa gloire littéraire.

Quelque temps après notre entrevue chez M"^* de Beauhamaîs, je le rencontrai, dans la rue, avec une barbe extrêmement longue. Lui ayant ftdt quelques observations sur la longueur démesurée de cette barbe : « JÔle ne tombera, me ditril, que lorsque j'aurai achevé le roman auquel je travaille. » — Juste Giell m'écriai-je, et si votre roman est en plusieurs volumes?.... — Il sera en quinze, répliqua-t-il. — Et combien en avez-vous déjà de faits? — Trois. — Trois seulement?.... Il vous en reste donc douze à faire; ainsi, à un volume par an, ce n'est que dans douze ans que votre barbe sera faite. — Rassurez-vous, jeune homme; je fais un demi-vo- lume, .par jour : ainsi, dans vingt^piatre jours, je deviendrai, comme vous, un joli imberbe. » Cette réponse, qu'on trouvera ridi- cule peut-être, et que je trouve aussi naïve que singulière, prouve deux choses intéressantes sur le caractère de Restif de la Bre- tonne : elle prouve d'abord son extrême facUité pour écrire des romans ; elle prouve ensuite que Restif de la Bretonne mettait de cêté les convenances sociales pour arriver plus têt à une réputa- tion immortelle, et qu'il négligeait de raser son menton pour avoir plus tôt une couronne de lauriers sur la tête....

Si les combinaisons de la modestie sont quelquefois utiles à un grand homme pour le faire briller d'un nouvel éclat, les élans de l'orgueU ne lui sont pas toujours inutiles. Restif de la Bretonne se trouva & dîner, au commencement de la Révolution, chez son ami Nicolas Bonneville, que j'ai déjà mis en scène dans ce faible ou- vrage. Il n'y avait & ce dîner que des hommes célèbres par leurs vertus, leurs talents et leur énergie patriotique : U n'y avait que des hommes, qui depuis ont marqué dans la Révolution de la meil- leure manière, c'est-à-dire d'une manière sage et prudente. Après que ces messieurs eurent épuisé dans leurs discours tout ce qui avait trait à la politique, la conversation tombant sur la littéra- ture , l'un d'euxy et celui-ci était un des plus distingués par la


» NOTICI HISTORIQUI IT CRITIQCT SUR LA TU

variété de ses connaissances et la multiplicité de ses ouvrages, Tun de ces messieurs, dis-je, ne s'avise-tril pas de jeter du ridicule sur le genre des romans, et de dire que ce genre est à la fois inu- tile et méprisable? Restîf de la Bretonne se garde bien de Tinter- rompre; il l'écoute, au contraire, dans le plus profond silence, et, après qu'il a parlé, il se lève et lui dit : « Taises-vousl Malgré tout votre génie, vous n'êtes qu'une bote, et vous devez m'adorer.» n dit, quitte la table, et disparaît comme l'édair. Ce trait, loin de déplaire aux convives de Nicolas Bonneville, les amusa tous infini- ment, même celui qui en était Fobjet : c'est Nicolas Bonneville qui me l'a raconté lui-même.

Restif de la Bretonne avait la malheureuse habitude d'écrire, tous les soirs, en rentrant chez lui, tout ce qu'il avait vu et en- tendu dans la journée. Cette méthode a bien quelques avantages; mais elle a de bien plus grands inconvénients, surtout lorsqu'on imprime tout ce qu'on a entendu et vu dans la journée. On com- promet souvent des personnes puissantes et respectables, soit par des éloges indiscrets, soit par des critiques déplacées : on excite leur colère ou leur orgueil; on s'en fait des ennemis redoutables ou des persécuteurs acharnés, et c'est ce qui est arrivé plus d'une fois à l'imprudent Restif de la Bretonne^. Voici un reproche plus

1 La pubUoatioB des ContemponàitM attira, sans doote, à Beitif , bien des déia- grémenU, inr lesquels il a é^ité de s'étendre dans MonMeur NicoUu, Udit seule- ment (tome Xfpage 2993) : « Ces historiettes m'ont attiré une foule de chagrins, par ma vivacité. Le petit Btteugaled pelagnette,flls de l'imprimeur), quim'attar qua, l'un de ces jours, dans l'obscurité, m'assura, dans sa petite foreur, que deux cents personnes de Paris me wMÊltdënt la mort Jtirée. » Restif, en effet, avait été bien imprudent, bien inconséquent, en faisant appel à tous ceux qui vou- draient lui envoyer des canevas ou des nouvelles, et en imprimant tout ce qu'on lui envoyait ainsi, lorsque l'ouvrage lui paraissait avoir de l'intérêt. Restif avait pourtant déclaré, dans une note, publiée sous le nom de l'éditeur Timothée Joly (tome 1er de la seconde édition des Contenqtorainêê, page 16), qu'U s'était faU une loi de n'y insérer que des faits arrivés, « légèrement déguisés, pour la plu- part, c*est4kdire, dans les noms et dans qne]||ues circonstances indifférentes. » Mais, souvent, U avait accepté aveuglément des pièces entachées de calomnie, et dont il ignorait même la source. De là, des réclamations, des accusations, des menaces et même des représailles brutales. Ainsi, en 1781, il avait rencontré, ches son ami Butel-Dumont, un M. de Beauregard, qui prétendit avoir été difSuné dans une nouvelle des Contenquframet^ et qui faillit maltraiter l'auteur, en pré- sence des assistants, lesquels eurent de la peine à le retenir. Butel-Dumont écrivit à Restif : « Nous avons vu hier M. de Beauregard, qui nous a laissé voir toute sa colère, et qui, se trouvant plus en liberté dans notre maison que dans la rue, s'est bien plus développé qu'il n'avait fait samedi, quand je l'ai rencontré. Noua avons laissé passer le torrent. H était bien Juste qu'il évaporât sa bile, dont


XT LES 0UYRA6X8 DS BISTIT DX LA. BBXTONNS. M

fondé que j'ai à fiùre au héros de cette Notice. Dans plusieurs de ses Cùntemporaines, il a peint l'intérieur des ménages de son quartier, et, entre autres, des rues de la Harpe et SaintnJacques : il a peint les infidélités du mari, les amours secrets de la femme, les soupirs naissants de la fille; quelquefois môme, ayant surpris des lettres galantes et clandestines de ces dames et de ces mes- sieurs, il les a publiées, sans en avoir la permission de personne, n est bien vrai qu'il a déguisé le tout sous des noms supposés , mais les personnages étaient si bien représentés que plusieurs se sont reconnus ; et de là sont nés, entre maris et femihes, entre pères et enfants, entre domestiques et maîtres, des brouilieries, des procès et des divorces même. Qu'un amant, qu'un époux même peigne, sous des noms supposés, tels que ceux d'Iris, de Syhne, de Théndre, etc., les charmes de sa maîtresse ou de son épouse, je ne trouve à cela rien de répréhensible. Mais Restif de la Bretonne a peint, sous leurs propres noms, les charmes de cer- taines femmes sur lesquels il fallait jeter le voile de la discrétion et de la délicatesse.

nous ne pouyions condamner la yéhémence. Bnfln, en louvoyant au milieu de Forage que nous esnqnlons, nouaravons amené à noua promettre, non pas d'ou- blier son ressentiment, mais de ne lui donner aucun essor et de ne se porter à rien qui pût tous nuire. On lui avait fait déjà prendre le dessein de se plaindre à la Police et au ministre de Paris. XL a renoncé à ce projet, et nous l'avons engagé à se contenter des cartons que vous ferei mettre, dans la NouveUe où est son nom et son portrait, pour faire disparaître son nom et les traits qui ont rapport à sa figure. C'est à cette condition qu'il abjure toute idée de vengeance.» Restif imprima cette lettre, n* 63, tome XIX de la seconde édition des Contem- porabiêit en sjoutant cette note : « La NouveUe est le Ménage paririên, et eUe était fsite avant que je connusse l'homme dont le nom s* j trouve, avant que j'apprisse son existence. Beauregard, froid et beau parleur, me traita d'ivro- gne, s'emporta comme un ftarieux , et c'était un nom de rue que j'avais em- idojél... Bt voilà ce que m'cmt procuré les Contemporeâneit » Mais une autre lettre, signée Desmarais, écrite de ChAteauneuf, à Restif, le 22 juillet 1781, et imprimée à oAté de celle de Butel-Dumont, nous fait bien apprécier les périls auxquels s'exposait de gaieté de cœur l'éditeur responsable des Contempih ntbies : « Je vous adresse, avec l'espérance que vous voudres bien réduire et mettre l'histoire que je vous envoie, au nombre de vos Contemporainet, Cest une nouveUe de deux ans de date ; l'intitulé sera à votre choix... Je la crois sus- ceptible d'intérêt, et elle ne pourra manquer de flatter le public, lorsqu'elle aura passé dans vos mains... Laisses les mêmes noms, s'il vous plaît. » Restif an- nonce qu'Q a changé les noms, mais U publie le canevas in extenêo. Quant à la nouveUe, très-compromettante pour une famille puissante, c'est la 207«, comme nous l'i^prend Restif. Ailleurs, dans le tome XX, seconde édition, il livre à la pubUdté une longue lettre, que lui adresse, de Chartres (19 sept. 1785)* le des- sinateur graveur Sergent, qui raconte sa propre histoire, avec les détails les plus IntSmes et les plus acMidaleax. Restif imprime tout, à la grftoe de Dieu.


«0 NOTIGI HISTORIQUI BT GRITIQUK SUR LÀ YIB

Resiif de la Bretonne, ouvrier imprimeur, n^avait rien de la tournure d'un jeune fat de Versailles, et cependant il en a eu les torts. Ces descriptions me rappellent le reproche que lui a fait son ami Bonneville; reproche qu*on ne saurait trop répéter, et qui doit se trouver dans la bouche de tous les amis des mœurs, de la décence et d'un gouvernement éclairé et sage.

Ohl combien les ouvrages de Restif de la Bretonne seraient plus intéressants, plus utiles, plus amusants et plus sublimes, s'ils étaient dépouillés de tout ce fatras d'expressions basses, tri- viales et crapuleuses, qui les déparent I Ehl comment Restif de la Bretonne a-tril pu ignorer que le grand talent d'un, écrivain, soit en vers, soit en prose, consiste à tout dire, à tout peindre même, sans blesser jamais ni les yeux ni les oreilles chastes?

Restif de la Bretonne avait des amis, et certes il en méritait, par ses talents et sa bonhomie; mais il était quelquefois ami exigeant et susceptible. Persuadé fermement qu'après l'avoir obligé on devait l'obliger encore, il avait, sans être ingrat, le despotisme de la reconnaissance : sa conduite avec son ami Mercier en est une preuve évidente. Peu de temps après la création de l'Institut nar tional, Restif de la Bretonne eut une velléité d'être membre de cette compagnie célèbre; velléité que l'Institut n'aurait pas dû attendre qu'il manifest&t. Il pria M. Mercier de le proposer comme candidat; et non-seulement M. Mercier le proposa comme tel, mais, en fidèle ami et en admirateur sincère, il fit le plus grand éloge de sa personne et de ses ouvrages. Le président d'alors, dont je tairai le nom, quoique ce nom soit trè&-célèbre, répondit : (c Vous nous proposez Restif de la Bretonne pour être de l'Insti- tut; Restif de la Bretonne a du génie, mais il n'a point de goût, et nous ne pouvons pas le recevoir. » Mercier répliqua soudain par ces mots aussi sublimes que modestes : « Eh I messieurs, quel est celui de nous qui a du génie ' ? »

> L'ambition de Restif eût 6té de faire partie de rinatitat, quoiqu'il se défen- dit d'en avoir jamais eu l'idée : « J'avertis ici le public, écrivait-il en 1796, à la Aa de la septième époque de Monsieur Nicolas (tome X, page 2854), qu'il y a une coalition, entre tout ce qui existe do plus vil dans la littérature, pour m'ex-

dure de l'Institut national Mais qui a dit à ces misérables que je voulais être

de rinstitut 7 Ai-je fait une démarche T Ai-je assisté à une seule séance 7 Vils intrigants I méprisables intrus I je ne vous ressemble pas ! » Puis, l'année sni- vante, Restif, irrité et désolé de n'avoir pas été admis dans le sein de l'Académie réorganisée, exprimait ainsi ses doléances (page 3244 du tome XI de MonsiaBr


XT LBS OUVRAGES DB RS8TIF DB Lk BBBTONNX. 61

On ne répliqua point au véridique Mercier ; et, quand il fut question de recueillir les voix, on ne trouva, dans la boîte aux scrutins, que la Toix de Mercier en faveur de Restif de la Bre- tonne ; ce qui prouve complètement le triomphe du goût sur le génie.

Esirce M. Mercier qui eut tort dans cette circonstance? Restif de la Bretonne cependant en voulut beaucoup & M. Mercier pen- dant deux années; il en parla mal dans la société, plus mal encore dans ses écrits : il alla môme jusqu'à lui dire des injures en face ; injures que M. Mercier pardonna, parce que Tinjustice du moment ne blesse jamais un ami de trente années : il faut, d'ailleurs, con- venir que Restif de la Bretonne se mettait en colère comme un

NieoUu) : • On sait que l'Institat national pent serrir de retraite aux véritaUei gens de lettres. Certainement que je «ois plus homme de lettres qa*un Fontanes, qn'nn Gningaenet, qu'on Millin, qui tient, en outre, une place à la Bibliothèque Nationale, qu'un Sèlis, et cinquante antres de cet acabit. Qu'a fait Fontanes 7 Bn toute sa vie (et il a 45 ans), une traduction en vers de VEssai sur l'homme, de Pope, déjà mieux traduit en prose par Resnel, mais du moins il a fait quelque chose. Qu'a fait Guinguenet7 Rien ; un relieur lui a couvert proprement deux petits volumes in-18 compilés. Qu'a fait Millin? Haï Yillette seul, son maître, pourrait nous le dire î... Voilà les gens qui ont exclu de l'Institut national le génie, accablé sous le poids du malheur et de la vieillesse I H est impossible d'exprimer avec quel acharnement tous les hommes sans titres et sans mérite, les frelons, ont expulsé les abeilles industrieuses! ont ôté aux vrais gens de lettres la subsistance que la Nation leur voulait assurer! an pauvre Nicolas, pi)r exemple, qui, pendant quatorse ou quinse ans, a fait subsister treize pères

de famille, tant de l'imprimerie que des autres états relatifs à la littérature

Voilà de véritables droits aux bienfaits nationaux, et non pas ceux d'une foule d'intrigants qui se sont emparés de l'Institut et qui le déshonorent. Nicolas en demandera les appointements, qui lui sont dus d'après les vues nationales, et consentira de n'en pas être membre, avec CA, Fo, Gu, Mi^ et tant d'autres. » Nous ignorons si Restif a donné suite à cet audacieux projet d'entrer de vive force à l'Institut et malgré tous les académiciens, n faut voir, dans l'article que IfUlin avait consacré à la Philosophie de Moneieur Nicolas {Magasin ency- eiopédiçue, tome III de l'année 1796), le souverain mépris avec lequel on se ndlle des prétentions de Restif : « L'auteur de l'affiche (relative à la publica- tion de cet ouvrage) se plaint qu'on ait oublié le citoyen Restif dans la compo- sition de rinstitut, comme on a oublié Paris dans l'Encyclopédie ; mais c'est qu'U en aurait fallu exclure tous ceux dont les idées, dans les sciences physi- ques, ne s'accordent pas avec celles de Monsieur Nicolas; U en aurait fallu exclure les citoyens Lagrange, Laplace, Lalande, Cassini, Brisson, etc., qui n'ont pas les mêmes idées anr ùk pkotéHuUion des comètes, sur les planétocoles ou habitants des comètes, etc. D faudrait exclure Cuvier, Lacépède, Daubenton, Broussonet, de l'Institut ; n'y jamais recevoir Geofl^y, ni Brongniard, si l'on admettait sa géologie, etc... La Classe des sciences physiques ne serait pas la seule qu'il faudrait réformer dans l'Institut, car, en lisant l'ouvrage que Mon- sieur Nicolas vient de confaire, on voit bien qu'il n'y a pas un seul membre de la Classe de littérature, qui parle français. »


tt HOTICI HISTOHIQini IT GBITIQUB SUE LA YIB

enfanty et s'apaisait tout de mdme. Si Famour des femmes était profond dans Tâmede Restif de la Bretomie, la haine des hommes n*y était que passagère; le hasard m*en fournit bientôt la preuve. Ayant rencontré les deux amis dans une promenade publique, au moment où ils s'éloignaient l'un de l'autre, c'est moi qui les rap- •prochaî, c'est moi qui les réconciliai, et ce jour, je l'avoue, fut un des plus beaux de ma vie.

Par une suite de ce caractère irascible et enfantin, Restif de la Bretonne, dans ses derniers écrits, a dit beaucoup d'injures aux gens de lettres, et n'a guère excepté de sa proscription générale que son ami Le Suire, homme respectable sans doute, et auteur de plusieurs ouvrages en vers et en prose, mais qui ne méritait pas seul d'être excepté ^.

Si toutefois la colère de Restif de la Bretonne trouve une excep- tion parmi les littérateurs, elle n'en trouve point parmi les prê- tres; et les injures qu'il vomit contre ces derniers sont mille fois plus atroces, plus horribles et plus épouvantables. Qu'on lise ses Jtuvénaies; c'est le titre qu'il donne à ses diatribes anti4ittéraires et anti-ecclésiastiques.

La raison de cette colère est bizarre, et l'on aura peut-être de la peine à y croire. Restif de la Bretonne ne haïssait tant les prêtres que parce qu'il voulait faire une religion. On le verra, par un pas- sage tiré de l'Année des Dames naticnaks, ou Calendrier des ct- ioyennes, brumaire 1794; passage que je ne cite point, par respect pour sa mémoire, et ce passage n'est point le seul où il ait mon- tré cette envie téméraire et presque toujours funeste. Il m'a dit vingt fois : « Si j'étais souverain, je ne me servirais de mon pou-

I On peut être Burprifl que Restif, aussi lié qu'il Tétait ayec Le Saire,iie l'ait pas aie au nombre des Cotmauêtmees qa'il avait en 1785 (ifontino* Nicolas, tom. XI, ptLg9 3073 et soIt.). Q faut que ievn relations aient été postérieures à cette époque. Nous croyons cependant que le nom de Le Suire est cité quelque part, mais seulement par son initiale. Nous supposerons donc que leur liaison s'était formée t soit ches la veuve Buchesne, qui publiait les romans de Le Suire, soit an café Mannouiy, où Restif trônait, tous les soirs , pérorant ex eiUkêdrà et se faisant écouter comme un oracle ou comme un illuminé. Robert-Martin Le Suire partageait d'ailleurs les opiidons de Restif, à l'égard de la politique et de la reli- gion ; il avait publié, en 1798, le LégUlateur det ebréHn» ok l'BwtgUe det déiah let. Un de ses premien T<»uans, VAveiUwigr firançtii oh Ménuovm dé Grégoire Merveilt eut un succès prodigieux, et donna lieu à plusieurs suites aussi foUes, aussi extravagantes, dont la dernière, intitulée : la Com'tiêane amowrmite et vierge, n'a que trop d'analogie avec ie PakM'Rogal de Restif de la Bretonne. Les deux romanciers fusaient la paire.


BT I« OUTBÀOS DB BB8TIF DB LÀ BBBTOIIIIB. <8

Toir que pour abolir le caiholicieme. » U Ta dit pluB de vingt fois à notre ami Toustain-Richebourg, son oenseur, et qui lui pan^ phait tous ses ouvrages, quoiqu'il allât tous les jours à la messe. Restif de la Bretonne, en un mot, était un homme très-irréligieux, et pourtant trôs-honnéte homme. Il a été persécuté toute sa vie, sans se plaindre et sans se venger : c'était, à mon avis, un ehré* tien sans le savoir, car les chrétiens souffrent sans se plaindre, et surtout ne se vengent pas.

Restif de la Bretonne voulait non-seulement faire une nouvelle religion et un nouveau système du monde, mais il voulait encore créer une langue nouvelle. Lises le Biehonnaire néologique de M. Mercier, en deux volumes in-8, et vous y verres la preuve de ce que j'avance. Les mots inventés par Restif de la Bretonne oc- cupent presque les deux tiers de ce Dictionnaire. Ici, Restif de la Bretonne a été plus sage que lorsqu'il a voulu nous donner une nouvelle religion. Les changements qu'a faits Restif de la Bre- tonne à l'orthographe tiennent beaucoup à ses innovations gram- maticales, mais ils me paraissent moins dangereux que les der- niers ^


' Rettif de la Bretonne, qne notre eavant ami, M. Ambroiee-Fiimin Didot, a en le tort de passer sons silence, dans son remarquable ouvrage critique et histnriqae {OàterwUûmt nerV Orthographe ou Ortografie fr<mçm$e)^ a été certaine- ment nn des pins ingtoienz et des pins habiles réformateurs, non pas de la lan- gue, car il ne Favait pas étudiée dans ses origines, mais de l'orthographe usuelle, qui était à sa portée, en sa qualité de prote. Comme tous les réforma- teurs, il arrivait à l'exagération, en passant par la fantaisie, mais il ayait posé d^exoellents principes orthograplûques : c L'orthographe que j'ai toi^ours sui- vie, dit-il dans une note au verso du titre de la seconde édition des Conten^fo- TtcbiMy est celle de Voltaire, avec des m arrondis au milieu des mots, oi& ils se prononcent conmie le s... Je ne me suis permis d'orthographier singulièrement que dans la FamUe vertumue et dans le Ménage partMim: la préface de ce der- nier roman explique mes motifs. Je ne suis donc pas le corrupteur de l'or- thographe, mais je voudrais en diminuer les difficultés. Aussi, le but que je me propose dans U Gloeeograpke est-il de fixer invariablement, pour la postérité, la prononciation actuelle de la langue. Xécris glaeee de miroir, et glace, eau con- gelée, d'après une juste remarque de l'abbé Desfontaines; gareon au lieu de garçon^ parce que ce mot vient de gâte; mauon an lieu de maçon^ parce que le patronyme estinnsfe; gaje, g^j^bre et leurs composés, par un/, pour éviter go- geuret etc. » U est bien à regretter que le Gloeeographe, dont l'auteur s'était occupé toute sa vie, n'ait pas paru ; le long extrait qu'on en trouve dans Moik' neur NieoUu est bien fait pour augmenter nos regrets. Restif, malgré ses sin- gularités, passait, dans Vimprimerie de Paris, pour le meiUeur prote qu'il 7 eût en France. Cest pour cela que Beaumarchais avait voulu lui donner à diriger r impression du VoUaire de Kehl, mais Restif n'était pas homme à dure des oonoesslons, même sur Torthographe, et les oboees en restèrent là. « Ma rela-


64 NOTIGS HISTORIQUI BT CRITIQUE SDR LA VUE

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Quoique Resiif de la Bretonne ne connût que trèe-faiblement les langues anciennes et modernes, quoiqu'il eût infiniment plus d'ima- gination que d'érudition, sa fureur était de parler latin» lorsqu'il dînait avec des gens de lettres ; et plusieurs jolies femmes lui en ont fait le reproche, car, malgré son ton brusque et bourru, les jolies femmes aimaient beaucoup à l'entendre. Quelques-uns de ses ouvrages même sont farcis de passages latins, que désavouerait un écolier de sixième ; et dans ses papiers, après sa mort, on a trouvé une quantité de notes latines, où, racontant ses bonnes fortunes de la journée avec les demoiselles de certains lieux, il emploie la moitié des expressions de Martial, mais la moitié sup- primée dans les éditions données par les jésuites. Le style de ces notes précieuses n'est autre chose que celui de YAlotsiaf un tant soit peu mitigé, mais beaucoup moins élégant sans doute *.

Mais voilà assez de reproches adressés À la mémoire de Restif de la Bretonne ; passons à de plus doux tableaux. Restif de la Bretonne eut beaucoup d'ennemis et de persécuteurs même, mais il eut aussi beaucoup de bienfaiteurs. Le directeur Gamot est un des premiers qui se présentent à ma mémoire. Dans le temps désas- treux du passage des mandats à l'argent, Restif de la Bretonne,


tion avec le citoyen Beaumarchais, dit-il dans Moruieur Nicolas, tome XI, page 3186, fût d*abord d'affaires. Je Ini donnai snr notre orthographe dix-huit remarques qu'il communiqua à l'Académie française d'alors, qui n'en approuva que six. Mais on vit, peu de temps après, par la dispute sur voyiez et wyiex^ insérée au Journal de Paria, que Delaharpe, coryphée du corps académique, ne savait pas l'orthographe. »

1 Restif ne parle pas, dans Monsieur Nicolas, du fameux ouvrage obscène : Alotsis Sige» Toletanm Satira otadica de arcanis amoris, publié vers 1680, sous le nom de J. Meursius, et attribué k Nicolas Chorier ; on peut donc assurer qu'il ne le connaissait pas. n avût pourtant l'habitude de lire des livres licencieux, et il raconte, à ce sujet, deux ou trois épisodes de sa vie, pour prouver que la lecture de pareils livres est dangereuse, surtout au lit. Ce n'est donc pas dans l'Atotna, qu'il a pu prendre le modèle du latin qu'il emploie pour raconter, dans ses Mémoires, les scènes et les détails scabreux qu'il eût été fort en peine d'écrire en français. H avait pris, dès sa jeunesse, l'habitude d'écrire en latin tous les faits les plus secrets de ses amours , afin que les notes recueillies ainsi dans des cahiers ne fussent pas exposées à tenter l'indiscrétion et la cu- riosité du premier venu. U avait conservé une partie de ces cahiers autobio- graphiques, quand il commença la rédaction de Monsieur Nicolas. Le latin dont il faisait usage n'avait rien de cicéronien, mais ne manquait pas d'énergie, et l'on peut se convaincre, en examinant les passages écrits dans cette langue an milieu de sa narration française (Monsieur Nicolas, tomes IX, X et XI), qu'il avait lu Perse, Juvénal et Pétrone ; sa prédilection était pour Ovide, et il savait par cœur le Remedium amoris.


BT LES OUYBÂftBS DB BBSTIT DB LÀ BRBTOlIlfB* »

n'ayant dans son portefeuille que des assignats et des billets protes- tés, perdit toute sa fortune. Le directeur Camot, qu'on accusait alors d'avoir des idées libércUeSy ainsi que tous les gens honnêtes, le directeur Camot fut si libéral envers Restif de la Bretonne que, par ses libéralités, il lui sauva la vie, ainsi qu'à toute sa famille.

Mais le directeur Camot étant tombé lui-môme dans l'infortune, et ses libéralités ne pouvant pas être continuées, Restif de la Bre- tonne allait boire de nouveau dans la coupe du malheur, lorsqu'un homme, accoutumé depuis longtemps aux actes de bienfaisance, lorsque monsieur Lecomte* se sacrifia lui-même, pour lui faire avoir une place de quatre mille francs, place que Restif de la Bretonne remplit jusqu'au moment de sa dernière maladie, c'est-à-dire jusqu'au moment où il ne put plus ni marcher, ni tenir la plume.

Citoyens honnêtes et généreux, vous avez fait l'un et l'autre une action très-estimable : Restif de la Bretonne serait mort de misère sans vos bienfaits ; mais vos bienfaits n'ayant pu le suivre jusqu'à son dernier moment, il n'aurait pu y échapper, sans ceux que lui prodigua, de la manière la plus délicate et la plus désintéressée, non pas une femme ni un homme, mais un ange descendu du ciel, pour soulager ce qu'il y a de plus respectable sur la terre, le génie dans l'infortune ; et cet ange était madame Fanny de Beauharaais. Je sais que la modestie de cette dame souffrira de se voir ainsi nommée ; mais, puisque j'ai nommé quelques-uns des amis de Restif de la Bretonne, pourquoi ne nommeraîs-je pas ses bienfaiteurs ? L'histoire doit tout dire, et c'est une Notice historique que j'écris. Vous ne m'échapperez point, docteur Nauche, 6 vous, médecin de l'humanité bien plus que des hommes, 6 vous qui regardez tous les gens de lettres comme vos amis, et qui avez bien raison, puis- que vous l'êtes vous-même ; 6 vous, qui avez quitté tant de fois les occupations les plus sérieuses, et même les plus lucratives, pour venir soigner un vieillard malheureux et presque abandonné,


1 Noas croyons que ce généreux ami de Restif est Pierre-Charles Lecomte, né en 1757, à me-de-France, et mort à Paris en 1843, lequel Ait contrôleur des octrois de Paris, depuis 1800 jnsqn'en 1815. C*est dans Y administration des oc- trois, et non dans celle de U police, que Restif avait obtenu une place qui lui rapportait 2,000 et non 4,000 francs, et qu'il ne remplissait pas avec beaucoup d'assiduité. P.-Ch. Lecomte a composé et publié un grand nombre d'ouvrages d^histoire et de. politique, notamment le Mémorial, ou Joumai hittorique, impartial el mtedotiquê de la JUvabiHon de Fronee (Paris, Duponcet, 180M80S,aTol.in-18).


M NOTIGI HISTORIQUI IT CRITIQUE SUR LA VIE

qui ne pouvait vous donner que sa bénédiction. Soyez donc béni à jamtûs, et que votre nom, j*en fais le vœu sincère, soit inscrit, avec les noms qui précèdent, dans les fastes de la délicatesse et de la bienfaisance. C'est vous qui avez fait vivre Restif de la Bretonne beaucoup plus qu'il n'aurait vécu ; c'est vous qui avez prolongé l'existence d'un homme qui n'aurait jamais dû mourir...

Oui, Restif de la Bretonne aurait dû ne jamais mourir I II avait des ressemblances frappantes avec une foule d'écrivains célèbres, qu'il nous aurait rendus peut-être, s'il avait vécu plus longtemps, et si rinflrmité et la misère n'avaient point arrêté l'essor de sa plume aussi infatigable que féconde. Il exista jadis un homme dont tous les ouvrages étaient appelés les Rêves d'un homme de bien. C'était le bon abbé de Saint-Pierre. L'abbé de Saint-Pierre se loue beaucoup, dans la préface de ses Annales politiqttes. Res- tif de la Bretonne l'imite, dans la préface de plusieurs de ses ou- vrages. Mais pourquoi se louaient-ils l'un et l'autre ? Parce que l'un et l'autre voulaient le bien, en proposant plusieurs réformes utiles. Restif de la Bretonne trouvait l'éducation des couvents de filles dé- testable (voyez les Parisiennes^ tome I«', page 33), et l'abbé de SaintrPierre a proposé, deux ou trois fois, dans ses AnncUes poli- tiques, la suppression des couvents de religieuses (voyez Annales politiques, page 25). Ce qui fait même honneur à Restif de la Bre- tonne plus qu'on ne le croit, c'est que, non content d'adopter les idées morales et philanthropiques de l'abbé de Saint-Pierre, il a encore adopté son orthographe ; car l'orthographe de Restif de la Bretonne est presque entièrement semblable à celle de l'abbé de SaintrPierre. L'un et l'autre n'aimaient point les prêtres, quoique l'abbé de Saint-Pierre fût prêtre.... Mais ne mêlons point le sacré au profane, comme dit im proverbe latin, et passons à une ressem- blance bien plus étonnante. Restif de la Bretonne ne put jamais être de l'Institut, parce que son génie et sa bonhomie l'en écartè- rent; et l'abbé de Saint-Pierre fut exclu de l'Académie française, parce qu'il eut la bonhomie de dire la vérité.

Ce parallèle entre l'abbé de Saint-Pierre et Restif de la Bre- tonne est imparfait : le suivant approchera beaucoup plus de la vraisemblance. JeanrJacques Rousseau naquit ouvrier horloger, et Restif de la Bretonne ouvrier imprimeur. L'un et l'autre com- mencèrent fortjeunes à écrire, mais ils écrivirent longtemps avant


IT LES 0UTBA6XS DE RI8TIF DE UL BRSTOIINS. Vf

de 86 faire connaître. Un prix d'Académie, remporté à Dijon, fit sortir Rousseau de son obscurité ; le Paysan perverti fut le pre- mier ouvrage de Restif de la Bretonne qui fit une grande sensa- tion dans le public ; et, lorsqu'il le publia, il avait à peu près le même âge que Jean-Jacques. Jean-Jacques avait lu les Anciens et paraissait les connaître ; Restif les connaissait moins que lui, mais, pour la connaissance du cœur humain, dans tous les temps et dans tous les pays, je crois que Restif l'emportait sur Jean-Jao- qiies. Jean-Jacques Rousseau a peint d'imagination les peuples anciens, et Restif de la Bretonne a peint le peuple français tel qu'il l'a vu. Tout est imaginaire dans Jean^lacques, et tout est réel dans Restif de la Bretonne. Saint-Preux et Julie n'ont jamais existé, et les Ccnteaupcraxnes ont existé et existent encore. Le système d'éducation de Jean-Jacques a beaucoup réussi, parce qu'un archevêque du tempe l'a condamné^ ; le système d'éducation de Restif de la Bretonne, c'est-à-dire celui des Parisiennes^ a fait beaucoup moins de bruit, parce que ni les archevêques ni les par- lements n'ont daigné le proscrire. Le style de Jean-Jacques est éloquent, abondant et nerveux ; celui de Restif de la Bretonne est nerveux, abondant et éloquent aussi ; mais il me semble que Jean- Jacques a plus de goût, et Restif de la Bretonne plus de génie. La phrase de Jean-Jacques est plus correcte et sa période mieux arrondie ; la phrase de Restif de la Bretonne est plus désordonnée, plus échevelée, si je puis me servir de ce terme ; mais elle n'en est pas moins profonde et moins pénétrante. Jean-Jacques Rousseau se moquait de la grammaire, et l'a dit hautement dans plusieurs de ses ouvrages ; Restif de la Bretonne s'en moquait aussi, et l'a dit quelquefois d'une manière assez naïve. Les ouvrages de Jean-Jac- ques sont inondés d'un fiel misanthropique qui révolte et qui plaît, qui repousse et qui entraîne ; le même fiel se retrouve dans lés ouvrages de Restif de la Bretonne. On voit que l'un et l'autre n'écrivaient que par amour du genre humain, mais qu'ils cachaient cet amour sous la haine du genre humain. L'un et l'autre ont dit beaucoup de mal des femmes, et l'un et l'autre les adoraient ; l'un et l'autre ont fui la société des hommes, quoiqu'ils les portassent

GhristoplM de Beannumt, archtréqne de Paris. Catt à loi qva J^. Roai- M«a adroM* une lettre célèbre, ea 1763, ea r6ponee à ton Mandement oootre VÉwàU.


«8 NOTICE HISTOBIQUl BT CRITIQUI SUB LA VIS

dans leur cœur ; l'on et Tautre ont mal parlé des lettres et des gens de lettres, quoiqu'ils fussent hommes de lettres ; l'un et l'autre ont fait des pièces de thé&tre, quoiqu'ils n'umassent point le thé&tre ; l'un et l'autre ont fait des romans où ils ont peint leur propre his- toire : voyez les Ccnfesikm de l'un et de l'autre. C'est ici qu'un peu de disparité commence. Les Confessions de Jean-Jacques sont bien écrites, mais il y règne un ton piteux qui me dépliât ; Jean* Jacques ne s'y peint que de profil, et ResUf de la Bretonne se peint tout entier dans Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé. Les Confessions de Jean-Jacques ne sont' qu'une esquisse correcte* ment tracée, à la vérité, mais minutieuse et étroite ; Monsieur Ni- eolaSy au contraire, est un tableau large et achevé. Jean-Jacques Rousseau enfin et Restif de la Bretonne ont été également persé- cutés, mais les persécutions de Rousseau ont été éclatantes. Ce sont les magistrats de Genève, les magistrats de Paris, le clergé et la noblesse, qui ont persécuté Jean-Jacques ; ce sont Messieurs les censeurs royaux et quelques faquins de libraires qui ont persécuté Restif de la Bretonne : mais leurs persécutions, quoique sourdes et ignorées, n'en ont pas été moins cruelles. Tous deux ont beau- coup souffert, et surtout beaucoup écrit ; tous deux ont vécu dans un état voisin de l'indigence, et tous deux auront des autels après leur mort. Je m'explique : Jean-Jacques en a eu, parce qu'il est mort le premier; Restif de la Bretonne ne tardera pas à en avoir.

On accuse Restif de la Bretonne d'avoir trop détaillé le moral et le physique des femmes ; on l'accuse d'avoir employé des pages entières ^ peindre le pied ou la main de ses héroïnes, le son de leur voix, leur démarche, leur sourire, leur sein, etc.... Jenepar^ tage point cette opinion, ou plutôt je blâme ce reproche. Le de- voir de l'historien est de peindre brièvement et à grands traits ; celui du romancier est de tout peindre et de tout dire. A-tron fait un crime à l'inimitable Gessner de dessiner, dans ses plus petites ramifications, le brin d'herbe sur lequel vient se reposer le papillon ou l'abeille ? Non : on aime tout ce qui sort de la plume ou du pin- ceau de ce poète descriptif. Eh bienl Restif de la Bretonne efféuiUe le cœur d'une femme, comme Gessner effeuille une rose. Quelques pédants peuvent trouver cela mauvais ; mais ce qui leur échappe est autant de gagné pour les cœurs sensibles. Mon ami Cailhava a


KT UE8 OmnUfiBS BI BXSTir DE LA BRETONNE. 60

fait enchâsser une dent de Molière dans un médaillon précieux qu*il porte à son cou avec vénération ; Legouvé porte à son doigt, dans une bague, des cheveux de Jean Racine ; pourquoi feraiton un crime à Ôestif de la Bretonne d'avoir décrit, de leur vivant, les cheveux et les dents de ses maîtresses ?

Gessner fut imprimeur, ainsi que Restif de la Bretonne ; et voil& peut-être à quoi aurait dû se borner le parallèle entre ces deux hommes célèbres : car Gessner a imité, sans rien créer, et Restif de la Bretonne a presque toujours créé, sans imiter personne.

Aussi a-t-il beaucoup plus de ressemblance avec Richardson qu*avec Gessner. Richardson, auteur des romans de Clarisse^ de Paméla, de Qrandisson, etc., fut un des plus beaux génies de l'Angleterre; celui-ci (le fait n'est pas douteux^ voyez le DicHon* noire historique de l'Ecuy) commença fort tard à écrire, ou du moins à publier ses ouvrages : ainsi que Restif de la Bretonne, il connaissait à fond le cœur humain ; et quand je dis le cœur hu- main, je n'oublie point le cœur des femmes. Voilà pourquoi quel- ques personnes ont donné À Restif de la Bretonne le surnom du Biéhardson français, EstK^e parce que Restif de la Bretonne n'a joui qu'un peu tard d'une grande renommée ? Non ; mais parce que l'un et l'autre ont pris un peu tard la Nature sur le fait, et ont peint les orages des passions, avec une véhémence et une vérité admirables. Jean-Jacques Rousseau s'est un peu trahie sur les traces de Richardson, dans sa Nouvelle Hélotse ; Julie est calquée sur Clarisse, et la Cousine Claire sur Miss Hove. Restif de la Bre- tonne, génie original, a dit, en prenant la plume : « Richardson a fait de beaux romans ; je veux en faire comme lui, mais sans lui prendre une idée ni une ligne. » Restif de la Bretonne a dit, et il a tenu parole. Ce n'est point ouvrage à ouvrage qu'il faut comparer, quand on a lu ces deux auteurs ; ce sont les masses qu'il faut metr tre en regard, et porter son jugement ensuite.

L'abbé Prévôt et Fielding pourraient bien aussi avoir quelque ressemblance avec Restif de la Bretonne ; mais je ne finirais pas si je voulais épuiser les parallèles, et, dans un sujet comme celui-ci, il ne faut rien épuiser.

Les détracteurs de Restif de la Bretonne, qui, pour la plupart, n'ont pas lu ses ouvrages, disent que Restif de la Bretonne a trop écrit, et que tout ce qu'il a écrit est d'un st]fle faible, négligé, in-


70 NOTICE HI8T0RIQU1 ST CRITIQUE SUE LA VU

cohérent et Iftche. Eh I messieurs, leur répondrai-je, quel est celui de vous qui, dans une vie de peu de durée, a produit autant d*ou- yrages, traduits en plusieurs langues, quelque mauvab qu'ils soient, et quelque faibles qu'ils vous paraissent? Vous êtes académiciens; je le vois par vos discours et par votre morgue tant soit peu ridi- cule. Mais, vous, messieurs les académiciens!, qu*avez-vous fait pour être de TAcadémie, et pour obtenir du public la gloire d'être ignorés de lui? Vous avez fait, vous, un madrigal pour une du- chesse en faveur, qui l'a trouvé joli ; vous avez fait, vous, un opérarcomîque fort triste, qui a réussi à la cour ; vous, monsei- gneur Tévêque, vous avez fait l'oraison funèbre d'une princesse fort sotte, où vous n'avez dit que des mensonges ; et vous, mon- sieur le financier, vous avez donné de grands et magnifiques dî- ners. Vous dites que le style de Restif de la Bretonne est lâche ; mais quel courage avez-vous montré dans vos écrits et dans votre conduite, lorsqu'au commencement de la Révolution vous avez abandonné votre roi et votre patrie ? Vous dites que Restif de la Bretonne a composé trop d'ouvrages, et, en ce point, je suis de votre avis : il aurait dû n'en composer aucun, il aurait dû ne rien écrire... U n'aurait pas eu de peine à vous éclipser.

Mais savez-vous, messieurs les académiciens, comment cet homme merveilleux les composait, ces ouvrages que vous méprisez tant, vous qui avez des secrétaires et des copistes que vous n'employez pas? Savez-vous que Restif de la Bretonne a publié la plupart de ses ouvrages sans en ffldre de manuscrits, et qu'il les a composés en travaillant lui-même à la casse et à la presse? Ce qui veut dire, en termes d'imprimerie, qu'il n'en a pas écrit une ligne de sa main. Savez-vous que cette main délicate, conduite par un œil très-fin et très-subtil, enchâssait et alignait les caractères mobiles avec beau- coup de précision dans une boîte immobile, et qu'ensuite, d'un bras robuste et vigoureux, il déployait et reployait le châssis, et l'imbibait, pour ainsi dire, de son génie? Savez-vous que cet homme joignait, en cela, la force physique et la force morale, vous qui n'avez ni l'une ni l'autre? Où trouverez-vous, messieurs les académi- ciens, où trouverez-vous un homme qui ait réuni au même degré ces deux qualités extraordinaires? Où trouverez-vous un homme, toujours pauvre et toujours persécuté, avant et depuis la Révolu- tion, qui ait traversé cette Révolution terrible, sans faire la moindre


IT LIS OOTBAeiS Dl BI8TIF Dl LÀ BBITORNB. 71

bassesse et sans essuyer la moindre égratignure? Car, ne vous y trompez pas, messieurs les académiciens : parce que Restif de la Bretonne s'est attaché à peindre le peuple, et parce qu'il Ta peint avec beaucoup de vérité, vous avez cru que c'était un homme tout populaire... Que votre errefur est grande, et qu'elle me fait pitié ! Restif de la Bretonne, quoiqu'un peu anarchiste en littérature, ne l'était point du tout en politique; fidèle aux lois du gouvernement monarchique sous lequel il était né, je l'ai vu les suivre toujours avec la plus grande exactitude; et si, lorsque le roi Louis XVI était heureux, il n'alla point lui faire sa cour & Versailles, je l'ai vu, dans des moments très-périlleux, monter sa garde lui-même, au ch&teau des Tuileries, de peur que le roi ne fût enlevé. Quel est celui de vous, messieurs les académiciens, qui a montré ce noble courage? Vous accusez le style de Restif de l&cheté, et c'est vous qui avez été des lâches; vous avez joui, et il a souffert; vous avez triomphé par vos intrigues, et il est mort sans vous envier; votre obscurité vous a enrichis, et sa célébrité l'a ruiné..! Mais sa célébrité le venge; car, quoique vivants, vous êtes morts tout entiers dans la mémoire de vos contemporains, et Restif de la Bre- tonne ne mourra jamais dans la mémoire des hommes.

J'ai dit que Restif de la Bretonne avait été persécuté, depuis la Révolution ; et le$ Lettres du TombeaUj reçues par la femme, aiprés la mort de sen mari, qu^eUe croit vwant, en sont la preuve. Ce fiit M** de Beauhamais qui donna à Restif de la Bretonne le sujet de ce roman; mais l'idée de M^^ de Beauhamais était sim- ple, naturelle, gracieuse. Elle pouvait à peine fournir un demi- volume, et Restif de la Bretonne en a fait quatre, qui ne finissent pas. La manière dont il a composé ce roman mérite d'être connue, n venait, tous les vendredis, rue de Toumon, souper chez M"^* de Beauhamais, dont le bonheur et la gloire onttovgours été de rece- voir chez elle des gens de lettres et de leur rendre service. M"* de Beauhamais lui raconta le fond de cette histoire. Il en fut frappé; sa tête fermenta; et, tous les vendredis, il apportait cinq ou six lettres datées du Tombeau, qu'il nous lisait avec une grande afléo- tion paternelle, et que tout le monde admirait, parce qu'en société particulière tout le monde admire tout. Cette lecture cependant durait, pour l'ordinaire, jusqu'à cinq ou six heures du matin, et plu- sieurs de nous admiraient en dormant. Le Gouvernement d'alors


n NOTIGI HI8T0RIQU1 ST GEITIQUI SUR LA Vn

ne permit point la publication de cet ouvrage, et le Gouyemement d'alors n'eut pas tort, ce me semble. L'idée en est d'une bizarrerie sublime, si je puis allier ces deux termes; mais il y règne des obscénités révoltantes, comme dans plusieurs ouvrages de notre auteur; mais notre auteur y révèle beaucoup de choses, qu'il aurait dû taire sur une personne qui tenait de près au Gouvernement d'alors, et qui tient de près encore au Gouvernement d'aujour- d'hui. Qu'estrce, d'ailleurs, qu'un duc M uhipliandre, qui a le secret de se rajeunir et de rajeunir les autres ; dont l'âme quitte le corps à son gré, va, vient, revient, voltige dans l'espace, comme une folle, et laisse prendre sa place, chez le duc, par ï'ftme d'un serin? J'ai lu, moi, avec attention, le$ Lettrei du Tombeau, et j'avoue que le caractère du duc Multipliandre a excité en moi une sorte d'admiration; mais, semblable aux phosphores ou aux feux follets qui nous conduisent la nuit dans des précipices, j'avoue que cet ouvrage, où le duc Multipliandre joue un si grand rôle, m'a ébloui sans m'éclairer; j'avoue que je n'ai point la tête assez forte pour comprendre des choses incompréhensibles; j'avoue que Restif de la Bretonne, que cet ouvrage a fait comparer aux lUuminés, ne m'a point illuminé du tout; et cependant je suis f&ché qu'on l'ait persécuté pour une pareille baliverne. Mais il faut revenir à mon texte. Restif de la Bretonne a été persécuté, avant, pendant et de- puis la Révolution; et voilà jmncipalement ce qui me rend Restif de la Bretonne infiniment respectable. Je ne saurais trop le dire, je ne saurais trop le répéter : un homme, ne fûtril qu'un ciron, devient à mes yeux un éléphant, dès qu'il est injustement persé- cuté; et c'est ce qui est arrivé à tous les grands hommes de tous les temps, de tous les lieux et de tous les ftges. Voltaire n'avait que vingt ans lorsqu'il a été mis à la Bastille, et Restif de la Bre- tonne, k soixante-six ans, est presque mort de faim dans sa pa- trie ; et c'est la bonne, la sensible Fanny de Beauhamais qui a payé... Mais taisons-nous.... honte de l'humanité 1 6 honte des hommes indifférents au génie I

n faut pourtant nous résumer. L'écriture de Restif de la Bre- tonne était illisible, son orthographe était barbare ; personne ne pouvait l'imprimer; et voilà pourquoi il s'imprimait lui-même, et voilà pourquoi il a produit tant de volumes. C'était un homme d'un génie brut, mus c'était un homme de génie ; c'était un disr


iT 1.18 omnuan » bistif dk la bbitonns. n

mant mal taillé, mais c'était un vrai diamant; et s'il est vrai que 808 eontemporains l'aient! dédaigné, Taient bafoué, Taient cons- pué, l'aient ignoré même, la postérité lui rradra plus de jusUce : elle arrivera tard pour lui, mais elle arrivera. On l'a appelé, de son vivant, le VoUaire des femmes de chambre et des couturières, et le Rousseau des HaUes; et ces noms, très-honorables à mon avis, ne lui seront jamais enlevés. U est tant de femmes de cham- bre plus jolies que leurs maîtresses, et tant de couturières plus aimables que les dames insolentes qu'elles habillent I On dira que j'ai les goûts roturiers, et que je fréquente la mauvaise compsr gnie. . . Que m'importe ?

Restif de la Bretonne m'a peint, sous le nom de Bubiscée^ dans phimeurs de ses ouvrages, m'a souvent fait dire des choses que je ne pensais pas, et m'a, par ce moyen, attiré des querelles de société et autres; mais je lui pardonne en homme franc et loyal» qui sait admirer tout ce qu'il a écrit, et qui est et sera toujours un de ses défenseurs les plus sincères.

Restif de la Bretonne se proposait de puiser encore une grande quantité d'ouvrages, lorsque la mort est venu l'arrêter dans son projet n. avait publiquement annoncé les Mille et une Métcanor- phases, les Mille et une Faveurs, les Mille et une Résolutions d*une jeune fUe à marier, les Mille et une Ingénuités, ou l'Aimable Agnès : ce qui aurait infiniment ajouté aux Mille et une Nuits, que je re- garde comme un ouvrage de génie. U avait aussi annoncé Claire é^Orbe^ ou le Fendani de la Nouvelle Héloîse deJeatkJacques Rous- seau; laquelle Nouvelle Hékise je regarde comme un ouvrage fort bien écrit, mais comme un roman beaucoup moins bien fait que ceux de Restif de la Bretonne.

Il avait annoncé l'Enclos et les Oiseaux ; le Livre des sots, ou les Tours de passe-passe des épouses de ParisK

Quoique tous ces ouvrages n'aient point paru, il faut en tenir compte & Restif de la Bretonne, car ils auraient beaucoup ajouté


• Tofos cas wxvngeB sont annoncés, avec beaucoup d'antres, dans U Drame de la vie, an verso du titre du tome m, et dans le tome XVI àe Moniteur Nieola», page 4762, et l'auteur, qui se proposait de les publier, s'il yÎYait asses longtemps pour les achever, en oitnât U titre et le eoneêpt, afin qu'on pût entreprendre, après lui, ceux qu'il n'aurait pas oonmiencés. On doit s'étonner que Palméseaux ait compris, dans cette liste de projets, Ut JHiUe et tme Métamorphotee et VBneUu et let Oiêêoax, qui étaient certainement àmoitié ftUts et peuv^tre à demi imprimés.


74 NOTia HISTOEIQUX BT CEITIQUB SUR LA VU

à sa ^oire. Mais que peut-on dire k cela? Virgile est mort avant d'avoir terminé l'Enéide; Restif de la Bretonne est mort avant d'avoir terminé plusieurs ouvrages qui auraient mieux valu que l'Enéide,.. messieurs les pédants de collège, quelle gloire pour vousl Vous allez, d'après cette assertion, me traiter de sot et d'imbécile ; et vous aurez bien raison, car je suis bien loin de valoir Virgile et Restif de la Bretonne.

Restif de la Bretonne a laissé, en mourant, deux filles charmantes qui l'ont pleuré, qui le pleurent encore, et qui, d'accord avec l'ai- mable et respectable docteur Nauche, ont fait tout ce qu'elles ont pu pour prolonger ses jours. M. Vignon, qui a eu le bonheur d'é- pouser l'une de ces dames, n'a pas montré moins de zèle pour prolonger les jours de l'immortel Restif de la Bretonne ; et l'homme qui écrit cette Notice pourrait dire, aussi, que, d'accord avec M"* Fanny de Beauhamais, il a tout fait pour sauver la vie à cet homme immortel.

J'ai appelé deux fois Restif de la Bretonne homme immortel^ et je ne m'en dédis pas. Restif de la Bretonne ne mourra jamus, et je dois le répéter ici. La Notice que je viens d'écrire n'est qu'une esquisse très-imparfaite, que je tftcherai de refaire an pre- mier jour.

Quant à l'ouvrage que je publie, intitulé : les Épisodes de la vie d'une jolie femime^ ou Fortraits des oompagnes de Maria^j j'avoue qu'il est très-inférieur À tous les chefs-d'œuvre de Restif, quoi- qu'il ne soit pas sans intérêt; mais cet outrage a été fait, pour célébrer les actions enfantines des oompagnes de couvent d'une dame que Restif de la Bretonne regardait comme sa divinité, d'une dame que je ne nommerai pas, mais que tout le monde jie- vinera sans doute. Je finirai donc par dire, sans me répéter, que les ouvrages de la vieillesse d'un grand homme valent rarement ceux de sa jeunesse.

La taïQe de Restif de la Bretonne était moyenne, c'estrà-dire d'environ cinq pieds deux pouces ; il avait le front large et décou-


> On trouvera singulier que cet ouvrage commence par JETou, nom peu harmo- nieux et même désagréable : mais tout n'est-U pas singulier ches Restif de la Bretonne! M.PalissotdeMontenoi a prétendu que Restif de la Bretonne, Merder et moi, formions le triumvirat du mauvais goût; Ul'a dit, dans la dernière éditioo de ses Mémoiret UMrairu. {Note de VmUmir,)


KT UE8 OimULGIS DS BISTIF DS LA BBSTONNE. 75

vert, des yeux grands et noirs qui lancent le feu du génie, le nez aquilin, la bouche petite, les sourcils trôs-noirs, qui, dans sa vieil- lesse, descendant sur ses paupières, formaient un mélange singu- lier qui rappelait à la fois l'aigle et le hibou. Je l'ai vu, dans les jours d'été, travaillant à une imprimerie avec l'habit d'ouvrier, et, par conséquent, la poitrine découverte : sa poitrine était velue comme celle d'un ours, ce qui annonce la force. Restif de la Bre- tonne, en effet, était né fort et vigoureux ; il était sobre et labo- rieux, on ne peut davantage. Il n'y avait pas, dans sa jeunesse, un homme plus robuste que lui. L'ensemble de sa figura était admirable. Une dame fort honnête, le voyant pour la première fois dans sa vieillesse, s'écria : Oh! la belle tête! et lui demanda la permission de l'embrasser. Restif de la Bretonne ne se fit pas demander cette permission une seconde fois. La description que j'ai faite de son physique est légère et fugitive; mais je dirai, pour la terminer, que Restif avait la plus belle tête du monde, et qu'il était un Hercule, au moral ainsi qu'au physique.

J'ai fait trois quatrains, pour être mis sous le portrait de Restif de la Bretonne ; et, comme je crois qu'ils ne sont pas bons, je laisse au lecteur le soin de choisir le moins mauvais.

PREMIER QUATRAIN.

n peignit, avec foroe, ayec simplicité, Lm mœurs de la campagne et les nuBors de la Tffle ; Et si parfois il négligea son style, n dit toi^onrs la vérité.

DEUXIÈME QUATRAIN.

Jeté dans TamYers, comme nn enfant novice,

n adora Thomanité ; Bt, quoique par le sort en tout temps maltraité , Fut le flagellatenr et le peintre dn vice.

TROISIÈME QUATRAIN.

Pénétré d^ardenr pour le bien,

Et brûlant d'amour pour la gloire, n monta, non sans peine, au temple de Mémoire, Fut bon ami, bon père et sage citoyen.

Gubièrbs-Palmêebaux.


BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE


DBS OUVRAGES


DB


RESTIF DE LA BRETONNE


I


LA FAMILLE VERTUEUSE. Lettres traduites de l'anglais par H. de la Bretone. Première partie. Épigraphe : . . Jte8 $ola potest et servare beatum. Hobat. lib. i, Ep. vj. A Paris ^ chés la veuve Duchesne^ rue S^-Jacqties^ ati- desious de la fontaine S*'Benott, au Temple du Goût, M.DGG.LXVII. Avec approbation et permission. (Faux- titre et titre encadrés.) Quatre parties, en A vol. in-i2 ^

Le premier Yolume à xzxyi et 251 pages ; le 2«, 288 ; le 3*, 300 ; le 4», 299, et 6 feniU. non chiifirés pour la table des noms des per- sonnes.

Épigraphe de la seconde partie :

De'flgli la yirtù, l'indole baona

Son de*padri mercè, glorU et corona.

M. CONTI.


I fr. 50, Solar, 1860, 4 Toi. — 10 fr. bas., Langloia, 1872. — 30 fr., rogné, Lebert, 1874. — 40 Ar., Tean marb., LeflDeiil, Catalogne No f , 1874. — tSO fr, mar. r., dot orné à petits fers, CkambolU-Jhru, Catalogne Ang. FVm- taine, N* 207f , 1874.


78 BIBLIOGRAPHIE ElISOIfNÉB DES OUV&IGES

Épigraphe de la troif ième partie :

O fairest of création ! Uat and beat

Of ail God's worka

How art thoa loBtl

MiLTON*« PataOUê loit, book IX, v. 900-4.

(0 toi, dont la beauté fêtait Vommait de la naturel», dam quel abvM t'éê-tu prée^Uéel Miltom.)

Épigraphe de la quatrième partie :

« Le prix iuit la Yèrta. »

RouMUUU , Imit, de Fade TvduIV Uvre dC Horace,

A la Un de Touvrage, on lit cette mention : De f imprimerie de Qtdllau, M.Dcc.Lxvn.

Uouvrage est dédié : Aus jbunis bbautbs. Kauteur leur prêche la décence, la retenue et la sagesse.

Cette dédicace contient une charmante allégorie, qui devrait avoir sa place dans tous les recueils de morale : « Deux routes différentes conduisent : Tune au Plaisir, Vautre au Bonheur. La première est une pente douce, où Ton marche sans fatigue ; elle parait toujours jonchée de fleurs ; une jeune fille au visage riant, aux manières en- gageantes, y précède, en dansant ; elle se nomme la Licence. Mais un monstre épouvantable, qui dévore tout ce qui l'approche, est caché, tantôt au bout, souvent au milieu, quelquefois dès Feutrée de cette dangereuse carrière. L'autre oftre un aspect moins agréable : un vieillard au front sévère y conduit par la main, c'est le Devoir; il montre du doigt un rocher presque inaccessible, oii l'on découvre le palais du Bonheur; en suivant le vieillard, cette route si difficile semble s'aplanir, et lorsqu'on a fait le chemin, l'on est surpris qu'il en ait si peu coûté. C'est là que l'on trouve le plaisir sans remords, la joie délicieuse et pure, l'aimable tranquillité, des amours cons- tants et l'amitié fidèle. »

La dédicace est suivie d'une lettre de mistress Eleanor à miss Bridget, son amie. C'est à mistress Eleanor que Restif attribue la composition des lettres qui forment le livre et qui sont données comme traduites de l'anglais.

Les lettres sont entrecoupées d'histoires, qui sont autant de petits romans ; en voici les titres : I. Histoire du comte de Lisse et de miss Henriette, — II. V Union malheureuse, ou Adélaïde. — III. Histoire de mademoiselle de Magnan. — IV. Le lord D. H** et ses enfants, anecdote curieuse. — ' V. Histoire de madame Blacker, ou Jenny Dirker» — VI. Histoire de sir Kirch et de Laurenza Llamas, ou FÀmour naturel»


DS BXSTIF DS Là BEITOKKB. 7»

Dans TApprobation, la censeur Albaret fait en ces termes Téloge de la Familie vertueuse : o Ce roman a le double mérite dlntéresser et de remplir son titre, et je n*y ai rien trouvé qui puisse en eosp^ cher rimpression. »

Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, fiit tiré à 2,000 exem- plaires et n'a pas été réimprimé, ni contrefait. Il en restait encore des exemplaires, en 1784, lorsque Restif rédigea ht Revue des ouvrages de f Auteur, pour faire suite aux Figures du Paysan perverti. Il expli- quait alors la lenteur de la vente de son livre, en disant : « L*orUio- graphe, qui est conforme à la prononciation, fit tort à la vente. »

Ce roman est le premier que Restif ait composé et publié ; il prit son temps pour récrire, car il en fit deux ou trois mises au net, avant de le donner à l'impression. Il nous raconte lui-même (Monsieur Nicolas, tome IX, p. 2662 et suiv.) comment il devint romancier et comment il réunit les éléments de son ouvrage : « D'abord j'eus l'histoire d'Henriette, arrivée dans la maison de la belle Pâtissière, où j'avais demeuré ; ce trait m'avait été raconté par Bonne Sellier. Ainsi j'eus une base. Pour achever de m'encourager, j'y mis Rose, comme amie de ma Léonore. J'y plaçai une histoire analogue à mon avienture épistolaire avec les deux sœurs, dans l'anecdote des filles de Mounk. J'avais connu quelque chose de relatif au trait d'Adèle; enfin, j'en savais une très-intéressante, que j'ai déguisée dans celle de Llamas, jésuite, devenu père d'une fille qu'il marie en Californie, pays où l'on est aussi stupide pour le moins qu'au Para- gnai. Ce fut avec ces matériaux que je construisis mon premier édi- fice.» Cette manière de faire un roman, en cherchant une base dans des aventures véritables, est très-curieuse et tout à fait particulière à Restif, qui n'inventait pas, mais qui arrangeait des anecdotes qu'on lui avait racontées ou dont il avait été acteur ou spectateur. Depuis , il ne se contenta pas de chercher une base; il devait aussi se pourvoir d'une muse, qui l'inspirait sans le savoir.

Restif, après avoir écrit les quatre volumes de la Famille ver- tueuse, n'avait pas encore cette confiance en lui-n^éme, cette assu- rance imperturbable, cet orgueil effréné, que lui donnèrent ses pre- miers ouvrages imprimés. « Peu sûr de moi, ditril, j'allai consulter un petit auteur {Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4546). » Voy. dans ses Mémoires (tome IX, p. 2667) la curieuse relation de ses rapports avec Pierre-Jean-Baptiste Nougaret, qui avait fait imprimer plu*- sieurs romans populaires assez graveleux, et qui donna des con- seils à l'apprenti romancier. Voy. à la fin du tome XIX des Contem" porames, seconde édition, n» 3, une lettre de Nougaret (20 octobre 1766) à Restif qui se brouilla bientôt avec lui et qui ne cessa de le pour-


ao BIBLIOGRiPHII RAISONNES DIS OUYEàGES

suivre de ses injures et de ses dédains, en le nommant tour à tour Progrès, Mamonet, Gronavet, NégriUon, Nègeret, Regret, etc.

Restif raconte lui-même^ dans Monsieur Nicoias (tome VIII, p. 4544) comment il composa son premier ouvrage : « J'étais amou- reux de M^^ Bourgeois, et ce fiit elle qui me donna Ténergie né- cessaire pour écrire. Cette énergie me fit surmonter les premiers dégoûts et cette lassitude de travail qui accompagne les commence- ments de l'art d'écrire. J'y pris goût enfin, et quelques pensées m'ayant ébloui, comme il arrive à tant de petits auteurs, je crus produire un chef-d'œuvre. Je me rappelle que, les jours de fête, par- ticulièrement consacrés à mon auteuronumie , je passais fièrement dans les rues, en me disant : « Qui croirait, en me voyant, que je viens d'écrire les belles choses de ce matin I » Et ces belles choses, à l'exception de quelques pensées fines , étaient du boursouflage à la Durosoy. Mon style, dans cet ouvrage, n'est pas encore à moi; je m'efforçais d'imiter celui des livres que j'avais lus, surtout ceux de Mb« Riccoboni. »

Restif, dans la Bévue des ouvrages de f Auteur (1784), résume en ces termes les préludes de sa vie littéraire, lorsqu'il voulut être au- teur, en renonçant à l'imprimerie, « dont il fit apprentissage, comme le Richardson des Anglais, et qu'il a exercée, pour autrui, jusqu'en 1767. » Il continue d'écrire (à la troisième personne) ce curieux abrégé de biographie : « Il la quitta sans avoir d'autre moyen de subsistance devant lui qu'environ 6 à 700 livres , prix de la Famille vertueuse (imprimée, en 1767, pour la dame V* Duchesne) : il avait alors quatre enfants. Il a été prote (chez F. Quillau), comme Richardson. Il déploya, dans cet emploi, toute son activité, et, avec son principe de ne se donner que des* peines utiles , de supprimer tous les abus, il faisait beaucoup plus qu'un autre; cependant, comme il attaquait l'ancienne routine, il ne fut pas aimé de ses confrères, mais son successeur le fit regretter. C'est par une pente de son caractère^ qu'il était plus que négligé dans sa mise et qu'il ne se servit plus de perruquier, depuis son mariage, à l'âge de vingt-six ans. Il se couvrait, mais il ne se parait pas, si ce n'est dans des circonstances rares. Ce qui prouve que ce n'était que faute de temps, c'est qu'il aimait la parure dans les autres et surtout dans les femmes. Il n'y avait que la société de ces dernières qui pût l'en- gager à s'habiller, etc.» Pour mille autres détails, voyez le Compère Nicolas f qui est sa propre histoire.

« Lorsqu'il eut eu quitté sa place de prote, il s'en alla dans son village, où il s'exmuya. Il en revint avec un manuscrit qu'il y avait composé; c'est t École de la Jeunesse^ qu'il refondit entièrement


DS BSSTIF DK LÀ BBSTONNE. 81

dans la suite, et qu'il ne rendit pas meilleure. Il composa, Tannée qui suivit son retour, cinq autres ouvrages, la Confidence nécessaire^ LucUe, ou les Progrès de la vertu^ le Pied de Fanchette^ la Fille na- turelle et le Pomographe, Il travailla de Timprimerie, sur tous ses ouvrages, excepté Lucile^ étant en même temps auteur et ouvrier; il composait souvent des passages entiers, sans manuscrit, et les en- droits faits à la casse, sans copie, sont totgours les meilleurs , les mieux écrits, les mieux pensés.

« Tous les romans dont on va parler ont un fonds vrai (c*est leur prin- cipal mérite), qu'il a été obligé d'altérer légèrement, suivant que les faits étaient plus ou moins susceptibles d'une application trop claire. Mais, à mesure que le temps emporte ces faits particuliers, l'intérêt qui les a fait remarquer diminue, et l'on peut, à certains égards, lever un coin du voile qui enveloppe la vérité. »


II


N*" 1. — LUGILE, ou LES Progrés de la vertu. Par un Mousquetaire. (Titre encadré et enjolivé de vignettes.) A Québec, et se trouve à Paris chez Delaiam, libraire^ rue Saint-Jacques. ValadCj libraire j rue de la Parchemi" nericy maison de M. Grange. M.DGG.LXYIII. Pet. in-12 de XVI et 498 pp. *.

Tirage à 1,500 exemplaires, suivant \tL Revue des ouvrages de t Au- teur (1784). n a été tiré plusieurs exemplaires sur papier de Hol- lande; l'un était destiné à M^i* Hus, de la Comédie française; l'au- tre à la comtesse d'Egmont, fille du maréchal de Richelieu, etc.

Ce petit roman est dédié à Mademoiselle ***. On sait, par ifon- siew NicolaSi que c'est la charmante Mu* Hus, de la Comédie fran- çaise, qui ne voulut pas accepter cette dédicace compromettante, signée des initiales de l'auteur. On la reconnaît sans peine, quand Restif rappelle qu'à son arrivée à Paris, ayant a du goût, peu de lumière, beaucoup de sensibilité », il vit jouer la charmante actrice dans la Gouvernante de La Chaussée, et qu'il devint épris d'eUe, en l'applaudissant. Il lui offre d'être son ami : o Charmante..., l'amour n'est qu'une ivresse; l'amitié sincère et durable mène au bonheur,


68 fr., demi-reL non rogné, Lebert, 1874.


t BnULIOGRiPHII aUSONNÉB DS8 OirVEàfiBS

par le plaisir. » Voici la lettre que M'^* Hua lui avait écrite, pour lui défendre de donner suite à son intention polie: «Monsieur, soyez persuadé que j*ai trouvé votre ouvrage très-agréable et que je suis très-sensible à l'honneur que vous voulez me faire ; mais vous ne devez pas trouver étonnant que je ne Taocepte pas. Quoique très- joli, votre roman est d'un genre licencieux et qui ne permet à quel- qu'un de connu de sou£frir que son nom soit en tète. Je vous prie de ne pas l'exiger et de croire que je suis, avec considération. Mon- sieur, etc. » Restif ne fit qu'efifacer le nom de M^i* Hus, et maintint la dédicace : « Mu« Hus aurait accepté , dit-il dans le tome XVI de Monsieur Nicolas (p. 4550), sans un polisson nommé Delalaure, mon censeur, toujours fou le matin, toi\jours saoul l'après-dînée, qui, pour se faire valoir, courut l'en dissuader. »

Restif dit, dans la préface : « Ajant travaillé rar un fonds vrai, j'ai scrupuleusement rendu, sans ^jouter ni retrancher une cir- constance, les actions qui font honneur à mes héros. Il n'en est pas de même quand leur conduite a quelque chose d'odieux : j'ai tâché de la couvrir alors du manteau de la charité. On reconnaîtra par là que, sous l'habit que je porte, la bravoure, l'humanité, et bien d'autres vertus, sont totgours de compagnie. »

Le nouveau chapitre, que l'auteur a joint à cette édition , lors- qu'elle était déjà imprimée , porte pour titre : Chapitre qui n'en est pas un. Restif, brouillé alors avec Nougaret, auquel il avait donné le sobriquet de Progrès, à cause de son roman mtitulé : Lucette, ou les Progrès du libertinage^ représente LucUe comme la cousine de Lu- cette la libertine. Il y a là certainement une allusion à M^^* Nimot ou Tomin, qui fut, en passant, la maîtresse de Restif, et qui devint la femme de Nougaret. Inde irm. Jamais Restif ne cessa de pour- suivre de ses invectives et de ses amères épigrammes son ancien collaborateur.

« On ne s'imaginerait guère, dit Restif {Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4528), que c'est l'abbé Thomas (son frère aîné) qui m'a donné le si\jet de cet ouvrage un peu libre. Dans le temps que j'étais à Sacy, en 1767, après l'impression de mon premier ouvrage, il me raconta le trait de Mue Cadète-Forterre, fille du commission- naire de vins, qui s'en était allée avec Fromageot, fils d'un menui- sier et commis de son père. Ce récit me fit imaginer un roman, dont le fonds était l'échappée de la petite Cadète, mais je mis tous les détails d'imagination , et comme j'aimais assez cette jeune per- sonne, que j'avais trouvée channante à Auxerre en 1760 et 61 , je la peignis en beau... » Restif avait donné d'autres renseignements sur son second ouvrage, dans le tome IX de Monsieur Nicolas


DS BI8TI? DI LÀ BBITONNS. 83

(p. 2713 et saiv.) : «Je fia Lueik en vingt jours, dit-il... J^avais pré- tendu écrire cet ouvrage dans la manière de YIngénu (roman de Voltaire), mais il faut être soi-même et non un autre, cet antre va- lût-il mille fois mieux que nous. C'est ainsi que dans la Famille vertueuse j*avais voulu imiter !!>• Biccoboni... Je ne pus vendre ma jLuoi/e que trois louis au juif Yalade, qui en tira 1,500, au lieu de 1,000 (exemplaires) , nombre convenu, afin que j*eusse quelque cKose en seconde édition. Il fit pis encore : on le contrefit en pro- vince, de son aveu, moyexmant un nombre d'exemplaires, qu'il ven- dit à Paris; réservant toujours un petit nombre de ceux que je connaissais, pour me prouver que son édition n'était pas épuisée. » L'orthographe ordinaire est observée dans le roman deltict/Sf.

N^ 2. — LUGILB, OU LE PHOARÈS DE LA YERTU. Par un MOUS-

quetaire. A la Haye, et se vend à Francfort, chez J.-G. Es- linger, libraire. M.DGG.LXIX. In-18 de 174 pages.

C'est sans doute la contrefaçon, faite en province, avec le con- sentement tacite du libraire Valade.

N* 3. — LuciLB, OU LE PnooaÂs DE LA VERTU. Froncfori et Leipzig, en Foire. 1769, m-12.

Cette édition, qui n'est peut-être que la contrefaçon mentionnée ci-dessus , est citée dans le Bulletin mensuel du libraire Alvarès, no 1, 7« année, juin 1863.

c

N"" 4. — La Fille entretenue et vertueuse, ou les Progrès DE LA VERTU. (Titre encadré et enjolivé.) Fleuron : rin- ceaux. Épigraphe : Un petit moment plus tard.... Imprimé à la Haie j et se trouve à Paris, chez De-Hansy, libraire, rue Saint-Jacques, près celle des Mathurins. M.DGG.LXXIY. 2 parties en 1 vol. pet. in-12 de xvi, y compris le titre et le faux-titre, et 198 pages. Le titre de la seconde partie ne compte pas dans la pagination.

Cette édition a été cartonnée ; voici les pages que Restif a dû remplacer, pour obtenir le visa du censeur : la page 1-2, qu'il a remplacée par 4 feuiUets nouveaux, dont le 4« est chiffiré 7-2, pour se rattacher à la pagination du volume; les pages 75-76, 77-78, 145-146, 147-148, 175-176 et 177-178. Dans ces quatre dernières


84 BIBUOGBÂPHIB EAISONlftl DIS OUVIULGIS


pages, Restif avait parlé tin peu trop librement de la comteese d'Egmont, qti'il 8*imaginait avoir possédée, dans un mauvais lieu, sous les semblants d*une fille publique I C'était là une des illusions de Restif, et il osa en faire parade, au moment où le duc de Riche- lieu venait de perdre sa charmante fille, enlevée à la fleur de Tàge, le 15 octobre 1773.

Restif a, dans cette édition, ajouté un chapitre dédié aux màim de Lucette la libertine; c'est une allusion au roman de Nougaret : Lueette, ùu les Progrès du HberHnage (Genève et Paris, 1765, 2 vol. in-12), roman que Restif se proposait de surpasser et de faire ou- blier, en publiant sa Lucile. Il ne fit que continuer Tallusion aux titres des deux romans , quand il donna le pseudonyme de Progrès à Nougaret, en racontant ses relations avec lui, mais non Torigine de leur brouille , dans Monsieur Nicolas^ tome X, p. 2665 et suiv.

Restif a fixé^ selon son expression, Lucile dans le sixième volume des Contemporaines, sous ce nouveau titre : les Crises d'une j'oHe fille.

N* 5. — La Pillb enleyéb, entretenue, prostituée et ver- tueuse, ou LES Progrès de la vertu. Épigraphe : Un

petit moment plus tard. Imprimé à la Haie, et se

trouve à Paris, chez De-Hansy, libraire, rue Saint-Jac- ques, près celle des Matkurins. M.DGG.LXXTV. 2 parties en 1 vol. pet. in-12.

Cette édition n*est autre que la précédente, avec un changement de titre et des cartons.

N* 6. — L*Innocenge en danger, on les Événemens ex- traordinaires; par M. Rétif de la Bretonne. Fleuron : un rosier avec trois roses épanouies. Â JLiége, chez de Bou- bers, imprimeur-libraire, à V Homme sauvage, rue du Pont. 1779. Pet. in-12 de iU pages, y compris la table des chapitres ^

Cette contrefaçon a été faite sur la première édition de Parie ; on n*y trouve pas la dédicace à MadmwiseUe ***, ni le chapitre-

I 100 tt. broché, Charies Bnmet, 187t. — 40 fr., demi-ieL, Lebert, i874.


DK BXSTIF DK LA BBITONNS. 85

prolopie ijouté dans i*édition de 1774, ni les autres changements qui distinguent cette édition ; mais, en revanche , le contrefacteur, pour déguiser son larcin, a changé les premières lignes du com- mencement et les dernières de la fin de Touvrage.

N* 7. — Zoé, ou les Mobubs de Paris. Par F. P. A. Malen- çon. A Paris, chez Leroux, libraire, rue Thonu^-du-Lou- vre, n® 246, vis-à-vis les Écuries de Chartres. De l'imprime- rie de D^eon, Grande-rue-Verte, faubourg Honoré, n* 1126. An VI. 2 Yol. in-12 de 119 et 118 pp.

« Ou c'est un plagiat efl^onté, ou c*est une spéculation de Restif, dit M. Ch. Monselet; car cette Zoé n*est que la Lucile, mot pour mot, avec les noms travestis, et accommodée au goût de Tivoli, de Feydeau et du boulevard de Coblentz. » C*est Restif qui aura publié cette édition sous un titre trompeur ; • il n*eùt pas souffert une contrefaçon de ses ouvrages, faite ostensi- blement à Paris. Il fit encore réimprimer sa Lueiie, vers 1802, sous ce nouveau titre : la Prostituée devenue vertuewe, in-18.


III


N* 1. — LE PIED DE PANCHETTB, ou l'Orpheline fran- çaise; Histoire intéressante et morale. Épigraphe : « Une jeune Chinoise avançant un bout du pied couvert et chaussé fera plus de ravage à Pékin que n'eût fait la plus belle fille du monde dansant toute nue au bas du Tay- gète. Œuvres de J.-J. Rousseau, tom. IV, p. 968. » Im- primé à la Haie, et se trouve à Paris, chez Huimblot, libraire, rue St-Jacques, près St-Ives. Quillau, imprimeur- libraîre^ rue du Fouarre. M.DGG.LXIX. (Titre encadré, en- tièrement rouge.) Trois parties, en 3 vol. petit in-12, le premier de 160 pages (la dernière mal chifirée, 190), y compris la table des chapitres des deux premières par- ties; le deuxième, de 148, y compris la table de la troi*


86 BIBLIOGRÀPHtE RAISONIfÉE DES OVyAlGKS

sième partie, et le troisième, de 192, y compris 30 pages de notes ^

La dédicace, les tables et les notes sont imprimées en ronge.

Sur les titres des tomes II et III, Tépigraphe est remplacée par un fleuron ; au deuxième volume , flûte et chapeau de berger, en- trelacés ; au troisième, deux colombes , avec torche et carquois en sautoir. Au verso des titres de la seconde et de la troisième partie, est imprimé Verrata,

Cette première édition fût tirée à 1,000 exemplaires, suivant la Revue de» ouvrages de f Auteur (1784).

Au verso du titre de la première partie, cette note est imprimée en rouge :« Si je n^avais eu pour but que de plaire, le tissu de cet ou- vrage aurait été différent; Fanchette, sa bonne, un oncle et son fils, avec un hypocrite, suffisaient pour Tintrigue; le premier amant de Fanchette se fût trouvé fils de cet oncle ; la marche aurait été plus naturelle, le dénoûment plus saillant et plus vif, mais ilfallatt

DIRB LA VBRiri. »

Dans le second chapitre, Restif raconte Torigine du Pied de Fan- chette ^ qu'il avait célébré, en style d*épopée, dans le premier cha- pitre : « Un vieillard avait écrit des mémoires sur ce pied divin, mais son manuscrit fut mis en papillotes par un sot valet; par bon- heur, on n'eut qu'à déplier les papillotes , pour réunir les fragments de l'ouvrage, qui fut recopié et qui passa dans les mains de l'abbé..., connu pour s'approprier les écrits des autres et pour les faire pa- raître sous son nom. Un petit maître vola le manuscrit, qui, corrigé et remanié par une dame à vapeurs, se retrouva sur sa toilette, où un officier le prit pour le faire imprimer. »

La dédicace, signée R. D. L.B., est adressée à M*« L**% femme d'un marchand, qui joignait au charme séduisant d'une figure agréable les vertus et les talents. Cette préface a surtout pour objet de faire l'éloge du Négociant, qui, « comme les grands, sert les États et l'Humanité tout entière ».

« Ce petit roman, qui eut beaucoup de succès , dit Restif dans la Revue des ouvrages de t Auteur (1784), est l'histoire de la jeune mar- chande de la rue Saint-Denis (Ma> Lévéque), à laquelle il est dédié. Il est inutile de rien dire de l'intrigue : elle est fort commune ; mais, ce qui la singularise, c'est que tous ces événements sont occasion- nés par le joli pied de l'héroïne, et ces événements sont très-multi- pliés. Les trois premiers chapitres, qui sont une espèce de préface, ont été très-goùtés. Cependant feu M. Fréron refusa de l'annoncer,

  • 90 ft. Demi-reL veau non rogné. Lebert, 1874.


DS BISTIF DE LÀ BBETONNS. 87

comme étant un peu libre. On Ta contrefaite plusieurs fois, en pro- vince. »

Restif, dans une réponse à un littérateur allemand, qui lui annon- çait que ses ouvrages avaient été traduits et publiés en Allemagne, disait pourtant, au mois d*aoùt 1778 : « Je rouM avoue qu'il 7 en a que je suis fâché qu'on ait traduits; le Pied de Fanchette est un ouvrage manqué, depuis le quatorzième chapitre ; le succès qu'il a eu ici et quatre éditions ne m'en font pas accroire... J'ai fait une seconde édition du Pied de Fanehette , un peu meilleure que la pre- mière , en deux volumes , au lieu de trois , mais sans avoir rien re- tranché ; au contraire, elle commence par un Avertissement d'une page, qui n'est ni dans la première ni dans la seconde édition, ni dans les contrefaçons. » Voy. cette lettre, n» 19, à la fin du tome XIX des Contemporaines t seconde édition.

C'est dans cet ouvrage que, pour la première fois, il fait éclater sa passion fanatique par les jolis pieds de femme et pour les jolies chaussures. Le pied de Fanchette est réellement le héros du livre : a Son pied, le pied mignon, qui fera tourner tant de têtes, était chaussé 'd'un soulier rose, si bien fait, si digne d'enfermer un si joli pied, que mes yeux, une fois fixés sur ce pied charmant, ne purent s'en détourner... Beau pied! dis-je tout bas, tu ne foules pas les tapis de Perse et de Turquie ; un brillant équipage ne te garan- tit pas de la fatigue de porter un corps, chef-d'œuvre des Grâces ; tu marches enpersonnej mais tu vas avoir un trône dans mon cœur. »

Les notes sont la plupart destinées à retracer l'histoire des jolis pieds, dans l'Antiquité ; mais la longue note, qui précède celles de la troisième partie, offre un morceau très-bizarre, oii Restif dit avoir conservé le style et jusqu'à l'orthographe de la petite-maîtresse, au- teur de l'ouvrage ; elle raconte, dans cette pièce vraiment singulière par l'orthographe et l'accentuation, « une petite étourderie de sa jeunesse ». Restif prend de là occasion de dire que l'orthographe devient, de jour en jour, si arbitraire, que chacun peut avoir la sienne, ce qui serait même un bien. « Quel avantage et quelle grâce, ditril, n'aurait pas une manière d'écrire, qui peindrait aux yeux l'agréable grasseyement des auteurs femelles , la prononciation vo- lubile et précipitée de l'auteur petit-msitre.; le ton grave, pédan- tesque et boursouflé des faiseurs de dissertations, de panégyriques, d'histoires modernes , d'éloges ou d'oraisons funèbres I » Il propose quatre nouvelles ponctuations, qui faciliteraient cette orthographe : le point prée^itatif, le point retentissant f Vindignatif et Yattendris- sant «c Quelle clarté, dit-il, ne répandraient-ils pas dans le dis- cours! Et surtout, que de parenthèses ils remplaceraient dans nos comédies nouvelles, nos romans du jour et nos opéras bouiTons I »


18 BIBLI06AAPHII RUSONlCtS DES OUVRAGES

De toutes les passions dont Restif fut possédé pendant sa vie ayentureuse et galante, il ne faut pas oublier la plus singulière : la passion des jolis pieds et surtout des jolies chaussures. C'était là une des manies erotiques de cet incroyable maniaque. On pourrait extraire de tous ses ouvrages un livre entier consacré aux petits pieds chaussés. Au reste, lorsqu'il faisait exécuter par Binet les dessins qu'il destinait à la gravure pour Tomement des affireuses édi- tions de ses livres, il avait soin de fournir lui-même les modèles des pieds et des chaussures ; il se permettait souvent de retoucher lui-même les dessins, au point de vue de ces pieds qu'il exigeait extrêmement petits , et de ces chaussures qu'il voulait montées sur de hauts talons. Il passait sa vie à courir les rues, en quête des pe- tits pieds et des souliers cambrés. C'est dans une de ces chasses au joli pied et à la jolie chaussure, qu'il trouva le si\jet du Pied de Fanehette: «Je passais, un dimanche matin, par la rue Tiquetonne, au coin de la rue Montorgueil, dit-il dans Monsieur Nicolas (tom. X, pag. 2716 et suiv.) ; j'aperçus une jolie fille en jupon blanc, encore en corset, chaussée en bas de soie, avec des souliers roses à talons hauts et minces ; genre de chaussure qui faisait infiniment mieux la jambe aux femmes, que la mode actuelle. Je fus enchanté ; je m'arrêtai, la bouche béante, à la considérer... En chemin, je fis le premier chapitre de l'ouvrage : Je suis rhistorien véridique des con- quêtes brillantes du pied mignon cTune Belle, etc. Je mis la main à la plume, dès le lendemain. Mon imagination se trouvant un peu refroidie, je sortis pour revoir ma Muse Dans la rue Saint-De- nis, vis-à-vis la fontaine des Innocents, j'aperçus une femme, dont le pied était un prodige de mignonnesse. Aussi, était-il chaussé d'une jolie mule d'étoffe d'or, faite par le plus habile artiste de la capitale... Je la suivis jusqu'à l'église du Sépulcre, où elle entra, et je revins chez moi, plein de verve : j'allai, en deux jours, au qua- torzième chapitre. » Rien n'est plus plaisant que l'horreur et l'in- dignation que les talons bas et les pieds plats inspiraient à Restif, qui pourtant n'a pas inventé un mot technique pour exprimer l'amour des pieds mignons.

La Nouvelle Bibliothèque universelle des Romans (Paris, 15 fruc- tidor, an YI, p. 178-205) donne une charmante analyse du Pied de Fanehette, signée D. (Desfontaines ou Deschamps) : « L'auteur mé- rite des éloges, dit-on, et pour avoir su respecter les lois de la dé- cence dans un sujet aussi délicat, dont le titre seul semblait, sinon justifier, du moins annoncer des détails un peu libres, et pour avoir assez heureusement conmienté un texte aussi resserré que le Pied de Fanehette. n


DS BXSTIF DS LA BBITOKHI.


N"" 2. — Le Pied de Fanchette, ou TOrpheune française; histoire intéressante et morale (même épigraphe). A Francfort et à Leipstg, en Foire. MDGG.LXIX.Deux parties en 2 vol. in-12 de 190 pp., non compris la table des chapi- tres, pour le premier volume, et de 172 pp., plus un feuillet de table, pour le second. L'épigraphe manque sur le titre de la seconde partie ^

. Contrefaçon, imprimée en Suisse , probablement à Nencbâtel, au- tant qu'on peut en juger par le caractère et les fleurons, genre rocaille.

Le Catalogne Lebert, 1874, cite une autre contrefaçon, dont le titre diffère du précédent : A la Haie et à Francfort, chez EsUnger, 1769, 3 part, in-12.

N* 3. — Le Pied de Fanchete (siVr), ou le Souuer couleur- DE-ROSE. (Titre encadré et enjoliTé.)Mème épigraphe que dans la 1** édit. Première partie. Fleuron : deux co- lombes se becquetant sur un carquois. Imprimé à Lor Haie. MDGG.LXXYI *. 2 part, en 1 vol. in-12 de 290 pp. et 1 feuille de table '.

Mb* Léyéque n'est pas encore nommée, en tête de la dédicace qui lui est adressée. La Aetme de9 ouvrages de F Auteur (1784) dit, au sujet du Pied de


I 13 te. Solsr, 1860. — 30 fr. demi-rel., Cat. Au'g. Fontaine, n* 1150, 1870. — 18 Ar. yeaa marb., Langlois, 1872. — 30 fr. rogné, Lebort, 1874. — 35 fr. demi-rel. bas., Cat. Aug. Fontaine, n» 2100, 1874. — 20 fr. rogné, Lebert, 1874.

  • On lit dans les Mimowu Movto de Bachaninont, à la date du 7 février

1776:

« On a donné, le 5 de ce mois, sur on petit thé&tre, rae de Provence, près la chaussée d'Antin, une comédie nouvelle, intitulée Maritume. Le sujet est tiré d'un roman, qui a paru il y a quelques années : U Pied de Fanchette. L'auteur a Joliment sjusté cet ouvrage ; il est très-intéressant, bien écrit et supérieur»- ment joué par des personnes de la plus haute distinction. Il n'a encore paru qu'en ce lieu, ce qui a piqué davantage la curiosité des spectateurs. »

s 49 fr. veau marb., Rigaud, 1874. — 26 fr. m. r. tr. dor., Charles Brunet, 1872. — 19 fr. demi-rel., Langlois, 1872. — 50 fr. veau marb., Cat. LeilUeul, 1874. — 80 fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChamboUe-Duru, Cat. Aug. Fon- taine, a« 2099, 1874.


90 BIBLIOGBAPHIE ElISONNÉK DES OUYAIGES

Fanchette, qxi*ail en fit une seconde édition, en 1776, tirée à 500, où est un épilogue qui manque aux contrefaçons ».

Restif, dans TAvis de l'Auteur sur cette édition, qui est la seconde, dit que la première était pleine de fautes, « non d'impression , mais d'auteur » ; il s'en excuse sur des chagrins domestiques, survenus comme il en était au quatornime chapitre; il désavoue trois ou quatre éditions furtives, imprimées à son détriment, et constate les changements considérables qu'il a cru devoir faire , surtout dans la troisième partie. Ces changements sont, en effet, très-nombreux : les trois parties ont été réunies en deux ; les intitulés des chapitres sont tout à fait différents dans les deux éditions, et la seconde n'en a plus que 52 au lieu de 53.

On lit, à la fin de cette préface : « Très-indulgents lecteurs et très- aimables lectrices. Ce fut la veille du mariage de Fanchette, que Téditeur de la véridique Histoire que vous achevez, entrevit cette Belle, chez la marchande de modes, et que son joli pied, chaussé d'un soulier rose à talon vert, fut pour lui la divine Clio : on essayait à la fiancée sa parure pour le lendemain, et celle qui nomma Fanchette était Agathe. La clarté est le premier devoir d'un écrivain ; j'y ai satisfait. Adieu. »

Cette seconde édition, corrigée, se termine par un Epilogue au Beau Sexe, qu'on ne trouvait pas dans la première. C'est toujours le pied qui est l'objectif : « La beauté de votre pied est à la fois appas, attrait, grâce et charme ; sa souplesse, sa petitesse, son élégance, le mettent au rang de vos appas ; le goût et la propreté dans votre chaussure le placent entre vos traits ; votre marche agréable , votre danse voluptueuse en font une de vos grâces; l'art avec lequel vous le cachez ou le laissez entrevoir, le rend un de vos charmes, dont il est impossible d'exprimer l'effet. Aussi, une femme auteur l'a-trelle défini : f extrait de la beauté et ^abrégé de vos charmes. »

N® 4. — Le Pied de Fakghète (stc)^ ou le Souuer couleur- DE-ROSE. Même épigraphe. Troisième édition. Fleuron : maisonnette à tourelles entre deux arbres. Imprimé à la Haie. 1786. S parties en S vol. in-12 de 384 pages; la première partie finissant à la page 17â; la seconde, à la dernière du volume, les deux titres compris dans la pagination; avec deux jolies gravures anonymes^

« 

t 39 Ar., demi-rel. vean faave non rogné, Lebert, 1874.


DK BESTIF DS LA BRETONNE. 91

Cettd troisième édition offre peu de différences avec la seconde, qu*elle reproduit presque textuellement. L'auteur a seulement signé en toutes lettres la dédicace : A Jf»>o Lévéque, femme d'un marchand de la rue Saint-Denis. Il a fait çà et là quelques suppressions et quelques corrections ; il a enfin ajouté, à la note 61, un long extrait du Tableau du siècle^ par un Auteur connu (Nolivos de Saint-Cyr, an- cien capitaine d'infanterie, gouverneur de Saint-Domingue).

n est aisé de Toir que cette édition, qui est rare, et dont les gra- vures manquent souvent aux exemplaires, a été imprimée à Paris et non à La Haye. En tête de chaque partie , le fleuron représente une hotte chargée de fleurs et de roses, sur un ornement d'archi- tecture.

Restif, en revoyant cette édition, n'a pu se défendre d'ajouter quelques notes techniques sur les pieds et sur les chaussures des femmes ; signalons surtout la note 47, oii il prend à partie J.-J. Rous- seau sur le chapitre des petits pieds et des grands talons : « Un talon haut, dit-il, va bien aux grandes femmes, est avantageux à celles d'une taille médiocre, nécessaire aux petites et ridicule seule- ment pour les naines. » Puis, il s'écrie avec indignation : « Aujour- d'hui, toutes les femmes de Paris sont chaussées à plat. L'hiver et la boue leur feront quitter cette infâme chaussure. »

Nous venons de lire, dans F Intermédiaire des chercheurs et des curieux (vn^ année, n* 152, 5 septembre 1874, p. 517), un curieux article signé Aszt (Asezat), qui a reconnu le premier, à des indices à peu près certains, que l'édition du Pied de Fanchette, qui porte la date de 1786, n'a pu être imprimée qu'en 1794. Dès la seconde page de la dédicace à M"» Lévéque , femme d'un marchand , Restif, à propos de cette phrase : « Ce n'est pas que je veuille , comme tant d'autres, ravaler la noblesse du sang, regarder tous les rangs comme égaux, » ajoute cette note qui porte sa date : « Cet ouvrage est de 1768 à 9 ; on ne tiendrait pas aiy'ourd'hui ce langage. » Dans les notes , à la fin de la seconde partie du roman, cette phrase, qui termine l'histoire d'une religieuse par force, donne encore une date approximative : « Heureusement, la Révolution nous met pour ja- mais à l'abri de ces horreurs. » Enfin, à la page 376, la date est formelle : « Ce genre de chaussures, dit Restif en parlant des mules, est à Paris le plus voluptueux qui ait encore été mis en usage et qui existe dans l'univers; c'est par cette raison qu'il devrait être absolument prohibé en public. Aujourd'hui, la chaussure plate, en usage en 1794 , fait soulever le cœur. C*est apparemment par vertu qu'on la porte. »

M. Aszt expose aussi les raisons qui ont déterminé Restif à anti-


9> BIBLIOOftÂPHIB lUUSONHiK DIS OUTRAGES

dater cette édition d'un livre, qu'il réimprimait soub la rubri- que de La Haye, sans y faire de notables changements : « Le roman est rempli de marquis , de comtes, de nobles. Tout cela n'était plus de mise, mais on demandait toi\jours l'ouvrage aux libraires. Il fal- lait donc le réimprimer. Pour ne pas se compromettre, il fallait faire croire que c'était une édition antérieure à la Révolution. Cela rend compte de la date. Mais alors pourquoi y mettre ces notes accusatrices ? Parce que, quand on s'appelle Restif , on ne peut pas se taire; qu'il faut mettre, partout ob cela se peut, la marque des préoccupations du moment. Et ces préoccupations , nous les voyons bien maintenant : la chaussure plate des femmes, que l'amoureux des hauts talons a poursuivie partout de ses sarcasmes, et Justine, qu'il venait de lire, bien mieux, qu'il venait de réfuter, en compo- sant FAnH-Justine, en floréal an II, c'est-à-dire en avril 1794. »

N® 5. — Le Pied de Farghette, ou le Souuer couleur de ROSE, par N. E. Restif-la-Bretonne. Cinquième édition, revue, corrigée et augmentée de plusieurs anecdotes curieuses et amusantes. Paru, Cordier et Legras, rue Galande, n^" 50. 1801. 3 vol. in-18 de 174, 180 et 180 pp., avec 3 flg.

Une partie de cette édition a été tirée dans le format in-12. Pougens a rendu compte de cette réimpression, dans sa BibUothèque française^ i^ année (1800) , n« 6, p. 190.

Traduit en allemand. Hambourg, 1777, in-S. Traduit en espagnol. Bl Pié de Franguita. Traducido libremente al castellano. Paris, Rosa, 1834, 2 vol. in-18.

IV

NM. — LETTRES DE LORD AUSTIN DE N**, A Lord HuHFRET DE DoRSET SON AMI. Épigraphe : Qux feeîsse juvat, fada re ferre pudet. Héroïde d'Ovide. Fleurons : flûte et chapeau de berger entrelacés, pour la première partie ; génie ailé portant une torche sur un rinceau de fleurs, pour la seconde partie. A Cambridge, et se trou- vent â Londres, chez Nourse et SnelUng. M.DGG.LXIX.


DS RX8TIF DE LA. BBBTONIfS. «3

(Titres encadrés et enjolivés de vignettes.) Deux parties in-12; xvj et 248 pp. pour la première partie, et âl5 pp. pour la seconde.

Les faux-titres portent : a La Confidence nécessaire. Lettres an- glaises. » Cest là certainement la première édition de la Confidence nécessaire, quoique Restif ne nous dise pas que ce roman avait paru d'abord sous le titre de Lettres de lord Austm de N** .* cette édition est la seule qui ne contienne pas le conte irlandais à'O-Ribo,

Il 7 a des exemplaires avec cette adresse, sur la première partie : A Francfort, chex van Duren, Et se trouve à Paris chex Gaugry, Ubraxre, r%ie des Matkurins; sur la seconde partie : A Cambridge.

Tirage à 1,500 exemplaires, suivant la Aetwe des ouvrages de rAuteur (1784).

Ce roman, par lettres, est dédié à miss Betty F**, jeune Irlan- daise, qui en aurait fourni les éléments, en racontant les aventures d*une de ses parentes et en permettant à Restif de les publier, seu- lement après qu'elle fut retournée dans son lie, « la vraie patrie du sage ». C'est elle-même qui avait traduit ime chanson, que Frank, un des personnages du roman, fit en vers irlandais, pour son jeune maître, lorsqu'il entreprît de lui faire remarquer les attraits de l'ai- mable Betty Folly. Cette chanson est vraiment charmante; Restif s'était permis de la mettre en vers français, « mais lorsque j'ai voulu l'entreprendre, dit-il, je me suis convaincu que personne ne pouvait dire avec plus de vérité que votre serviteur :

« Poiur moi Phœbos est soord et Pégase est

BAnF. »

Restif dit, dans une note de Monsieur Nicolas, tome IX (p. 26S3), que la Confidence néeessaire fut sa première histoire déguisée. « Le siget, dit-il ailleurs, tome XYI (p. 4S53), était mes amours avec Marie Fouard, et mes velléités pour Marguerite Bourdillat, l'une brune, l'autre blonde. C'était l'extrait honnête ^vaisottiiier, que j'avais com- posé au Louvre (c'est-àrdire à l'imprimerie du Louvre, où il Ait com- positeur), dans mes moments d'effervescence. Ce n'est pas un histo- rique de ce que j'avais fait avec ces deux filles ou avec Marie-Jeanne, qui souvent y était AHce, dans mes idées, mais un château en Espa- gne de ce qui aurait pu arriver. Le Frank est François Courtcou. Cet ouvrage se sent de son origine. » Cet ouvrage, commencé pendant le voyage que fit Restif, à Sacy, en 1767, ne fut achevé qu'après son retour à Paris. C'est alors que l'auteur le mit au net et le porta au Bureau de la police pour le faire examiner par la oen-


M BIBLIOGRAPHIE RlIgONNiK BBS OITVRAGBS

sure. Dans la déclaration du livre, on homme distrait ou malicieux inscrivit la Confession nicessairt^ au lieu de la Confidence nécessaire, et le manuscrit fut envoyé à Tabbé Simon, bibliothécaire du comte de Clermont, abbé' de Saint-Oermain des Prés. L*abbé Sûnon ne devait pas être un censeur bien redoutable ; il se récusa pourtant et transmit le manuscrit à son collègue Marin, secrétaire de la librairie, lequel ne demanda que les changements convenables. Restif en garda une vive reconnaissance à Marin et confia son ma- nuscrit à un libraire colporteur, nommé Kolman, qvd le fit impri- mer, mais qui ne donna pas im sou à Fauteur. « Je ne retirai rien de la Confidence nécessaire, dit Restif, ayant affaire à un coquin. » Restif s'était pourtant promis de vivre du métier d'homme de let- tres, et il vécut, pendant quatre mois, avec les 3 louis que lui avait rapportés le petit roman de Ludlel Le chevalier de Cubiëres, dans sa Notice sur Restif, fait remarquer que la Confidence nécessaire est une des compositions les plus erotiques de l'auteur.

N* 2. — LA CONFIDENCE NÉCESSAIRE, ou Lettbes de Mtlord Austin de Nohfolk, à mylord Humfrey de Dor- set. Par N. E. Rétif-de-la-Bretone. (Titre encadré.) Épi- graphe : Qux fecisse juvcU, facta referre pudet. Ovid. Imprimé à la Haie, M.DGG.LXIX. Deux parties en 2 vol. pet. in^S*"; le premier de 116 pages et le deuxième de 194*.

Dans cette édition, qui contient le conte à'O-Ribo, la jeune Irlan- daise, à laquelle l'ouvrage était dédié, est nommée en toutes lettres Miss Folly.

La moitié de la seconde partie (à partir de la pag. 109) est occupée par le Conte irlandais, dont le titre avait été mentionné dans la pre- mière partie, p. 94 , et que l'auteur promettait de traduire. Ce conte, d'une singularité frappante, lui semblait comparable au meilleur conte des Mille et une Nuits, ou à la fable de la fée Mélusine. En voici le titre complet : « 0-Ribo, ou les terribles traverses, les monstrueuses aventures et les incroyables travaux du charmant 0-Ribo, prince de cinquante villages au beau pays d'Hybemie, pour l'amour de la belle Pucellomany, qui lui furent suscités par le nécromant Sacripandidon- dannek, premier ministre du roi 0-Fakfak, son père. » Ce conte, dans lequel Restif donne à son style un vernis de vieux langage gaulois, est dans le goût de Crébillon fils ou de l'abbé Yoisenon, mais

3 7 fr. 50, SoUr, 1860. — 60 fr. veaa fauve, n. r., Lebert, 1874.


BS BSSTIF DE LA. BBETONNS. 05

beaucoup plus libre que les contes de ces deux modèles. Le conte d'O-Ribo diffère entièrement du roman en quatre parties, intitulé : Histoire du grand Or^au, qui en est néanmoins la paraphrase.

M. Ch. Monselet cite, comme la seconde édition de la Confidence nécessaire, une édition, « en cicero et sans interlignes », datée de 1778. Nous ne Tavons pas vue.

N^ 3. — La GONFIDBlfGE NÉCESSAIRE, OU LETTRES DE LORD AUSTIN de N..., A LORD HUMFRET DE DORSET , SON AMI.

Francfort et Paris, 1769, 2 tom. in-12 de 248 pp. et de 215, y compris le titre.

Cette édition rare, qui doit être une contrefaçon , est citée dans le Bulletin mensuel [du libraire Alvarès, 9* année, n^ i et 2, juillet 1865.


NM. — LA FILLE NATURELLE. Épigraphe : Magna est Veritas, et prxvalet. Esdras, livre III, chap. iv, y. 41. Fleuron : carquois et torche, surmontés de deux co- lombes. Imprimé à la Haie, et se trouve à Paris, chez Hum- blot, libraire, rue St-Jacques, près St-Ives; Quîllau, imprimeur-libraire, rue du Fouarre. M.DGG.LXIX. 2 vol. in-12; le premier de 170 pp., et le deuxième, de 202 ^

Tirage à 1,000 exemplaires, suiyant la Revue des ouvrages de F Au- teur (1784).

L*orthographe de cette édition est très-régulière.

Commencement de la Préface nécessaire : « On jugera, par la na- ture des faits qu*on Ta lire, qu'ils n*ont pas leur source dans rûna- gination de Tauteur. La yérité est au-dessus de la fiction. Montrer le prix de Thomme; donner une idée de cette volupté si pure et si douce que procure la bienfaisance; prouver qu'une bonne éducation porte des fruits tôt ou tard ; voilà le but principal que je me suis proposé en publiant cette histoire. Amuser et plaire ne doivent être que le second motif de cet écrivain honnête homme; c'est à l*amour de la vertu et de l'humanité de conduire sa plume... »


I 8 fr., Solsr, laeo. — 10 fr. 50. bas., Langlois, 1874.


M BIBLIOGEU»HIB RÂISONNAE BSS 0nVIUL6S8

On a BOUTent cité la manière de composer de Restif de la Bre- tonne, qui exécutait lui-même, sans manuscrit et sans préparation écrite, l'impression d*un roman. Celui de la Fille naturelle serait im exemple remarquable de cette étonnante facilité d^improvisation. Pendant qu'il imprimait, avec l'aide de son apprenti Théodore, la Confidence nécessaire, qu'il avait préparée et composée à loisir, pour le compte d'un libraire; un autre libraire, nommé Edme Ra- penot, lui raconta l'histoire d*un père riche, qui avait fait l'aïuiâne à sa fille naturelle, sans la connaître. « ndance familière et morale. Les notes qui terminent le volume traitent de la prostitu- tion chez les anciens et dans différents pays. On y remarque la no- menclature des prostituées et des prétendus statuts d'un lieu public de débauche à Avignon, donnés en 1347 par la reine Jeanne de Naples. La dernière note (N) renferme la triste aventure d'un homme de province, qui, étant venu à Paris, se laisse entraîner dans un mauvais lieu et y reconnaît sa fille. Le ton général de cet ouvrage est sérieux et décent, parfois presque solennel; on ne re- trouve le ton ordinaire de Restif que dans les notes, où il imprime, pour ainsi dire, son cachet, en parlant de la Nouvelle Halle et en évitant que son style

Ne 86 sente des lieux que fréquentait l'auteur.

Voy. ci-dessus, pag. 34, la longue note que nous avons ajoutée à

la Notice de Cubières-Palmézeaux, et qui est relative au Pomographe.

On peut affirmer que Restif a eu au moins un collaborateur, pour


100 BIBLI0«EU»HIB ElISONlfte BIS OUTRàGBS

k'Pomoçraphe, Ce collaborateur serait peut-étM lingnet, comme Ta déclaré fonnellement le botaniste Louis Gérard, correspondant de rinstitnt, dans une note écrite sur un exemplaire que le savant Julia de Fontenelle tenait de lui (voy. le Journal des Scieneet physiques, chimiques et industrteUes, où cette note a été publiée). « Cet ou- Trage, dit la note de Louis Oérard (mort en 1819) , cet ouvrage de Linguet, si connu par ses paradoxes et la docte opinion qu*il avait de lui-même, est une de ses folies. On pouvait dire et proposer de fort bonnes choses sur cette matière; c*est ce qu'il n*a pas fait. Son plan est absurde, inexécutable et foux dans tous ses résultats. Ce n'est pas même le rêve d*un bon citoyen. J'ai étudié avec lui; c'était le garçon le plus doux, le plus honnête, le plus instruit. Quantum mutatus ab iUo! » Extr. des Supereheries Httérairts dévoUées, par J.-M. Quérard, 185S, tome IV, pag. 97.

Les relations de Restif avec Linguet sont certaines, et elles avaient commencé avant la publication de son premier roman la Famille vertueuse; c'est lui qui enlevait si rapidement la composition et le tirage des mémoires d'avocat, que Linguet faisait imprimer chez Quillau, quelquefois le dimanche, pour les besoins de ses causes, n ne faut pas oublier que Linguet, tout avocat qu'il était, est aussi l'auteur de la Cacomonade , histoire politique et morale, traduite de l'allemand du docteur Pangloss, par le docteur lui-même, depuis son retour de Constantinople (Cologne, 1766, in-12), et que la pre- mière édition de ce petit livre vénérien fut peutpêtre imprimée chez Quillau, comme im factum du palais. La Cacomonade était une in- troduction naturelle au Pomographe. Rappelons, en outre, que longtemps, bien longtemps après, Restif s'est permis d'attribuer à Linguet, qui avait péri sur l'échafaud révolutionnaire, FAtUi- Justine. C'était une bien étrange oraison fimèbre.

Il y a eu trois ou quatre contrefaçons trompeuses de la première édition du Pomographe, comme Restif le dit lui-même dans son édi- tion de 1776 (pag. 388), nuds il est bien difficile de les reconnaître.

N^ 2. — Le Pornographb, ou Idées d'un honicête-homhb, etc. Fleuron composé de fleurs et feuillages. A Londres, chez Jean Naurse, libraire, dans le Strand. A la Haie, chez Gosse junior, et Pinet, libraires de S. A, S. M.DGG.LXX. In-8^ de 8 pp. prélim. et 215 pages ^

< 7 fr. basane, Cat. Ang. Fontaine, n» 6009, 1872. — 42 flr. veau, Cat. Lefil- leul, 1874. — 60 fr. bas., avec pièces i^ontéeB, Cat. Ang. Fontaine, nfi 2102, 1874.


DS RS8TIF BS hk BRETONNE. 101

Cette édition, moins bien imprimée que la première, pourrait être une contrefaçon, car Restif ne la mentionne pas dans la Hemse des ouvrages de r Auteur (1784). Cependant le faux-titre porte : Idées sin- gulières, premier volume, ce qui indiquerait que Tédition a été faite pour précéder la Mimographe^ imprimée aussi en 1770, et que son faux-titre annonce comme le second volume des Idées singulières.

Nous avons rencontré un très-bel exemplaire de cette édition, re- lié avec les ouvrages suivants , qui peuvent être compris dans les Idées singuHèru :

Législation du Divorce ^ précédée du Cri d*un honnête homme, qui se croit fondé en droit naturel et divin à répudier sa femme. Lan- dreSf 1769. — Mémoire sur la Population, dans lequel on indique le moyen de la rétablir et de se procurer un corps militaire tovgours subsistant et peuplant. /6û/., 1768.

L*auteur de ces deux curieux ouvrages est un jurisconsulte fan- taiiiste, nommé Cerfvol, qui s*était associé, pour écrire le premier, un certain prêtre nommé Philibert, à qui Ton attribue le Cri d'un honnête homme. La réunion de ces ouvrages anonymes au Pomo- graphe, dans le même volume, nous a donné à penser que Cerivol n*était pas tout à fait étranger aux Idées singulières, d'autant plus qu'il était fort lié, vers cette époque, avec Nougaret, et qu'ils rédi- gèrent ensemble un journal littéraire et moral, intitulé : le Rado- teur. Restif ne faisait sans doute qu'ajouter le roman et des digres- sions personnelles au système philosophique qu'on lui fournissait, et il se chargeait de faire imprimer, après avoir demandé et obtenu le paraphe^ sous son nom : « Je fis moi-même la composition, avec un ouvrier sous moi, dit-il (Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4967} , en parlant du Pomographe, L'ouvrage achevé d'imprimer, Quillau (l'imprimeur) et son nouveau prote Domenc eurent la bassesse de le dénoncer, comme traitant une matière trop libre. » Le livre se trouva donc arrêté pendant quelques jours, mais ensuite la vente en fut très-rapide, a Je fus souvent témoin secret, sous mon habit d'ouvrier, dit-il (Und.), de ce que disaient les acheteurs ; les uns di- saient que j'étais un fou, les autres un indécent punissable ; quelques- uns me faisaient l'honneur de me regarder comme le propagateur zélé du libertinage. Jamais projet utile ne fut plus mal accueilli. » Ce passage expliquerait comment le jurisconsulte Cerfvol n'eût pas été trop flatté de s'entendre appeler if. le Pomographe.

C'était là un surnom dont Restif croyait devoir s'enorgueillir, et il se consolait ainsi de l'ingratitude des contemporains : « Cet ou- vrage, si mal apprécié, dit-il dans le Drame de la Vie (pag. 639), demandait des recherches : celles que je fis étaient dangereuses. »


102 BIBLIOORÀPHIB RAISONIIÉB DKS OUTRÀGSS

N* 3. — Le Pobn 06BAFHB , OU Idées d'un honnête-homiie

SUR UN PBOJET DB BÈGLEM EUT POUR LES PROSTITUÉES, propPO

à prévenir les malheurs qu*occasionne le PubUctsme des Femmes : avec des Notes historiques et justificatives. Par Rétif De-la-Bretone. Épigraphe : Prendre k moindre mal pour un bien, Machiavel, Livre du Prince^ cap. xxi. A Londres, ckè$ Jean Nourse, libraire, dans le Strand. A lorHaie, chès Gosse junior, et Pinet, libraires de S. A. S. M.DCG.LXXVI. Deux parties en 1 vol grand in-S"" de 492 pageà, non compris 4 feuillets à la fin, contenant les analyses des deux premiers volumes des Idées Mit- gulières. La seconde partie, qui contient les notes, commence à la page 165 ^

Tirage à 500, suivant la Revue des ouvrages de ^Auteur (1784).

C'est là certainement la seconde édition de ce curieux ouvrage, car celle qu'on chercherait avec la date de 1774, sur la foi d'un renseignement erroné fourni par l'auteur lui-même, n'existe pas : « Je fis, en 1774, dit Restif, une deuxième édition du Pomographe, infiniment supérieure à ma première édition et aux contrefaçons. C'est la seule qui existe aujourd'hui. Le plan mÔme de réformation y est corrigé, les notes augmentées des trois quarts, et les amélio- rations du style sans nombre. Joseph II l'a exécuté. *» On sait que des mystificateurs avaient fait croire à Restif que l'empereur Jo- seph II faisait organiser la prostitution, à Vienne, sur les plans indiqués par le Pomographe, Restif en était très-fier et ne cessait de le proclamer. Voy. ime note à ce sujet, pag. 36 de la Notice de Pal- mézeaux. Nous considérons comme apocryphe une anecdote racon- tée par les petits-fils de Restif, dans une lettre adressée à M. Ch. Mon- selet. D'après une tradition de famille, Restif, ayant reçu de la part de Joseph II une tabatière avec son portrait, enrichie de diamants et contenant un diplôme de baron du Saint-Empire, répondit aussi- tôt à l'empereur : « Le républicain Restif la Bretonne conservera précieusement le portrait du philosophe Joseph II, mais il lui ren- voie son diplôme de baron qu'il méprise et ses diamants dont il n'a


I 21 fr. veaa marb., Langloia, 1S72. — 155 fr. demi-rel., Henri Artor, 1873. — SOO fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChamboUe-Duru, Cat Aug. Fontaine, n »03, 1874.


DE RSSTnr BB LA BRITONNI. 103

que faire. » Si le fait était Trai, Restif n*ent pas manqué de le meii- tionner dans Mcnneur Nicolas^ publié en 1797.

Le Pomograpfœ, qoi méritait de commence la série des Idées Hn^ guHères, renferme les détails les plus bicarrés et les plus intéres- sants, du moins dans cette seconde édition de 1776, car la première ne contenait, outre le roman pornographique et le plan de réfor- mation, qu*un petit nombre de notes historiques, tirées des yoyages dans les quatre parties du monde. Dans cette seconde édition, le projet de règlement pour les filles publiques occupe l comte de Saint-A***; Histoire de Sir Basil et de Mawd; Histoire du comte de Qr*\ Histoire d'un marchand ruiné. On peut avancer avec cer- titude que Restif a tiré de quelque roman anglais la plus grande partie de son ouvrage, en y imprimant sa marque de fabrique.

Tirage à 1,000 exemplaires, suivant la Revue des ouvrages de t Au- teur (1784). L'édition était épuisée à cette époque^ et l'ouvrage n'a jamais été réimprimé. Le libraire Alvarès, dans son Bulletin men^ iuel^ assure que le Marquis de r*** est, ainsi que LtictVe, un des ou- vrages les plus rares de l'auteur.


110 BIBLlOOftàPHII BAISOlfllÉK DBS OUTIUGIS


IX

ADÈLE DE GOM^ (GOMIANGE), 5 parties, in-12 >.

Premier titre encadré : Lettres d^une fille à son père. Première partie. Prix : 8 livres les cinq parties brochées. 5e trouve à Paris, chés Edme, libraire, rue Saint-Jeaa- de-Beauvais, près celle des Noyers, 1772 {sic).

Second titre^ encadré et enjolivé : Adèle de Gom***, ou Lettres d'une fille a son père. Épigraphe : « Forme ta Fille, comme tu voudrais qu'on eût élevé ta Femme. » Première partie. Fleuron : hautbois et chapeau de ber- ger, ornés de fleurs. En France. M.DGG.LXXIL xiv et 346 pages.

Le même titre est répété avec un faux-titre : Lettres (Tune fille à son père, dans les quatre parties ou volumes ; la seconde partie a 356 pages ; la troisième, 384 ; la quatrième, 384. Quant à la cin- quième partie, elle se compose de pièces détachées absolument étrangères aux Lettres et dont plusieurs avaient déjà paru séparé- ment.

Ces pièces réunies, dans le tome V qui manque souvent, sont pré- cédées de vin pages, pour le faux-titre, le titre, et la préface de l'édi- teur. Vient ensuite un nouveau titre collectif, annonçant un recueil spécial : « Pièces singulières et curieuses, relatives aux Lettres d'une Fille à son Père, savoir, (G) La-Oigale-etpla-Fourmi ; (H) Le- Jugementrde-Paris ; avec des Réflexions sur TAmbigu-Comique ; (I) Il-recule-pour^mieux sauter; (J) Contr'avis aux gens-de-lettres. Fleuron : couronne. En France. M.DCc.Lxxn. Se trottve à Paris, chez Humbht, libraire^ l'ue Saint-Jacqttes, pris Saint-lves. »

Restif se présente comme éditeur, dans l'Avertissement d*Àdèle de Com** : « Voici le septième roman que je donne au Public, et je pro- teste que tous sont fondés sur des aventures réelles arrivées sous mes yeux... Je dois avouer, en même temps, qu'obligé de déguiser cer-

' 90 fr., Solar, 1860.— 50 fr. broché, Langlois, 1872. — 65 fr. rogné, Lebert, 1874. — 250 fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChamboUe-Duru, Cat. Ang. Fon- taine , no 2061, 1874.


DB BB8TIP BS hk BBBTOMlfl. m

tains ûdta, je les ai rendoB de manière à oonserver tongonrs Vessen- tiel... Quant aux nomsi Ton sent bien que les indications sont indécises, surtout lorsque Thistoire est récente...; ainsi Ton peut achever comme Ton voudra les noms commencés, que j'ai substi- tués aux véritables... » Ce roman est connu sous le titre d'Adèle de Cammingef comme le MarquU de T***^ sous celui de Marquis de Tavan, Restif ajoute ce N. B. ; « Tout ce qui ne sort pas de la plume de Muo de Comm** est distingué par les caractères italiques. »

Dans la Préface, Restif passe en reme les personnages qu*il a mis en scène et les caractérise : « Si cet ouvrage est utile et amu- sant, igoute-t-il, je veux dire s'il est propre à rendre les enfants plus respectueux, plus tendres, plus soumis; s'il excite les parents à donner plus de soin à l'éducation, s'il leur fait concevoir combien il est doux de jouir de la reconnaissance de son fils, de sa fille, de posséder leur confiance, de leur voir mettre sur la même ligne le titre d'Ami, et celui de Père ou de Mère, il n'est pas sans mérite, et mon but est rempli, n

Suit la Table des Récits, des Épisodes, et des Pièces détachées ; ces dernières remplissent le tome V. Parmi ces Épisodes, il faut remarquer les Entretiens, qui occupent les pag. 253 à 384 du tome IV et que Restif présente comme des extraits de différentes lettres de Mu« de Comm** à son père. Le premier entretien traite des Élé- ments des choses et renferme une nouvelle théorie de la Nature ; le second entretien traite de l'influence du physique sur le moral, de l'origine de l'homme et de la liberté ; le troisième, de la sensibilité, du bien et du mal ; le quatrième, des religions et des lois ; le cin- quième, des coutumes et usages, du commerce, des métiers. On lit cette note, à la fin : « Le surplus de ces Entretiens est retranché. » Ces Entretiens sont d'un savant, d'un penseur, d'un écrivain ; Restit n'a fait que se les approprier, en y intercalant le dialogue du père et de la fille. Ils rappellent beaucoup les Entretiens qui se retrou- vent en entier dans VÉdueographe et VÉcole des Pères, Voy. ces deux ouvrages.

Le titre collectif des Pièces singulières et curieuses du tome V appartient à la première brochure , formant 78 pages et ne con- tenant que la Cigale et la Fourmi^ fable dramatique, avec un aver- tissement. Dans la préface générale du volume, Restif dit que cette pièce est de feu le marquis de Giv**, un des personnages du roman des Lettres (Fune fUle à son père. La pièce suivante, le Juge- ment de Paris, comédie-ballet, précédée aussi d'un avertissement, a un titre séparé et une pagination particulière de 58 pages. La préface générale l'attribue également au marquis de Giv**. On trouve


lis BIBLI06BÂPHII BilSOMNiB BBS OUYIUGSS


ensuite : // recule po/ut mieux sauter , proyerbe et conte en vers, 24 pages. La dissertation sor tAmlngu-Cùmique, de 52 pages, n'a pas de titre, mais elle en ayait nn, qnand Restif en distribua quel- ques exemplaires, ayant de la joindre an roman à* Adèle de Cùmm**. Cette dissertation « est de moi, dit Restif dans la préface générale du yolume ; je crois y avoir démontré Futilité de ce spectacle et plaidé sa cause, de la manière la plus ayantagense. J'apprends néanmoins que les auteurs attachés an Théâtre éphélnque n'en sont pas contents. Us disent que je donne tout le mérite an néomime ou directeur. Je suis très-mortilié d'avoir déplu à ces messieurs : les gens de lettres doivent être ménagés et considérés par leurs con- frères, encore plus que par les gens du monde... » Le Conif^avis aux gens de lettres^ par un homme de lettres qui entend ses vérita- bles intérêts^ opuscule de 66 pages {Paris, Humbht, 1T70, in-12), sans titre séparé, avait para aussi, avant la publication des Lettres (F Adèle de Comm** et n'avait pas été mieux accueilli que les Ré- flexions sur f Ambigu-Comique. Ce Contr^avis aux gens de lettres est la réfutation d'une brochure de Fenouillot de Falbaire, intitulée : Avis aux gens de lettres, et dirigée contre les libraires.

La publication partielle de ces deux brochures était une inûnction aux lois de l'imprimerie; aussi, Restif ayant offert, selon l*usage, un exemplaire du Contr^avis aux gens de lettres, ^xl commis de la librairie DesmaroUee, celui-ci le rappela, pour lui demander si sa brochure ou plutôt son pamphlet avait permission : « Ce ne serait pas à vous que je l'apporterais, répondit Restif, si les formalités n'avaient pas été remplies. » Là-dessus, il s'en alla, et DesmaroUes fit saisir ches lui les exemplaires du tome V qu'il avait fait Urer pour son compte. {Monsieur Nicolas, t. XVI, pag. 4568 et suiv.) Le motif de la saisie était un conte en vers, fort libre, le Carrosse de voiture, que Restif avait glissé dans ce volume, à l'insu du censeur royal.

Il existe des exemplaires des cinq volumes, sous le titre suivant, recueilli dans le Dictionnaire des Anonymes, de Barbier, TSf* 10224 de la seconde édition : Lbttrm d'unb fillb ▲ bon pàbb. Paris, Edme Rqpenot, 1772, 5 parties in-12.

L'édition, tirée à 1500, suivant la Revue des ouvrages de t Auteur (1784), fut bientôt épuisée : «Ouvrage où l'onlvoit épars les matériaux d'un excellent roman, dit Restif (pag. cLzxxnr) ; il y aurait très-peu de travail, pour le rendre tel; les fautes sont visibles et faciles à corriger. Le manuscrit fût vendu au libraire Bdme Ri^not, qui garda l'édition dans son magasin; mais, après sa mort, les exem- plaires se sont vendus rapidement, et l'on n'en trouve plus aDÙ^^'*


DB BISTIF DS LÀ BRETONNS. 113

d'hui. Ce roman parut en mars 1772. Adèle de Comm** écrit à son père I qui vient de partir pour la campagne de 1757. Il serait trop long de donner Tanalyse de cet ouvrage qui est Thistoire vraie de Mu« de C***, fille naturelle du dernier prince de C***, faiblement dégui- sée. Les trois premiers volumes et le commencement du quatrième contiennent Thistoire d* Adèle et de sa mère ; le reste du quatrième volume est rempli d*historiettes détachées, racontées par les per- sonnages du roman, écrites chacune dans leur manière. »

Cet ouvrage est un des plus rares de la collection de Restif, parce qu*il n'a pas été réimprimé et que sa publication rencontra des difficultés de la part des censeurs. C'est aussi un des ouvrages que l'auteur estimait le plus, parmi tous ceux qu'il avait publiés : « Je regarde aujourd'hui cet ouvrage , dit-il dans Mùnsiew Nicoku, tome XVI (pag. 4565), comme l'assemblage des matériaux préparés du roman le plus terrible, le plus intéressant, le plus instructif et le plus aimable à la fois. La plupart des détails y sont d'une fraîcheur et d'une vérité, que je devais à un petit commencement de connais- sance du monde. Si je l'avais recommencé, mûri, du vivant de la veuve Duchesne (libraire), j'en faisais le meilleur roman possible, et surtout le plus utile pour la morale. » Les pauvres libraires, qui faisaient les frais de l'impression de ce roman, eurent bien de la peine à pa|ier ces frais, et il fallut que Restif Ht imprimer à son compte le cinquième volume, contenant les pièces relatives aux Let- tres d'une fille à son père. Ces pièces étaient des morceaux de cri- tique et de polémique qui firent de puissants ennemis au malheureux Restif. Dans son CorUre-Avis aux gens de lettre», il avait attaqué Fenouillot de Falbaire et Luneau de Boisjermain; dans ses Ré- flexions sur VAmbigu-Cùmiquey il avait attaqué le directeur Audinot. Ce fut un déchaînement contre le romancier, et DesmaroUes, le pre- mier commis du lieutenant de police, pour la librairie, devint dès lors son implacable persécuteur. Le censeur avait approuvé les Lettres (Fune fiile à son père, et cependant on mit sous les scellés ce roman, à cause du cinquième volume, qui ne fut rendu et autorisé qu'après avoir été bel et bien cartonné. Voili pourquoi ce cinquième volume manque à la plupart des exemplaires de l'ouvrage.


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U4 BIBLI06BÂPHIB HUBOMNÉB DIS OW&JLGSS


NM. — LA FEMME DANS LES TROIS ÉTATS; 3 parties

Tome premier. (Titre encadré avec des vignettes d'im- primerie formant mi dessin.) La Feiimb dans lbs trois ÉTATS de Fille, d*Époase et de Mère. Histoire morale, comique et véritable. Épigraphe : « La Fille, ordinai- rement, est bonne, douce, obligeante, jusqu'à vingt ans... » Première partie. La Fille. Fleuron : hautbois et chapeau de berger. A Londres, et à Paris, chés De- Hansy, Ub., rue Saint-Jacques. M.DGG,LXXIIL 232 pag., non compris 4 feuillets non chiffirés pour le titre, TAver- tissement et la table des trois parties.

Le texte de chaque Yolome est orné, en tête de la première page, d'une vignette d'ornement gravée en bois avec la signatnre de Leln^m,

— Tome deuxième. Épigraphe : « Ce qu*on appelle une Femme honnête ferait un homme bien médiocre. » Pope. Seconde partie. L'Épouse ou la Femme. Fleuron : cor- beille de fruits et de fleurs. A Londres. M.DGG.LXXIII. 202 pages, y compris le titre.

— Tome troisième. Épigraphe : « L'Homme-enfant doit rester longtemps entre les mains des Femmes, afin d*y prendre cette candeur, cette aménité que la meilleure Éducation par les Hommes ne donne qu'imparfaite- ment. » Troisième partie. La Mère. Fleuron : couronne. A Londres. M.DGG.LXXIII. 202 pages, y compris le titre.

1 10 fr., SoUr, 1860. — 19fr. 50 c« bu., Langlois, 1872. — 62 fr. rogné, Lebert, 1874. — 120 f^. mar. r. dos orné à petits fers, ChtanboUe-Dvinh Cat. Aog. Pon* teine, n* 2073, 1874*


DB RISTIP DB LA. BBITOMlfX. 115

Tirage à 1,000 «xemplaires, sniTuit la Revue des ouvragée de F Au- ' teur (1784).

Dans rAyertissement : « La Térité de l'histoire ne fait rien au pu- blic ; je n*en parle pas ; mais je dois prérenir sur les anachronismes. On voit, à la an de la troisième partie, qu'en 1773, M>^«de Gombleval a quarante-huit ans, et néanmoins, dans la première, il est parlé de différents spectacles, qui n'existent que depuis quelques années. J'a- Youerai que j'ai cru devoir substituer des choses connues à des choses oubliées : qui s'intéresserait aux baladins de 1724? »

A la fin de la seconde partie, on remarque cette note singulière, en P. S. « Mb* de Combleval et surtout Mb« de Vorterre prient les Belles qui liront ces ouvrages de ne pas s'imaginer qu'un mari re- venu de ses égarements, soit comme un mari tout neuf; c'est un vieux bfttiment reblanchi,, un habit retourné, un mets réchauffé, etc. n n'est rien tel que les fleurs du printemps; celles d'automne ont toi^ours quelque chose de sombre et de triste. »

Nous n'avons reconnu qu'un petit nombre de cartons : pp. 53-54, sign. * C3, oii se trouve des recettes « propres à purger, à chasser entièrement la Pudeur épanchée », et pp. 63-64 de la première par- tie. Les feuilles F, G et H de la seconde partie ont été aussi carton- nées dans la plupart des exemplaires , ainsi que les feuilles D et F de la 3* partie.

N"" 2. — Là FEmiB DANS les trois états DB HLLB, d'ÉPOUSE

ET DE MARE, ^9X Rétif de la Bretone. La Haye, 1 773, in-S.

Cette édition, qui ne peut être qu'une contrefaçon faite en pro- vince, est ainsi décrite, avec flg. ajout., dans le Catalogue de la Bibliothèque de feu Arthur Dinaux. Première partie. (Paris, librairie de IfBo Bachelin-Deflorenne, 1864, in-8, n* 3359.)

N* 3. — Deuxième édition. A Paris, chez la veuve Dueheme^ 1778, 3 parties iii-12.

Tirage à 500, suivant la Revue des ouvrages de Fauteur (1784).

Le marquis de Paulmy dit, dans son Catsdogue manuscrit (Biblio- thèque de l'Arsenal), que ce roman a paru en janvier 1773 et que le libraire a fait de nouveaux titres avec la date de 1774. Les exem- plaires qui portent cette date n'appartiennent donc pas à une seconde édition.

Restif avoue un peu effrontément, dans Monsieur Nicolas, qu'il n'était pas trop en étal de penser aux femmes, lorsqu'il composa la


116 BIBLI06RÂPHIK BilSONllil DBS OUYEÂGIS

Femme dan» les trois états. Si Ba santé du corps avait été atteinte, sa tête restait asseï libre, et la pauvre Tictime de Tamour eut le pro- jet de donner, dans cet ouvrage, une suite à son roman de Lucile. C*eBt le seul de ses romans pour lequel il n'eût pas de muse en titre. Sa condition de malade lui interdisait ce luxe inutile. « Rien de plus gai dans mes ouvrages, dit-il {Monsieur Nicolas, tome X, page 2785), que la partie que je fis, étant malade ; je me dissipais moi- mtoe. » Il est vrai que Restif se donnait le plaisir de la vengeance, n avait mis en scène Nougaret, qui fut son collaborateur et qui lui vola plusieiirs sujets de pièces et de romans. C'est le Gronavet ou Progrès, qu'il a croqué si comiquement dans la galerie de portraits de Monsieur Nicolas. « Je me vengeai de Gronavet, dit-il, d'une mar nière qui ne lui portait aucun préjudice; je le critiquai dans la Femme dans les trois états : j'en fis le Né*g'ret du Paysan perverti, et je l'ai placé dans les Contemporaines, sous le nom de Regret. C'est une petitesse de ma part, qui me déshonorerait bien plus que lui, s'il avait été connu et reconnu. Mais, n'étant que le préte-nom de ses nombreux ouvrages, il est parfaitement ignoré. » Nougaret, qui a écrit ou publié une centaine de volumes, était alors souffleur au théfttre d'Audinot, où il fit représenter quelques petites pièces, et Restif ne réussit jamais à faire jouer une seule de ses pièces sur ce théâtre; de là sa fureur contre La Chabeaussière , qu'il accusait d'avoir tiré, de la Femme dans les trois états, la jolie comédie des Maris corrigés. « Au reste, disait Restif, Apollon a puni La Chabeaus- sière; il n'a donné de supportable que cette pièce imitée en tout. Sic vos non vo6û. »

C'est, en effet, de cet ouvrage que La Chabeaussière avait tiré sa pièce des Maris corrigés, iouée en 1781 aux Italiens.

Trad. en allem., par Ch. A. Wichmann, Breslau, 1780, in-8.


XI


LE MÉNAGE PARISIEN , ou Déuée et Sotentout (titre encadré). Épigraphe : TvioOi vcaurov. Nosce tetpstmi {recon- naà-tot). Fleuron : deux colombes posées sur une tor- che et un carquois. Imprimé à la Haïe. M.DGG.LXXIII. (Titre et dédicace, rouge et noir.) Deux parties en 2 vol. in-12; le premier de 5 feuill. préliminaires, 186 pp., et


BI RS8TIF DE LÀ BRBTONNE. 117


zxzij pages pour les Notes; le second, de 186 pages, avec la suite des Notes commençant à la page zciij jusqu'à zcij, plus A pp. non chiffrées ^

Sur le titre du second Yolume, le fleuron représente un haut- bois et un chapeau de berger, ornés de fleurs.

La seconde partie de YHistoire naïve s'annonce par cette épigra- phe : « Un Parisien qui voit une beUe iemme n'a pas plus de raison de souhaiter d'être son Mari, qu'un home qui avait vu les pomes d'or du Jardin des Hespérides, n'en aurait eu de désirer d'être le Dragon qui les gardait. » Popb. Pensées diverses^ traduites par Fré- ron.

En tête de la dédicace : A mes Pairs en sotHse^ se trouye un grand fleuron représentant un bouquet ; cette dédicace est imprimée en rouge, sauf une partie de l'adresse, ainsi que trois pages qui la sui- vent : « Autant pour vous récréer la vue que pour fixer votre atten- tion lorsque vous passerez sur les quais, j'ai fait imprimer en rouge les frontispices et cette dédicace; j'erre. Confrères sottis- simes, que ces petits enjolivemens vous donneront autant de plai- sir que l'histoire même. » Cette dédicace, dont le principal objet semble être de justifier l'orthographe de l'auteur, contre les criti- ques qui s'en moquaient, est signée : Morills DmnoNBT, lequel se présente avec orgueil, comme un véritable Beaunois.

A la fin des S pages non chiffirées qui terminent le second volume, on lit cette mention : A Rouen, chez Le -boucher. Et se trouve à Paris, ehés De-Hansy jeune, libraire, rue Saint-Jaque,

Cet ouvrage est fort rare, car il n'a jamais été réimprimé par l'auteur, ni contrefait, n ne faut donc pas s'étonner si ie Mé- nage parisien manque à la plupart des collections de livres relar tifs à l'histoire de Paris. L'ouvrage fut arrêté par la censure pen- dant plus de quinze jours, quoiqu'il eût été paraphé par Crébillon fils, et que cet indulgent censeur n'eût pas même demandé de cartons. Restif avait, dans ce roman, préludé à VAlmanach des grands hom- mes de Rivarol, en mettant les auteurs les plus obscurs et^ les moins recommandables à la tête de l'Académie de Quipergagne. Il y eut de vives colères contre l'auteur du Ménage parisien. Celui-ci se consola des attaques de ses confrères, en s'élogîant lui-même, a Le Ménage parisien, ditril {Monsieur Nicolas, tome XYI, pag. 4573) , n'est pas

I 10 fr.f Solar, 1860. — 19 fr. SO c demi-rel., lAngloU, 1872. — 90 flr. rogné, Lebert, 1874.— 80 fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChcunàoUe-Duru, Cat Ang. Fontaine, no 2079, 1874.


118 BIBLIOOBÂPHIE RAISONNES DIS OUVRAGES

uns mérita; il a def étincelles de génie. M. de Crébillon, dont je n'étais pas encore l'ami, m'en dit un peu de bien. Il m'avait déjà paraphé le Pied de Fanchette; il me reconnut, il me dit que j'avais d'excellentes idées, une imagination romantique, etc. Mon coeur n'eut aucune part à cette composition ; pas un personnage intéres- sant, pas un trait qui aille à l'Ame : ce qui vient de ce que j'avais sous les yeux une catin (le mot s'adresse à sa femme Agnès Lebè- gue), modèle de mon héroïne. » M. Monselet n'en fiùt pas moins beaucoup de cas de ce roman : « Le Ménage parisien, dii-il, est rem- pli de vivacité en même temps que de naïveté et de coloris. »

Les notes de l'ouvrage sont partie cosmographiques et partie sa- tiriques ; dans celles du premier tome, il faut citer une pièce de vers que Sotentout fit au collège, un conte épigrammatique stir les deux rimes en été et en ii, le conte de la Bégueule, par Voltaire, lequel était alors dans sa primeur, un petit poème erotique en trois chants :, le Bonheur en songe; dans le second volume : une notice 8«ir la famille de Sotentout et le dénombrement des membres de V Académie Sotentoute; ce sont les anagrammes des noms de tous les littérateurs vivants, avec des notes très-mordantes et très-mali- cieuses. Il ne faut pas oublier une revue assez piquante des princi- paux acteurs de tous les théâtres de Paris, des vers de Marmontel à Bi^i» Ouimard, danseuse de l'Académie royale de musique, la fameuse chanson nouvelle : Quand on va boire à FÉcu; et enfin un Bnooi de cet ouvrage à ces Messieurs.

Il a dû exister certainement une clef des noms cités dans le Mé- nage parisien, et cette clef donnait plus de piquant à un ouvrage comique et burlesque, qui visait toute une famille d'indiridus que Restif voulait tourner en ridicule. M. Placide Nicaise Soten- tout et Ma* Victoire Déliée du Cœur-Volant ne sont pas sans doute des êtres imaginaires. Quant à l'Académie Sotentoute, c'est une cri- tique de la plupart des écrivains du temps.

Tiré à 1,250 exemplaires, suivant la Kevue des ouvrages de r Au- teur (1784), oti il est dit que l'ouvrage était alors épuisé. « Les notes critiques qui le terminent, ajoute Restif, en firent suspendre la vente, n

XII

LES NOUVEAUX MÉMOIRES D'UN HOMME DE QUA- LITÉ. Par M. le M** de Br**. Épigraphe : Ludit in huma- rUs divma potentta rébus. OyiD., De Ponto, eleg. 3. Fleu- ron : un aigle agitant ses ailes, posé sur un cahier de


DE BS8TIF DE LÀ BRETONNE. 119

musique, trompette, feuillages, rubans. Imprimé à la Haye, Et se trouve à Paris, chés la veuve Duchesne, rue Saint-Jacques, au Temple-dthGoût; et De-Hansy, libraires, même rue, près celle des Mathurins, M.DGC.LXXIV. Deux parties en 1 vol. in-lâ ; la première deij et 212 pages, non compris le titre, et la deuxième de 208, y compris le titre et TAvertissement*.

n y a des exemplaires dont la pagination offre des différences, parce qu*ils n*ont pas subi certaines modifications exigées pour la mise en vente; dans ces exemplaires, le tome premier a ij-208 pp. et 5 ff. non chiffirés, contenant la dédicace à Madame X*** (Poisson- nier?) et des notices sur plusieurs ouvrages de Restif ; le second volume a 222 pp. et contient le Secret ététre amé^ avec pagination suivie ; mais on n*y trouve pas, à la suite, iet Beaux rêves, Voy. ci- après.

Ouvrage fait en collaboration avec J.-Henri Marchand, censeur royal, qui avait eu Vidée d*imiter les Mémoires d'un homme de qualité, par Tabbé Prévost, et de terminer ces nouveaux Mémoires par un roman sentimental, qui rappelât l'épisode du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut.

Tirage à 750 exemplaires, suivant la Revue des ouvrages de l'Au- teur (1784).

L'ouvrage était traduit en allemand, avant 1778, comme J.-Ândré Bngelbrecht l'annonçait à Restif, dans une lettre de Hambourg, en lui apprenant que le Pied de Fanchette, la Fille naturelle, le Quadror génaire et le Paysan perverti avaient été également traduits avec succès. (Voy. cette lettre, n^ 16, à la fin du tome XIX des Contem- poraines, seconde édition.)

L'Avertissement des libraires débute ainsi : « Un homme de dis- tinction et cher à la littérature nous a confié ces Mémoires que nous regardons comme très-authentiques. Les événements, pour la plu- part, sont de la fin du règne de Louis XIY ; mais une longue vie a permis à l'auteur de prolonger son histoire jusqu'à nos jours. Au mérite essentiel de la vérité, l'ouvrage que nous publions joint celui de renfermer des traits piquants et peu connus, racontés dans le style simple et naturel d'un homme du monde... » La seconde partie

I 15 fir., Solar, 1800. — 60 fr. veau marb., Cat. Aug. Fontaine, n« 1143, 1870. — 70 fif. rogné, Lebert, 1874. — ISO fif. msr. r. dot orné fil., ChamboUe- Jhn, Cat. Aug. Fontaine, n» 8063, 1874.


1«0 BIBLIMEàPHIK EàlSONMÉS DS8 OUYIUGSS

est précédée d*im AvertiBsement qui commence de la sorte : « Cette seconde partie ne ressemblera pas en tout à la précédente; outre que les éléments qui suivront le retour de M. dTran dans sa pa- trie, se rapprochent dayantage de notre temps et de notre manière de Yoir, il semble encore que son style devienne plus sérieux, son coloris plus foncé... »

Dans ces prétendus Mémoires de M. dTran, rédigés ou arrangés par J.-H. Marchand, Restif a intercalé les nouvelles suivantes : les Dangers de Vamour, les Coups de (Maire, conte physique et moral; Mon Histoire, ou le Secret (fétre heureux par Famour, C'est dans cette dernière nouvelle, que se trouve esquissé l'aventure de sa liai- son avec Mu« Alan, qu*il a racontée depuis avec bien plus de détails dans Monsieur Nicolas (tom. X, pag. 2788 et suiv.) et qui est deve- nue im des plus touchants épisodes de sa vie. La comparaison des deux récits peut donner une idée du procédé de composition employé par Restif, qui finissait par se croire le héros réel d'une aventure qu'il avait imaginée.

Dans quelques exemplaires des Nouveaux Mémoires d'un homme de quaRté, la deuxième partie est suivie d'une troisième, qui se compose de pièces détachées, avec une pagination particulière, de 1 à 50 , précédées d'une dédicace non signée, à madame D^**, et intitulées : les Beaux rêves. La seconde pièce détachée forme un cahier de 14 pages, sous ce titre : le Secret d'être aimé après qua- rante ans et même à tous les âges de la vie, fÛt-on laid à faire peur. Quoique chaque pièce ait une pagination différente, l'une et l'autre ont été imprimées ensemble, puisque les signatures se suivent, a-f 4. L'errata, qui occupe le recto d'un feuillet à part, prouve que ces additions ont été faites depuis la publication de l'ouvrage.

Il existe quelques exemplaires des Beaux BéveSf tirés à part, avec ce titre : les Beaux Rêves, i*'. Idée d'une fête intéressante ; U^. La Panacée, ou le Préservatif. Par M. R. D. L. B. Épigraphe : « I. Prona venis cupidis in sua vota fldes. » Oy., de Arte. Il.^Castigat ridendo... Rideau des Italiens. A Plutonopolis, chés Fobétor^ Fantase et Morfée. M.DCC.LXXiy. In-12 de 50 pages.

La dédicace à Madame D*** commence ainsi : « Madame, l'hom- mage de ces Mbmoirbs vous était dû à tous les titres, mais vous m'avez interdit ces détails, et je m'arrête. » Voici le signalement de cette dame, qui pourrait bien être M^^ Poissonnier, laquelle avait eu l'influence de faire autoriser la publication du Pomographe : « Votre beauté vous rend digne de l'empire du monde ; votre enjoue- ment, votre esprit et surtout votre cœur vous mettent au-dessus de toutes les personnes de votre sexe. Vous êtes généreuse, et je dois à votre activité bienfaisante mon triomphe sur des hommes avides. »


DB BBSTir Dl hk BBITONNI* lîl

A la page 23 de cette brochure, il y a un nouveau titre : « Thèse de médecine, soutenue en Enfer, précédée de la Lettre d'un excor- poré à son médecin. Fleuron : tête de faune couronnée de raisin et de feuillage. A Plutonopoiu, chés Aiecto-Tis^hone- Mégère fErwie, veuve de feu Ascalaphe le Dépit, libraire en Enfer, à la Tête de Mé- duse, et au grand Cerbère. L'an de Pluton c. cIo cIo,cIo, etc., ou 1T74 *. » Cette thèse (plaidoyer en faveur du docteur Quillebert de Pseval et de son préservatif anti-vénérien), en latin, avec la traduc- tion en regard , roule sur cette question : « Un médecin peut-il pré- venir les maladies, ou ne doit-il que les suivre? n Elle est encadrée dans une lettre de Luc Tubœuf, excorporé, à M* Phlébotomane, son médecin. Ce Luc Tubœuf, devenu Ziiixi Legeritini en devenant dé- corporét date sa lettre de Paris, sur la flèche de la Sainte-Chapelle, Tan II de son nataHce ou IT74. La Thèse, passée devant M« Macrin Pantalon Mortifer, ancien médecin des nosocomes militaires, prési- dent, est adressée à Pluton, À Proserpine et aux Parques, patronnes des vrais médecins.

La seconde brochure, contenant le Secret d'être aifné après qua- rante ans, et qui suit les Beaux Béves dans quelques exemplaires des Nouveaux Mémoires, existe certainement, avec un titre séparé, mais nous ne Tavons pas rencontrée.

Restif écrivait, au mois d*août 1T78, à J.-A. Engelbrecht, de Ham- bourg, qui lui avait annoncé que ses ouvrages étaient traduits en allemand : « Les Nouveaux Mémoires d'un homme de qualité sont encore plus mauvais (que le Pied de Fanchette). Il y a, en revanche, une Histoire de notre grand Dauphin, fils de Louis XIV, avec la petite Zoé, dont le commencement est assez agréable, mais la fin est détestable, faute de vraisemblance. L*histoire qui commence le se- cond volume est très-mauvaise aussi, etc. Je ne sais si Ton a, dans cette édition, les deux Beaux rêves et la Thèse de médecine soutenue en enfer. » Voy. cette lettre, no 17, à la fin du tome XIX des Con- temporaines, deuxième édition.


W A cette même date de 1774, dit M. Ch. Monselet, noua devons rapporter un recueil, Intitulé ainsi : Comtbs, Poioce, âprrAïAWi, le Secret d'être aimé, Rêflexiona aur rAmbign-Gomique, Vers et couplets, suivis du conte et pro- verbe : n-recule pour-mieux sauter, ou le Carosse-de-voiture. Fleuron : une fleur de lis et des traits. Imprimé à la Haie, 1774.

« Tout n'est pas de Restif dans ce recueil ; on y trouve la Bégueule de Vol- taire, des vers de Marmontel et la fameuse chanson Quand on va boire à VÉcu. La pagination n'est pas suivie ; et pour le conte d'/< recule il y a un titre par- ticulier : «Il recule pour mieux sauter. Proverbe et conte en vers. Imprimé à Ut Haie, et ee trouve à Parie ehes Bâmê, libraire, rue Saint-Jean de Beauvaie, près laruedee Noyers; Lé Jay, libraire, rue St-Jaequet, au-dessus de la rue dee Ma- tkmins, au Qmâkd Gobicullb, 1772.


m BIBLIOGItAPHIS IUU80NNÉI DES OUYHIGSS


M. Ch. Monselet a pusé boub silence, àuM son intéressant ou- vrage sur Restîf de la Bretonne, les rapports littéraires, si caractéris- tiques et si bisarres, qui avaient existé entre Restif et P- J.-B. Nou- garet, lequel est comiquement représenté, dans Monsieur Nicolas^ sous les noms de Progrét et de Grcnavet Le nom de Progrès fait allusion à un roman que Nougaret avait publié en trois parties, qui eurent du succÀs, sous le titre de Lucette, ou les Progrès du HberH- nage (1765-66). B«stif n*était peut-être pas étranger à la troi^ème partie de ce roman, qu'il nomme, on*ne sait pourquoi : Lurelurette, ou Us Progrès de la folie, (Voy. Monsieur Nicolas, tome X, pag. 2665 et suiv.) n 7 eut ainsi plusieurs romans ébauchés par les deux amis. Par exemple, la première version de la Paysanne pervertie, que Restif avait confiée à Nougaret, a été imprimée dépuis, avec des changements, sous ce titre : la Paysanne pervertie, ou les Mœurs des grandes villes. Mémoires de Jeannette A*** (Rousseau)?^ re- cueillis de ses lettres et de celles des personnes qui ont eu part aux principaux événements de sa m'e^mis au jour par M. Nougaret {Lon- dres et Paris, J. -F. Bastien, 1777, 4 vol. in-12). Restif reprit plus tard son ouvrage et le modifia entièrement, pour le faire reparaître avec son nom. Une antre collaboration de Nougaret, que M. Monse- let n*a pas signalée, c'est celle qu'il avait fournie à Restif pour les Nouveaux Mémoires d^un homme de qualité. Un écrivain de beau- coup d'esprit, quoique censeur royal, J.-H. Marchand, avait voulu faire imprimer, sous le voile de l'anonyme, les Mémoires de M, (fAr- mentières. Son collègue d'Hennilly, chargé de l'examen de ces Mémoires, en eflaça la moitié. Marchand fut obligé d'avaler la cou- leuvre et de se soumettre au jugement rigoureux d'un censeur royal ; mais il refusa de laisser paraître son livre mutilé et en fit cadeau à Nougaret. Celui-ci y mit du sien, et Restif y lyouta une seconde partie, avec beaucoup de pièces détachées, en sorte que les trois quarts du livre étaient nouveaux et lui appartenaient. La pièce la plus plaisante est la Thèse de médecme soutenue en Enfer, inter- calée dans la lettre d'un mort À son médecin. Restif en revendique la propriété, pour son propre compte, mais nous y retrouvons plu- tôt la verve satirique de Marchand. Restif ne consentit jamais à réimprimer les NouveatUB Mémoires d'un homme de qualité, parce qu'il craignait sans doute les revendications de Marchand et de Nougaret.

Les 27« et 28« nouvelles des Contemporaines sont empruntées aux Nouveaux Mémoires d'un homme de qualité. On trouve aussi, dans les Contemporaines, une autre nouvelle, la JoHe Lunetière, dont Nougaret aurait pu réclamer sa part, puisqu'elle reproduit l'histoire


DI RE8TIF DI LA BRETONNE. 1»

d6 sa maîtresse Angélique Nimot (Tomin) qui deTmt sa femme. {Moniteur Nicolas, tome X, i>ag. S666.}


XIII


LE FIN MATOIS, ou Histoire du Grand Taquin, traduite de Tespagnol de Quévédo ; avec des Notes historiques et politiques, nécessaires pour la parfaite intelligence de cet auteur. . (Titre encadré et agrémenté.) Imprimé à la Haye. M.DCC.LXXY1. Trois parties in-12; la première de 201 pag., non compris les yui préliminaires; la deuxième, de 214 et un feuillet de table; la troisième, de 176 seulement ^

La préfoce est suivie d'un second titre, ainsi conçu : « Œuvres choisies de don François de Quéyédo. Traduites de l'espagnol ; en trois parties. Contenant : le Fin-Matois, les Lettres du ChoTalier de rËpargne, la Lettre sur les Qualités d'tm Mariage. Épigraphe : Castigai ridendo mores» Imprimé à la Haie, Et se trouve à Paris, chés les Hbraires indiqués après la fin de la III^ partie. » Ce titre est le seul qui se trouve dans certains exemplaires.

Le libraire Costard, à qui les auteurs avaient cédé 500 exemplaires du Fin Matois, fit changer, pour ces exemplaires, le titre en celui de f Aventurier Buscon, ou Histoire du grand Taquin, suivie des Lettres du chevalier de r Épargne, Madrid et Paris, Costard, 1776, 3 vol. in-12.

Tirage à 1,500 exemplaires, suivant la Revue des ouvrages de tAur teur (1784), où il est dit que l'ouvrage manquait, à cette époque.

La préface de l'éditeur commence par une trës-ingénieuse aUégorie, où Restif nous montre la Morale, qui, lasse de se voir rebutée des mortels, voulut se parer comme la Futilité, sa rivale, et qui se dé- guise en petite maîtresse : deux jeunes libertins la déshabiUent et trouvent, sous l'habit d'ime coquette, la Morale « qu'ils ne cherchaient pas ». Restif donne ensuite son opinion sur le trâduoteur et les tra- ductions : « Le traducteur (le censeur d'Hermilly) s'est attaché sur- tout à conserver le ton des phrases espagnoles ; U est de ceux qui croient, et avec raison, que ce n'est pas traduire un auteur, mais

1 10 fr., SoUr, 1860. — 40 fir. demi-reL, LangloU, 1872. — 39 fr. demi-rel. non rogné, Lobert, 1874. — 150 fir. mar. r. dos orné à petite fers, CkamboUe-Duru, Cat. Aug. Fontaine, n* 2076, 1874.


lU BIBLIOORiiPHIK RàlBOlflfil DIS OUVRàGIS


rimitor et <laelqu6foU le parodier, que de rhabiller entièrement à la mode du pays où Ton transplante son ouvrage. » D'HermiUy savait parfaitement Tespagnol ; il avait publié plusieurs traductions esti- mées : il ne faut donc pas prendre trop au sérieux la déclaration de Restif , qui se vante, dans Honneur Nicolas, d*avoir corrigé et retouché Tœuvre de son collaborateur. La traduction de d'Hermilly remplit les deux premiers volumes ; le troisième contient une conti- nuation, que Téditeur dit avoir découverte en manuscrit. Cette conti- nuation n*est autre qu'un ouvrage nouveau de l'invention de Restif. Les Lettres du chevaKer de FÉpargne et la Lettre sur le mariage sont encore deux opuscules de Quevedo, traduits par d'Hermilly et revus par Restif, qui comprenait à peine l'espagnol et qui l'apprit un peu en se livrant à ce travail. Les Lettres du chevaUer de tÉpargne ont un titre particulier, et sont précédées d'un Abrégé de la vie de Quevedo et de la liste de ses ouvrages, d'après Nicolas Antonio Quant aux notes, elles n'ont pas demandé beaucoup de travail aux deux traducteurs. La plus longue, sur l'Inquisition d'Espagne , est tirée du Voyage d^Espagne de M»* d'Aulnoy; la seconde, relation naïve d'un Voyageur français emprisonné à l'Inquisition, est em- pruntée aussi à quelque autre ouvrage moderne. Les quatre feuil- lets qui suivent et finissent le 3« volume, offrent l'analyse de di- vers romans de Restif, qui se trouvaient en nombre ches l'auteur, rue du Fouarre.

L'orthographe de cette édition, qui se vendit lentement et qui ne fut point réimprimée, n'a rien d'irréguHer, pas même dans l'ac- centuation et la ponctuation. C'était sans doute une concession que Restif faisait à son collaborateur.

M. Monselet a eu tort de dire que « les Lettres du chevalier de ^Épargne, très-curieuses, sont tout entières de l'invention de Rétif». Ces Lettres, dont le titre espagnol est : Cartas del Cavallero de la Ta- naza, ont été réimprimées souvent à part ou dans les Œuvres de Quevedo ; il en existe aussi d'autres traductions françaises.

Le Fin Matois n'est autre qu'une traduction ou plutôt une imi- tation libre du Grand TacagnOj appelée aussi l'Aventurier Buscon^ de Quevedo, faite d'abord par le censeur royal d'Hermilly, traduc- teur d'un grand nombre d'ouvrages portugais et espagnols, notam- ment de ^Histoire tf Espagne de Ferreras. Restif, qui avait besoin de la bienveillance du censeur, pour faire approuver le Paysan perverti, trouva ainsi l'occasion de faire accepter vingt-cinq louis au vieux d'Hermilly, qui était encore plus pauvre que lui, en fei- gnant de lui acheter, sa traduction. Mais il retravailla cette traduc- tion d'après l'original, si nous devons l'en croire, ou plutôt il la refit à sa manière, et il y ajouta de son cru les sept derniers


DE RS8TIF DI LA BRETONNE. »5

cliapitres, qui donnent à son Fin Maiois une allure tonte française, n augmenta ce livre d'une préface, de notes et d'une histoire sur rinquisition de la Cuença. Ce dernier morceau n'est que l'abrégé d'une relation manuscrite d'un particulier, dont le père, dit-il, avait écrit sa propre aventure. Fréron rendit compte du Fin Matois^ dans t Année litÛraire, pour être agréable à d'Hermilly, et n'hésita pas à déclarer que cette traduction était la meilleure qu'on eût encore faite du chef-d'œuvre de Quevedo. Restif se vantait d'avoir refait la traduction de d'Hermilly, qui l'avait rendue niaisement; il eut grand soin de faire savoir à Fréron que l'auteur du Paysan perverti avait mis dans cette traduction le sel convenable.

XIV

NM. — LE PAYSAN PERVERTI , ou les Dangers de la Ville. Histoire récente, mise au jour d*après les véri- tables Lettres des Personnages. Par N.-E. Rétif de la Bretone. Sans nom de lieu ni d'imprimeur, 1775. 4 vol. in-12. Sans gravures.

Nous citons cette première édition d'après M. Gh. Monselet, mais nous ne l'avons jamais rencontrée, ce qui nous empêche de la dé- crire plus complètement.

Restif dit lui-même, dans la Revue des ouvrages de tÀuteur, p. CLxxvn : « Ce fut à la fin de la même année 1775 qu'il mit sous presse le Paysan perverti, qu'il imprima lui-même à 3,000 exem- plaires, et qui parut à la Toussaint. L'édition était épuisée à Noël, et on en fit une seconde. »

Il existe quelques exemplaires, qui ne portent pas de nom d'au- teur : « Je ne sais plus par quel motif, dit Restif dans Monsieur Ni- colas (tome X, p. 2835), il m'était arrivé de tirer moi-même une douzaine de frontispices sans nom, et de les faire placer aux exem- plaires destinés, selon l'usage, au lieutenant de la police et à ses agens. »

Restif avait passé plusieurs années à composer le Paysan perverti, dans lequel il se mit en scène lui-même sous le nom d'Edmond, en introduisant dans son ouvrage une foule de personnages qu'il avait connus dans sa jeunesse en Bourgogne, à Sacy et à Auxerre, ainsi qu'à Paris depuis son arrivée dans la capitale. Ce fut sous la dou- loureuse excitation de ses chagrins domestiques, qu'il acheva, en 1774, la mise au net de son roman, et qu'il en commença l'impres-


IM BIBLIOGRÂPHB RllSONNiK M8 OUV&àGIS

sion, avec le conoonn d'uD seul compositeur, nommé Logerot, dans l'imprimerie de F.-A. Quillau. n était alors si dénué de reMOurces, qu'il emprunta 400 livres k son ouyrier, et qu'il n'aurait pu eonti- nuer l'impression de son livre, s'il n'avait pas reçu de son frère, le Paysan (comme il l'appelle), ime somme de S,500 livres, pour l'abandon de sa part dans lliéritage paternel. Sa femme s'empara d'une portion de cette somme. « Il me resta, ditril, 1,500 livres avec lesquelles je fis mon édition (tirée à 3,000), qid fut achevée au mois d'octobre. Enfin, le !•' novembre 1775, je distribuai les exemplaires du Paysan aux libraires qui devaient les vendre, sans me douter du succès d'une production que le libraire Delalain avait dédaignée. » C'était le premier ouvrage que Restif publiait sous son nom ; c'est aussi, dit-il {Monsiettr Nicolas, tome X, p. 2835), « le seul auquel prudemment j'aurais dû ne le mettre pas ». Trois semaines après la mise en vente, il rencontra, dans la rue, le libraire Lejay, qui lui dit : « Je crois que votre Paysan va prendre; cela se remue forti » fiSn effet, on vendait 50 exemplaires par jour, et Lejay en acheta 400, à 3 livres chaque, qu'il régla en billets.

Il ne nous a pas été possible d# reconnaître, dans cette première édition, les changements que le censeur, M. d'Hermilly, avait fait faire à l'auteur, qui se soumit docilement à ces exigences. « Quant au Paysan perverti, écrivait-il , en août 1778, à Jean-André Engel- brecht, au s^jet de la traduction allemande de ce roman, j'aurais bien désiré qu'on eût fait (à Francfort), comme M. Powel, de Lon- dres, qui, le voulant traduire, m'en avertit : je l'ai prié de suspen- dre, m'étant proposé d'aller à Londres et de lui donner l'ouvrage, tel qu'il avait été composé ; alors l'anglais aurait beaucoup mieux valu que le français, puisque l'on n'y aurait pas vu les platitudes que feu ce pauvre M. d'Hermilly, mon censeur alors, m'y fit mettre malgré moi, et qu'on y aurait trouvé des choses absolument néces- saires qui y manquent. » (Voyes cette lettre, n** 17, à la fin du tome XIX des Contemporaines, deuxième édition.)

n Cet ouvrage, qui m'a donné une existence dans le monde, dit Restif en procédant à Fexamen du Paysan perverti dans la Revue de ses ouvrages {Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4577), fiit la source de ma réputation, et me procura une considération dont tous les bons esprits me donnent encore aujourd'hui (1797) des marques. Mais il est aussi la cause de tous les chagrins, de toutes les inquiétudes dévorantes, que j'ai éprouvés depuis le mois de février 1776, jusques et y compris mars 1785. » Ce grand ouvrage, en effet, avait signalé Restif à la magistrature et à la police, comme un réformateur for- cené et audacieux, qui s'attaquait à tous les principes de la Société et du Oouvemement; mais Restif, tracassé par des agents subal»


DB B18T1F DS LA BBETOMlfS. m

ternes de la librairie, à cause de son caractère revâche et obstiné, s'exagérait beaucoup la persécution dont il se croyait Tobjet; il était très-craintif et très-timide de son naturel, et il s'imaginait être sans cesse menacé de poursuites judiciaires, de lettres de cachet, et d'emprisonnement. On voit pourtant, dans ses Mémoires, qu'il ne fut jamais arrêté, si ce n'est en 1789, par suite d'une dénonciation de son gendre Auge.

n raconte, dans Monsieur Nicoku, tome XYI (p. 4578), comment il avait commencé, en 1769, le manuscrit du Paysan pervertit sous Fins- piration de la lecture de PaméiOf de Richardson : « Je fis ces pre- mières lettres avec un plaisir infini, dit-il, parce qu*en parlant de mon héros, je racontais les aventures de ma jeunesse, à mon arrivée à Auzerre, en 1751, et pendant le cours de mon apprentissage. On a vu, par ces Mémoires, que ce sont les mêmes personnages qui agissent ici et dans le Paysan perverti. Je ne me contentai pas de ces allusions : pour donner à mon livre ce fonds de vérité, dont je m'étais fait un devoir en prenant la plume en 1766, je donnai à mon Paysan perverti les aventures de Borne, le procureur du roi des eaux et forêts, et je les amalgamai au revers des miennes et de celles de quelques autres jeunes gens que le séjour de la capitale avait perdus. Une histoire terrible d'un jeune homme, qui, s'étant déshonoré, n'osa plus se montrer et n'errait que la nuit, vint à mon secours, pour achever celle du malheureux Edmond. Ainsi, ce per- sonnage romantique est un composé de vérités, dont ma propre vie a fourni la moitié des détails, et le reste, non moins vrai, je l'ai pris à d'autres. Je me disais, en écrivant : « U ne faut pas mentir I Qui n'écrit que des mensonges s'avilit soi-même. » Les malheurs de ma sœur Marie-Oeneviève, violée par un prêtre, mariée ensuite à un cocher de fiacre, me fournirent l'idée de la corruption et des malheurs d'Ursule.,. Qu'on imagine à présent comme je devais être affecté, en écrivant une histoire dont ma sœur puînée et moi- même étaient la base principale! »

On peut donc, d'après ces révélations; se rendre compte de l'uti- lité d'une clef pour le Paysan perverti. Cette clef n'est plus à faire entièrement; Restif fit imprimer, pour la première édition de la Paysanne pervertie^ une Table des noms (quelques-uns sont indi- qués par des initiales) des personnages du Paysan et de la Pay- sanne ^ laquelle devait être lyoutée au quatrième volume, puis- qu'elle en continue la pagination, de 337 à 344 ; ma» cette Table, supprimée sans doute par les censeurs, qui mirent tant d'entraves à la publication de la Paysanne pervertie, ne fut jamais jointe à ce quatrième volume. On ne la trouve que dans un petit nombre d'exemplaires des Figures du Paysan perverti, recueil formé de diffé-


1S8 BIBL106R1PHIB RAI80HNÉB DX8 OUVRAGES

rents morceaux avec différentes paginationB. (Voy. plue loin ce re> cueil, décrit dans notre chapitre xzix.) On a lieu de s'étonner que cette Table, qui renfenne tant de renseignements précieux, n'ait pas été mentionnée par M. Monselet.

Le Paysan perverti eut trois ou quatre éditions faites par Tauteur jusqu'en 1780, et un plus grand nombre de contrefaçons ; mais il avait à peine été annoncé dans les journaux par des comptes-ren- dus indécis ou peu bienveillants. Mercier, sous le nom de la ba- ronne de Montanclos, fut peut-être seul à jeter un cri d'admiration, à propos de ce roman, dajcis le Journal des Dames, et Restif lui en garda une vive reconnaissance. « Mon Paysan avait du succès, dit-il dans Monsieur Nicolas (tome X, p. 2840), mais je n'en profitais pas ; on en avait arrêté la vente , pour moi seul ; on m'en avait enlevé tous les exemplaires que je possédais (c'est-à-dire que les libraires les lui avaient achetés à bas prix), tandis que Delaporte ven- dait publiquement sa contrefaçon. Ceux qui m'environnaient, un F.-A. Quillau, des libraires bornés, me disaient que mon livre ne se vendait qu'à raison des choses libres. Ce ne fut que plus de trois ans après, que je connus le vrai sentiment du Public. » Cepen- dant Crébillon fils n'avait pas caché à l'auteur, quand le livre parut, toute l'estime que ses amis et lui avaient pour un pareil ouvrage. « Si le digne fils du grand Crébillon avait vécu (il mourut en 1777), dit Restif {Revue des ouvrages de t Auteur, p. clxxyu), il se propo- sait d'aider l'auteur, de ses conseils, pour refaire cet ouvrage et le rendre digne de l'attention du Public. » Dans son article du Journal des Dames, Mercier avait déjà proclamé l'éclatant succès du Paysan perverti : « Ce roman, disait-il, a excité la plus vive sensation. Ses partisans et ses détracteurs ont mis dans leur jugement une cha- leur égale. Tout le monde l'a voulu lire, et le plus grand nombre y a trouvé des peintures frappantes, des caractères fièrement dessi- nés, une connaissance profonde des mœurs de la capitale, vues dans une certaine classe d'hcMumes, une énergie effrayante dans plusieurs tableaux de corruption et de crimes, des détails qui sup- posent dans l'auteur beaucoup d'imagination. Il y a des traits de vérité et de génie, mais il n'épargne pas asseï les couleurs, il les accumule, et quelquefois elles sont si fortement, si durement expri- mées, que l'œil s'en épouvante... Peu de têtes, aujourd'hui, sont en état de concevoir, de tracer, de soutenir et d'exécuter un ouvrage de cette force. Il a de l'étendue, des caractères, de l'action, du mouvement, un aspect moral sous une forme quelquefois hideuse ; enfin, une grande hardiesse de pinceau. »

L'auteur du Paysan perverti était déjà célèbre sans le savoir, mais le milieu pauvre et obscur dans lequel il vivait alors l'empêchait de


DI BS8TIV DI LA BBETONl». 129

te montrer, en quelque sorte, rar le théAtre de sa réputation. Il n'avait pénétré dans le monde littéraire que par ses ouvrages. Ce fut Grimod de la Reynière fils, qui Ty introduisit et qui eut grand'- peine à Vy faire accepter. L*humeur et le caractère de Restif étaient antipathiques à tout le monde. On ne le considéra que comme un original insupportable. L'amitié de Grimod de la Reynière ne lui fit pas défaut cependant, et grâce à elle, grftce à la générosité de cet ami des lettres et des arts, Restif put faire exécuter les gravures du Paysan perverti, par des artistes de son choix et sous sa direction personnelle. La collection de ces gravures, destinées à orner toutes les éditions de Fouvrage, en était l'éloge manifeste. Ce fut en 1782 que Mercier associa, pour ainsi dire, la renommée de Restif à la sienne, en consacrant un chapitre entier de son Tableau de Paris au Paysan perverti ; « Le silence absolu des littérateurs sur ce roman plein de vie et d'expression, et dont si peu sont capables d'avoir conçu le plan et formé l'exécution, dit-il (tome III, chap. xxrv), a bien droit de nous étonner, et nous engage à déposer ici nos plaintes sur l'injustice ou l'insensibilité de la plupart des gens de lettres qui n'admirent que de petites beautés froides et conventionnelles, et ne savent plus reconnaître ou avouer les traits les plus firappants et les plus vigoureux d'une imagination forte et pittoresque. »

Mais dès lors Restif avait conscience de son talent; il en était même trop infatué; il composait la Paysanne pervertie, qui devait faire le complément du Paysan, Ce roman, terminé en 1782, ne pa- rut que deux ans plus tard. Les deux romans n'en faisaient qu'un, à ses yeux. Il s'était qualifié longtemps avec orgueil d'auteur du Paysan perverti; il s'intitula depuis, avec plus d'orgueil encore, l'auteur du Paysan et de la Paysanne.

N* 2. — Seconde édition. — Le Paysan perverti, ou les Dangers Dr la Ville; histoire récente, mise au jour d'a- près les véritables Lettres des personnages. Par N. E. Rétif de la Bretone. (Titre encadré, semblable i celui de la 1'* édition.) Imprimé à la Haie, Et se trouve à Paris, chés Esprit, libraire de S. A. S. Min' le duc de Chartres, au PcUais-Royal, sous le vestibule, au pied du grand-esca- lier, M.DGG.LXXYI. Huit parties en 4 vol. in-12; le pre- mier de V et 290 pp.; le second, de 316 pp.; le troisième, de 244 pp.; le quatrième, de 200 pp. ^

SO fr. voau marb., sans fig., C«t. n« 2, Lefillonl, 1871. ~ 40 fr. broché, Cat. Ang. Fontaine, n* 2002, 1874.

9


180 BIBIIOGBAPHII ftilSONNÉB DIS OUVRàGlS

Fleurons. Premier volume : cbapeau de berger et flûte entrelacés. 2* : deux colombes se becquetant ; car- quois, torche, rameaux. 3* : des traits et des feuillages. 4 : vase, accompagné d'ornements et de feuilles d'arbre.

La table des v* et vii" parties est à la fin du tome III. La table des premières parties, qu'on avait oubliée en réimprimant, est à la fin du tome IV , avec la table de ce volume.

« Esprit, du Palais-Royal, dit Restif dans if onn^tir Nieoloê {iome X, p. 2837), m*en vendait prodigieusement (des exemplaires de la pre- mière édition) ; comme an bout de six semaines, l'édition tirait k sa fin, ce libraire me proposa de réimprimer. Je loi abandonnai cette deuxième édition, qu'il fit à ses frais ; il me permit seulement d'en fÎBÛre tirer pour moi 250, dont je fournirais le papier. L'édition fut achevée, en vingt jours. Je n'en pouvais plus de fatigue, car je corri geai beaucoup de fautes, et j'ajoutai près de vingt lettres. » Ce pas- sage de Monsieur Nicolas explique les différences de papier et de tirage, qu'on avait remarquées, en comparant les exemplaires de cette seconde édition, qui fut sans doute tirée à grand nombre et qui ne s'épuisa qu'en trois ans, au grand dépit de l'auteur.

N. 3. — Autre édition ou contrefaçon. Titre imprimé en rouge et en noir. A Amsterdam, aux dépem de la Corn- pagniCf 1776, 4 vol. in-i2.

Le tome I«r a vm et 268 pp. (la dernière mal chiffrée 269); le second, 287 pp., sans le titre; le troisième, 228 pp., non compris le titre, et le quatrième, 186 pp., sans le titre. Ce dernier volume se termine par les statuts du bourg d'Oudun, composé de la famille R***, vivant en commun. Ces statuts sont la base du communisme que Restif voulut établir en religion d'État.

Le texte semble conforme k celui des éditions de Paris. Les fleu- rons de cette édition nous permettent d'affirmer qu'elle n'a pas été faite en France, mais probablement en Suisse.

N^ 4. — Réimpression ou contrefaçon, sous le même titre et la même date, avec les noms des libraires Veuve Duchéne et Dorez, au premier volume, et cette simple


DI B18TIF DI LA BBBTOHNS. 131

indication aux volumes suivants : « Chez les libraires indiqués au commencement de la première Partie. »

Tome I^, vm et 290 pp. ; tome second, 316 pp. ; tome troiaîème, S68 pp.; tome quatrième, 208 pp.

Cette édition, qui parait être la quatrième, contient 250 lettres et se tennine par les Statuts du Bourg commun, en 44 articles. « Un libraire de Toulouse, dit Restif dans la Revue des ouvrages de fÂur teur (1784), en fit une troisième, mais sur la première, qu^il mutila par précipitation. » Ce qui prouve la contrefaçon^ c*est que le contre- facteur a modifié un peu le système typographique de Restif, en •opprimant les traits d'union dans les mots composés et en chan- geant Taocentuation. C'est sans doute cette contrefaçon que Restif mentionne, en ces termes, dans une note imprimée au verso du premier titre des Figures du Paysan perverti : « La contrefaçon du libraire Laporte est pleine de fautes et d'omissions. »

N* 5. — Le Patsan perverti, ou les Dangers de la ville ; Histoire récente, mise au jour d'après les véritables Letr très des Personnages. Par N. E. Rétif de la Bretone. (Titre encadré.) Imprimé à la Haie, Et se trouve à Paris, chés Esprit, libraire de S. A. S. M^ le Duc de Chartres, au Palais-Royal, sous le Vestibule, au pied du grand-^sca- Uèr. M.DGCLXXyi. Huit parties en 4 vol. in-lS^

Cette édition, qu'on peut supposer imprimée en Suisse, à Neuf- chitel ou à Berne, d'après le seul aspect de l'impression, est diffé- rente de celle qu'eUe reproduit presque complètement, sous le rap- port du texte. Elle contient 2SS lettres ; plus, des lettres recouvrées, à la fin du quatrième Tolmne, avec une XiCttre de l'auteur aux li- braires; les additions et corrections, de la page 226 à la page 241, et enfin la description des figures. Le premier volume a Yiig-304 pa- ges; le second, 312; le troisième, 304; le quatrième, 293 et 3 pp. non chiffrées contenant la liste des ouvrages et un avis des libraires, au siqet de la Paysanne pervertie.

C'est de cette contrefaçon que Restif semble se plaindre dans la Revue des ouvrages de r Auteur (1784), en disant : « On en fit une qua^ trième (édition), dans une autre ville du royaume. La cinquième ,

> 175 fr. (avec flg.) carUt Cat. Aug. Fontaine, n« 9454, 1873. — 199 fr. bas., (avec flg.)« Canner, 1874.


ISt BIBLI061UPHB RAISONNiS DIS OUVRÀGIS

plus oomplMe, est celle à laquelle on renvoie dans Texplication des estampes. » Cependant il semble désigner Ini-mâme cette cinquième édition, à laquelle il aurait eu part certainement, en gardant l'ano- nyme, lorsqu'il dit dans la note, en tête des Figures du Paysan perverti : « Reste celle (l'édition) faite dans une autre ville qui nous est inconnue, à laquelle nous avons renvoyé de préférence (pour le placement des figures) , parce qu'elle est moins mauvaise, qu'elle a un erratum, et qu'elle est celle dont on trouvera plus faci- lement des exemplaires. »

n est donc tout k fait probable que Restif avait lui-même fait réimprimer son roman, en cachette, sous la rubrique de Paris et avec la date de 1776, quoique l'édition ne puisse avoir paru avant 1784, comme le prouve un avis qui se trouve au verso du titre du tome I«' : « Cette édition est adaptée à la Paysane pervertie^ du même auteur. » Cet avis nous donne donc la date de 1784.

Les estampes, qui doivent avoir paru séparément vers 1784, ont été insérées, par l'auteur ou par ses libraires, dans les exemplaires de cette édition du Paysan perverti; mais ces estampes accompa- gnèrent d'abord un recueil de ccxliv pages, intitulé : Figures du Paysan perverti, recueil que nous décrirons plus loin, diuis notre chap. xxiXi^t dont les quatre premiers cahiers correspondent aux quatre volumes du roman, he premier titre de ce volume est celui même qui a été placé, avec le premier cahier explicatif des figures, à la fin du premier volume des différentes éditions du Paysan, dans lesquelles furent intercalées les estampes.

Ces estampes ne portant aucune indication de tome et de page, et n'ayant pas de légende gravée au bas de chacune, nous les dési- gnerons par les titres qu'elles portent dans la description des Figu- res, et nous indiquerons la place qu'elles doivent occuper dans le roman, d'après les additions et corrections de l'auteur. Il suffit de mentionner ici, une fois pour toutes, que les 4 premiers fron- tispices seulement sont signés : L, Binet, inv.; J". Le Roy, sculpsit Toutes les autres estampes, à l'exception de quelques-unes ano- nymes, qui sont d'une autre main , portent aussi les noms du des- sinateur L. Binet et du graveur Jean le Roy. Pour éviter les répétitions, nous ne signalons que les estampes anonymes. Nous in- diquons aussi quelques estampes plus grandes que les autres, format extra^ qui semblent avoir été destinées à une édition in-8*.

IVnne Iw. i. Fnmtiipice. I^e Paysan à la campagne, n. Edmond arrivant à la ville, page 7. m. IMiffft'"^ écrivant sa première lettre, page 9. IV. Edmond lisant Ovide, page 90.


Dl BI8TIP M LA BBBTONNS. U8

y. Edmond admlM, pa^ 38.

▼I. Edmond cnrionz, page 46i.

▼n. Edmond à rapport, page 50.

▼m. Edmond et Oandet, page 66.

ix. Edmond et Mb« Parangon, page 75.

X. Unnle arrivante, page 106.

XI. Edmond receyant dn raisin, page 114. xn. Edmond anx prorerbes, page 118. xm. Edmond réyenr, page 135.

xnr. Tiennette à l'anberge , page 138.

xy. Le Crime d^eonvert. Frontispice do la seconde partie, page 157.

xyi. Edmond supplié, page 164.

xyn. Edmond sédncteor, page 207.

xym. Edmond s*eniyrant d*amoQr, page 214.

XIX. Edmond an jadas, page 219.

XX. Edmond réconciliant, page 232.

XXI. Edmond gnettant, page 249. xxn. Le Désespoir, page 262. xxm. Edmond banquetant, page 263. xxnr. Edmond introduit, page 286.

Tome II. xxy. Frontispice. Edmond dans les bras de la Penrersion. xxyi. Edmond et la Coquette, page 21. xxvn. Edmond et la Fille honnête, page 46. xxvm. Le Premier Baiser, page 71. xxxx. Edmond cédant Edmée, page 86.

XXX. Tableau des bonnes gens, page 117.

XXXI. Edmond entreprenant, page 136.

xxxn. Edmond à Paris. Frontispice de la quatrième partie.

xxxm. L'Attentat, page 146. Anonyme.

xxxiv. Ursule enleyée, page 148. Anonyme.

xxxy. Edmond vengeur, page 167.

XXXVI. Edmond en partie de plaisir, page 266.

xxxvn. Edmond dessinant le nu, page 278.

xxxvm. Edmond à la toilette de la Marquise, page 283.

XXXIX. Le Fat puni, page 304.

XI.. Edmond au rendea-vous nocturne, page 309. Tome m. xu. Edmond ribotteur. Frontispice. Anonyme.

XLn. Edmond à la Bfarquise infidèle, page 10.

xun. Edmond succombant, page 31.

xuv. Ursule dupée, page 46. Format extra.

XLV. Edmond poignardant, page 56.

XLvi. Edmond déserteur. — Nota. Cette estampe doit être reportée à la page 30 du tome IV, ou plutôt à la page 221 de ce même tome dans Tédition à laquelle renvoie le classement des Figures.

XLvn. Edmond et Ursule perdus, page 68.

XLvm. Edmond infime, page 68.

xux. La Vertu dans le vice, page 75.

L. Ursule à l'hôpital, page 81.


134 BIBLI061IAPHIB AAIflOlflfil BIS 0UVRÀ6K8


u. Edmond oommianomiaire de lui-mftme, page 87.

ui. Edmond layoyard, page 90.

un. La Partie de billard, page 98.

UT. Edmond ramoneur, page 100.

Lv. Edmond justifié par ceUe qa'il trahit, page 107.

LTi. Dnel de Zéphire et d* Aurore, page 114.

LTn. Ursule retirée de rhdpital, page 115.

LYm. Edmond joueur, page 119.

ux. Edmond berné, page 129.

LX. Edmond cru abbé, page 147.

Lxi. Edmond épousant par intérêt. Frontispice de U sixième partie. Anonjrme.

Lxn. Edmond comédien, page 175.

Lxm. Edmond auteur, page 177.

LXIT. Edmond attaquant une fille, page 212.

LXT. Edmond perdant, croyant gagner, page 216.

LXVT. Edmond menacé en songe, page 301. Tome TV. lxtu. Edmond partant pour les galères. Frontispice. Anonyme.

LXTin. Edmond et Oaudet massacrant, page 5. Format extra, Lxix. Edmond, au pied de l'échafaud, voyant Gaudet se poignarder,

page 15. Format extra. Lxx. Edmond galérien, page 17. Format extra. Lxxi. Edmond perd un bras, page 47. Format extra» Lxxn. Edmond mendiant, page 49.

Lxxm. Edmond effrayant les enfants de ses frères, page 64.For- , mat extra.

Lxxrv. Edmond présentant sa misère à deux coquettes, page 64. Lxxv. Edmond fratricide, page 65. LxxvT. Les Remords et les Furies, page 69. LxXTii. Le Tableau youé, page 100. Lxxvm. Les Sculptures, page 106.

Lxxjx. Edmond recevant Taumône de ses enfants, page 110. Lxxx. Remise des lettres du Paysan. Frontispice de la huitième par- tie. Anonyme. Lxxxx. Edmond aveugle, page 165. Lxxxn. Edmond écrasé, page 167. Format extra.


La figure 24 a deux états différents : dans le premier, Oaudet, d'Ârraa, est en habit religieux ; il est en habit de marquis, dans le second état. Le premier état doit être fort rare, le chan- gement de costume ayant été exigé par la Police. Restif, dans Monsieur Nicolas (tome XI, pag. 3070), s'indigne d'avoir été forcé de couvrir la robe de son cordelier : c 1784 m*a vu tremblant, dit-il, soit de l'affaire de Mue Saint-Léger (à cause de la Prévention na- tionale) , soit à cause des Contemporaines, soit pour mes Figures du Paysan, dont quelques-unes m'ont fait redouter la censure ; j*ai fait


BB BI8TIF DB LA BBSTONlfB. US

gâter la robe de G. d'Arras, etc. » Ce passage nous donne la date exacte de la publication des estampes du Paysan perverti. Nous ci- tons ailleurs une lettre de Restif, qui reconnaît que ces estampes ont été faites aux frais d'un homme riche, son admirateur enthou- siaste.

Les 130 dessins originaux, exécutés à Tencre de Chine par Binet pour ie Paysan et la Paysanne, se trouyaient dans la bibliothèque du comte de la Bédoyëre, ainsi qu'une collection des gravures ayant la lettre. Voy. le Catalogue de cette célèbre bibliothèque, rédigé par L. Potier, en 1862, n** 287 et 496 <. Ces dessins originaux appartiennent ai^'ourdliui à M. Yictorin Masséna, duc de Rivoli. • Les eaux-fortes des estampes du Paysan perverti ne se trouvent que dans un exemplaire complet {Paysan et Paysane) en 8 volumes, reliés par Trautx-Bauxonnet Voy. le Catalogue de la librairie de M. Auguste Fontaine, 1874, n"" 2089 >.

N® 6. — Troisième édition, ou plutôt quatrième, en 1780.

Cette édition, que nous citons d'après M. Monselet, sans Tavoir vue, fut imprimé^ et publiée pendant qu'on gravait les figures qui ne furent prêtes qu'en 1784; elle s'écoula donc lentement, parce que la province était inondée de contrefaçons (tant de la pre- mière que de la deuxième édition}, a Quelques-unes de ces contre- façons, ajoute M. Ch. Monselet, sont tombées entre nos mains; eUes sont atroces, surtout en ce qui concerne les estampes. » Les contrefaçons, dont parle ici M. Monselet, ne peuvent avoir été imprimées qu'après la publication des estampes originales, c'est- à-dire en 1784.

N"" 7. — Cinquième édition, en 1784.

C'est ceUe qui porte» pour titre : Lb Paysan bt la Patsanb PERVERTIS, et qui réunit ces deux ouvrages en im seul. (Voy. ei- après le chapitre xzxn.)

Restîf dit et répète, avec assurance, que son Paysan perverti a en 42 éditions à Londres et quatre éditions en Allemagne; mais on peut affirmer que c'était là une iUusion de sa vanité. Il y eut seule- ment deux traductions allemandes, l'une publiée vers 1778, dont l'auteur ne nous est pas connu; l'autre, par Charles-Christophe Nencke. Géra (1791, in-8o).

« 560 fr. et 75 fr.

  • 1,800 fr.


136 bibliooriphh raisonnéb dis OirVRàGIS


XV


L'ÉDUGOGRAPHE, formant le 3* recueil des Idées sureu-

UÈRBS ^

LE NOUVEL EMILE ou UÉDUGATION PRATIQUE. (Titre encadré.) Épigraphe... : Jtes eadem vulnus opemque feret. OviD. II, TrùU T. 20. Fleuron : un aigle posé sur un liyre de musique, au-dessus d'une trompette entre deux branches de laurier. A Genève, Et se trouve à Paru, chés P. J. Costard, libraire, rue Saint-Jeanrde-Beauvaiij M.DGC.LXX. A Yol. in-8. Le faux titre porte : Idées «in- guUères. VÉducograpke.

Le premier volume a 480 pages ; le second , 480 ; le troisième, 308 ; le quatrième, 48 pages, avec ce titre dif- férent , encadré et enjolivé : « l*École des Pères , par N. E. Rétif de la Bretone. Tome quatrième. Épigraphe : Forme ton fils comme ta femme voudrait qu'on t'eût formé. Élève ta fille comme tu voudrais qu'on eût élevé ta femme. » Fleuron : une fleur de lis aux milieu de deux L accolées. En France et à Parts, chés la veuve Duchêne, Humblot, Le^ay et Dorez, rue S^.-Jacques; Delalain, rue et à côté de la Comédie française; Esprit, au Palais-Royal; Mérigot Jeune, quai des Augustins, librai- res. M.DCC.LXXVI. »

Nous décrivoiiB cet ouvrage , diaprés Texemplaire de la biblio- thèque de rArsenal, un des deux ou trois exemplaires connus. On trouve, à la fin des quatre volumes, la réunion des cartons destinés

1 Le seul exemplaire de VÉdMeographe qu'on ait va mettre en vente est celu de la bibliothèque de M. Gh. Bnmet, en 1872. Cet exemplaire était compris dans une ooUection des Idée* tinguUêres^ en 8 volâmes (n* 763), et il a dû passer presqae inaperçu ; car la coÙection n'a été vendue que 200 te. Un exemplaire de rsdueographê vaudrait, à lui seul, bien davantage.


DB BBSTIF DB LA BBBTOMNB. m

à remplacer les pages sapprimées dans Texemplaire, qui contient seulemeat en place quelques cartons marqués par des astérisques. Quant aux autres cartons, ils n*offirent pas de signe particulier, et Ton ne peut les reconnaître qu*en les comparant avec les pages sup- primées qui sont conservées dans Texemplaire de la bibliot]l^ue de FArsenal.

Tome I«r, cartons désignés par des astérisques : pages 77-78, 79-80, 83-84, 85-86. Pages supprimées, dont les cartons sont à la fin du Tolume : 3-4, 9-10, 31-32, 41-42, 51-52, 53-54, 57-58, 65-66, 79-80, 81-8»^, 87-88, 211-212, 247-248, 255-256.

Tome II, pages supprimées, dont les cartons sont à la fin du ▼olume : 1-2, 59-60, 121-122, 199-190, 191-192, 419420, 435436, 437-438, 439-440, 441-442.

Tome III, pages supprimées, dont les cartons sont à la fin du Tolume : 1-2, 19-20, 25-26, 41-42, 305-306.

On trouve, k la suite, les 48 pages du tome quatrième» resté ina- chevé : rÉcole des pères. La première page porte, en tête, cet avis : « Les circonstances oà Ton s'est trouvé durant Fimpression de cet ouvrage obligent à ne donner qu*un extrait du quatrième volume- Mais Ton se propose d*y suppléer dans le Nouvel Emile, ot ces matières seront traitées avec une étendue qui ne doit rien laisser à désirer. » La quarante-huitième et dernière page se termine par ce 91 Nota: Nous avons fort abrégé ces détails, qui auront li^ dans t Anthropographe, Ce sera le tome lY des Idées (Twi honnête-homme* »

C'est Restif lui-même qui nous apprendra quel est Tauteur ou du moins le premier auteur de FÉducographe : « En 1771, dit-il dans Monsieur Nicolas '{tome XVI, p. 4561), ayant traité, avec le libraire Costard, pour un ouvrage intitulé : le Nouvel Emile, à un sou la feuille de 2,000 exemplaires, je me proposais d'y faire entrer le Marquis de Tavan, conmie exemples historiques ; mais je ne tardai pas à m'apercevoir qu'ils gâteraient un ouvrage, pour lequel ils n'a- vaient pas été faits. J'en fis donc un petit roman que j'imprimai pour mon compte, mais que je cliangeai complètement de fonds et de forme, en le composant à la casse, aidé néanmoins par le jeune Omeftiri (Foumier), fils de Parangon. Je le surchargeai de morale et de discours : Faction y manquait déjà, je l'étouffai encore ; ce fiit un traité de morale, symétriquement divisé en quatre parties, oiseM platement raisonné pour être digne de Guinguenet, qui cepen" dont n'eut pas fait ttpttre dédioatoire à la Jeunesse; ce morceau est un petit chef-d'œuvre de raisonnement; aussi, mon ami Renaud me dit, en achevant de le lire : « Voici ton meilleur ouvrage I — Un moment I tÉpUre dé dicatoire ne répond que pour elle t.,.


138 BIBLIOGBÂPHIS RÀISONNÉI BIS OUVRAGES

C'était dire, trte-olairement, que ToaTragê n'était pas de lui. On comprend que Restif trouve ensuite « fouvrage moral médiocre, mais amusant par ses épisodes, c'est-à-dire par ses défauts. »

J'ai souligné, dans cette citation, tout ce qui me semble indiquer que l'ouvrage n'est pas de Restif ; ce qui lui appartient, c'est un petit roman; ce qui ne lui appartient pas, c'est un Traité de morale assez pkUement raûonné. L'auteur de ce Traité de morale, de cet ou- vrage moral médiocre, n'est autre que Ginguené, que Restif appelle Guinguenet, parce qu'il était alors brouillé à mort avec lui. Restil serait donc seulement l'auteur de YÉpitre dédieatoire aux Jeunes gens,

Pierre-Louis Ginguené était arrivé à Paris en 1769, âgé de vingtrdeux ans, sans autres ressources que son esprit naturel, son instruction très-étendue et son envie de réussir. Il Ait placé dans les bureaux du Contrôle-général ; il fit connaissance avec Restif chez Butel-Dumont, trésorier de France, qui s'était fait l'ami et le Mé- cène de "Monsieur Nicolas. Ginguené se piquait d'être philosophe et d'ûniter J.-J. Rousseau ; il confia donc ses élucubrations à Restif, qui se chargea de les publier et mémo de les composer lui-même... à la casse. Voy. ma dissertation, intitulée « le Véritable auteur de quelques ouvrages de Restif de la Bretonne », dans les Énigmes et Découvertes bibliographiques^ par le bibliophile Jacob (Paris, A. Laine, 1866, gr. in-12, p. 50 et suiv.].

L'Introduction prouve surabondamment que Restif n'a été que l'éditeur et l'augmentateur de ttducographe , transformé depuis en Nouvel Emile, puis en École des pères. Après avoir, dans un style un peu solennel, flagellé les moines et glorifié les agriculteurs, l'auteur de cette Introduction a exposé lui-même l'origine de son livre : « Il est nécessaire de faire connaître l'homme à qui je dois plus des trois quarts de cet ouvrage. »

On peut supposer que le motif décisif quia fait arrêter par le cen- seur la publication de tÉducographe est une interprétation très- hardie du texte de la Genèse, dans le cinquième Entretien intitulé : Explication de la Genèse, p. 374432 du tome II.

XVI

NM. — L'ÉCOLE DBS PÈRES. Par N. E. Rétif de la Bre- tone. (Titre encadré et enjolivé.) Épigraphe : « Forme ton fils comme ta femme voudrait qu'on t'eût formé. Élève ta fille comme tu voudrais qu'on eût élevé ta


SX BSSTIF BS LA BRETONNE. IM

femme. » Fleuron : fleur de lis au milieu de deux L af- rontées et entrelacées. En France, et à Paris, chés la veuve Duchêne, Humblot, Le-Jai et Dorez, rue Saint- Jacques; Delaiain, rue et à côté de la Comédie française; Esprit, au Palais-Roy ai; Mérigot jeune, quai des Augus- tins, libf*aires. M.DGG.LXXVI. 3 vol. in-8** sur grand pa- pier.

Le premier volume a 480 pages; le deuxième, 193, et le troisième 372.

La plupart dea exemplaires du troisième volume n'ont que 370 pa- ges; au bas de la dernière, qui est différente de la page 370 des exemplaires ayant 372 pages, on trouve ce nota : « Il y avait ici un tableau de ce que le comte de S*^ a fait pour les jeunes gens ma- riés le même jour que lui; mais il ressemble si fort & celui que nous nous proposons de tracer dans un ouvrage commencé, intitulé FAn- (hropographe , que nous croyons devoir y renvoyer. » Suit la Table des matières contenues dans les trois volumes.

Ces exemplaires, dont le tome III a 370 pages, avec une table, nous paraissent offrir la forme définitive de Touvrage, après les nombreuses suppressions faites par la censure, dans FÉducogr^he, On remarque, dans f École des pères^ que Restif a fini par s'attri- buer, après avoir remanié à sa façon ce livre dont il n'était d'abord que l'éditeur, on remarque FAmaur maternel, petite histoire, page 155 du tome I^' ; l'Histoire dtune jeune fille mariée contre son gré, page 396 du même tome; la Conversation durant et après le souper, dans la- quelle le curé parle le patois de Yermenton, page 343 du même tome ; l'Histoire du chevalier de T**^ écrite à sa fille, p. 18 du tome III, et enfin, dans le même tome m , l'Histoire du marquis de X*** ou les Ècueils de Péducatùm, qui reproduit en partie le si;get du roman déjà publié : le Marquis de V** ou FÉcole de la Jeunesse.

Restif n'a donc conservé, dans f École des pères, que quelques parties de TÉducographe, avec les cartons que la censure avait exigés pour ce livre, avant que la publication en eût été définitivement empêchée ou arrêtée ; savoir : tout le premier tome de 480 pages; les 188 pre- mières pages du tome II, après l'enlèvement des pages 121 à 128, remplacées par un seul feuillet chiffré 121-128 ; les 336 premières pages du tome III. On a réimprimé le feuillet 337-338 jusqu'à la note suivante : « Cet Entretien était beaucoup plus long, mais nous * en supprimons une partie, ainsi que les deux suivants en entier. »


140 BIBLIOGBÂPHIS RÀISONHÉl BK8 OUVRàGSS

De la page 339, Séj'owr à la viUe, à la page 476, la dernière, c'est la réimpression presque identique des 43 premières pages du tome rv, interrompu par la suppression du Nouvel Emile.

Tiré à 1,500 exemplaires, suivant la Revue de» ouvrage$ de tAu- tewr (1784).

N"" 2. — L*ÉcoLB DES Pérbs. Par N. E. Rétif de la Bretone. (Titre encadré.) Même épigraphe. En France et à Pa- ris, chés la vetwe Duchêne^ Humblot, Le-Jcu et Dorez

M.DCC.LXXVI. 8 vol. in-12*.

Cette deuxième édition, de format in-lS, a été imprimée, sans aucun changement, page pour pa^e, sur la première, formée, comme on Ta tu, des parties non supprimées de YÉducographe et des additions nécessaires pour les lier entre elles. Le titre ne dif- fère pas dans les deux éditions ; la seconde a trois volumes, comme la première; le tome I«t de 480, le tome II de 192 pages, et le tom III de 370 pages ; plus, la table des matières contenues dans les trois volumes.

M. Ch. Monselet fait une citation de Restif, pour prouver qu'il se relAchait quelquefois de son inflexible orgueil et se jugeait lui-même avec humilité : a Je me suis toujours reproché de ne pas Vavoir mieux faite, disaitril en revenant sur rÉcole des père$;yni noyé Tinstruetif et fait disparaître Tagréable de cette production, en me livrant à des détails qui n'étaient propres qu'à un livre élémentaire. J'ai même donné dans un système de physique, faux en beaucoup de points. » Mais, dans la Revue de$ ouvrages de r Auteur (1784), l'orgueil repar ndt dans toute sa splendeur : c Cet ouvrage est bien supérieur à rÉcole de la Jeunesse^ publiée cinq années auparavant. Il serait à souhaiter qu'il fût entre les mains de tous les pères et mères; il ne pourrait que les éclairer sur la manière d'élever leurs enfants, pour en faire des citoyens.... On trouve, au commencement du deuxième volume, un petit traité historique de FÉducation des femmes, absolument neuf. Les connaissances physiques les plus saines sont répandues avec profusion dans tout cet ouvrage. »

Un traducteur allemand, Jean -André Engelbrecht, qui voulait faire une traduction de FÉcole des pères, s'aperçut des lacunes qui existaient dans cet ouvrage, par le fait de la censure française;

  • 10 fr., Solar, 1860. — 45 fr. demi-rel. rogné, Cat. Aag. Fontaine, n* 1137,

1870. — 30 fr. rogné, Lebert, 1874. — SOO fir. mar. r. dos orné k petits fers, ChtmboOe-Ihiru, Cat. Aug. Fontaine, n* S071, 1874.


DS BISTIf BS LA BBITONNE. 141

il écrivit donc, de Hambourg, à Tauteur, pour lui demander quelques explications au siget de ces lacunes regrettables : a J*ai obserré , lui disaitril dans une lettre en date du 3 juillet 1778 , qu'il y en a beau- coup de feuilles retranchées et supprimées et que vous y avez fait quelques changements. Vous promettes, tome I**, page 79, feuille tran- diée, six Entretiens, qui, sans doute, se sont trouvés tome II, après page 192, mais tous les ayez supprimés. Vous prenez, page 189-192, tout autre tournure, que votre premier plan a été, pour finir ce tome avec la page 192. Après, je remarque que le tome III , page 336 et suiv., prend lui-même une autre tournure que celle qu'on avait lieu d'attendre, selon votre] plan; aussi, je trouve que le tome III, dans le commencement, a eu 476 pages, et finit avec le neuvième Entretien sur la religion, et avec ces paroles : « La doctrine des trois « Entretiens sur les lois, sur le gouvernement, sur les arts et les a métiers, et toutes les sciences, sera plus certaine et par conséquent « plus agréable. » Vous promettez aussi. Monsieur, dans l'Introduc- tion, un quatrième tome, mais, & présent, le troisième ne comprend que 372 pages et finit tout l'ouvrage. Pardonnez-moi, Monsieur, si je vous parle ouvertement; j'en tire la conclusion, que vous avez fait imprimer les trois tomes, selon votre plan original, mais que la cen- sure, trop sévère en France, vous a obligé de corriger et de suppri- mer les feuilles mentionnées. » En conséquence, J.-A. Engelbrecht invitait Restif à lui envoyer le complément des tomes II et III , A savoir : depuis la page 193, pour le second; depuis la page 337 jus- qu'à* 476, pour le troisième. Il demandait, en outre, si le tome IV, annoncé, avait été imprimé, ou bien s'il était encore manuscrit. Il offrait, pour le texte de ce dernier tome, une gratification que Restif voudrait bien fixer lui-même. Voy. les Contemporaines, deuxième édi- tion, lettre 16, à la fin du tome XIX, n"* 16.

Restif fut tellement satisfait des éloges qu'on lui donnait sur ses ouvrages, traduits la plupart en allemand, qu'il s'empressa d'entrer en correspondance avec J.-A. Engelbrecht, pour l'engager à traduire r École des pères, a Cet ouvrage, lui disait-il, a eu tous les malheurs à la fois, de la part du libraire Costard, qui fit faillite, dans le cours de l'impression, et de la part d'une autre personne, mon ennemi secret et puissant. J'avais résolu de le refaire, et alors j'ose croire que c'aurait été un bon ouvrage; mais les frais considérables, les repré- sentations de quelques amis, me déterminèrent à le mettre au jour, sans l'achever. Il fut suspendu à la Police ; mon ennemi le fit cen- surer une seconde fois, contre les règles, et on y fit les retran- chements dont vous vous êtes aperçu, et d'autres encore qui sont immenses, puisque chaque volume avait 480 pages. Je possède un seul exemplaire avec le titre primitif et tout ce qu'on a retranché,


lit BIBLIOGRAPHIS EàlSOlf NÉI DS8 OUVRÀCKS

quoique le premier censeur, homme démérite, Feùt paraphé, et qu'il n'y ait rien que de conforme aux bonnes mœurs et qui ne soit capable

de porter à la vertu Il y a pourtant quelques erreurs dans les

Entretiens, et je les corrigerais sur des feuilles séparées, si je con- sentais à les Uyrer de nouveau à Timpression ou h me prêter aux vues d*un traducteur. J'avais déjà pensé à les faire, mais le temps m*a manqué. J'ose dire. Monsieur, que vous serex étonné qu'un Français, au centre de la frivolité, soit parvenu à mettre tant d'éru- dition dans un ouvrage quasi-roman. » Il offre donc de prêter l'exemplaire unique, qui doit rester dans sa famille, comme dépôt, et d'achever l'ouvrage français, pour la traduction allemande. Le reste de sa réponse est un péle-méle de détails précieux sur ses autres ouvrages, qu'il critique ou bien qu'il approuve avec une in- croyable audace d'amour-propre.

J.-A. Engelbrecht écrivit encore deux lettres à Restif, qui ne lui envoyait rien, et qui même ne lui répondait plus, quoique le traduc- teur alleznand lui réitérât la proposition de payer un droit d'auteur pour le quatrième volume de ftcole des pères, qui était resté inédit, sans toutefois fixer aucune somme. Restif jugea que le libraire de Hambourg, une fois en possession de l'exemplaire complet de r École des pères, ne le payerait qu'en promesses et en compliments ; il se garda bien de lui adresser, par la diligence, le précieux tome IV et les feuilles supprimées dans les autres volumes. On pourrait présumer que Vhonoraire promis par le libraire était trop minime, pour que Restif se donnât la peine de faire un envoi coûteux et de s'exposera perdre un manuscrit unique, qui risquait de s'égarer dans le voyage ou du moins de ne revenir jamais entre ses mains. Ce manuscrit était encore en sa possession en 1797, car, dans le tome XVI de Monsieur Nicolas (p. 4761), il dit avoir refait à neuf les canevas ou plans d'ouvrages, qu'il projetait : a pages 238 et suiv. du quatrième volume manuscrit de mon exemplaire du Nou- vel Emile. » Les lettres d'Engelbrecht pour obtenir ce manuscrit étaient restées sans réponse; nous doutons mémo que Restif eût comjnuniqué au traducteur les feuilles imprimées, dont le cen- seur avait exigé la suppression, car Engelbrecht écrivait, le 16 octobre 1778, en priant l'auteur firançais d'adresser son exemplaire de f École des pères, par la voie de la librairie, à Amsterdam : « Mon libraire, qui vient de faire imprimer la traduction, est bien inten- tionné de faire traduire aussi le quatrième tome, qui est encore â faire, et de vous payer un honoraire raisonnable. » U y avait donc déjà une traduction allemande de TÉcole des pères en 1778. Une nouvelle traduction fut publiée à Berlin, en 1781, in-8«. J*ai donné, dans mes Énigmes et Découvertes bibliographiques, une


DS BB8TIF DB LA. BBBTONNS. 143

longue note relative à cet ouvrage, qui, d'après Taveu de Restif lui-mâme, serait originairement de Ginguené, lequel aurait voulu publier, sous le titre du Nouvel Emile, une espèce de supplément à VÉmile de J.-J. Rousseau. L'ouvrage s'imprimait pour le compte du libraire Costard, mais les censeurs exigèrent un si grand nombre de cartons, que le libraire dut renoncer à sa publication. Il rétro- céda tout ce qui était imprimé à Restif, qui avait fait lui-même cette impression, puisque Restif lui rendit en échange i,000 écus de ses billets et un nombre d'exemplaires du Fin Matois, valant i,200 livres. (Voy. Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4679.) Restif dit, à ce sujet : « L'École des pères fut imprimée d'abord sous le titre du Nouvel Emile, titre que je ne trouvai pas ce livre digne de porter. En effet, l'ou- vrage, que je ne daignai pas achever et que je tronquai, moins quelques exemplaires, pour le faire paraître, d'après la censure et et les cartons du vil de Sancy, censeur secret, nommé par le sous- oppresseur Desmarolles, n'était plus qu'un squelette. » Ce squelette inquiétait encore la Police, et cet ouvrage, quoique approuvé et paraphé, ne put paraître qu'au bout de plusieurs mois de démarches. On croyait toujours que le livre était de Diderot, par suite d'une con- fusion de nom à l'enregistrement du Permis d'imprimer. «Depuis ce moment jusqu'au 6 mai, dit Restif, je fis soixante-dix voyages au bureau de Desmarolles, pour ravoir mon livre. » Il l'obtint enfin, moyennant quelques présents à ce Desmarolles , qui le lui rendit cartonné sans pudeur. On comprend pourquoi ce livre est rare et pourquoi la plupart des exemplaires présentent des différences dans le nombre des cartons.

XVII

NM. — LES GTNOGRAPHBS, ou Idées de deux honnê- TES-FEHHES SUT un projet de règlement proposé à toute TEurope pour mettre les Femmes à leur place, et opé- rer le bonheur des deux sexes ; avec des Notes histori- ques et just ftcatives, suivies des noms des Femmes cé- lèbres ; Recueillis par N.-E. Rétif-de-la-Bretonne, édi- teur de l'ouvrage.

Épigraphe :

A d'austères devoirs le rang de femme engage, Et voue n*y montes pas, à ce qne je prétends, Pour être libertine et prendre dn bon temps.

Ée, dût fem. m act, 2 te*


144 B1BU06RÀPHIS EJJSONMil DIS OUTRÀOIS

A la Haie, chez 'Gosse et Pinet, libraires de Son Altesse SérénisHme. Et se trouve à PariSy chés Humblot, libraire, rue Saint-Jacques, près Saint-Ives» M.DGG.LXXYII. Deux parties en un vol. gr. in-8^ de viii et 567 pages ^

Cet ouTragtt, imprimé à Paris, comme les autres volumes des Idées singulières, avait paru Tamiée précédente, portant seulement Tadresse du libraire : Paris, Humblot, 1776, 2 part. in-S*. On ne fit que changer le titre, avec le millésime, pour obéir h une exigence de Police, qui voulait que certains livres, sans approbation ni pri- vilège, ne fussent publiés que sous la rubrique d'une ville étran- gère en vertu d'un privilège tacite.

Au verso du titre, est une longue note sur Tétymologie du mot femme, « car c'est dans la grammaire des anciens , que Ton doit chercher leurs véritables idées sur les points les plus importants de la physique et de la morale. » Il y a là de plaisants tours de force d'étymologie; par exemple, virgo signifierait destinée à r homme!

Une lettre de l'éditeur aux Femmes vertueuses est signée Rétif-de la-Bretone : « Le bonheur du genre humain, dit-il à ces vertueuses, dépend de votre sexe, dans tous les sens qu'on peut donner à cette expression, et c'est ce bonheur, Mesdames, que l'on a en vue dans la correspondance que vous ailes lire. » Cette correspondance entre M*« des Tianges et M»* des Arcis, son amie, qu'on avait déjà vue figurer dans le Pomographe, expose avec les plus minutieux détails un nouveau système d'éducation pour les filles et un nouveau plan de conduite pour les femmes faites, le tout appuyé d'exemples sous forme de nouvelles et d'anecdotes. L'éditeur se montre parfois très- sévère et très-injuste à l'égard des femmes, malgré les éloges et les hommages qu'il leur adresse. Ainsi la manière dont il les jugeait ne devait pas laisser beaucoup d'espoir de les rendre meilleures ; « Les femmes, dit-il (p. 42), n'ont jamais pu et ne pourront jamais porter plus loin qu'elles le font aujourd'hui, tous les défauts et tous les vices qui doivent éloigner d'elles les hommes, en général, et sur- tout les maris : impétuosité, insouciance, profusion, perfidie, noir- ceur, bassesse, mollesse, égolsme outré, elles réunissent tout, jusque-là que nos libertins préfèrent les prostituées aux prétendues honnêtes femmes. » C'était un peu trop présumer de la patience des femmes vertueuses , que de leur faire entendre de pareilles vérités.

I 6 fir. 50, Solar, 1860. — 20 fr. et 15 fr. demi-rel. rogné, Cat. Aug. Fontaine nM 6001-600t, 1S72.


DK BI8TIF BS LA. BBXTONlfS. 145

On a bien de la peine à reconnaître Restif, dane cee iongaes et ▼erbeuset déclamatione, où Ton trouve, il est vrai, des idées très- sîngalières et des conceptions trè»-originales. Ce n'est pas certai- nement Restif, qui aura pris la peine de compiler, dans les voyages et dans les livres d*ethnographie, tout ce qui a rapport aux usages des différents peuples pour le mariage. Il y a là, de la page 275 à la page 485, la matière d'un livre curieux et amusant. Ce n'est pas non plus Restif, qui aura rassemblé , même en dépouillant un Dictionnaire des femmes célèbres, celui de Lacombe sans doute , les noms et les notices des femmes les plus remarquables à certains points de vue (p. 523 à 567, sur deux colonnes). Quelques-unes de ces notices ne sont pourtant pas sans intérêt.

Enfin, au verso de la dernière page du volume, est une liste des ouvrages de Vauteur, publiés ou inédits, parmi lesquels on trouve ie Nouvel Emile, qui s'imprimait alors, mais que la censure avait transformé en École des pères, et un livre, intitulé F Amaryllis, tra- duit de l'espagnol, qui n'a peut^tre existé qu'en projet. N'était-ce pas une traduction que Restif tenait du vieux censeur d'Hermilly, qui n'existait plus alors?


XVIII

LE QUADRAGÉNAIRE, deux parties en 2 vol. in-12 ^

Premier volume. Faux-titre : Le Quadragénaire, ou L^HoHME DE XL ANS. Avec 15 figures. Première partie. Au verso : Figures de la première partie. — Titre enca- dré. Le Quadragénaire, ou l*Age de renoncer aux PASSIONS ; histoire utile à plus d'un Lecteur. Épigraphe : Turpe senilà amar. Première partie. A Genève. Et se trouve à Parts, chés la veuve Duchène, libraire, rue S.- Jacques, au Temple du Goût. 1777. 224 pag.

Il y a des exemplaires où le nom de l'auteur se trouve imprimé sur le titre du premier volume. Le nombre des figures n'est pas in- diqué sur le faux-titre de ces exemplaires anonymes.

1 18 fr., broché, Dêseripi, hibL Teehener, 1868.— 8 fr. 50, Solar, 1800.— 11 tr. veaa, Ttom, novembre 1867. — 49 fr. dérelié, Lsnglois, 1872. — 100 fr. dami-rel., Henri Artor, 1873. —65 fr. veau éc, Rigand, 1874. — 60 fr. rogné, Lebert, 1874.

10


146 BIBLIOGIUPHIS RàlSONIViB DES OUVRàGSS

Deuxième volume. Faux-titre : Le Quadragénaire, ou L*HoHME DE XL ANS. Avec flgures. Seconde partie. Au verso : Figures de la seconde partie. — Titre encadré : Le Quadragénaire, ou l'Age de renoncer aux passions. Histoire utile à plus d'un Lecteur. Même épigraphe. Se- conde partie. A Genève. 1777. 244 pag.

Chacune des quinze gravurea, dont TouTrage est orné, porte le numéro de la page h laquelle elle correspond. Première partie : p. 13, 23, 45, 79, 103, 120, 136, 196; deuxième partie : 30, 58, 73, 123, 135, 206, 214. La première fig. est signée : C. Baquoy sculpHt, 1777. La seconde : Dutertre inv... Bertket fecit. Dans un nouveau tirage de cette planche, le mot fecit a été changé en $cuip, Berthet n'était que le graveur ordinaire de Restif ; on croit que Binet avait fait les des- sins d*aprës les compositions de Dutertre. Les autres gravures sont anonymes, et quelques-unes paraissent gravées par une main moins habile.

Voici rAvantrpropos : « Au lxctbur. Dans un siècle oh il y a tant de célibataires, qui souvent ne continuent à Tétre que parce qu'ils l'ont été, n'est-ce pas rendre service à l'État, que de donner au Public nos observations sur les mariages tardifs des hommes, et de prouver qu'ils sont presque toujours les plus heureux ? Nous ne présenterons, dans cet ouvrage, que des faits vrais : nous nous sommes imposé la loi, dans tous les romans que nous avons déjà publiés, de n'en point employer d'autres. On dit que cette véracité n'est pas aussi favorable que la vraisemblance. Cela se peut. Nous aurions eu peut-être plus de succès, mais nous eussions trouvé moins de plaisir à travailler. »

Ce roman par lettres (et l'on peut supposer que la plupart des let- tres ont été écrites et envoyées par le signataire) comprend plusieurs récits ou nouvelles, qui doivent être signalées; dans la première partie : A fille de 15 ans mari de 45; L'estime n'est pas de ramour; f Illusion d^un homme de quarante ans, première partie; deuxième partie : Tlllusion, etc.; dans la seconde partie de l'ouvrage : la Leçon; r Amour juif, Histoire du Quadragénaire, en deux parties : tlllusion d^un homme de quarante ans est l'ébauche du délicieux épisode de Virginie, qui figure dans la dixième partie de Mon- sieur Nicolas, Dès l'année 1777, Restif formulait ainsi un système de conduite, qu'il n'avait pas suivi pour son compte : « Quarante ans est donc l'Age oh les agréables doivent foire retraite. Il est trop tard alors pour se livrer aux trompeuses amorces d'une incli-


DS BI8TIF DE LA BRETONNE. 147

nation, maù il est encore temps de prendre la qualité respec- table de père de famille. »

Ce roman singulier est très -rare. Restif le citait déjà comme épuisé dans les catalogues de ses ouvrages, en 1788. Il ne Ta pour- tant pas ûtit réimprimer, les cuivres des gravures qui ornent le livre ne lui appartenant point; c'était le libraire éditeur, veuve Du- chesne, qui les avait fait graver par Baquoy et Berthet. Au reste, Restif 8*étaii alors brouillé avec cette digne femme, qui lui avait rendu bien des services, et qui se réconcilia plus tard avec lui, malgré le mauvais caractère de cet original.

Le Quadraginairt , que Fauteur avait eu l'intention d^appeler f Amour par lettres, n*est que la réunion des lettres galantes ou amoureuses que Restif avait écrites aux jolies ouvrières d'une mar- chande de modes de la rue de Grenelle-Saint-Honoré. Ce commerce épistolaire avait duré plus de sept ans. Tous les soirs , l'amoureux platonique venait en tapinois se glisser près du vitrage de la bou- tique de modes, et là il commençait à improviser vers et musique, à la louange des petites lève-nex, qu'il admirait à travers les vitres; puis , il faisait passer, par les ouvertures des chevilles qui servaient à fermer les volets, un ou deux billets plies en éventail, que les demoi- selles s^empressaient de saisir en cachette. On lisait en commun ces billets doux, qui s'adressaient à l'une ou à l'autre. «Ce fut pour moi une occasion si agréable, dit Restif dans Monsieur Nico- las (tome X^ pp. 2966 et 67), qu'elle devint mon unique récréation. J'avais une ample matière à traiter, celle de la morale qui convient à de jeunes personnes. Je l'égayais par des historiettes, dont je ne mettais qu'environ trois pages d'impression; je reprenais la suite les jours suivants. Ces historiettes composent le Quadragénaire tout en- tier. » Quant à la morale de Restif, on peut en avoir une idée d'après cet axiome solennel qui lui appartient en propre : « La vertu n'est que le plaisir, sous un nom plus agréable. » Il est bon de rap- peler que ce magasin de modes , où Restif s'amusait à faire l'amour par lettres, avait été dirigé d'abord par une M«« Devilliers, qui s'était fait une brillante clientelle en travaillant pour M»* du Barry.

A la suite de la sixième partie, Restif a placé la. Revue des ouvrages de f Auteur, contenant l'analyse du Quadragénaire, les jugements des journalistes sur les trois premiers volumes du grand recueil inti- tulé : Idées singulières. Ce cahier de six feuillets non chiflfrés se trouve ajouté aussi à d'autres ouvrages de Restif.

Traduction en allemand. Leipzig, 1771, 2 vol. in-12. — Autre tra- duction, par K. F. Cramer. Lùbeck, 1780, in-8<>.


148 BlBLIOGRÀPHn RÀISONNÉK DIS OUYBAGBS


XIX


N"" i. LE NOUVEL ABEILARD, ou Lettres de deux amans qui ne se sont jamais tus. Épigraphe : They live {Letters) they speàk, they breathe what love inspires, etc. Pope, Épi- tre d'Hélotse à Abeilard. Fleuron contenant cette autre épigraphe : Vitam impendere vero. (Titre rouge et noir.) A Neufchatel, Et se trouve à Paris, chez la veuve Dur chesne, libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût, M.DCC.LXXVIII*. 4 vol. in-12; le 1" de 448 pages, non compris le titre, sans faux-titre, avec une table en 4 ff. ; le i% de 464, non compris le titre et faux-titre et 8 if. de la table non chiffrés; le 3*, de 472, non compris le titre et faux-titre et 4 ff. de table non chiffrés, et le 4*, de 423, non compris le titre et faux-titre et xxiv pp. d'un compte-rendu de cet ouvrage, lequel devait en for- mer la préface, et 4 ff. de table non cbijCfrés. Avec 10 gravures.

L'épigraphe latine n'est que sur le titre du premier volume, et la traduction en vers de cette épigraphe, par Colardeau, se trouve im- primée au verso du faux-titre.

Les figures qui ornent cet ouvrage sont charmantes de composi- tion ; le dessinateur ne s'est pas nommé , mais on peut reconnaître dans ses dessins le crayon de l'école de (h^velot. Voici la nomen- clature de ces dix jolies estampes, avec les désignations de graveurs :

Frontispice du tome I", avec cette légende : « Écrives sous la dictée de la Sagesse avec one plume de TAmour. » Anonyme. Seconde figure au premier Modèle, page 163. « Je préfère d*étre votre amant. » Nom de graveur presque eflîscé. On pourrait lire : J" Le Roj, sculp.

1 25 fr., Solar, 1860.— 50 tt, demi-rel. rogné, Cat. Aug. Fontaine, no 1139, 1870. 59 tr. veau marb., vente Labitte, 1874. — 40 fir. veau éc., Langlois, 1874. — 200 ft*. mar. r. dos orné à petits fers, ChamboUê'JhBru, Cat. Aug. Fontaine, n« 2005. 1874.


BX BBSTIF DB LA BBSTONNB. l^

Troiiième figure aa Moond Modèle, page 273. « Allons, mon gendre, prends-lui-en deux, U, on la ToQà. » Denx initales : L. H.

Qoatrième figure au second Modèle, page 434. « Mon ami! ne l'éveil- lons pas I » Initisles : L. H.

Tome II. Cinquième figure au troisième Modèle, page 9t. « Je serai ton mari, tu seras ma femme. » Gravé par M** Ponce. Sixième figure au quatrième Modèle , p. 370. « Les Belles sont des fleurs que tout homme a droit d'admirer. > Anonyme.

Tome m. Septième figure au cinquième Modèle» page 303. « Bt moi, voici le mien. > Anonyme.

Tome rv. Huitième figure , page 4. « C*est la merveille. » Nom du graveur ilUsible : m^* (peutétre Eluin).

Neuvième figure au sixième Modèle, page 219. « Quoi t c'était vous , mon ami ! » Tiébanx, sculp.

Dixième figure, au Petit-Ménage, page 350. « Bénis s^ei-vous, mes enfans! et que vos enfants vous le rendent un jour an cen- tuple I ■ L. Liebean, seul.

La dédicace de cet ouvrage est adressée à !!■• M. A. D. A. D. L. R. D. F. « C^est votre bien que je voue rends, en vous dédiant votre propre histoire. Dans le rang élevé où vous a placé votre mérite autant que votre naissance, il est beau d*étre à la fois le modèle de conduite, Tobjet des hommages et Texemple d'un bonheur complet...» Cette dédicace respectueuse est signée des initiales : N. E. R. D. L. B. D. S. E. B. B. (Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, de Saoy, en basse Bourgogne). La préface qui suit la dédicace est intitulée : « Sentiment sur le Nouvel Abeilard m, et accompagnée de notes de l'Éditeur. Cette singulière préface est signée par six individus , que désignent seulement les initiales de leurs noms , et par leurs épousu, dont les noms sont également cachés sous des initiales. « La correspondance est vraie, dit l'Éditeur ; quant à la vérité des histoires incluses, il suffira de les lire, pour se convaincre que de pareils faits ne s'inventent pas. » On peut inférer, de cette préface, que l'édition avait été faite aux frais d'un moraliste, qui se proposait de faire passer dans les pays étrangers un nombre d'exemplaires, « d'après l'assu- rance d'une utilité réelle m. Il est facile de voir que l'édition avait été faite aux frais d'un homme riche, peut-4tre Grimod de la Rey- nière ou Butel-Dumont, qui se chargea de payer aussi le dessi- nateur et le graveur : « L'homme qui nous a consultés, disent les signataires du Sentiment sur le Nouvel Abeilard, ne voulant con- tribuer au débit d'un nombre d'exemplaires qu'il doit faire passer dans un pays étranger, que d'après l'assurance d'une utilité réelle. »

Ce roman , que Restif avait vendu assez avantageusement à la veuve Duchesne, est un de ceux qu'il a imprimés lui-même, m L'Amour


ISO BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE DBS OirVBA.6ES

par lettres ou ie Nouvel Abeilard, dit -il dans Mofuieur Nicolas (tome X, p. 2978), a*imprimait chez André Caillan, ùère de la dame ▼eiive Duchéne; ponr accélérer la besogne et ne pas m'occuper d*autre chose, j^aidais à Tourner, travaillant même les dimanches. » C'est encore im joli pied et une jolie chaussure, qui furent les inspi*> rateurs du Nouvel Abeilard, Restif avait commencé à écrire r Amour par lettres, en se rappelant ses correspondances amoureuses avec de jeunes modistes qui ne le connaissaient pas et qui ne Tavaient jamais vu, mais la première idée était aride, dit-il : « Je n'y trou- vais rien d'onctueux ; il aurait fallu parler à ma muse. Une autre, à laquelle je ne parlais pas davantage, mais qui m'inspirait des désirs infiniment plus vifs, me donna ce qui me manquait. Un jour, sortant de ma demeure, rue de Bièvre, je vis devant moi une fille charmante, par la taille, la jambe et le pied ; elle était chaussée à talons très-élevés, et marchait avec une mollesse provoquante. » Suit le portrait physique de l'inconnue, qui devint la muse du ro- mancier. C'était la fille d'une charcutière, M^e Londo, que Restif célèbre comme une nymphe qui n'avait pas d'égale (Monsieur Nico- las, tome X, p. 2974). Cependant il avoue que Victoire Londo ne fut pas sa seule muse pour cet ouvrage, et qu'il en eut encore huit ou neuf autres : c Tous les soirs je vins m'enivrer du plaisir de la voir (la charcutière), et sa vue me mettait en yerve. J'écrivais le soir et le lendemain matin avec une inconcevable ardeur. C'est elle qui est cette Julie, dont il est si souvent question dans l'ouvrage, liiie Parisot, la foureuse, W^^ Laurens, la bijoutière, Mii« Poinot, la menuisière, m'ont fourni le feu nécessaire pour faire t Amour muet, r Amour enfantin, la Partie carrée; quant au Modèle : A quoi sert le mérite, il me fut réellement inspiré par une belle dame de l'Ile- Saint-Louis, de la manière dont je le raconte dans mon début. » De ces Modèles de conduite en ménage, le second intitulé la Philosophie des maris était, suivant le rédacteur du Journal de Paris (11 février 1779), un conte moral excellent : « Outre le mérite de l'histoire, ajoutait le rédacteur, il peut être mis à côté de ce que nous avons de mieux en ce genre. On y trouvera des morceaux du naturel le plus frappant ; une volupté douce, honnête, touchante, l'anime d'un bout à l'autre. » C'était la charcutière Londo^ qui avait fourni à Res- tif ce Modèle-là : tt Pour faire cette agréable historiette , dit-il , je n'eus qu'à me figurer que j'étais Dupile, que M^ib Londo était Julie, et à laisser parler mon cœur; j'écrivis d'après la conduite que j'aurais tenue : je la faisais aimer, adorer, chérir, comme je l'au- rais aimée, adorée, chérie. Je ne m'informai d'aucune de ses aven- tures. Qu'en avais-je besoin? Ce n'était pas l'histoire de cette belle


DX BSSTIF BS LA. BBITONNK. 151

fille que je voulais faire, mais Thistoire que j'aurais été charmé d*aToir avec elle. » (Monsieur Nicolas, tome X, page 2975.)

Au souvenir de cette passion toute poétique, Restif , en écrivant ses Mémoires (en 1796), vient à penser tout k coup que les dédai- gneux lui reprocheront d*avoir aimé les charcutières et de représen- ter xme fille de,,,, (sic) comme le chef-d*œuvre de la Nature, de la beauté, de Famabilité.. : a Honnête lecteur ! s'écrîe-t-il, j'ai, comme ces gens-U, connu des princesses, des duchesses, des marquises, dont une et deux adorftbles, une comtesse channante, une baronne délicieuse, des demoiselles jeunes, jolies, brillantes... et pas une n*égalait ma fille Victoire Londo I »

Le Journal de Paris avait déclaré que le Nouvel Abeîlard était peut-être le plus utile des livres qui eussent paru depuis long- temps, en ly'outant : « Tout j est honnête, et il est également fait pour les pères et mères de famille et pour les jeunes gens. » Restif pouvait donc, sur la foi du journaliste, louer lui-même son roman utile et honnête : « Kidée de cet ouvrage, dit- il (Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4715) , est une des plus heureuses qui me fût tombée dans la tête... J'imaginai que les honnêtes parents qui voudraient conserver le cœur de leurs enfants précoces ou trop sensibles pour- raient les assortir de bonne heure et leur pennettre de s'écrire, sans s'être vus autrement qu'en peinture. » L'auteur du Porno- graphe se persuada qu'il avait composé un livre très -utile à la société, et il était très-fier d'avoir trouvé le moyen de conserver les mœurs des jeunes gens, sans les marier, et de a faire faire l'amoitr à la jeunesse, dit-il, sans danger pour ses mœurs ».

N^ S. Le Nouvel ÀBBiLàRD, ou Letthes de deux amants QUI NE SE SONT JAMAIS VUS. AveC Tépigraphe anglaise de rédition précédente. En Suisse, chez les libraires associés, 1779. 4 vol. in-i2.

Le libraire Alvarès, dans son Bulletin mensuel (n<*9, 2» année^ mars 1859), cite une édition. de 1789, en Suisse*. Estrce une erreur de date?

Traduction en allemand. Leipzig, 1780, in-S**. I 8 fr. demi-rel. (tans fig.). Alvarès, 1857.


1» BlBLIOGIUPHIl lUlBOimil DIS OUVRÂGIS


XX

N' LA VIE DE MON PÈRE'. Par TAuteur du Paysan perverti.

Épigraphe :

Omma non pariUr rerum timi ammlmt <^a, Ftma née ex mçuo dudtyr tUla Jvço. Frop.

A Neufchatel, Et se trouve à Parts, Chés la Veuve Du- chesne, libraire, rue Saintjacques, au Temple-durGoût. 4779. Deux parties en deux vol. in-i2; le premier, de trois ff. non chiffrés et 152 pages; le second, de 139 pp. et 3 pp. non chiffrées pour Tannonce du Nouvel Abeilard.

Orné de 14 gravures et de deux petits portraits en médaillon , représentant le père et la mère de Fauteur, sur le titre de chaque volume; premier volume : « Edme Rétif, clerc de procureur à Paris, à 19 ans. » Second volume : « Barbe Ferlet, à Tftge de 17 ans. »

Frontispice du premier volume : VArt des arts. Gra- vures : r École du village ^ p. 17. Za Sévérité romaitèe, p. 29. La Compassion, p. 34. La Naïveté, p. 48. La Pu- deur, p. 77. L' Obéissance y p. 103.

Frontispice du second volume : la Lecture du soir. Gravures : l'Apparition, p. 13. La Bigamie, p. 39. L'Au- dience, p. 61. U Honnête-Homme , p. 79 (au lieu de 99). Le Dernier acte de la vie, p. 105. Qu'il fut puni! p. 112.

Une partie des exemplaires de eette première édition portent le


1 24 fr. ▼. marb., Deeeript. ML J. Techener, 4858. — 10 ft>., Solar, 1860. — 37 fr. demi-rel. non rogné, Guntiberg^r, 1872. —40 tr. yeau marb., Langloit, 1872. — 68 fr. mar. br., CkamboUe-DiÊru, H. B***, 1873. ~ 120 fr. mar. r. dot orné à patis fers, CkamboUe'Jhnh Oat. Aug. Fontaine, no 2112, 1874.


DK RESTIF DS LA BRETONNS. 153

nom de Le Jay, Hbrmre, me Saint-Jacques, au Grand-Corneille; d*autre8 exemplaires ont cette adresse : A NeufcMtel, et se trouve à Paris, elles Bastien, Hbraire, faubourg Saint-Germain, rue du Petit- lion, 1779.

Cet ouvrage parut à la Saint-Martin de 1778, sous la date anti- cipée de 1779.

Un Ayant-propos, sans titre, débute d'une manière pompeuse : tt D'autres célèbrent les guerriers qui triomphent par les armes. Les Académies décernent des prix aux écrivains qui donnent un nou- vel éclat à la gloire des anciens ministres , des hommes de lettres distingués : moi, je vais jeter des fleurs sur la tombe d'un hon- nête homme, dont la vertu fut commune, et à tous les jours, pour ainsi parler... Il ne fut que juste et laborieux, qualités qui sont le fondement de toute société et sans lesquelles les héros mourraient de faim. J'ouvre une nouvelle carrière à la piété filiale n

A la suite de cet Avant-propos est la description des figures. La seconde partie du livre se termine par la table des matières ; suivie d'une notice sur le Nouvel Abeilard, avec le jugement de l'abbé de Fontenay. Restif y fy oute cette note, en annonçant que plusieurs de ses ouvrages viennent d'être traduits en allemand : u Je me propose de ne donner, par la suite, que des ouvrages non-seulement neufs quant à l'invention, mais qui contiendront un plan et des vues utiles au bonheur des hommes. »

Le héros de la Vie de mon père, Eklme Restif, fils de Pierre Restif et d'Anne Simon, était né le 16 novembre 1692, à Nitri, terre dépendante de l'abbaye de Molème, dans le Tonnerrois; il mourut, dans sa maison de Sacy, en décembre 1764.

C'est à la fin de la première partie de ce livre , dans une longue note en petit texte, que Restif expose ses prétentions nobiliaires d'après une tradition de famille. « Notre ancien nom était, dit-il , Monroyal ou Montroyal, et le surnom de Restif y fut joint en 1309, à l'occasion du templier Jean de Montroyal, qui, lors de la destruction de l'ordre du Temple , fut un de ceux qui le défendirent par des discours pleins de force et de vérité, devant les commissaires du roi Philippe le Bel et du pape Clément V. On croit que telle fut l'origine du surnom de Restif,,,.. » Plus loin, il donne une autre origine au nom de Restif :« Charles Restif, du faubourg Saint- Amastre, à Auxerre, protestant, rédigea une requête au roi Charles IX, au nom des autres religionnaires, pour avoir des écoles à leurs dépens, offrant d'abandonner aux catholiques celles qui étaient fondées... J'ai oui dire que nous avions des parents en Angleterre, de notre ancien nom, qui traitèrent de restifs ceux qui restaient en France. »


^^ BIBLIOGRilPHIK RAISONNÉK DSS OUVRAGES

Re8tif ne fait ici qae mettre en avant les vagues renseignements qu*il tenait de son père (voy. la Notice biographique de Palmézeauz, avec la note relative aux prétentions nobiliaires de Restif, p. 27 et 28). L*auteur de la Vie de mon père n*avait pas encore imaginé de faire remonter Torigine des Restif, de Bourgogne, à l'empereur Pertinaz. Sa généalogie, moitié plaisante, moitié sérieuse, ne fut ajoutée qu'à la deuxième édition de ia Vie de mon père, en 1780. Elle fut ensuite intercalée, avec beaucoup d'additions, dans les Parisiennes, et depuis on la vit reparaître, augmentée d*une manière fantastique, dans l'in- troduction de Monsieur Nicolas.

Voici comment Restif raconte Torigine de la Vie de mon père : n Débarrassé du Nouvel Abeilard, en me rappelant ce que mon père avait souvent raconté devant moi, pendant mon enfance, de son out ce qu'il a publié de son vivant n'est rien, comparé à ce qu'il laisse. Ces ouvrages l'occupaient conti- nuellement, même dans ses promenades : ils sont brûlants de l'amour de la vertu et foudroyants contre le vice et ses sectateurs.


DE &S8TIF DE LA BRETONNE. 161

Je publierai d*abord les Nouvelles, espèces de contes moraux qui for- meront trois parties, eomme les Lettres ; ensuite celui des trois grands ouvrages qui sera le plus tôt reyu par M. Didb&ot. »

En effet, le Catalogue du libraire, à la fin du volume, annonce les (Buvres posfhymes du Fils maudit par son père, sous presse, 3 vo- lumes.

Korthograpbe de cet ouvrage est régulière; Restif ne s*7 carac- térise que par la multiplicité des majuscules et par la réunion des mots à l'aide des moins d'imprimerie.

Restif, dans la Revue des ouvrages de F Auteur (1784), se borne à nous apprendre que là Malédiction paternelle (Ut composée en 1778 : « Cet ouvrage, dit-il, est une éruption violente de sentiment, surtout le premier volume et la fin du troisième. C'est la préface naturelle des Contemporaines, » Il n'en dit pas plus dans TExamen de ses ouvrages (tom. XVI de Monsieur Nicolas, page 4718). On a lieu de s'étonner qu'il passe sous silence, en quelque sorte, un roman bien supérieur à tous ceux qu'il avait publiés jusqu^alors. Il semble même éviter d'en parler, ou il en parle en homme qui n'a pas l'air de ravoir lu. Il ne s'occupe que des lettres d'ÉIise (M^^^ Tulout, une de ses idoles culties)^ qu'il avait insérées dans la troisième partie de ce roman {Monsieur Nicolas, tome X, pag. 294042). é La Malédiction paternelle, dit-il {ilnd,, pag. 2981), suivit immédiatement la Vie de mon père. J'ai dit que je fis ce roman, pour intéresser en ma faveur la jeune Constance, compagne d'Amélie ; j'avais pris le moyen d'y réussir, en y insérant le charmant épisode de Zéphire et de nos parties de la butte Montmartre. J'y rapporte les lettres d'Ëlise, etc. Cet ouvrage, pendant l'impression duquel mourut mon censeur Mai- robert, ne fut point achevé de parapher; le Dhemery ne le sut pas, et le DesmaroUes n'était plus dans les bureaux. » Voilà tout ce que Restif dit de cet ouvrage si remarquable.

Le premier volume et la moitié du second sont vraiment admira- bles; on peut comparer avec avantage cette partie du livre à la Nouvelle HéloUse de J.-J. Rousseau : vérité, passion, sentiment, style, tout y est; mais la suite est pitoyable. L'étude que nous avons faite des ouvrages de Restif nous autorise à croire que toute la partie du livre, qui se distingue par des qualités éminentes, est du censeur ladansat Mairobert, lequel écrivait ce roman et lé faisait imprimer au fur et à mesure par Restif, lorsqu'il se tua, dans un bain, pour échapper, dit-on, à un procès criminel. Restif, resté en possession de tout ce qui était alors imprimé pour le compte du pauvre Mairo- bert, continua et termina l'ouvrage à sa manière, en y insérant les lettres qu'il écrivait à des petites ouvrières en modes de la rue Saint- André des Arcs et les réponses qu'il recevait de ces aimables /éve- il


Itt BIBLIO^RilPHQB BàlSONllil DBS OUVRIGSS

nez, oomme il les appelle. La Maiédietian paiemeUe parut, un an après la mort tragique de Mairobert, sans avoir été approuvée par les censeurs, qui fermèrent les yeux sur cette irrégularité.

Restif avait dû être éclairé et renseigné sur le mérite exceptionnel de son livre, non-seulement par les comptes-rendus des journaux, mais encore par les éloges de ses amis; sa bien-aimée Félisette (MU0 A. de Saint-Léger) lui écrivait : « Je suis au 3* volume de la Malédiction patemelie.U y a de ces traits de génie qui font ouvrir la bouche et rendent stupéfait; on écoute son impression, sans pou- voir encore la définir. Mais, j'oserai vous le dire, il faut gravir péniblement et marcher dans les ronces, pour trouver les immor- telles. » {La Prévention nationale, tome III, pag. 448.) L'abbé de Fontenay, dans les Affiches de Province (20 sept. i779),avait dit de la Malédiction paternelle : « Ce nouvel ouvrage de M. Restif de la Bre- tonne est comme tous ceux que cet auteur a publiés , c'est-à-dire qu'avec des choses que le goût sévère a peut-être le droit de pros- crire, on y trouve un plus grand nombre de traits d'un naturel et d'une vérité, qui n'appartiennent qu'à lui seul.... M. Restif de la Bre- tonne s'élève au-dessus de lui-même ; il déploie dans ses idées une force, une énergie, qui imposent. Ces tableaux d'un pathétique som- bre et terrible sont dignes de la touche de Crébillon. »

Traduit en allemand. Leipzig, 1780, in-8».

XXIII

LES CONTEMPORAINES S en trois séries, forment 21 par- ties en 42 yolames, savoir :

1* Lbs GoNTEiiPORAïKBS, OU Avantures des plus jolies Femmes de Fâge présent : Recaeillies par N*******, et publiées par Timothée Joly, de Lyon, dépositaire de ses ses manuscrits. Épigraphe : « Il s'essaie, pal* ces histo- riettes ; bientôt il prendra un vol plus hardi. » Imprimé à Letpnck, par Bûschel, mwrchand4ibraire. Et te trouve

• 132 fr., Solar, 1800,— 125 fr. vélin, tr. dor., lYoM, novembre 1887.— 140 tt, broché (incomplet d'nne planche), lïoss, novembre 1888. — 296 fi^ demi-rel. veaa fanve (Exempl. Bertin), décembre 1868.— 450 fr. demi-reL non rogné, Cat. Ang. Fontaine, no 1142, 1870t — 376 fr., demi-reL non rogné, Lebert, 1874. — 2400 fr. mar. r. doB orné à petiu fera, ChambolMhtnh Cat. Ang. Fontaine, n* 2064, 1874.


DS BISTIF DE LA B&STONNE. 163

à Paris, chés Beîà^ rue Saint-Jacques^ près celle du^Platre^ etchés r éditeur, rue dt Mièvre. 17S0-17S2. 17 volumes, fig.

Cette première partie, dans laqiélle les premiera Tolumes eeule- ment cachent le nomdeRestif sous la simple initiale de N""*", qui semblerait se rapporter plutôt à Noufftaret qu*à Nicolas, puisque cette initiale est suivie de sept étoiles et ums de six, a été souvent dési- gnée par Fauteur lui-même, sous le titre de Contemporaines mêlées. Il y a des exemplaires qui portent Tadresas de la dame tfeuve Du- ckesne, rue Samt-Jacques, parce que cette liKraire avait acheté la moitié de l'édition de Contemporaines, en 8 volumes d*abord ; mais elle ne voulut pas continuer son marché, après le XVII* volume.

11 faut remarquer que les exemplaires qui portent Tadresse de la veuve Duchesne on^ subi des changements notables dans les pre- miers volumes ; on y trouve, par exemple, en tête du I*', une pré- face et une lettre de Timothée Joly, qui manquent dans les exem- plaires à Tadresse de Belin.

2* Les Ck)NTEiiPORAiNES-DUHX)]i]inN, OU Ayantures des belles Marchandes, Ouvrières, etc., de Tâge présent. Recueil- lies par N.-ErR**-D*-L*-B***. Imprimé à Letpsick, par BOs- chel, marchand-Ubraire, Et se trouve à Paris. 1782-1783. 13 vol., à partir du 18' de la collection, fig.

1,000 exemplaires de cette seconde partie des Contemporaines ont été tirés sous ce titre : les Jolies PemmeS'du-comnnm.

S"* Les GORTEMPORAINES-PAB-0RADATION .' OU AvantuTCS des Jolies-Femmes de Fftge actuel, suivant la gradation des principaux États de la Société : Recueillies par N.-E.-R** n*-L*B-***. Imprimé à Letpsicky par Biischel, libraire. Et se trouve à Paris^ chés la d^ t^ Duchesne, rue S^-Jaques. 1783, 12 vol. in-12, fig.

Restif a fait imprimer, pour un certain nombre d'exemplaires de la troisième partie, des titres ainsi modifiés : les Contemporaines gra- duées, ou Aventures des JoUes Femmes de la Noblesse, de la Robe, de la Médecins et du Théâtre. Dans cette troisième partie, qui se vendait à part comme les deux précédentes, le numérotage des volumes recom- mence à partir du xxzi de la collection : premier et trente et unième, et continue ainsi jusqu'au t. XLII, douzième et quarante-deuxième.


164 BmLIOGBAPHIX BAISONNÉI DS8 OUV&àGBS

La troUièm* mito ôm Ccntenyporainet est aniti la pliu rare et la plus eurieofe; elle Ta du .tome premier et trenie-wùème au tome dtmËième et quarante-^ieuxiène. Elle eontient 80 figures, dont un grand nombre d*estampes pliées ou doubles figures. Aucune de ces estampes n^est signée ; elles ne sont pas toutes de Binet, et Ton en remarque qui sont supérieures de dessin et de graTure à celles des deux premières suites. Dans ces figures, les modes sont encore plus originales et plus gracieuses que dans les estampes des deux suites précédentes. Quant à la petitesse des tétes, à la mignotmeeee des pieds, à la finesse des tailles, Restif 8*est surpassé, et Ton reconnaît son crayon dans ces incroyables exagérations. Il y a bien des rai- sons qui expliquent la rareté de cette troisième et dernière suite des Contemporainei : les figures et surtout les planches doubles ont été très-recherchées par les modistes et les artistes de la toilette féminine, non-seulement en France, mais encore à Fétranger, où Restif était considéré comme le souTcrain arbitre de la mode firan- çaise. Les quatre derniers volumes sont les plus rares, surtout ceux qui renferment les Femmes des petits théâtres. On croit que Tes- tampe de la 847« nouvelle (tome XXXIX, page 192) nous a conservé le portrait de la romanesque M»« Parangon (Foumier), femme de rimprimeur d*Auxerre et maltresse idéale de Restif.

Les titres des trois séries sont encadrés, et le fleuron change à chaque volume. Dans toute la collection, il y a quelques différences d'impression, soit pour la justification des volumes, soit pour le caractère, soit pour le papier. Nous ne savons pas même d'une ma- nière exacte en quel endroit les volumes ont été imprimés et réim- primés. Est-ce réellement à LeipsigT estrce plutôt en Suisse, à Berne, à Lausanne^ à Genève ou à NeulchAtel?

Les nombreuses figures, qui ornent ce grand recueil et qui n*ont ja- mais été signalées exactement (on n*est pas même bien d*accord sur leur nombre), nous ont paru mériter d*étre, sinon décrites, du moins dési- gnées de manière à pouvoir être facilement reconnues. Presque toutes ces'gravures, quoique d*un mérite bien inégal, ont été dessinées par Bir net ou par ses élèves, sous la direction de Restif, mais il faut supposer que différents graveurs d*ordre secondaire ont été employés, car beau- coup desdites estampes ne portent aucim nom d'artiste. Nous avons indiqué soigneusement tous les noms qui s'y trouvent mentionnés.

Chaque Contemporaine ou Nouvelle numérotée, ou ayant un titre, est accompagnée d'une estampe^ quelquefois de deux; ce qui fait un total de deux cent quatre-vingt-trois gravures, et non trois cents, comme l'a dit M. Monselet, et comme on Ta répété dans plusieurs catalogues.


DK BBSTIf DB UL BBlTOKlfS. 1»

JVofa. L«t flgorM doat !• titra Mt toiTl d'une * aont aTsat U l«ttra oa lau léfuida. Ce titra ii*Mt «Ion qiia celai de la Noayelle mène.

Tomet Itr et II, de 504 pagei.

FIf . 1. — Page S5. ira nouv. Le NouyeMi Fygmalion. L, Sinei in»., L. 5.

Btrihet Mu^p. t. — Page 75. f noar. n a perda la mémoira. Idem, idem, SL — Pftge 101. 3« noaT. ITimporte laquelle. 4. — Page 119. 40 nocnr. La Sonbratte par amour. 5» — Pftge 145. 5« nomr. La Petite Amoareue. flb — Page tSl. 6« noiiT. La Oriaette épousée. £. Bùiti in»., L,'S, Ber-

thêtteufy.

7. — Page M5. 7« BOUT. LHonneur édipcé par Famour.

8. — Page t79. 99 nouT. Le Garson-de-bontique. L, BiMt in»., £.-5.

BarCA«f J«i4>.*. •. — Page 838. 0« nouT. La FQle éelu^ipée. /dm, idem,

10, — Rige 866. lot BOUT, Lee Aieociée. /dfln, idem,

11. — Page 481. Ile nouT. Le Petit Auvergnat.

18. — Page 47L 18* bout. Le OarMD-PiUe. L, Bimt im., L, S, Bertket

Tomaa m et lY, de 878 pagee , 8 if. non ddfMe et 18 pp. dilfréee.

18. — Page 8. 18» nour. La FOle-Oareon. £. Bimi In»., L, S, Berthet eeuip,

14. — Page 48. 140 nour. La *****. L, Binei ûi»., L, Pepi» eeu^,

15. — Page 83. 15» nouy. La Mort-d*amour. L. Bkut ta».. £.-5. Bertket

eeufy. 18. " Page 111. 160 nour. Le Mariage caché.

17. >- Page 149, 17« nour. La Fille attrapée. L. Bimet in».. L, Pe^ tenfy,

18. — Page 177. 180 nouy. Le Pensionnaire.

19. — Page SOI. 190 nour. La FiDe séduite. L. Blnet in»., JL-5. Berthet

eeuip, 80. — Page 888. 800 bout. Le Msri à Fessai. Idem, idem, tu — Page 879. 810 nour. La Femme à Fessai. Idem, idem,

88. — Page 819. 880 nour. L'Attente trompée. Idem, idem,

83. — P. 849. 830 nour. La FUle naturelle. L, BiMetim., L, Pepi» eeulp,

84. — Page 883. 840 nour. L'Amasone. Idem, idem,

85. — Page 413. 850 nour. L'Ancienne Indinaâon. L, Binet im., L,^,

Bertket eeàlp,

86. -> Page 457. 860 nour. Le Premier Amour.

87. — Pagee 487 (496). 870 nour. Le Mari inyUible. 88» — Page 589. 880 nouv. La Mauralse-Mèra.

Tomes V et YI, de 684 pages

89. — Page 84. 890 nour. La Bonne Mèra.

80. ~ Page 66. 800 nouv. La Surprise de Tamonr.

81. — Page 114. SI* nouy. La Bonne Bellemèra.

38. — Page 808. 380 nouY. Le Joli-Piéd. L, Bheet im,, £,-8. Bertket JCi^p. 38. — Page 848. 330 now. Le Orime dnpe de lui-même.


lee BIBLIOGIULPHII &A.I80IfKÉi DIS OITVEàGES


F\g. 34. — Pag« t76. 34e noav. Le lfari-Dl«ii.

35. — Page 314. 35* noav. La Femme-Déesie. L. BImI tev., L,-S, Btr^

thettadp. 38. — Page 830 chiffrée tOf . 36« novr. L'Éprevre.

37. — Page 394. 370 hoqt. La JoUe-Laideron.

38. -- Page 438. 38> bout. La BeUe-LaSde. L. Bkmt k»,, £.-S. BerikH

ienlp. 30. ~ Page 480 ohiArée 434. SOtncmy. Le Modèle.

40. — Page 52t. 40« noav. Les Criaea. Première : la Ckmtrainte.

41. — Page 538. — Seconde criée : rBnlèTement.

42. — Page 582. — Troisième criée : lee Libertins.

43. ^ Page 574. ^ Quatrième crise : TAmant respectneos.

44. ^ Page 820. — Cin^ème crise : Le Chois.

Tomes VU et VIII, de 814 pages et 5 ff. non chiflMs.

45. — Page 2. 410 noav. Le Mariage rompn. L, BImM Irv., L,^, Hir-

thtt «ei^p.

46. — Page44.4tonoinr. La Jolie Voisine.

47. — Page 84. 43e nouv. La Mère qui fait nn amant pour sa flUe.

48. r- Page 124. 44* noav. Le Mari-Père.

49. — Page 170. 45e noav. L*Époase-Mère. L, Bmet Im.» L,'S. Btriktt

teulp.

50. — Page 214. 48e nouv. La Femme vertueuse malgré elle. Idem, idtm.

51. — Page 270. 47* nouv. La Vertu inutile. Idem, idem.

52. — Page 328. 48e nouv. Le Beau-Frère amoureus.

53. — Page 382. 49e nouv. La Faiblesse punie par elle-même.

54. — Page 482. 50e nouv. La Fille de mon hôtesse.

55. — Page 484. 5ie nouv. La Maltresse infirme.

56. — Page 524 chiilMe, 324. 52* nouv. La Dédaigneuse.

Tomes IX et X, de 824 pages et 8 fT. non chiffrés.

57. - Page 2, 53« nouv. Le Père-Valet,

58. ~ Page 44. 54e nouv. La Beauté do-jour.

59. — Page 136. 55e nouv. Les Progrès de la vertu.

60. — Page 202. 56e nouv. Les Progrès du libertinage. 81. — Page 252. 57e nouv. L*Eunuque.

62. — Page 292 chiffrée 170, 58e nouv. Le Demi-Mariage.

63. — Page 338. 59e nouv. Le Libertin fixé. 84. — Page 414. 60e nouv. La Fille vengée.

65. — Page 450. 81e nouv. Les Deux FUles des deux veufs.

66. — Page 488. 82e nouv. La Malédiction.

67. — Page 538. 83e nouv. UAvantorière épousée.

68. — Page 576. 64e nouv. La Mariée par force.

Tomes XI et Xn, de 730 pages.

69. ~ Page 2. 85e nouv. La Raligieuse-par*force.

70. — Page 40. 88« nouv. La FlUe dévouée.


DS RESTIF DS LA BRETONNE. 1«7


Fig. 71. — Page 116, 67o noav. Premier exemple des tovors Jalomaee. n, — Page lS8f — Deuxième exemple.

73. — Page 192, — Troisième exemple.

74. — Page 828. 600 nonr. Le Loop dans la bergerie, et le Sorcier.

75. — Page 372. 69« noar. La Nouvelle Sara. 7e. — Page 406. 70« nooT. La Ooqnette.

77. — Page 468. 710 noar. La Fille-eirtretenue.

78. — Page 518. 72e noQT. La Capricieuse <m le Mariage par échange.

79. — Page 656. 73« nouv. Les Sx Ages de la nile. 1er Age, la Qoin-

aenaire.

80. — Page 584. — n« Age, la '^nbogtenaire.

81. — Page 614. — m* Age, la Trentenaire.

82. — Page 646. — IV« Age, la Qnarantenaire.

83. — Page 670. — Ve Age, la Cinquantenaire.

84. — Page 700. — Vie Age, la Soixaatenalre.

Tomes Xin et XIV, de 672 pages.

85. — Page 2. 81e noinr. La Uorte-'^yante.

86. — Page 28. 82« nonr. Le Mort- Vivant, on PHomme qoi vent se sur-

vivre à lui-même.

87. — Page 74. 83e nouv. Le Mariage-enfantin.

88. — Page 138. 83* nouv. La FQle Sensée.

89. — Page 204. 85« nouv. Le Père confident de sa flUe.

90. — Page 386. 86> nouv. La FiUe-voilée.

91. — Page 428* 87« nouv. La Fille masquée. 92« — Page 470. 88« nouv. L'Actrice vertueuse.

93. — Page 486. 89e nouv. La Fanfarone de vertu.

94. — Page 534. 90e nouv. Le Kgame.

96. — Page 576. 9ie nouv. Le Demdème Bigame.

96. — Page 586. 9ie nouv. Le Faus-Mari.

97. ~ Page 626. 92» nouv. La Fille v olée.

Tomes XV et XVI, de 784 pages et 11 ff. non chifflrés.

98. — Page 2. 93« nouvelle. LaFUle-li-la mode.

99. — Page 102. 94e nouv. Les Qui-pro-quo nocturnes.

100. — Page 210. 96e nouv. La Fille à bien-garder, on Avis aux Parens qui ont des filles précoces.

lOU — Page 274. 96e nouv. Le Bourru vaincu par Tamour, on le vrai Se- cret à donner aux femmes.

102. — Page 322. 97e nouv. La Nouvelle-Hélolse et le Nouvel-Abeilard.

108. — Page 370. 96enouv. La Femme-mari, ou le Mariage clandestin.

104. — Page 456. 99« nouv. L'Épreuve malheureuse, ou le Nouvel Abxla.

106. — Page 508. loœ nouv. Le Ménage parisien, ou la Coz\juration dé- voilée.

106. — Page 606. lOle nouv. La Femme-Trésor, ou la Femme-seoratle- ment-anteor.


les bibliogeiphh RÀisoifiiii dis omrRàais


Fig* 107. — Page 65t. 102« noar. La M attreate tirAe an aort.

lOS. — Page 6B6. 108« noar. La Femme aveugle, et le Mari lovrd.

Tomea XVn et XVIII, de 624 pagea.

109. — Page 10. 94« noav. La Sympathie patenieUe.

110. — Page 8S. 96e bout. La Pille reconnoe.

111. — Page 158. 96« noQT. La Femme aédoite par am mari.

lis. — Page MO. 97e bout. La Femme tardive, ou la Dernière Aventore d'nne femme de qnarante ana.

113. ~ Page 254. 98* nonv. La Fille-de-troia-oonlann.

114. — Page 294. 99« cotée 100* nonr. La Jolie Conrtitoe.

115. — Page 354. 100« ootée 90* nonr. La Jolie Yieittenae.

116. — Page 404. lOie nonv. La JoUe-Rarandenae.

117. — Page 432. 102e nonv. La Belle Eyontière.

118. — Page 468. 108* nomr. La JoU*>Fonrrenae.

119. — Page 516. 104« nonv. La Jolie-Coifeose.

120. — Page 564. 105« nonr. La BeUe^hapelière.

Tomea XIX et XX, de 564 pagea.

121. — Page 2. l** on cvin* nonr. La Jolie Bonnetière, on la Fille trop

flère de aa beantè*. JVofa. Lea nonrellea 106 et 107 aont anx pages 192 et 214. 122* — Page 84. 2« nony. on cix. La Jolie-Mercière*. 128. ~ Page 72. 3« nonv. on ex. La Fille du eaTetiei^n-coln*.

124. — Page 94. 4« nonv. on cxi. La Fille-du-bénitier*.

125. — Page 128. 5« nonr. on cxn. La Jolie-Pelletière*. 126L — Page 164. 6« nonv. ou cxni. La Jolie-Plnmassière*.

127. — Page 192. T nonv. on cvi >. La Matrone de Paria*.

128. — Page 214. 8« nonv. on cvn. La Mère groaae pour «a fille*.

129. — Page 288. 9« nonv. on cxiv. La Belle- Boulangère*.

130. — Page 322. 10« nonv. on cxv. La Belle-Pâtissière*.

131. — Page 358.11* nonr. ou cxvi. La Belle-Bouchère*.

132. — Page 394. 12* nonv. on cxvn. Lea Quatre Belles-Chaircnltières*.

133. — Page 422. 13* nonv. on cxvm. Les Quatre JoUes-Rètisaeuaes*.

134. — Page J66. 14S nonv. ou cxxx. La Belle Restauratrioe*.

135. — Page 504. 15* nonv. on cxx. La Belle Marchande-d»>vin*.

136. — Page 536. 16* nonr. on cxxi. La Belle-Éc^Uenae*.

Tomes XXI et XXII, de 648 pagea.

Fig. 137. — Page 2. 17e <m cxxn» nonv. La Petite-Regratière*.

Nota. La figure donne un portrait de Restif très-ressemblant.

138. — Page 34. 18« ou cxxm* nonv. La Jolie-Fruitière *.

139. — Page 64. 19* on cxxv« nonv. Les Filles-d»-modes*.

140. — Page 164. 20« on cxxvo nonv. Les Jolies-Coutnrières*.

> Nota, n y a ici, dans la nomendatnre des Nouvelles, une interversion, par suite de l'omission plus haut des nouvelles 106 et 107.


DB RB8TIV DB Là BBITOHHB. IW

Fig; 141. — Page tÛ8. Sl« on oxxvie noaT. i& «t m^ ^oUfls-OoatiirièrM *. 14S« — Page S34. 22» oa cxxTii* nonr. La Jolie- Agrémiiiiato*.

143. — Page S72. 23* on cxxvni* nouT. La JoUe-DenteUiàre*.

144. — Page 30f. 249 ôa cxxixe noiiT. La Jolie-Oaiière*.

145. — Page 354. 25* on cxxx« noQT. La BeUe-Épicière *.

146. — Page 388. 20* oa cxxxi* nooT« La Belle-Limoiiadière *.

147. — Page 422. 27* on cxxxn* noor. (mal cbiftéeoxzxxm*). La Ptttlte-

Laltière*.

148. — Page 458. 28* oa cxxxm* noav. La Jolie-Crémière*.

149. — Page 488. 29* oa oxxxxv* noav. La BeUe-Cooflseuae*.

150. — Page 534. 30« oa cxxxT* noar. La JoUe-Parftimeaae*.

151. — Page 588. 31e oa oxxxti* noav. Les Méchantes et les Bonnes-Per-

raqnières*.

152. — Page 806. 32« oa oxxxyn* noar. La JoUe-Boarsière oa la FQle

dotée*.

Tomes XXm et XXIV, de 550 pages et 7 feoUlete non chiAés.

153. — Page 2. 33* ou cxxxvm* nouv. La BeU»-ChandeIiére*.

154. — Page 30. 34* oa oxxxix* noav. Les Onse-Marchandes oa les Ama-

sones-modemes *.

155. — Page 126. 35e oa CXL« noar. La JoI{e-Fnie-Ti4>i8sière*. 158. ~ Page 176. 36* oa cxu* nouv. La Jolie-Lonetière*.

157. — Page 204. 37* oa cxuie nouv. La Perflde-Horiogère*.

158. — Page 236. 38* oa cxun* nouv. La OentUle-Orfévre*. 150. ~ Page 282. 30e oa oxuve noav. La Jolle-Poliasease*. 180. — Page 810. 40e oa cxLve noav. La Jolie-Tabletlère*.

161. — Page 346. 41* oa cxlvi* noav. La JoUe-Menniaière oo rinfldèle

ramené*.

162. ~ Page 408. 42* on cxLvne noor. La BeUe-ÎVnmeliére*.

163. — Page 434. 43e oa cxLvme nouv. La JoUe-Marchande-de-masiqae

on laCoqœtte par verta*.

164. — Page 476. 44* oa cxuxe noav. La Jolie-Fille-de-boatiqae ou le

Mariage de conscience*.

165. — Page 508. 45e (cotée lv) oa cl* noav. La Jolie-Brocheuse*.

Tomes XXV et XXVI, de 650 pages.

166. — Page 2. 46 (cotée 56) oa eu* nouv. Les Quatre Petites-Ouvrières*.

BiMst isn„ B.-A, Giraud Valbtéieulp, 1782. ie7« ~ Page 48. 47* ou cuie noav. La Jolie-Lingère et la Bigamesse*. 168. — Page 74. 48* ou cun* nouv. La Jolie-Blanchisseuse*. 180. — Page 104. 49* on cuve nouv. La Jolie-Cordonnière ou la Coquette

par vertu*. 170« — Page 140. 50e on CLV* nouv. (L'explication du siyet en regard et le

titre qui suit portent lunxantiètM tUMcelU, La JoUe-Fourbisseuse

ou la Femme-courtisane*.


170 BIBUOOBAPHIS RAISONlfÉK DBS OITVIULGSS


Flg. 171. — Page 176. 51« <m clti« iunit. (L*«zpUoatioik da «^«t en regard et le titre qui suit portent : êoixante^mSime nùmeUê,) Lee-Bpooaes- par-quartier : la Jolie-Boiurrelière, la JeUe-Balancitee, la Jolie- Gatnière, U JoUe-Vitrière*.

172. — Page îtL 5t* on CLvn* novr. Les Femmes qni trompent leurs ma-

ris : la Belle-!****, la Belle-Panmière, la JoHe-Layetière, la JoUe- Perblantlère*.

173. — Page 282. 53* ou CLVin«nouy. (L'explication du s^jet en regard

porte : eitiqiumte-hàtièiiu nomtelle.) Les Femmes qui rendent heu- reus leurs Maris : la Jolie-Batteuse-d*or, la Belle-Tireuse-d*or, la Belle-Ârgentense, la Jolie-Perlière *.

174. ~ Page 340. 54* 'ou clix« uout. Les Femmes qui haïssent leurs

Maris : la Belle-Carrossière, la Belle-Boutonnière, la Jolie-Fri- pière, U Jolie-Ceintnrière*.

175. — Page 384. 55* ou cLx« nonv.

Les Femmes ^orieuses ) . , ... , -, ? ^ } de leurs Mans :

Les Femmes honteuses \

La Belle-Estampière, la Belle-Loueuse-de-carrosses, la Belle- Ëtrennière-Joigoutière, la Belle-Brodense-Chasubllèro, la Belle- Maquignone, la BeUe-DébitantO'de-tabac*.

176. — Page 452. 56« ou cuu^ nouy. Les Femmes qui font la fortune de

leurs Maris : la Belle Fayancière, la Belle-Gordière, U Belle-Tour- neuse, la J<die-Rempai]leuse *.

177. — Page 480. 57e ou cLxnP nouv. Les Femmes qui ruinant leurs Ma-

ris : la Belle-Marchande-de-bois, la Bell»Orande Charbonnière, la Jolie-Tuilière-Ardoisière, U Belle-Hdtelière, U JoUe-Lainière, la Belle-Blatière, la Belle-Oiselière, la BeUe-Intendante-de-maison. Planche pliée à deux compartiments*.

178. — Page 552. 58* ou glxui* uout. Les Femmes laides aimées de leurs

Maxis : de Tailleur, de Peintre, de Sculpteur, de Masson*.

179. — Page 506. 50* ou cLxnre uout. Les JoUes-Femmes haies de leurs

Maris : la Jolie-Loterière, la Belle-Poèlière-Chaudronnière, la Jolie-Arquebusière-Potière, la Bell»-Taille-doucière *.

Tomes XXVU et XXYin, de 590 pages.

180. — Page 6. 60e ou clxv« nouv. Les Femmes qui portent4naIheur àleurs

Maris : la Belle-Marchande-de-soieries, la Belle-Ferronnière. Estampe à 2 compartiments*.

181. — Page 74. 61e ou cLXvie nouv. Les Femmes qui portent bonheur à

leurs Maris :

La Bellb-Cafetière \

La JoUe-Pâtissière > des Boulevards.

La Belle-Traiteuse ;

La Belle-Ouinguettière, la Belle-ÉvantailUste*.


BE BIBTIF DE LA. BBITONWE-


171


tailt, de BouqaeU, de Bonnets-mootém de Poudre et Po-^J-J^e ; de Gaufrée, de plaUirt, etc.; de Fruité, de Fromaget et d (Buf.- nya$M. Binet ûm., 1791. S.-A. Gvnud raM\ 1«L - Paite 208. «3* cm CLXvm* nouv. La BeUe-Imagère ou la FiUe-dupe ^fL!«o,aerle. Binet in.., 1782. E.A. Giraud VcM*,

184, - Page M6. 64» ou olxix» nouv. La Petite^ureuse ou la FUle-Ins-

trumenVde-Tengeance *.

185. — Page 282. 65« ou !'• CLXX» bout.

Lea Veuvee oontentee j ^^ j.^^^ . ~ f&chée 1 La Belle-Vinaigrière et U Oriére, U J6lie-Peaa8«i*re Corroyeuse, U JoUe-Découpeuse. la JoUe-Coloriete, U BeUe-A«idonlère, U JoUe-Tabagiete. U JoUe-BrWeuee-de-gatonf . la Belle-CouteWie. la JoUe-BroBselîôre. la JoUe-Traiteuee et la JoUe-Papetltee, la JoUe-Grayeuee*. 188. — Page 318. 65e ou 2e CLXX. L'Orfeline bourgeoise*.

187. - Page 870. 88» ou QUOJfi nottT. La paie-de.portwr.d'eatt ou la

2<* Griaette4&pouaée*. Oette ertampe xnaaqpie aouvaiit.

188. - Page 414. 67e ou oLXMi* (chUfrée OLXXine) nouY. La Petlte-

Oublienee, la JoUe-Bonbonière*. 180. - Page 452.e7iou cLXxme (cbUfrée CLWmre) bout. La JoUe-Pemme-

de-chambre, la Jolie-Cuidnitoe*. 190. - Page 486. 69e ou cLXxnre nouv. La Belle^ar^nière, la BeUe-Bou-

quetiàre*.

191 - Page 522. 70* ou CLXX^e nouv. La JoUe-PoIwarde, la Jolie-Gargo-

tière, la Jolie-Tripière, la NouvèHe-Débarquée. U JoU^DanMuae- de-guingnette*.

Tomes XXIX et XXX, de 566 pages, plus 4 feuiUets non chiffrés.

192 - Page 2. 7ie ou CLXXVie nouv. Les JoUes^Weuses : de cerises.

prunes, abricots, etc., de pommes poires-cuites, et mouron : de poi»ramAs, ou la Petite-Écosseuse : de viens chapeaua*.

193 ~ Page 42. IV ou CLxxvne nouv. Les JoKes-Crieuses ou les XX

Filles des Basses-professions de Paris : la JoUe<31iansonnlère, la BeUe Petite-Charbonnière, U Belle-Paindèpicière, la JoUe-Her- bière et la BeUe^aladièro, la JoUe-Beurrière, la JoUe-Fromagère, la Petite-Harengère, la JoUe^oquetière, la QentiUe-Orangère, U JoUe-Brocanteuse, la JoUe-Cartonnière, U JoUe-FoumaUère, la Petite-Amadoueuse, la JoUe-Cardeuse, U Jolie-Fflandière, la JoU^yOouverturière, la JoUe-Bnlumineuae, la JoUo-Fleuriste, r Ai- mable^Colporteuse. Estampe double pliée*.


m BiBLiocHUPBii aAisoNifii ras omiutts


FIg. IM. ^ Page IM. 73* on glxxyiii* bout. La Jolto-LoBiu» da chaiaat >*.

195. — Page tu, 74* on clxux* nouv. Lee Joarnalièrea : la Feauae^e-

Grocheleor, la BlaachiaaetueHle-bateaa, la Bobeliaenee et-Affl- chente, la Feeeoee-de-mènagea *.

198. — Page tmL 74* ou cuuux* (180«) iunit. La Coorâaaae-TertaeQae

oa la VeitaHiaiis-le-vice *. Bmtt Uu,, Ginmd lejeum taify, 197. — Page 33t. 75* oa cluop (161«) nouT. Lea Troia-Jollea-Bâtaidee *. Bimtt hn,t Gvnmd UJmaiê scê^,

196. — Page 378. 73» ou CLxxTine (Igf) nonv. La Jolie-Pajnamie à Paria *.

199. — Page 450. 78* ou ouLxxin* noar. La Femme-de-laboiireiir*. Bûut

dêL, Pmifuet sat^. MÛ. — Page502.79*OQCiJLXiT«iioiiT. LaJoUe-ySgneronBeoalen'AJiioiir* Binet dêL, Panquêt teulp,

ToBea XXXI et XXXU, de 000 pages.

SOL — Page 4. lr« oa euLxxy bout. La Dacheaae oo la FeauBe ^1-

Hde. Bmêt dêL, Ptmguêt, «ei^p. fOt. — Page 80. 180* now. La Ifarqaiae, la Gomteaae, la Barooe et la

Yieomteeae, on les Femmes da beMr. 908. ~ Page 98. — Seconde estampe. La Ifazqaise et la Corn-


904. — Page 158. — Troisième estaaps. La Marquise et la Ba-

roae. 906. — Page 840. — QuatrièsM estampe. La Ifazquise et U Vi-


906. — Page 890. 1870 noar. La Maréchale ou la Oouremaate. CBmH

dêL, S, GirêMd têtbêéteidp.

907. ~ Page 330. 188* nooT. La OoaTeneuAe on la Femme bienfesante.

C. BtMêi 1783. B. Giramd raMêcufy, 206. — Page 456. 109* noay. La Femme-d*ofllderoo rinnocence recoonue.

Bùtêt dêL, PoKfUêt «eu^. 209. ~~ Page 524. 190* noav. Let-Femmes-de-garniaoB. 910L ^ Page 564. 191* nouT. La Dédaignease Provinciale.

Tomes XXXIII et XXXIV, de 586 pages et 1 ff. non chiflM.

211. — Page 2. 192* nouT. Amélie on la Fille trompée-sar4a-voeatlon. Bi-

net dêLt P. Baguùg fiHui seulp,

212. — Page 88. 193« nouv. Septimanie ou la FUle qol craint-de-faire-un-

Rnfant. Binêt dêL, P. Baquoif fUùa iodp.

213. ~~ Page 80. 194* nouy. Hélène on la Cousine-germaine.

214. — Page 176. 19S« nony. Léonore ou la Constanoe-couronée.

215. — Page 224. 190* noay. Angosta on la FUle qui refVise son amant pour

son amant.

t Nota, Cette estampe offre le portrait de ResOt Avec son costume d*ol>- seryateor, ainsi que le portrait de Grimod de la Reynière flls, qui est le héros de l'histoire.


DB BESTir DB LA BBBTONNB. 173

Fig. S16. — Page 256. 197* noQT. ÉmDie oa r0rfèlin»4e-Mère.

517. — Page 8tt. 19Bo noar. La Fffle-mariée-par-procarenr.

518. '- Page 356. 199* noav. Les Stton-maltreaaes. Bmtt mo., P, Bà-

çuojf fUiut êeulp, tl9. — Page 386. tOO* noor. Les JoUes-ConnIteasea. fM. — Page 430. 201* nony. Les RiTales. Stl. >- Page 466. sot* novr. La Jolie-Nièce et la MaaTaise Tante. 2SS. — Page 536. 309* ncnr. La FUle-adaltérine et la ManTalse Epooae.

Toaua XXXV et XXXYI, de 548 paget et 7 ff. non eUifréa.

323. — Page 2. 214* noUT. La Présidente ou la Famme-Alosofe i *.

224. — Page 34. 215* nonv. La Conseillère ou la Famme-dèvote*.

225. — Page 64. 216» nony. L*Intendante on la Famme-à-donie-ans, laTré-

sorière ou la Famme-èryingtcinq-ans*.

226. — Page 108, 217e nouy. Les Maltresses-dea-Reqnétes, la BeUe-QnA-

tense et la Dame-de-charité *.

227. — Page 154. 218* nouy. i. La Lientenantegénérale on la Bonté-des-

fanunee. — n. La Présidente-au-présidial, on la FanuneHHi4aid- mari. — m. 1** Conseillère, on la Fanune-mise-à-la-raison. ~ rr. 2^ ConaeUlère, on la Faaune-ayide. — y. L*Ayocate-dn-roi, on la Famme-qni-prend-dn-tabac Estampe à 5 compartiments, pliée*.

228. — Page 230. 219« nouy. yi. La Snbdeleguée, ou la Famme-qni-fait-

représenter. — yn. La Directrice-des-aides ou le Capiice-d'ln- clinadon; la Presldente-ii-rEleccion ou la Famme-dotée. — IX. L'Elue, on la Belle-Famme-plua-âgée-qne-son-maii. Estampe à 4 compartiments, pliée *.

229. — Page 280. 220* nony. i. La Maîtresse particulière des eaa»«t^oréU,

ou la JoUe-Botteuae. — n. La Procorense-dn-rol, ou la Famme de- libertin. — m. La Présidente-au-grenier-à-sel, ou A quoi tient la yertn des fammes.— ly. La Conseillère, on la Famme-qui-respeete- sa-beanté. Estampe à 4 compartiments, pliée*.

230. — Page 338 (cfaiflMe 108). 221* nouy. La Bailliye et U Prooorsnse-

flscale, ou l'Innooenoe-du-bon-yieux-temps. Estampe à 8 compar- timents, pliée*. 281. — Page 354. 223* nouy. La Jolie-Oreffière, ou la Troisième-Famme *.

— Page 376. 223* nouy. La Belle-Commissaire, ou rAmour-flsiq*.

— Page 410. 224* nouy. La Belle-Notaire, on l' Amant-moral*.

234. — Page 436. 225* nouy. Les Deux Adyocates, ou le Présenratif *.

235. '- Page 470. 226* nony. La PtDcureuse, ou le Curatif*.

236. — Page 504. 227* nony. L*Hnissière, ou la Famme aldoltère avec ses Maris*.

287. — Page 528. 228* nouy. L'Bxc-u, épisode en yers*.

Tomes XXXVn et XXXYIII, de 600 pages.

238. — Page 2. 228< nony. La Financière, on la Famme yiyaate dn mari yeuf*.

I Noté. Portrait de Restif sons le nom d*iM Pkthiopkê.


174 BIBLIOGAIPH» lUISONNÉE DBS 0UVBJL6S8


Pig. t39. — Page 3t. 229« wnit. La Sowfamiièra, oa la FaniM-anx-ain*.

240. — Page64.230«noity.LaRaoeT«iiaedMtâaiM,oiilaPaiiiiii»4éooiide,

et la Pajeote en rentes*.

241. — Page 64. 231< now. La Jolie-Ban^ère, oa la FaoBine-ctérUe*.

242. -^ Page 122. 282* nonv. i. lia Ifalreeae, oa U Oo^ettA'proToqnante.

— n. La l- AMeaaeaae, oa la JoUe-liaigre. >- m. La 2^ Aetes- seoee, ou la Ctarane-Dondoo. — ir, La 1** Aoheyine, tomomiiée la-CamasM. — t. La 2^* AchermOf oa la Fanune-aa-graiid-néa.

— Ti. La a* Écherine, oa le PetivByoa.— yn. La4«Échevi]ie, oa la araade-Famme. Estampe à 7 compartiments, pliée*.

243. — Page 168. 233« noar. La Belle-Boargeoise et la Jolie-Servante*

Bmêt in»., Crûwtd lejêmêêcidp,

244. — Page 196. 234* noav. i. La Peintresse, oo la Femme^'Impoissant.

— n. La Scolpteose, oa la Morte-Fille, qoi ressuscite famme. ~ m. La Qrayeose, oa la Fille-heorease^par-ane-faiblesse. — rr. L'Architectisse, on la Famme^u-mari partagé. Estampe à 4 com- partiments, pliée*.

245. — Page 242. 235o nouv. La Belle-Négodante et la Jolie-Négresse*.

246. — Page 292. 236* noay. La Belle-Drapière, ou la JoUe-Famme-en-

faillite*.

247. — Page 314. 237« noav. La Famme-de-Médecin, oa le Bain-partica-

lier*.

248. — Page 354. 238tnouv. La Jolie-Ghirargienne, ou le Bain-pabliq*.

249. — Page 388. 239* noay. La Belle-Ocaliste et la Jdlie>Denti8te, ou

les Filles-historiées*.

250. — Page 416. 240* noav. L*Aimable-Apothiqaaire, ou l'Époase plfts-

Jcïie-famme-qao-fllle *.

251. — Page 452. 24lo nooy. La GentUle-Herboriste-Botaniste, oa la

Famme-de-compagnon *.

252. — Page 486. 242o nouy. La Jolie Sagefamme et la Fille crae-Garson *•

253. - Page 560. 243s nouy. La Jolie-Qarde-Malade*.

254. — Page 582. 244* noay. La Jolie-Noorrice, oa ringénieose*.

Tomes XXXIX et XL, de 702 pages et 1 ff. non chiffiré.

255. — Page 24. 245» nouy. (mal chiffirée 242). Les Fammes Aateors. Es-

tampe double, pliée*.

256. — Page 140. 246* nouT. La Famme-d'Âuteur*.

257. ^ Page 192. 247enoay.LaBeUe-Imprimettse,oulaFammo4ongtempB-

dèsirée*.

258. -^ Page 270. 248e nouy. La Bdle-Libraire, ou la Yie-de-larrose et la

Marâtre ; la Jolie Papetière ou la Bonne-Amie*.

259. — Page 300. 249e nouv. La JoUe Relieuse, ou la Pauyreté-Tertaeuse ;

la Jolie Parcheminière, ou la Famme-fidelle^ar-imitacion*. 200. — Page 336. 250e nouy. La Jolie Fondeuse4e«araGtères,ou la Femme

impérieuse ; la BeUe-Plombière, ou la Famme-sonmise. Estampe

plus grande qae les autres, pliée** 261< — Page 370i 2Sle nouv. La Fille-d*homme4i-projeU *.


-DB BUTIF DS Lk BRETONNS. 175

Pig. ses, — Page 4M. 252« nomr. La Pamm»ikla-mode ; rintrigante ; la Com- plaisante*. 963. — Page 512. 252e bout. La Maitrene-d*homme-eii-place*.

264. — Page 548. 2S3< noay. L'Entremetteose pour plÙ8-d*ane-affaire, ou

rSmploi de trois oent eoixante-six-mOle-livres-de-rente*.

265. — Page 576. 2549 iKçnr. La Jolie^SoUicitenae*.

266. — Page 600. 255^ nouT. lia GoaTemante^e-oélibataire*.

267. — Page 62a 256» nour. La FUle-entretenue etlaPUle^e-joie*. Binet

me., 1783, Giràud te Jmanê êoUp,

Tomee XLI et XLII, de 568 pages et 12 feuillets non chifflrés.

268. — Page 2. 257« nouv. Actrice-bourgeoise*. 260. — Page 44. 2S8s nony. Les Musiciennes*.

270. — Page 70. 250e nouv. Les Opéradiennes*.

271. — Page 88. 260* nour. Les Chanteoses-dee^choBUrs*.

272. — Page 114. 261» nonv. Les Danseoses*.

273. — Page 148. 262e nouY. Les Figurantes*.

274. >« Page 106. 26ae nonv. Les Tragédiennes*.

275. — Page 220. 264e nonv. Les Comédiennes*.

276. — Page 248. 265e nonv.Les Ariettense8,.Opéradiénne>comiqueetDra-

miste*.

  • 277. — Page 266. 266e nouv. Les Actrices italiennes et la Dramiste*.

278. — Page 306. 267e nouv. Les Actrices-des-Yariétés*.

279. — Page 324. 268s nouv. Les Aotrlces-Âfébi^es*.

280. — Page 350 (cotée 450). 260s nonv. Les Actrices des pièces dn Fu-

nambul*.

281. — Page 380. 270s nonv. La Danaense-de<H)rde et la Baladine*.

282. — Page 404. 271« nouv. La Jolie Paradeuse*.

283. — Page 426. 272e nouv. La Belle-Charlataae*.

M. Charles Monselet a vu, dans des exemplaires d'amateurs, quelques esquisses et quelques dessins qui ont servi à Texéeution des estampes ; mais on n*a pas encore signalé, dans ces estam- pes, différents états, ni des modifications notables exigées par la censure, qui était plus indulgente pour les gravures que pour les livres. Il parait pourtant que certains portraits trop ressemblants ont dû être changés.

Les nombreuses figures des Contemporaines ont coûté beaucoup d^argent, et ce n*est pas Restif ni ses libraires qui en ont fait les frais. Nous avons supposé que les premiers fonds lui avaient été fournis, soit par Butel-Dumont, soit par Orimod la Rejnière, soit par quel- que autre Mécène. La plupart de ces estampes, quoique non signées, peuvent être attribuées à Binet, pour le dessin, et à Berthet, pour la gravure; cependant on trouve d'autres noms inscrits au bas des planches : Qiraud Talné et Qiraud le jeune, Pauquet, Baquoy, etc.

On ne peut douter que Restif n'ait été le directeur absolu de la


176 BIBLI0GR4PHII 1UI80NNÉ1 DK8 OUVEAGSS

gravure des estaxnpes, qu'il confiait trop souvent à des artistes d*un ordre inférieur, qui étaient peu payés, mais qui gâtaient les com- positions de Binet. Restif n'a pas eu honte d'imprimer textuelle- ment et sans explication (à la fin du tome XX de la seconde édition des Çcnten^fùrames^ n* 127) cette lettre brutale et peu intelligible qa*il avait reçue d'un de ces graveurs : « Je suis fort surpris qu'après avoir accepté l'offire que je vous avais faite, qui était de me rendre ma planche, en vous remettant vos 36 livres... et ce qui m'étonne, c'est que vous ne m*aves point encore dit si vous la gar- diez, ni même si vous la faisiez finir. Or donc, comme je veux finir, vous aurez la complaisance de me rendre réponse, si vous me la gardes et me la payes, en me donnant 60 livres, ou me la rendre, ainsi que vous me l'avez fait dire. Si vous ne daignez pas me ré- pondre, j'espère que vous voudrez bien permettre que celui qui n'a pas l'honneur d'être, vous apprenne, en vous frottant les oreilles, qu'on ne ne se f.... point de lui impunément. Quillau fils, gra- veur. »

On sait, par Monsieur Nicolas, que Binet s'était soumis, avec la plus complaisante docilité, à tous les caprices bizarres de Restif qui lui imposait des types et des formes, qu'il avait rencontrés dans son imagination plutôt que dans la nature. Binet était un très-bon et très-habile dessinateur ; il consentait néanmoins à donner des tailles de poupée et des pieds d'enfant aux femmes qu'il représentait. Restif lui amenait comme modèles une foule de pieds bien chaussés, qu'il avait trouvés dans la rue. Les estampes des Contemporaines furent donc très-justement critiquées par les artistes et par les gens de goût.

Un dessinateur, nommé Brion, écrivait (vers 17817) à Restif: « Les vignettes des ContemporaÎTies m'en ont paru, ainsi qu'à tous les con- naisseurs, dénuées de toute vérité ; ce qui est d'autant plus étonnant qu'on se pique aigourd'hui d'en avoir de belles, même dans les mau- vais ouvrages... Il en coûte si peu à l'homme qui sent, de mettre les expressions à leur place, les figures à leur planl... Je serais bien flatté qu'il vous plût de mettre à l'épreuve mes talens naissants, en me confiant le programme d'un de vos sujets ; je tâcherai de le traiter de manière à vous inspirer peut-être l'envie de m'agréer pour votre dessinateur... » Yoy. la 24* lettre, à la fin du tome XIX des Contemporaines^ seconde édition.

Un autre dessinateur qui ne fut pas sans réputation. Sergent, de Chartres, s'était offert plus d'une fois pour faire gratuitement quel- ques dessins destinés à la seconde édition des Contemporaines^ et Restif n'avait pas accepté cette oflVe. « Auriei-vous été blessé, lui


DB BBSTIF DB LA BRETOMNB. 177

éciÎTait Sergent le 19 septembre 1785, de mes observations sur les compositions qui sont à la tète de chaque nouvelle de vos Contemporaines? Mais qu*a de commun le pinceau de M. Restif avec le crayon bizarre et incorrect de Tartiste qu*ii paye pour orner ses ouvrages? Qu'a de commun cette imagination a^ente, pitto- resque de Tauteur, avec le génie stérile et étroit du dessinateur? » Voy. la 131« lettre, à la fin du tpme XX de la seconde édition des Contemporaines,

Sergent, en effet, avait blessé au vif Tamour-propre si suscep- tible de Restif, qui croyait avoir la science infuse, en critiquant sans pitié les estampes de la première édition des Contemporaines, estampes que Restif était très-fier d'avoir fait exécuter, sous son inspiration personnelle : « J'avais entendu les artistes en réputation, lui écrivait Sergent le 26 octobre 1783, regretter que, dans un ou- vrage aussi répandu que le vôtre , qui a tant intéressé et qui devrait être si riche en gravures qui oflHraient un tableau et des modes et des costumes, la plupart des dessins fussent aussi incorrects et peu spirituellement faits. Pardonnez ma franchise, mais je ne suis que Técho des gens à talent, et d^ailleurs je vous crois propre à entendre une vérité, qui ne peut en rien vous affliger. J'entendis dire, dans le même temps, que vous alliez faire une seconde édition de vos Contemporaines; je présumais que les planches avaient dû être usées par la première et qu'il faudrait les reconunencer ; je formai alors le projet de dessiner quelques-uns de ces sujets, de tâcher d'y mettre plus de correction et de vérité, d'éviter les défauts presque généralement répandus dans toutes ces compositions de figures trop grandes, trop grêles, de mains mal emmanchées, et souvent du choix peu heureux des scènes. » Sergent avait donc choisi, pour donner un échantillon de son savoir-faire, deux sigets ; la Fille de mon hôtesse et la JoUe voisine, et, après les avoir traités à sa ma- nière, il en adressait les croquis à l'auteur. Puis, il revenait avec une impitoyable cruauté sur la critique des dessins de Binet et des gravures de Berthet : « Les figures, ajoutait-il, ont plutôt l'air de grimacer avec violence, que d'exprimer. C'est un reproche que l'on a fait au fameux et fécond Eisen, mais il rachetait ce défaut par un dessin pur et correct. Je vous ferais remarquer, si je les avais sous les yeux, dans ces dessins, que presque partout les figures y sont hors de leur aplomb ; qu'elles tombent ; qu'à force de vouloir donner aux femmes et une belle taille et de joHs pieds, on a poussé cela à un ridicule estropiement. Examinez les élégantes composi- tions de Moreau, et voyez quelle grâce, quelle tournure ont ses figures de femmes. » (Voy. le reste de la lettre, à la fin du tome XYII des Contemporaines, seconde édition.)


178 BIBLIOOEIPHIB RàlSONNil DBS OUTRàGlS

La critique était frappante de jottesse et de goût : Restif le sentit ; il en fut très-mécontent, et il prit la peine de répondre à la lettre de Sergent, en se promettant bien tout bas de ne pas remployer comme dessinateur, malgré la supériorité de ses compositions. Ser- gent était alors de passage à Paris et demeurait à Thôtel d^Orléans, rue Dauplùne ; mais Restif s*était bien gardé de s*aboucher avec lui. Dans la lettre qu'il lui écrivit, il évita même de parler des dessins qu'il avait reçus ; il se bornait à justifier de son mieux Tœuvre de son ami Binet et la sienne : « Je n*ai jamais été content de la seconde estampe que vous critiques ; c^est un st^'et pour lequel il aurait fiillu un grand maître. L'expression des figures y est mauvaise, mais cela vient du graveur, ainsi que la plupart des autres fautes, comme Vhors (ft^hmb des figures, qui n'existe jamais dans le dessin, non plus que leur ignobilité, surtout celle des hommes. Je sais pariied- tement qu'on a donné dans le ridicule, pour les tailles et pour les pieds, mais c'est un dépit des graveurs, auxquels j'avais fait effacer des tailles de marchandes de pommes et des pieds plus gros que le corps, tels qu'en ont les figures des quais, sans grâce d'ailleurs dans un pays oh la chaussure des femmes en avait tant, avant la manie des souliers plats qu'elles portent aujourd'hui. J'ai tAché depuis de rétablir la vérité des tailles et des pieds, sur le modèle des Parisiennes bien faites, parce que toutes mes héroïnes sont de Paris. Je me suis même attaché à donner à ces femmes leur carac- tère de parure, lorsque je les ai connues, parce que cela tient à l'Ame.

« Le prix auquel on peut mettre les ContemporaineSj Monsieur, m'a forcé de n'employer que les artistes les moins chers. Mais, d'un autre côté, en mon particulier, je n'aurais pas été flatté infiniment d'employer nos grands artistes ; j'en vois peu qui aient une véritable idée de l'aimable, du joli et du beau, dans la figure; mes faibles graveurs m'ont quelquefois donné ce que je demandais pour les visages ; les grands artistes n'y ont presque pas encore réussi, ex- cepté Eisen et Longueil travaillant ensemble. Vous verres quelques preuves de la première partie de cette assertion, dans les Contempo- raines graduées qui vont paraître, et davantage encore dans les figures du Paysan et de la Paysanne, qu'un homme riche^fait actuelle- ment graver : toutes les figures y ont la noblesse et le joli , parties essentielles pour le commim des lecteurs qui ne veulent, dans une estampe, qu'un joli visage qui fixe agréablement leur imagination sur l'héroïne. Les raisonneurs et les critiques ne sont pas le grand nombre, et c'est pour le grand nombre que le Marchand travaille. Pour l'Auteur, c'est autre chose , si sapit. Quant à la grandeur des figures, c'est moi qui l'ai demandée, mais j'avais dit qu'on propor- tionnât tout, le fond, les meubles, etc. On y a souvent manqué. ^)


DE RESTIF DE LÀ BRETONNE. 179

(Voy. cette réponse à la suite de la lettre de Sergent, dans le tome XYII des Contemporaines, seconde édition).

Nous aTons cité presque toute cette intéressante lettre, parce qtt*elle nous présente les idées de Restif sur les arts du dessin et qm*eUe nous apprend comment Restif dirigeait lui-même ses dessi- nateurs et ses graveurs. On voit aussi, dans cette lettre, que les estampes du Paysan et de la Paysanne étaient exécutées aux frais d*un homme riche, la Reyniëre fils, sans doute, et que ces estampes n'avaient pas encore paru le 12 novembre 1783. Du reste, Restif t&t bon et ne changea pas de dessinateur.

La lettre de Quillau, qu'on a vue plus haut, prouve assez que Res- tif était en droit de se plaindre de ses graveurs, qu'il payait peu et même qu'il ne payait pas. Il employait donc, comme il le dit lui- même, « les graveurs les moins chers ». Une lettre de Mihran ou plutôt de Marlin (la 97« du tome XIX,' seconde édition des Con- temporaines) nous fait supposer que le graveur anonyme de la plupart des estampes de cet ouvrage se nommait Calotîn : « Une de mes surprises encore, lui écrit Milran, c'est que vous désignes assez clairement les personnes vivantes et en crédit, M. le duo de Richelieu, M. le duc de Fronsac, M. le comte de Tavannes, et votre graveur Calotin en donne les portraits ! Apparemment, que vous avez le suffrage des intéressés? Mais, en tout cas, les risques sont pour vous seul. » Il serait très-curieux de reconnaître les grands per- sonnages du temps de Louis XVI, dans les estampes des Contempo- raines.

L'Introduction des Contemporaines, que Restif attribue à l'éditeur supposé Timothée Joly, de Lyon, qui avait déjà figuré dans la pré- face de la Malédiction paternelle, renferme des particularités eu-» rieuses; elle commence ainsi : «c Quand j'étais jeune, j'écoutais par ignorance, et je gardais le silence par timidité, par un certain orgueil qui venait d'un sentiment trè«-vif de mon insuffisance. A présent que je ne suis plus jeune, j'écoute pour m'instruire : je parle peu; Celui qui se répand toujours au dehors est bientôt épuisé. Je me réserve de parler, lorsque je serai vieillard... Per- mettez , lecteur , que je vous rende compte de la manière dont me sont parvenues les nouvelles que j'ai rassemblées pour votre amu- sement. Lorsque j'aperçois quelque jolie personne, je suis curieux de la connaître, à proportion de sa beauté. J'y réussis facilement : un particulier fort-répandu, qui m'a pris en affection je ne sais pourquoi, mais sans doute parce qu'il me suppose quelque mérite, et qui m'aime en raison du bien que son imagination exaltée lui dit de moi, fait les informations, et me donne ensuite les résultats de


180 BIBLIOOAiPHIl RlISOlflfil DIS OUVRÂGKS

•es recherches. (Il est mort dans la nuit du 29 au 30 mars 1779. JoLT.) Quelques-uns de ses caneras restent tels qu'il me les donne ; j*ai désigné ces Nouvelles à la table par la lettre N***.... » Faut-il reconnaître sous cette initiale Nougaret lui-même, qui aurait laissé des manuscrits entre les mains de Restif, auquel il devait quelque argent, au moment de leur brouille? Est-ce plutôt Pidansat de Mai- robert, qui fut certainement un des collaborateurs de Restif et qui se toa le 87 mars 1779? Alors la lettre initiale N"'"*' aurait d4 être changée en M"""". Nous n*avons pas découvert quel peut être ce particulier, qui aurait été le collaborateur de Restif dons les pre- miers volumes des Ccntemporamei; au reste, Restif tient à se dis- tinguer de cet anonyme N***, en prenant lui-même son pseudonyme ordinaire de Du/u, dans cette table, qui ne se trouve que dans les tomes I et III. Il nous avertit que les nouvelles qu'il signe de ce nom avaient dû faire partie d'un autre ouvrage, qui parait être le Hibou ou le Spectateur nocturne. Voy. plus loin 1 article spécial, consacré à cet ouvrage annoncé, mais non publié : « Je donne ce nom de nou- velles à des histoires récentes, certaines, ordinairement arrivées dans Up décade présente ; elles devaient entrer dans un antre ou- vrage, qui ne sera plus composé que de diatribes {Juvénales)^ c'est- &-dire de morceaux pleins de chaleur contre les abus. Indigné d'avoir été trompé par le vice, et reconnaissant enfin qu'il n*y a d'aimable que la vertu, je prépare cet ouvrage contre les préjugés destructeurs de la félicité des hommes. Il est écrit avec toute la véhémence de Juvénal : je n'ai pas trouvé que l'enjouement et l'iro- nie convinssent; le ton n'est propre que pour combattre les ridi- cules. 9 Dans l'Aperçu général des Nouvelles, que Restif a placé en tête de la seconde é<Ution, il continue à se désigner sous le surnom de DuHs pour les Nouvelles qu'il semble s'attribuer, dans les 12 pre- miers volumes, et il a soin de signer de l'initiale N*** les Nouvelles 6, 17, 19, 33, 36, 39, 147, 49, 54, 56, 59, 61, 63, 69 et70.|La Nouvelle 56, intitulée le Progrès du libertinage, est un extrait et un abrégé du roman de Nougaret : Lucette, ou les progrès du libertinage : ce qui donnerait une base à notre supposition sur l'emploi de canevas et de nouvelles, fournis par Nougaret et même vendus à Restif, pen- dant leur liaison littéraire.

Après l'Introduction, le Nota de T. Joly explique ainsi comment cet ouvrage sera « l'histoire des mœurs du xvm* siècle » : « Ce qui doit rendre cet ouvrage intéressant [par-dessus toutes les autres nouvelles, anecdotes ou contes moraux, c'est que N"""' (Nougaret?) s'est fait une loi de n'y insérer que des faits arrivés, légèrement déguisés pour la plupart, c'est-èrdîre dans les noms et dans quel- ques circonstances indifférentes. C'est ici tme Histoire particulière


DÉ R18TIV DB LA BRSTONlfB. »1

•t bourgeoise, où sont recaeillis différents traits qui marquent l'es- prit du temps, les usages, la manière de voir, de sentir; Tespèce de philosophie qui y règne; les estampes indiquent même les modes, etc., au lieu que, dahs les Nouveliei purement d'imagination, on ne trouve qu'une façon de penser, celle de l'Auteur, parée que, comme il crée, il donne à tous ses hérosdes Contemporaines ne parait pas avoir rencontré d^obstacles ni de difficultés, au Bureau de la librairie, car Restif s*était lié avec plusieurs des censeurs royaux, Batel-Dumont, Tabbé Terrasson, etc. Le succès de son livre lui faisait, d'ailleurs, des ap- puis, et les commis de la Police ne le tourmentaient plus. Cepen- dant ses amis lui recommandaient encore la prudence : « Je vous exhorte, lui écrivait Terrasson le 3 octobre 1780, à vous occuper uniquement de la suite de vos Contemporaines, jusqu^après la Saint- Martin, et surtout d*éviter les noms propres, qui finiraient par indisposer contre vous Monseigneur le garde des sceaux.» Mais Res- tif, exalté, aveuglé par les louanges qu'on lui adressait de toutes parts, devenait tous les jours plus superbe et plus indomptable. On aura idée de l'atmosphère laudative, en quelque sorte, au milieu de laquelle il s'infatuait davantage de lui-même, par cet extrait d'une lettre que lui adressa, en 1781, un nommé Monet, médecin du comte d'Artois dans l'apanage du Poitou : « Je n'entreprends point d'apprécier le mérite de vos différents ouvrages : cette tâche effraierait ma pensée, mais je peux vous dire, en général, que j'y ai trouvé de l'énergie, de la force, de la simplicité, de la candiV, de la sensibilité, de la délicatesse, une vérité, un naturel, qui n'appartiennent qu'à vous, dans les dialogues ; en un mot, un grand amour de l'Humanité. Continuez, grand homme, d'éclairer vos com- patriotes, en leur faisant aimer la vertu qu'ils s'efforcent de prati- quer! 9 Voy. cette incroyable lettre (avee laquelle Monet envoyait à Restif une petite boite d'angélique confite de Niort), n» 51, à la fin du tom. XIX des Contemporaines, seconde édition.


DB BISTIF DB U. BBBTONNB. 185

SuiTaot ton habitude, Rastif a inséré, au conunencemeut ou à la fia de quelques volumes de la première édition des Contemporaines, certaines pièces plus ou moins étrangères à Touvrage ; nous avons jugé intéressant de faire mention des plus curieuses.

V« Totume, page 3 k 24 : « Timothée J<4y, an bienvanUlant lecteur, sa s^jet des critiqaei. » L'éditeur, dans cette Réponse, donne quelques détails sur Forigine on le caractère des cinquaate^eux premières NouveHes ; il parle au nom de son ami, et par intervalles il s'oublie, au point de se défendre lui- même, comme s'il était auteur.

XII* volume, pag. 507 à 527, la FiUê m eoffe, soènes dramatiques.

IX* volume, page 3S5 : Nota de T. Joly. On y trouve un épisode de la vie de Restif, sous le nom de Dulit, U avait pris fait et cause pour une jeune femme qui était tourmentée par un homme, dans une société. Cet homme demanda à Dulis raison de rinsulte : « ce mot mit Dulis en Aireur, lui qui abhorrait les duels par principe. « Ce neuvième volume a été réimprimé, mémo pour la preooiàre édition, et ce Nota de T. Joly a disparu dans les exemplaires qui ont 330 pag. au lieu de 336.

XIX* volume, pages supplémentaires, après 248 : Post-face. Restif donne au public certaines explications sur les volumes déjà publiés des CotUemporaS- ne» ; il répond aux critiques qui lui ont été adressées dans les journaux : « Je préviens, dit-il, que je me suis appliqué, malgré l'immensité de la ca- pitale, qui m'aurait peut-être permis de nommer, à ne désigner et à ne blesser personne. Il est si facile de couvrir d'un voile impénétrable les personnages dont on fait l'histoire... »

XXX* volume, pag. 539 : Nouvelle qui n'est l'histoire d'aucune Contemporaine. Lettre de l'Éditeur des Contenqformnei, à M. Qrimod de la Reynière flls, écuyer, avocat au parlement, de l'académie des Arcades de Rome et mem- bre du Musée de Paris. Cettre lettre contient un dialogue entre un médecin du voisinage et l'Éditeur, dialogue rempli de détails aneodotiques sur Restif et sur ses héroïnes.

XXXI* volume, pages supplémentaires, 1 à 24. Lettre de M. le vicomte Tous- tain de Richebourg à M. Restif, au siyet de YAnthrqpographe, tome IV* des Idéei tmguUêreit 25 auguste 1782 ; avec la réponse de Restif.

On trouve, à la suite, dans beaucoup d'exemplaires, un extrait de l'iPqrtt de$ jowmaux, volume de février 1783, relativement aux Conteny^trainea, avec des notes très-amères de Restif en réponse aux critiques du journaliste.

XXXIII* volume, feuilles supplémentaires, non chiffrées, qui Airent igoutées aux exemplaires restants, après la publication de la l» édition des Coefseipo- nrieet. Lettre du vicomte Toustain-Richebonrg à M. ***, de la plupart des premièree académies de l'iterope, sur les Idéet nngiUiértë de Restif de la Bretonne, 20 mai 1783. — Addition du même, faite en juin 1783. — Supplé- ment à la lettre de M. de la Reynière flls, qui termine le XXX* volume.

XXXrV* vohime, pag. 586 à 506. Deux lettrée écrites de Cherbourg, k Restif, par F. MUran, au si^et des CaïUemporamit, Cherbourg, 8 août et 6 sep-


186 BIBLIOaaiPHIl RÀISOIflfÉE DES OUTRAGES

ti&mhn 1783. MQraii, dont 1« paendonjnne n'est qiM raaagramme de Marlin, ■on véritable nom, devint alora Tami de Reetif, «joi le nomme àO^Munnil dans Montimr Nieoku, et qni se brouilla plus tard avec loi.

XXXVI* volume, page 537 : Post-fiMe de l'Autear à son honorable Lecteor.Res- tif, comme toigours, y fait l'éloge de ses ouvrages et de ses idées, en se déclarant partisan dévoué et enthousiaste du gouvernement de Louis XYI : « Je bénis mon siècle, s'écrie-t-il, je bénis mon roi, ses dignes minisCros, les bons et vertueux magistrats. Qui fh>nde les pères de son peuple est un enfant rebelle et mauvais s^Jet ! »

XXXIX* volume, pag. 3 à S3. Extrait du Journal de Neufch&tel, octobre 1781. Apologie du recueil des Cùnteny^orainet et de l'auteur, avec des notes attribuées à la femme du libraire de ce recueiL Ces notes, qui renferment des détails curieux sur la vie de Restif et sur ses opinions, ne peuvent être que de lui. Nous avons cité, en partie (voy. plus haut, page 31 et suiv., la note qui complète un passage de la Notice de Palméaeaux)« celle qui concerne son goût pour les jolies chaussures et son horreur pour les souliers plats. Au reste, tout le morceau apologétique, extrait et notes, a reparu dans la Bevwe deg ùuwrage» dé l'Auteur (1784), pag. 211 et suiv., k la suite des Figures du Payêan perverti,

XL* volume, pag. 389 à 426. La Fille d'homme à projets, action dramatique en trois actes.

XLI* volume, k la fin, on trouve, dans beaucoup d'exemplaires, 11 feuillets non chifltés, qui furent i^outés depuis la publication et qui contiennent des Extraits de différents journaux, sur quelques ouvrages de Restif, avec des lettres de lui, adressées aux journalistes. Le premier de ces Extraits est un article des Affichée de Province (12 auguste 1784) sur la Prévention nationale. Lettre k M. Beaugard, rédacteur du Journal de Provence (Nand, 8 octobre 1784) ; signé le comte de F... (Fortia de Piles), officier du régiment du Roi. — Lettre d'un (Gentilhomme de province k un de ses amis {/wnuU de Parie, no 10, 1785). — Réponse d'un Orfèvre k cette lettre. —Réflexions de Restif sur ce qu'on appelle les journalistes ou critiques de profession.

XLII* volume, pag. 457 k 544. Sous le titre de CanevaSy Restif expose divers stgets, qu'il n'avait pu traiter dans les Contemporaine» ; il y a vingt Canevas, k la suite desquels sont les Voçues eontemporainee, inventions et nouvelles dé- couvertes qui ont occupé l'opinion publique depuis 1780 jusqu'en 1785. Le volume se termine, par la fin des analyses de Nouvelles, de la 214* k la 272*. n y a ensuite une lettre fort curieuse, signée Milran, sur la Vie de mon pire. Ce Milran fut l'un des amis de l'auteur, qui se brouilla plus tard avec lui et qui le traite fort mal sous le nom de MUpourmil. Après la ta- ble générale des Nouvelles contenues dans les Contemporaines» on trouve, en forme d'épilogue, deux pages éloquentes et touchantes adressées k Mairobert et k Terrasson, l'un mort, l'autre encore vivant, mais infirme et malade.

Les deux premiers volumes de la première édition furent réimpri- més, avant la mise en vente de la seconde édition, pour compléter


DK niSTIF DE lA BBETONNl. 187

les suites, dont le tirage avait été augmenté considérablement, le succès ayant dépassé Tespérance de Fauteur et de Féditeur. On reconnaît aisément les exemplaires qui appartiennent à cette réim- pression, oii Ton remarque de nombreux changements dans la ponc- tuation et dans les alinéas. Le papier des exemplaires du premier tirage est plus fort et d'une nuance plus bleuâtre. Restif doit avoir fait un certain nombre de corrections dans le second tirage, oii la note finale du tome I*' contient, en plus, ces deux lignes : « (On verra, dans la suite, une autre Grisette épousée, absolument diffé- rente de celle-ci). »

Nous avons eu sous les yeux deux volumes d*une édition, qui, mieux imprimée que Fédition originale, avec de meilleurs caractères et sur meilleur papier, doit être une contrefaçon faite en Suisse. Ces deux volumes sont le deuxième et le quatrième. U ne nous est donc pas possible de savoir si le contrefacteur a continué son en- treprise. Le titre dont nous signalons les différences permettra de reconnaître cette édition, qui n'a pas de figures, du moins dans les deux seuls volumes que nous ayons vus.

Lbs Contemporaines, ou Aventures des plus Jolies femmes deFâge présent : recueillies par N. ****** et publiées par Timothée Joly, de Lyon, dépositaire de ses manuscrits. Épigraphe : « Il s'essaye , par les historiettes , bientôt il prendra im vol plus hardi. » Second vo- lume. Fleuron enjolivé. Imprimé à Leipsick, par Bûschel, mar- chand-Ubraire, et se trouve à PojHs, chez la dame veuve Duchesne, libraire, en la rue Saint-Jacques, 1780, in-12, de 122 pages, titre non compris.

L'orthographe est très-régulière dans cette contrefaçon, où sont restées seulement, par hasard, quelques-unes des singularités de l'accentuation imaginée par Restif.

N'est-ce pas à cette contrefaçon qu^il fait allusion dans un Avis de FÉditeur, imprimé au verso du titre du xvn« volume des Contem- poraines : tt Non-seulement les contrefacteurs empêchent de faire disparidtre les fautes qui échappent dans la rédaction; ils en intro- duisent de nouvelles et de si ridicules, que les phrases en devien- nent inintelligibles ; o'est ce qu'on voit dans la contrefaçon en petit romain et sans figures, qui vient de panûtre. Ces ûiutes viennent de l'ignorance : chaque écrivain, on le sait, a des tours particuliers, certaines expressions familières et hardies qui rendent sa pensée ; messieurs les contrefacteurs ont pris pour des fautes les expressions de ce genre, qui se trouvent dans les Contemporaines, et y ont substitué des sottises que je n'ose répéter, tant elles sont ridicules et même indécentes. Ce n'est donc plus son ouvrage, mais une rap- sodie informe que vendent ces brigands. »


188 BIBLIOOEAPHH RAISOIIKÉB DBS OITVRÂGEg

Dana une note de la réponse de Restif au jonmaliite de (ïOUingen, datée de fénier 1783 et adreuée aux rédacteurs de tEsprit des journaux (tome XXX des Contemporaines, feuiil. non chiffrés, & la fin), on trouve des détails curieux sur les deux éditions de ce re- cueil : a II y a 40 volumes tirés à 2,000, la première édition; on en est à la seconde ; donc, les 2,000 sont actuellement vendus, les secondes éditions faisant la compensation des volumes à paraître ; or, le prix est de 9 livres (par livraison de 4 volumes, avec 6 à 8 fig. dans chacun) ; il y a 6 livres de frais par exemplaire ; mon libraire ne gagne que 30 sous, en les donnant à 7 liv. 10 sols au marchand (et ce n*est pas assez, vu les risques de la librairie} ; le marchand, lui, a 30 sous, sans risques, mais il court et il faut qu*il vive; ces 3 liv. de profit par 4 volumes font bien, pour la librairie en- tière, à 40 volumes, trente mille livres... » Restif, qui s*intitule seulement éditeur de ce grand ouvrage, dit qu'il a travaillé douxe ans, tt mangeant son pain et son patrimoine, pour se nourrir, avant de rien publier ».

La seconde édition, à peu près identique en apparence à la pre- mière, offre beaucoup de corrections et d'additions, surtout dans les 28 premiers volumes.

N® 2. — Les GoNTEMPOBAiNES, OU ÀYaiitures des plus jolies femmes de T&ge présent : Recueillies par N.-E. R**-l*.- D*.-B***; Et publiées par Timothée Joly, de Lyon, Dé- positaire de ses Manuscrits : Seconde édition. Fleuron : yase de fleurs. Imprimé à Léïpsick, par Bûsckel, mar- chand-libraire : Et se trouve à Paris, chés la dame V* Du- chesne^ libraire, rue Saintjacques , au Temple-du-Goût. 1781 et années suiy., 42 volumes ^

Dans cette édition, dont le caractère, quoique du même œil que celui de la première édition, chasse davantage, Tauteur aura fait, sans doute, beaucoup d'additions que nous n'avons pas essayé de constater, mais on peut apprécier leur importance, en faisant re- marquer que le tome l», qui est de 260 pages dans la première édition, en a 290 dans la seconde, et que le tome II de cette se- conde édition se tennine à la page 552, tandis que le même tome

> 202 tt, broché, Langlois, 1872. — 290 fr. broché, Lesconet, 1874. — 650 fir. dcmi-rel. tr. peigne, Cat. Aug. Fontaine, n* 2065, 1874. — 450 fr. demi-roL bas. tr. r., même Catal., n» 2066. — 900 iV. (£ 36) veau, Barker, Londres, 1874.


DS BBSTir DE LA BBlTOlfNS. 189

n*aqii6 504 pages dans la première édition. La demiëre nouvelle xn, intitulée le Gareon-fUie, entre autres, nous parait avoir été remaniée et augmentée dans la deuxième édition, oti cette note est ajoutée à la fin : « Je tiens cette dernière aventure du véritable mari. »

Restif nous apprend lui-même {Monsieur Nicolas, tome XVI , p. 4569), que la comédie-ballet du Jugement de Paris, imprimée dans la première édition des Contemporaines, a été retrancbée dans la seconde édition.

Nous avons reconnu Tezistence des trente premiers volumes de cette édition, dans laquelle tous les titres offrent des fleurons différents. Il est aisé de reconnaître aussi que les estampes sont très-fatiguées et très-p&les dans cette seconde édition, quand les titres seuls des volumes appartiennent à la première.

Nous ferons donc observer que souvent un exemplaire des Con- temporaines est composé de volumes appartenant tantôt À la pre- mière et tantôt à la seconde édition. Les figures sont aussi de tirages différents, dans la plupart des exemplaires brochés, posté- rieurement à la vente par livraisons. Il y a aussi de grandes dispi^ rates dans la pâte et la couleur du papier des volumes.

M. Monselet signale des volumes qui portent les dates de 1786, 1787 et 1788, ce qui annoncerait diverses réimpressions partielles ; quelques-uns de ces volumes portent Tadresse du libraire Belin. Nous avons sous les yeux un tome XXIX daté de 1790. Ce volume pourrait bien avoir été réimprimé pour la troisième fois, car il a dû être plus recherché que les autres : il contient une fouLe de chansons populaires, très-égrillardes, que Tauteur met dkns la bouche de ses héroïnes, les belles Crieuses,

Citons seulement quelques passages de la préface de cette seconde édition, préJboe oii Restif se donne toujours pour l'éditeur de Tou- vrage : « On ne peut aujourd'hui parler du succès de cet ouvrage, qui est décidé, malgré les incorrections, les fautes en tout genre, dont il est rempli, et la faiblesse de certaines Nouvelles ; mais il est aisé de sentir la raison qui les a £ût passer, même aux lecteurs sévères , c'est qu'il n'en est aucune qui ne renferme quelque leçon utile, fortement exprimée. D'ailleurs, on trouve, dans toutes, la manière de mon ami (Dulis) ; c'est un faire, comme disent les pein- tres, qui ne ressemble en rien à celui des autres écrivains. Quant à la morale, elle est parfaitement opposée à celle de nos philosophis- tes : le Rédacteur y prêche courageusement la morale de la Nature, de la raison et du bon sens...

(I Je profite de Toccasion pour remercier ici les personnes qui ont bien voulu me donner des sujets à traiter. Je ne citerai, en toutes


190 BIBtIOMàPHIB EidSONlliB DS8 OITVRâGSS

lettres, que les Hommes, quoique ma recomiaissance envers les Dames ne soit pas moins vive : M. Dumont, censeur royal, auteur de la Théorie du luxe et de Fouvrage aussi profond qu^utile des Recherches historiques sur tagrieuUure et les mœurs particulières des Romains; M. Favart, connu de tout le monde par ses charmantes productions ; M. le docteur de Preval , ce bienfaiteur de lliumanité souffrante ; M. Rochon de Chabannes , qui a donné au théâtre plu- sieurs ouvrages estimés...; M. de Carmontel, dont les Proverbes dramatiques ont tant de réputation ; M. de la Place, auteur tragique; M. Fabbé T*** (Terrasson), M. de B*** (Beaumarchais), etc. »

La préface, non signée, est suivie de cette note : « Je renouvelle moi-même l'invitation de mon Âmi, pour le canevas des Nouvelles ; dans le cas oh il aurait déjà traité le même siget, je me propose de mettre le double, à la suite de celui rapporté par Dulis. On voudra bien me les adresser sous Tenveloppe de M»* Y* Duchesne, libraire. » On trouve, en effet, des analyses de doubles et des canevas, à la suite de quelques Nouvelles.

Cette seconde édition des Contemporaines, pour laquelle les trente premiers volumes ont été non-seulement réimprimés, de 1782 à 1788, mais corrigés et modifiés en beaucoup d'endroits, n'est pas facile à reconnaître à première vue, quoique les caractères, la justification et le papier diffèrent; mais l'aspect général en est le même, et la plupart des volumes n'indiquent pas sur le titre, qu'ils appartiennent à une seconde édition. Il nous a donc paru nécessaire de relever le nombre de pages de ces trente premiers volumes, en mentionnant au moins quelques-unes des additions les plus importantes, qu'ils renferment, sans pouvoir signaler cependant les innombrables changements introduits dans le texte.

Tomes I«t et II, 552 pp. — An verso du titre du premier tome : « Peut^tre s'attend-on à trouver ici les Aventures des femmes connues, sans «acon déguisement; on se trompe, cela ne serait pas permis. Au reste, la plu- part de ces Nouvelles sont asseï intéressantes, pour que l'Auteur ait pu se dispenser d'être méchant. » Suit la Réponse de l'Éditeur (Restif) sur son Orthographe.

Tomes III et lY, 600 pp. — La 27* nouvelle, qui était intitulée : le Mari inm- tible, a inis le titre de la Femme au mari invisible,

A la page 292, une note de Restif annonce qu'il avait laissé passer, dans la première édition, des fautes d'impression muUipUéeg, mais qu'il s'efforce de les corriger, en réimprimant ; ainsi, on avait transposé des lignes aux pages 201, 202, 203 et 204 du xie volume, et, dans le ixe,une ligne entière avait été omise , mais des cartons ' ayant été réimprimés , on pouvait les réclamer ches la Dame libraire (M"* V' Duchesne).

A la dernière page du volume, une note, signée Joly, contient une anec- dote sur la dame Lallemand.


DB RXSTIF DB LA BRBTONNB. »!

Tomei y «t YI, ers pp. — Aa ▼eno da titre da tome V : > Boita do FAvia sur mon Orthographe. » C'eat ane jiiatiâcatioii raiaoanée de cette octhogn^he singulière. « Je ne demande pas, dit Reatif, qu'on adopte cette orthographe d'analogie ; mais qu*aa moins on ^e critique paa grossièrement une mt^ niftre d*écrire régulière, et qn*il me soit permis d'être impunément raison- nable. »

A la page 3 commence la Réponse de Timothée Joly an bienTeillant lec- teur au sujet des critiques. Cette réponse, qui remplit 23 pages ^ renferme des notes expUcatiTcs fort curieuses sur les 52 Nouvelles contenues dans les 8 premiers volumes : « Le plus grand nombre de ces Nouvelles, dit Restif à propos de la 28s (qa*il avait dft corriger, pour éviter un procès), ont éprouvé des corrections heureuses à la seconde édition. »

Tomes YII et VIII, 645 pp. et 2 ff. non chiArés contenant un extrait du Journal de Pcria et un antre tiré des AffitheM de Province sur Ut Contenq>oramet, « Jai BU, dit Restif dans une note, que plusieurs censeurs, tous poètes, tous contoumeurs de Jolies phrases, avaient été ches l'auteur des Afflehet de pnmime yonr pressentir son jugement sur let Contemporainet et le me- nacer de leur animadversion, s'il louait indéfiniment. »

Dans une note qui termine le tome VII , Restif s'étonne qu'on lui ait re> proche la 46* nonveOe (la Vertueute malgré elle) comme libre et comme étant sans aucun but moral : « Je Tavouerai, a'écrie-t-il , Je ne croyais paa mon aiède si béte. • Puis, il essaye de se Justifier de l'accusation qu'on lui avait adressée.

Tomes CL et X , 640 pp. et 4 if. non chiifirés contenant un article du Journal de Pari», sur les tomes V-VIII des Conten^oraine», avec des notes critiques signées Joly, et le Catalogue des Ouvrages du même Auteur.

A la page 335. Nota de l'âditeur, qui « avoue avoir placé, dans ce volume, avec le plus grand plaisir, la singulière Nouvelle qu'on vient de lire {le DemMnanagey, dans la vue de se réconcilier avec le sexe des Oràces, pour lequel, dit41, j'ai toujours eu le respect le plus vrai, le plus éclairé ».

Tomes XI et XII de 782 pp., dont les 4 dernières sont en chifflres romains.

Ces dernières pages contiennent la reproduction d'un article des Af/ieAee de Province^ sur te» Contemporaine», suivi d'une Réponse de Ffiditeur à l'abbé de Fontenay.

Tomes XIII et XIV de 872 pp., dont les feuilleta, entre lea pages 370 et 388, ne sont pas paginés, à la fin du tome XIII. Ces 7 ff. non chiffrés, et impri- més en petit texte, contiennent une Lettre de H. le vicomte de Toustaln- Richebourg à M. Rétif {»ie) de la Bretonne, an s^jet de VAnthropographe, tome IV des Idée» tinçutière», datée de Paris, 25 auguste 1782. Cette cu- rieuse lettre, inspirée par la lecture des Gynoçrqphet autant que par celle de V Anthropographe ou plutôt de VAndrographe, donne à l'auteur les pins grands éloges sur ses « Idée», encore plus vertueuses que singulière» *. Le digne et excellent Toustain de Richebourg encourage ainsi son ami Restif : « Continues, par voa ingénieuses et sages spéculations, à nous éclairer sur les moyens pratiques de former les hommes et de les rendre heureux. »

On remarque, page 639 , cette incroyable note : « Eh ! que deviendrait le Cbnteor de ces Nouvelles, si quelque dame V — let allait l'accuser de pré-


1« BIBLIOORAPHH EiJgOlVlfil DIS 0UV1U6B8

cher le Tiol aux honimei, comme il a prêché la soomission anx femmesf » La NouTeUe, qui motiTe cette note, est intitulée : la FiUe v olée, c'est-à-dire : vioUt. n 7 a ansai ime note bien étrange, page 650.

Tomes XV et XVI, 734 pp. et 10 ff. non chiArés, contenant la suite de Tana- lyse des Noavelles (LXXXI à CXVII), la réimpression de deux articles des Af/tekeê de Promnee, sur le» Contemporaine*, avec des réponses de Tao- tenr, relatives surtout à Tattaque de H. Lecat, d*ÂbbeviUe, qui Tavait cruellement raillé ou plutôt insulté, par un logogriphe, publié dans le Journal de Nancy ^ logogriphe que Restif reproduit consciencieusement, avec des re- marques critiques. On trouve, à la stdte, une lettre signée Courtois et datée des Deux-Ponts, 17 aaguste 1783, avec un logogriphe contre M. Lecat. Suit le Catalogue des ouvrages de l'auteur.

Tome XVII de 318 pp. et SI if. non chiiBrés, en petit texte, à la An du volume. Ces 21 tt, non chiArés contiennent deux lettres adressées, des Deux-Ponts, par Courtois, à l'anteor des Contenqtoramee, avec la réponse de celui-ci; une lettre très-intéressante du dessinateui^graveur Sergent, au s^jet des estampes de cet ouvrage, pour en critiquer trèe-vivement le dessin et la gravure ; la réponse de Restif aux critiques de Sergent, réponse dans la* quelle il avoue qu'en raison du bas jurix de son ouvrage il a été obligé d'employer les artistes les moins chers *, l'extrait d'un article du Joamal de Paris sur le$ Coniengtorainsit et le grand article, attribué à Mercier, sur le même ouvrage et inséré dans le Journal de NenfeMUel (octobre 1781), avec les observations complaisantes et flatteuses de la Femme du libraire des Contemporainei du commun. On trouve, à la suite, une table générale des 264 nouvelles en 414 histoires, contenues dans les 42 tomes des ConUn^' ramei.

Tome XVIII de 326 pp. et 20 ff. non chifflrés.

Les feuillets non cliiAés qui terminent le tome XVni contiennent un très-long article critique et hypercritique sur let Contemporainee , extrait du Journal de Nancy (n* 1 , 1782). Restif, en réimprimant cet article ta extenso, y a joint des notes très-sensées, mais très-mordantes et très^amères, qu'il attribue à un homme retpeetable. « Je déclare ici , dit Restif, que le Critique , quel qu'il soit, n'a pas relevé la moitié de mes fautes, quoiqu'il m'en prête beaucoup que je n'ai pas faites ; c'est donc comme forcé que je souffre l'impression des duretés qu'on lui dit en mon nom. » Cet article était d'un nommé Therrin. On trouve, à' la suite, une notice trèe-curieuse sur deux Âbbevillois, Hémon Delatouche, brûlé vif vous le règne de Louis XII, et le chevalier de la Barre, roué vif en 1766, tous deux pour sacrilèges. C'est un mémorandum à l'adresse de Lecat, d'Âbbeville, l'auteur du fameux logogriphe sur le nom de Rétif.

Tomes XIX et XX, 579 pp., dont 55 ff. non chiffirés , en petit texte, qui comp- tent dans la pagination , à la fin du tome XIX, et 10 ff. non chiffrés, à la fin du tome XX.

Les 55 feuillets non chiffirés, qui ont été compris dans le tome XIX, ren- ferment des correspondances particulières du plus grand intérêt et qui doivent être au moins mentionnées, sinon analysées, car elles se rapportent


DB BISTir DB LÀ BBBKMffRB. M

plu on moins à la vie d« BMtif, «mum titra général : Lettm à CAtHêiÊr tur

Deux lettres de Noogaret, 5 et SO octobre 1766. N«* 1 et 8;

Lettre dn libraire Edme, an si^et da Pomof/rcphe. N> é.

Lettre de Restif an censeur Marchand, S7 juin 1760. N* 5.

Lettre da mémci à M** Poissonnier. N« 6.

Le même, à Mnssot-Amond, sor les pièces des théétres da bonlavaid da Temple, 10 mars 1772. N* 8.

Le même, à son frère Tabbé Thomas, 9 juin 1774. N* fi.

Le même, à M^i* Rivière, actrice du théAtre de Nioolet, 7 sept. 1772. NMO.

Lettre du coré de Courgis, frère stné de Resti/, à son frère et fiUêul, 21 janyier 1778. N« 15.

I<ettee de Jean-André Bngelbrecht, homme de lettres à Hambourg, 8 juillet 1778. Détails très p récieux sur les suppressions exigées par la censure dans VÉeùU dtâpim. N* 16.

Réponse de Restif à cette lettre. N* 17.

Deux lettres de J.-A. Bngelbrecht sur les ouvrages de Restif, aoftt et octobre 1778. N** 18 et 19.

Lettre de Butel-Ihimont, 25 janvier 1779. N* 21.

Lettre de Brion iUs, artiste, pour critiquer les estampes des ouvrages de Restif. N* 24.

Lettre signée de La Toor (l*abbé Bertr, de Lsdour, auteur de nombrsnx ouvrages sur le théâtre?), 17 juilL 1779. N* 26.

Lettre de Durand de Leullion, qui propose à Restif de le conduire ches Beaumarchais, lequel désire beaucoup le connaître, 26 janvier 1779. N«" 27 et 28.

Lettre de Restif à Tauteur du JmtrntU été Btmm-Afti (Banterean de lfars77).N*30.

Lettres de Restif neveu, receveur des tailles à Grenoble, sur la Wiê de mon père et sur la famille des Restif, 22 mars 1780, etc. N* 31.

Lettres de M"* de Saint-Leu, de W^ Élise Tulout« à Restif, 1780. N* 83, 34, 35, 36, 37, 38.

Billet de Beaumarchais à Restit N* 39.

Lettre d*Attgé, depuis gendre de Restif» 9 aoftt 1780. Avec cette note de Restif : « Cette lettre folle , bavarde , amphigourique , tai le premier motif qui me fit m'opposer an malheureux mariage de ma fille atnée. » N* 44.

Lettre de D. T. D. B. (Du Tartre de Bourdonné). N* 45.

Lettre de IP'* de Saint-Leu, dans laquelle il est question de Favart. N* 47.

Lettre de Tabbé Teirasson, censeur rojal, 3 octobre 1780. N* 48.

Lettres de Butel-Dumont, sur sa liaison avec W^ Sara Debée. > Ces let- tres, dit Restif, jettent un jour sur la Dernière aventure «fus hoHtme de 45 «w. » N« 52 à 57.

Lettres de M. Yvet, bénédictin, 1781. N« 59 et 60.

Lettre de Sallé de Mamet, procureur, parrain dHme sœur de Restif. N*61.

Nombreuses Isttres de 11'^ de Saint-Leu , la maltresse de Butel-Dumont, nommée de Sanloei dans Montiewr NkoUu»

13


m BIBLIOOEAPHll RAISONNES DES OUVRÂGKS


LettTM de reuwigiMBMnts biogrftphi^et pour Im N<mTeUMdMCoii^eii- pormmet, 1782. N* 62 et 63.

Lattre de RMtif à Merder, 18 iii«n 178S. N* 65.

BéponM de Mercier, 31 août 178S. N* 66.

Lettre de d*Hapa7 de FliTéa, eur le oommimiame, I78S. N* 69.

Lettres enthonriaetee de Roland, à Berne, sur lee oaTragee de Rectif. N»60.

Lattre de Daaaasarti, de la Comédie-Fraaçalae, mr la Pt/iftatme pêrvmiie. N»70. — Antres lettres dn même. N^ 71, 96, 116.

Lettre de H** Noagaret (Angéliqne Tomin) à Resttf. N« 7S.

Première lettre de Qrimod de la Reynière fils à Reitif , décembre 178S. N* 78 .— Antres lettres, du même. N*" 79, etc., 89, 91.

Lettre de Morgeat, écriyain, snr la fismille de Restif, k Sacj et à Conrgis. N«80.

Lettre du marquis de Jarente , onde de Grimod de la Rejmère flls. N« 8t.

Billet de Toostain de Richebonrg, 9 août 1782. N* 84.

Lettres du baron de Corbenm, ministre dn roi, près du duc des Deux- Ponts. N« 94 et 9S.

Lettres de P. Milran (Marlin), datées de Cherbourg. N* 97.

Lettre dn chevalier de Saint-Mars, maréchal de camp, inspecteur général d*artaierie, à Restif. N* 99. • Lettre de Restif à M"* de Saint-Léger, 21 mai 1782. N* 98.

Billet du comte de Clermont'Tonnerre. N« 100.

BQlets d'invitation de Qrimod de la Reynière flls, pour ses soupers et ses dijeuners. N«^01, 102, 113, 114, 117.

Lettres de F. Milran. N« 105 à 109.

Lettre de l'abbé Terrasson. N* 104.

Lettres anonymes de Butel-Dumont on du chevalier de Saint-Mars, snr les peines coiOugales de Restif. N« 130, 131, 132.

Lettre de Jonbert, non signée, avec une note de Restif. N* 118.

Lettre anonyme (de Toustain de Richebonrg), sur la Dubuisson. N* 124« 

Lettre de Restif à W^ Charmot. N« 136.

BiUet de la comtesse de Rivarol. N« 138.

Lettres de Bralle, ami de Beaumarchais. N** 137, 139 et 140.

La suite de ces lettres, intimes et secrètes la plupart, se trouve à la fin du tome XX, à la suite d*un extrait dm Affichée de Province, sur le$ Contem» porame»; la première, dans ce tome, est cotée 120. U faut citer surtout une très-longue lettre de F. Milran, à Cherbourg, 14 février 1785. N* 123.

Lettre du docteur GulUebert de Preval, 29 janvier 1785. N* 121.

Billet du graveur Quillau , qui réclame 60 livres pour complément du prix d*une planche qu'il a gravée. N* 127.

Lettres du comédien Desessarts , de l'abbé Terrasson , de Toustain-Riche- bourg. N« 128, 129, 130.

IVès-longue et très-intéressante lettre (histoire d'une Contemporaine) du dessinateur Sergent, à Chartres, 19 sept. 1785. N* 131.

Lettre de l'avocat Marandon, à Bordeaux, 11 octobre 1785. N* 132,


DS BlSTIf DB LA BRETONNE. 195

Tomes XXI et XXII, 666 pp., dont 7 feniU. non chiflOrés qui comptent dans la pagination, à la fin da XXIe, et 4 ff. non chiflMs, à la An dn XXII« tome.

Continnation du recoeil de lettres , du no 134 à 158 , à la fin du tome XXI .

Lettre de Qrimod de la Rejmière , qvà fait le pins grand 61oge de la Paiftatme pervertie. N* 134.

Lettre de Laaigan , olfrant de faire traduire laPayeaiimê en anglais, n* 135 et 139, et plusieurs autres lettres relatives h, ce roman , entre autres une lettre du graveur Sergent, 18 novembre 1785. N* 138.

Lettre de l'abbé Romet, secrétaire des commandements du prince de Monibason ; nov. 1785. N** 136 et 137.

Lettres d'invitation à dîner ches le chevalier de Saint-Mars, qui prie Res- tif d'amener sa charmante fille. N» 140 et 141.

Lettre de Mallet, de Genève, enthousiaste des ouvrages de Restif; suivie de la réponse , 31 janvier 1786. N» 142 et 143.

Lettre du curé de Courgis, à son fllB et fUlevl Restif, pour lui apprendre la mort de leur frère , l'abbé Thomas, 14 févr. 1786. N* 144.

Lettre d'invitation de Grimod de la Reynière , qui le prie à dîner avec le dessinateur Binet, et qui lui reproche de ne plus venir passer la soirée ches Beaumarchais et M** de Villers, 7 avril 1786. N* 145.

Lettre de Hédoin de Malavois, rapporteur du Point d'honneur, ami de Mercier. 16 mars 1786. N* 146.

Curieuses lettres du chevalier de Saint-Mars. N** 147 et 148.

Deux lettres de Sébastien Mercier, sans date. N** 150 et 151.

Lettre de M. de Chamois, sur une pièce du Théâtre-Italien : Nina ou la Folle, qui a du rapport avec une Nouvelle imprimée dans le tome l«r des Contemporaines 1 17 mai 1786. N* 153.

Lettres de Philippon (de la Madeleine), juin 1786. N» 154, 155 et 158. Il est question d'un conte de Restif : le Petit marehand de laine», inséré dans le Mercure de France et le Journal encyclopédique»

A la fin du tome XXn , après la suite des Analyses de nouvelles , depuis la 118* jusqu'à la 142*, viennent les lettres numérotées 159 à 166.

Lettres intimes de Mercier, sans date. N" 159, 160 et 162.

Lettre du docteur P. Quillebert de Prevsl, 30 juin 1786. N« 163.

Lettres du curé de Courgis à son frère sur la mort de leur frère Thomas , 14 février 1786, et sur la succession de leur père, 3 juillet 1786. N* 166. Tomes XXIII et XXIY, 541 pp., dont 12 ff. non chilfrés, à la fin du tome XXIII, et 5 ff., à la fin du tome XXIV.

Les ff. non chiffrés, à la fin du tome XXIII, contiennent des vert qui tout la euite de ceux qu'oit trouve chez la Femme mfidéle{p. 274-80 et 512-13), et un Errata de la Femme infidèle, c'est-à-dire la clé des noms déguisés ou omis ; «An moyen de ces corrections et des vers qui les précèdent, dit Restif (après cet Errata qui ne remplit pas moins de trois feuillets), on ne trouvera plus rien, dans la Femme infidèle, qui ne s'entende facilement. » A la suite , on lit un Abrégé des faits qui se sont passés depuis l'impression de la Femme infidèle et qui s'y rapportent. Ce sont les dénonciations et les attaques d'Augé contre son beau-père, en 1786 et 1787.

A la fin du tome XXIY, à la suite des Analyse, de la 148i Nouvelle à la 156*, on trouve une Eéponte générale aux mtUhonnétee gens qui ealomtUent


196 BIBLIOGRAPHIE B1I80NNÉE DBS OUVRIOBS

ief o¥9raç9Ê de N.-B, Bêttifdê ta Bretomu, laqaalle remplit trois feuillets. L*aateixr anouTine de cette Réponse se pose comae ayant porté U balle de libraire-colporteiir. Terribles attaques contre Nongaret, Lingnet et La Harpe.

TdmesXXVetXXVI,M8pp., dontsff. nonehiArés, à la fin du tome XXV. A la An du tome XXV , se trouve la suite des lettres da Jeune homme, de- puis la 3« jusqu'à la 9», remjAies d'ii^ures et de caloomies atroces contre le romancier Nougaret, qu'il appelle NégriHUm, à cause de la couleur de son teint.

Tomes XXYII et XXYIII, 661 pp., dont 4 ff. non chiffrés entre les pages 280 et 281 du XXyiI« tome, et 1 feuillet à la un du tome XXVIII.

A la page 280, on lit , après la nouTelle ITBs i FmàMtX^ et XXVIl* eo* tmnêm Les 4 feuillets non chiffirés qui suivent, imprimés en petit texte, et les pages portant 281 jusqu'à 352, manquent dans la 1» édition.

Les feuillets non chiflMs contiennent le commencement d'une longue lettre de Orimod de la Reynière sur ses malheurs, son procès et son exil; cette lettre, datée de Domevre, 20 septembre 1786, est continuée à la fin du tmne XXVIII. Dans une note, Restif annonce qu*U renverra souvent aux lettres de Orimod de la Reynière, lorsqu'il imprimera JfoMÎMr iVicoXos, et qu'il citera égslement les lettres de M^* Minette de Saint-Léger, déjà imprimées à la fin de te Prévention naUûnaie,

A la page 281 : Deux nmte de Parie. Les propxistàibbs dk maison. Cette pièce, ainsi que les suivantes, continue l'Interminable querelle de Restif avec son gendre Auge, mari de sa fllle atnée.

Page 297. Lk orubllb boducb. Restif, cité chei le commissaire de police, par Auge, qu'il appelle iforet^wn^ comme dans Ingénue Saxaneour, ou ta Fenune eéparée.

Page 304. Supplément à la Femme eéj^arée. Lettres relatives à cette affaire : « Lettre de V Échiné à N.-E. Augustin Saxancour; Lettre de M. Saxancour à l'inf&me Moresquin. Procès intenté à Restif par son gen- dre. Lettre de MUpownml (MUran) à Jeandevert (Restif). — Supplément ou réponse à la Femme infidèle, de Maribert-Gourtenay. — Pages 347 et 348. Lettres du même, au vicomte Toustsin-Richebourg, 31 décembre 1787 et 23 juin 1788. Restif igon^ ^ ces deux lettres un commentaire explicatif, dans lequel il déclare que ce diUran est un fou, un insensé, et qu'il refuse de recevoir sa visite.

La dernière page supplémentaire contient une note finale, dont voici le début : « C'est ainsi que j'ai cru devoir imprimer les horreurs commises par un Monstre, qui n'attend que ma mort pour traîner ma famille dans la boue.... » Restif n'a parlé nulle part du tragique dénouement de ces haines de famille : Auge avait juré de tuer son beau-père, mais il n'exécuta pas son dessein et tourna son poignard contre sa belle-mère, qu'il voulut assas- siner, le 30 juin 1793. Arrêté et mis en jugement, il fut condamné à mort.

A la fin du tome XXVIII, au verso de la page 061, SwUe delaZ^ letirede La Reyniàre,


DS BISTIF DB Lk BRETONNE. 197

Tomas XXIX et XXX, 566 pp., dont 9 feoUleti non chifflrét qni comptent dans la pagination, à U fin dn tome XXIX; en plus, 4 ff. non chiffrés, à la fin dn tome XXX.

Les feuilleta non chiflnrés dn tome XXIX contiennent la suite de la 3" let- tre de M. de la Rejniire, et nn choix de chansons badines, 16 pages qui manquent toujours, parce qu'elles ont été arrachées, on ne sait par qui, ni pourquoi.

A la fin du tome XXX, on trouTe un extrait des Affichée de Prowncêt ar- ticle de Fabbé de Fontenay, sur la Dernière aventure d'un homme de 45 ont, et la Réponse de Restif an journaliste de Gôttingen , adressée aux rédac- teurs de VSeprit det Jeumaux, 30 mars 1783.

Les douze derniers volumes des Contemporaines ne paraissent pas avoir été réimprimés , quoique les titres portent aussi seconde édi- tion, ou bien ils Vont été, sans changement notable, puisque le nombre de pages est le même, pour ces douze volumes, dans l'une et Fautre édition. Au reste, les estampes n'étant très-fatiguées que dans les douze premiers volumes de la seconde édition, on avait dû réduire beaucoup le tirage de la première édition, après ces premiers volumes qui furent tirés à très-grand nombre; car, à partir du tome XIII ou XIV, les épreuves des gravures de la seconde édition sont presque aussi bonnes que celles de la première.

Cette seconde édition, plus rare que la première, est d'ailleurs très-importante par les corrections et les additions que l'auteur a faites au texte, comme par les pièces supplémentaires ajoutées à la fin des volumes. Mais on y a supprimé presque complètement les avis et les notes de l'éditeur, qu*il avait fait imprimer au verso des titres dans la première édition.

En 1825, le libraire Peytieux, se trouvant propriétaire d'un cer- tain nombre d'exemplaires des Contemporaines, les fit brocher avec une nouvelle étiquette et en annonça la vente, par livraisons. Mais ces exemplaires, dont les figures sont quelquefois en bonnes épreu- ves, ne contiennent que trente-huit volumes, les six derniers de l'ouvrage ajant été épuisés, avant les premiers qui étaient, comme nous l'avons dit, tirés à plus grand nombre.

Les premiers volumes seulement des Contemporaines ont été tra- duits, en allemand, par W. Chf.-Sym. Mylius. Berlin, 1781 et suiv., il vol. in-8*.


196 BIBLIOGRÀPHIS RAISONNES BK8 OUYRÀGtS


XXIV

LA DÉCOUVERTE AUSTRALE. 4 vol. in-iâ.

Faux-titre du premier volume : Œuvres posthumes DE N******* ^Nouga^et?). Œuvre S^', La Découverte aus- trale ou les Antipodes : avec une Estampe à chaque fait principal. 1781 ^ Ce faux-titre daté manque dans pres- que tous les exemplaires, qui ne portent alors aucune date.

Titre : La Découverte australe, par un Homme vo- lant, ou fe Dédale français; nouvelle très-philosophique, suivie de la Lettre d*un Singe, etc. Épigraphe : Bseda^ lus interea Creten, etc. « (au-Iong à la préf.) » Fleuron : L*Amour portant deux colombes qui se becquètent. Im- primé à Leîpsick : et se trouve à Paris, Sans date. Au verso du titre, est détaillé le sujet de Testampe du frontispice •.

Sur le titre du second volume, à la page 242, les mots : c( (au-long à la préf.) » sont remplacés par ceux- ci : (( (Citation de la préface.) »

Sur le titre du troisième volume, l'épigraphe change ainsi : Félix qui rerum potuit cognoscere causas/ Au bas de la page 566, on lit : « Fin de la Découverte australe. » Suit un opuscule, tout à fait distinct du roman, sous ce titre : « Cosmogénies, ou Systèmes de la Formation de

' 65 fr. broché, Langlois, 1872. — 100 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874.

> 27 tr. demi-rel., Bullet. mentuel, Alv&rès, n* 182, 1862. — 24 fr. demi-rel., vente de N*** (Paul Lacroix), 1856. — 60 fr. rogné, Cat. Aug. FonUine, n« 1134, 1870. — 66 fr. demi-rel. non rogné, Ountsberger, 1872. — 65 fr. broché, Langlois, 1872.— 100 fr. broché, Charles Brunet, 1872. — 150 fr. demi-rel. non rogné, Cat. Leâileul, 1874. — 100 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874. — 200 fr. mar. r. dos orné à petite fers, ChamboUe-Dwru, Cat. Aug. Fontaine, no 2068, 1874.



DI B18TIF DI LA BRKTONNE. IM

l*Dniyers, suivant les Anciens et les Modernes, » dont la pagination continue de 567 à 624 ; au bas de la der- nière page, on lit : Fin des Cosmogénies.

Un nouveau faux-titre annonce un nouvel opuscule, avec une autre pagination : « Suite du IIP volume. Let- tre d'un Singe, aux Animaux de son Espèce, avec des Notes historiques. Dissertation sur les Hommes-brutes. La séance chés une Amatrice, composée de YI Diatri- bes : I. L*Homme-d&-nmt; II. L'Iatromachie; IIL La Raptomachie; IV. La Loterie; V. L'Olympiade, Ar- mide, etc. ; YI. Gluck et les Loups. » La pagination re- commence avec ce faux-titre et s'arrête, pour cette Suite du 3* vol., à la page 92, qui le termine; mais elle con- tinue dans le tome lY.

Yoici le titre du quatrième volume : <c La Découverte AUSTBALB, par un Homme-volant, ou le Dédale français; nouvelle très-philosophique : Quatrième volume, conte- nant les Notes sur la Lettre d'un Singe, la Dissertation sur les Hommes-brutes, et la Séance chés une Amatrice. » Ce quatrième volume va de la page 95 à la page 422, plus 5 ff. non chiffrés, pour une note sans titre, de 6 pp.; la table des figures et des pièces contenues dans les quatre volumes, et la liste des ouvrages de Fauteur. Les six diatribes indiquées ^sur le faux-titre de la Suite du tome m : t Homme de nuit^ l'Iatromaehxe, la Raptoma- chiCy la Loterie, tOlympiadCj et Gluck et les kups^ occu- pent les pages 337 à 422, dans ce 4* volume, qui a 30 lignes à la page, au lieu de 24.

Sur tous les titres et faux-titres de cet ouvrage, chaque ligne est soulignée par un filet simple ou double, parti- cularité typographique que ne présente aucune autre édition des Œuvres de Restif .


fûO BIBlioiUIAPIin BAISONMiB DU OUTHIOIS

La Découverte amtrale est ornée de vingt-trois gravu- res, toutes anonymes, et qui ne paraissent pas être de Binet, le dessinateur ordinaire de Restif. Voici les lé- gendes de ces estampes singulières, avec les renvois aux pages qui en donnent le sujet.

Tome premier. 1* Frontispice ; Victorin prenant son vol (voy. pag. 180). i* Victorin enlevant Christine, p. 101. 3® Les Hommes de nuit, pag. 183. 4® Ishmichtriss qu*on achève de parer, pag. 235. — Tomesecond. Fron- tispice. 5** Mariage du Fils de Victorin avec Ishmich- triss (voy. pag. 242). 6* Les hommes-singes, pag. 274. 7* Les hommes-ours, pag. 280. 8* Les hommes-chiens, pag. 288. 9* Les hommes-cochons, pag. 290. 10* Les hommes-taureaux, pag. 300. 11* Les hommes-moutons, pag. 308. 12* Les hommes-castors, pag. 318. 13* Les hom- mes-boucs, pag. 326. 14* Les hommes-chevaux, pag. 350. 15* Les hommes-ânes, pag. 356. « Explieatùm de Tes- tampe : Un jeune homme-Ane exprimant sa tendresse à une jeune personne de son espèce. Le galant dit à sa maltresse : Ehîh hhùuh; hhành, hhànhl » 16* Les hom- mes-grenouilles, pag. 364. 17* Les hommes-serpents, pag. 370. 18* Les hommes-éléfans, pag. 380. 19* Les hommes-lions, pag. 396. 20* Les hommes-oiseaux, pag. 418.— Tome troisième. Frontispice : 2rHermantin haranguant les Mégapatagons (voy. pag. 438). 22* César de Malaca écrivant aux animaux de son espèce, pag. 18 de la Suite du III* volume. — Tome quatrième. 23* La Séance chés une Amatrice, pag. 324. Cette dernitoe gravure, de double grandeur, est pliée dans le volume.

La plupart des exemplaires ont subi des mutilations exigées par la Police. Restif a dû supprimer absolument les pages 337 à 422, c*Mt-à-dire cinq des Diatribes qui suivaient celle intitulée t Homme


DI RKSTIP DI LA BRKTONNÏ. Ml

de nuit, Ut seule qui ait tromré grâce devant la Censure. Les antres parurent sans doute trop satiriques. Vlatromachie est une vive polé- mique en faveur du docteur CKiiUebert de Preval contre le décret de la Faculté de Paris, qui Tarait expulsé de son sein, comme indigne, à cause des expériences publiques du préservatif antivénérien; elle reproduit la Thèse de médecine soutenue en enfer, déjà publiée dans le tome Y des Lettres (fune FiUe à son père, en 1772. La troisième diatribe est une parade populaire dans le genre de Taconet, dont voici le titre entier : « La JlopfomâcAie, dialogue sério-comioo-philo- sophique entre Jean-Nicodème Tranchet, m« savetier, ancien juré de sa Communauté, demeurant à Paris, rue Saint-Eloi, tout près le Palais, et Gilles-Biaise Mourdesinge, m« de-d'mème, juré en charge du même corps, dans la même rue, proche le même Endroit. » Cette parade vise certainement les nouvelles ordonnances sur les corpo- rations de métiers. La Loterie est une allusion plaisante à Touvrage de Condorcet sur les Éléments du calcul des probabilités ; VOlym- piade n*est que l'écho des oonversaticms un peu libres, entendues au parterre des Italiens, et Ghtck et les loups, un éloge emphatique de ce compositeur de musique théâtrale.

Les exemplaires dans lesquels se trouvent les six Diatribes sont de la plus grande rareté. Quant aux feuillets supplémentaires du tome IV, c'est Restif qui les a soigneusement lait disparaître, par des raisons personnelles.

Cet ouvrage, qui est un des plus rares de ceux de Tauteur, ne ftit publié qu*en 1761 , et sans doute après des lentsiurs et des difficultés de la part de la censure et de la police. L'abbé Terrasson, censeur, quoique très-bien disposé pour Restif, lui écrivait le 3 octobre 1780 : « Quant à votre Découverte australe, il n'y a pas beaucoup de correc- tions à faire dans les deux premiers volumes, mais dans les deux autres il y en aura de très-considérables. H ne me sera guère possible, par exemple, de vous passer la Lettre d'un singe. H faudra la refondre en grande partie, et cette refonte obligera de changer beaucoup de choses dans le quatrième volume, oh, indépendamment de ce qui est une suite de cette Lettre, vous avancez des principes trop har- dis. Tout cela demande un travail considérable et m'engage à vous forcer d'attendre mon retour à Paris, où je vous ferai part de mes ohoervationB. Les deux premiers vohimes réussiront, mais les autres vous feraient des ennemis et des contradicteurs. » Voy. cette lettre, au no 48, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition. Il est donc à peu près certain que la Lettre (fim^tTi^e a été changée, ce qui aurait nécessité des cartons, qu'il est bien difBcile de recon- naître. Nous avons pourtant constaté que dans le tome IV la feuille P a été cartonnée, pour modifier quelques paragraphes dans la


S02 BIBLIOGRAPHIS BAISONlfiS DIS OUTRAGES

Sétmce chez une Amairicet et diasimiiler ainai la aappresaion de cinq Diatribes. U est probable qne VAnuUrice n'était autn qne Bfuo Pano- koucke, qai aTait épousé Suard, et qui réunissait chei elle les litté- rateurs, les journalistes, les savants et les artistes les plus émi- nents. Restif s*était laissé ontrdner à critiquer divers membres de cette espèce d*académie littéraire; entre autres, Suard lui-même {t Encyclopédiste)^ Oason Dourxigné {le petit chafoum), Tabbé Arnaud, qu'il nomme Du Thé, Gondorcet (le groi homme), Coqueley de Chaus- sepiëre (tavocai'Orlequin), etc. L'abbé Terrasson lui conseilla sans doute de faire un carton ; mais Restif n'enleva pas les épigrammes mordantes qu'il avait décochées contre les habitués de Ut maison Panckoucke et Suard. Ceux-ci étaient d'ailleurs assez reconnaissables dans la grande planche qui représente la Séance ches TAmatrice. On peut supposer que Restif avait voulu se venger des critiques acerbes du Mercure de France, en attaquant la coterie de ce journal. Il s'est donné aussi le plaisir de faire lire, dans le salon de Suard, Vlairomachie, pour répondre aux journaux qui avaient poursuivi de leurs dédains et de leurs sarcasmes son ami, le docteur Guillebert de Preval, en l'honneur duquel il avait composé la mémorable Thèse de médecine soutenue en enfer.

Il ne serait pas impossible que Restif se fût mis en scène lui- même sous le nom du Philosophe, qui fait une lecture de t Homme de nuit, car ce personnage, dans la grande gravure, est le seul qui soit représenté avec son chapeau sur la tète, selon l'habitude invariable de Restif.

« Je prie l'honorable lecteur, dit Restif en terminant le procès- verbal de la Séance, de ne pas croire que j'ai mis au jour ces pièces pour me moquer des séances de la petite Académie ; hélas 1 j'y ai fait un rôle.... D'ailleurs, l'Amatrice qui la préside, est adorable ; et peuiron manquer de jugement, quand on est belle? Enfin, je suis Gluckiste, et je ne rapporterais pas ironiquement une pièce en fa- veur de mon Amphion, devenu Orphée, dont les chants m'ont tou- jours fait tant de plaisir. » Nous avons lu, quelque part, que Beau- marchais avait lui-même présenté l'auteur des Contemporaines au riche libraire Panckoucke, lorsqu'on cherchait un bon prote pour diriger l'impression des œuvres de Voltaire à Kehl. On doit croire que Restif ne revint pas souvent dans une maison où La Harpe régnait en maître. De là, sans doute, l'aversion instinctive de Restif contre cet aristarque delà littérature.

Les feuiUets supplémentaires, qui sont à la fin du tome IV dans les exemplaires non cartonnés, contiennent une note chagrine et agressive, dans laquelle Restif se plaint d'un dénonciateur qui avait suscité contre lui une instruction au criminel, par suite de .la


BI RS8TIF DI LÀ BBETOMNS. S03

plainte d'une dame qu'il ne nomme pas, laquelle avait cru se re- connaître dans une nouvelle du tome IV des Contemporaines, Voy. au chapitre des Contbiiporainbs, n* xxm, un extrait de cette note très-importante, où Restif établit le compte général du produit de aeê droits d'auteur, depuis son premier ouvrage.

« La base du système physique développé dans la Découverte aus- trale, dit M. Monselet, est qu'originairement il n'y eut qu'un seul animal et qu'un seul végétal sur notre globe. Ce sont les diffé- rences de sol et de température, qui ont •amené la variété des êtres et produit des animaux mixtes. »

Restif semble éviter de donner des détails sur la composition et la publication de cet ouvrage singulier, quoi qu'il en dise quelque chose dans l'examen de ses ouvrages, tome XYI de Monsieur Ntcolas, p. 4719 et suiv. Il avait dit, seixe ans auparavant, dans la Revue des ouvrages de FAuteur, à la suite des Figures du Paysan perverti, p. ccxxxiv : a Cet ouvrage fut commencé en 1779, pendant une maladie de l'au- teur, qui le fit en partie dans son lit (où il était malade d'une déper- dition). On y voit un système de physique, lié, suivi, mais un peu enveloppé, un plan de législation sage , enveloppé de même. Il y a des notes très-instructives, qui tiennent plus d'un volume, des JV qu'a cette production. » Ce livre n'eut aucun succès et ne fut pas compris. Restif s'en félicitait : a J*ai eu lieu, disait-il, en cette occasion et en quelques autres, d'observer combien les gens du monde sont bétes, et non-seulement les gens du monde, mais les journalistes, même ceux que leur haine pour moi rend péné- trants.... Cependant je fus deviné par quelques particuliers et entre autres par M. Lebègue de Prêle, médecin de la Faculté de Paris, qui me dit, chez mon libraire, la veuve Duchesne : « Bon I nous nous entendons, nous autres, mais toutes ces bêtes du Palais- Royal ne vous ont pas compris. » En effet, l'auteur des Affiches de Province, l'abbé de Fontenay, quoique très-sincère partisan des ou- vrages de Restif, en annonçant la Découverte australe, ne s'était pas borné à déclarer que c'était la plus bizarre production qu'on pût imaginer : « C'est un véritable dédale, ajoutait-il, où je craindrâis de m'égarer. »

Restif avait lu certainement le roman anglais des Hommes volants, traduit de l'anglais par de Puisieux {Paris, V^Brunet, 1763, 3 vol. in-12), lorsqu'il conçut le projet de sa Découverte australe; les aventures de Pierre Wilkins lui donnèrent l'idée de faire voyager son Yictorin dans les pays inconnus du globe. Il est à remarquer que la machine que ce voyageur invente pour s'élever dans les airs, est antérieure d'un an ou deux à l'invention du vaisseau volant de Blanchard. Il est vrai que le chanoine d'Étampes, Desforges, avait imaginé, dès 1770,


M4 bibliogbâphh iuisonnék dis omnuLGis

son cabriolet volant, qui loi brisa les os. Le roman de la Déeow>erte australe accuse une prodigieuse imagination fantastique. Ce roman se rattache complètement à la Philosophie de Monsieur Nicolas, qui ne parut que quinse ans plus tard. Nous serions tenté de le considérer comme le produit d*une hallucination de malade : mgn somma, Restif était malade, hélas 1 comme il Tétait sourent par sa faute, quand il commença ce livre eitraordinaire; il gardait forcément le Ût, et prenait probablement des remèdes mercuriels et opiacés. « Je fis le roman de YictonUf en m'amusant, le matin, dans mon lit, dit-il {MonsieurNicolas,U>m.XYl,pAli9),.,On8BÀiqiie\ADécouverteaustrale est un roman physique, à Texception de l'histoire de Yietorin, des- tinée à présenter des vérités salutaires, comme on donne une méde- cine duis un vase à bords miellés, aux enfants malades, que trop d'indulgence a rendus volontaires. La base du système physique est qu'originairement il n*y eut qu'un seul être unique ; car, si toutes les parties du globe avaient eu le même sol et la même température, cet être unique n'aurait jamais formé qu'un seul être. « Il est aisé de deviner que Restif avait pris l'idée mère de sa physique dans les livres de philosophie matérialiste de La Mettrie et dans des conversations avec Pidansat de Mairobert et le docteur syphiliiîige Guillebert de Preval , qui était un original, de même que son confrère, La Mettrie. Pidansat de Mairobert, qui se tua pendant que Restif écri- vait cet ouvrage, pourrait bien n'y être pas étranger; il a eu part du moins aux audacieuses y«t?^a/M ou satires des mœurs, qui remplissent deux volumes de la Découverte australe. 11 les avait para- phées, d'avance, en sa qualité de censeur. L'abbé Terrasson, que Restif qualifie d'homme timide, demanda de grands changements dans cette débauche d'idées singulières, qui touchent à tout et qui atta- quent tout. Restif fit des cartons ; mais , selon son habitude, il eut soin de les oublier en partie à la brochure de son ouvrage, qui étonna, qui ne fût pas compris, et qui eut pourtant un succès de haute curiosité, peut-être à cause des gravures qu'on peut attribuer à l'invention de Tauteur du livre, quoiqu'elles ne portent pas : Res- tif inv.

La machine, employée par Yietorin pour s'élever dans les airs, n'est, à vrai dire, qu'une imitation de celle que Cyrano avait ima- ginée pour son Voyage dans la lune; c'est, au reste, dans cet ou- vrage philosophique si remarquable de Cyrano, que Restif a puisé beaucoup d'idées qu'il n'a fait que développer dans saD^oovverfeattf- trale. Mais il est vraiment remarquable que Restif ait porté ses recherches sur la manière de voyager dans les airs, trois ans avant la découverte des frères Montgolûer, qui firent la première expé- rience des aérostats au mois de juin 1783. « Quant à vos hommes


DS RE8TIF DE LA BBXTONNB. 206


volante» je les aime à tort à travers, lui écrivait un savant ori- ginal, dont la lettre est insérée ci-après : la manière dont vous ajustez leurs ailes est très-ingénieuse ; le parasol doit faciliter leur vol ; il coupe Fair, comme le beo triangulaire de l'hirondelle, ou comme Toie qui fait Tavant-garde et qui ouvre la route à ses com- pagnes dans la moyenne région. En cela, votre mécanique l'emporte sur celle du graundi, dont un auteur anglais a£hible ses hommes volants. Vous nous permettrez seulement d'en restreindre les effets et la force. Laissons cette jolie invention. »

Restif a lui-même résumé tout son système cosmogonique, dans cette analyse succincte de son étrange ouvrage : « Dans la première formation des êtres, après que notre planète fut sortie comète, du soleil son producteur, dit-il {Monsieur Nicolas, tom. XVI, pag. 4720 et suiv.), les germes, en effervescence et presque en ébullition, for-i mèrent des êtres mélangés des différentes espèces. 11 y eut des^ honmies de nuit, des hommes-chiens, lions, taureaux, béliers, etc. Tous les êtres animés, furibonds d'amour, dans cette première pé- riode, se mêlèrent pour la génération, mais peu à peu les espèces se classèrent, Thomme-singe, l'homme-chien, cheval, taureau, bé- lier, âne, se réunirent en force, se trouvant plus parfaits, en vertu de Tamonr-propre ; ils prirent le Sceptre et dominèrent chacun dans un canton sépsûré. Toutes ces idées physiques sont présentées, avec art, dans rHomme volant, comme de nouvelles découvertes. » On devine les sarcasmes qui poursuivirent Restif et son système.

L'auteur, raillé et bafoué, eut pourtant quelques consolations, entre autres une longue lettre, moitié plaisante, moitié sérieuse, écrite par un nommé Yvet, qui était, je crois, un bénédictin défro- qué : « Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de votre grande famille des contrées australes. Yictorin et ses descendants vous doivent cette reconnaissance, en vous apprenant ce qui s'y passe. Je suis tout bonace, je vis en paix et ne nuis à personne; une mai- tresse infidèle me fait porter au front deux petites excroissances ; ainsi je m'intéresse beaucoup à mes frères de l'ile des hommes- moutons, sans être indifférent au sort de mes cousins-germains les hommes-cochons, dont nos moines ont bien des traits, et même des hommes-chats, dont nos procureurs descendent en droite ligne. Raillerie à part, je suis très-sérieusement de votre avis : le premier père de notre espèce, à ce que je crois, ne nous ressemblait en rien; il y a plus de dix ans que je l'ai dit et soutenu pour la pre- mière fois. Sa postérité s'est perfectionnée, comme les arbres, dont les fruits ne sont beaux et bons que lorsqu'ils sont entés. Chez les Égyptiens et les Juifs, il était défendu, par une loi expresse, aux hommes, d'habiter avec les chèvres et aux femmes avec les boucs.


SOS BIBLIOGRAPHIS IULI80NNÉS DK8 OUYRAGBS

La défense sappose le fait. La belle Boulangère de Strasbourg (nous ne savons rien de ses faits et gestes), cent procès criminels à ce si^et, la dépravation du goût de bien des gens d'aiyourd'hui et du temps passé, viennent à Tappui des sages et judicieuses réflexions qui étayent votre hypothèse... Je dirai seulement, à tous ceux qui ne voudront pas croire quHls descendent de quelques tigres ou co- chons (malgré leur ressemblance), qu^ils parcourent l'échelle de la Nature, depuis M. Buffon jusqu^au Caraïbe le plus stupide, et que de ce dernier ils passent à Tespèce de singes la plus rusée ; qu'ils ail- lent toujours en avant, d'espèce en espèce, ils parviendront à la la classe du chien de berger; qu'alors ils verront que les nuances sont insensibles, que tous les animaux ne sont qu'une grande et même famille; que la terre ne pourrait animer aucun être, si elle ne l'était elle-même. »

Cependant l'homme-mouton, dom Yvet, tout en caressant les utopies cosmogoniques de Restif, qui n'entendait pas trop la plaisanterie, se permettait de le railler aussi, mais doucement et amicalement : « J'avais cru, comme vous, lui dit-il, qu'il y avait eu des géants dans notre espèce; je l'avais toujours soutenu; les relations des Anciens, l'histoire des Ogres, le Gargantua de Rabelais, n'étaient pas des preuves assez fortes, il fallait des faits. Je triomphais de la trouvaille que vous nous annoncez ; vous nous dites dans le 4* vo- lume, pag. 159, que l'on voit encore aujourd'hui, à la Bibliothèque du Roi, deux grandes caisses des restes des ossements d'un fameux géant, qui fut trouvé à Salonique. J'y conduisis les incrédules ; je demandai les caisses au bibliothécaire et à toutes les personnes chargées de montrer les curiosités de ce superbe édifice. Tout le monde me rit au nez. Je vous prie bien de m'indiquer, par un mot de réponse, dans quel endroit on les a reléguées. » (Voy. cette lettre, n9 60, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition.) Restif ne répondit pas, du moins sur la question des Géants, et le malin Yvet, qui craignit de l'avoir fâché, Tinvita gaiement à venir dîner avec lui. Restif répondit alors pour s'excuser et prétexta le chagrin que lui causait la mort d'un ami. Cet Yvet était un joyeux compère ; il réitéra son invitation, en l'accompagnant des plus fortes raisons philosophiques : a Vivez, vives. Monsieur, et profitez avide- ment des moments qui peuvent éclairer les nuages dont votre trop sensible cœur paraît se couvrir, sans que vous vous en aperceviez. C'est pourquoi souffrez, je vous prie, Monsieur, que je vous ajourne à samedi 28 juillet, qui est demain, sur le midi ou une heure au plus tard. Nous tâcherons de tempérer ce noir chagrin, qui me parût tendre directement à la mélancolie. Tout est dit, arrêté et conclu : si vous manquez de venir, c'en est fait, je ne vous défends plus, de ma


os BI8TIF DS LA BRSTONMX. M7

vie. » Maître Yvet devait être une sorte de Gaadet d^Aras, et Restit n'avait garde de se brouiller avec le chaleureux partisan des hom- mes-moutons.

Traduit en allemand, Dresde, 1784, in-8®.

XXV

L'ANDROGRAPHE, ou Idées d'un honnAts-homme sur un projet de règlement, proposé à toutes les Nations de FEurope, pour opérer une Réforme générale des mœurs, et par elle, le bonheur du Genre humain ; avec des Notes historiques et justificatives. Recueillies par N.-E.-Rétif- de-Ia-Bretone, éditeur de l'ouvrage. Épigraphe : « Maudit celui qui, le premier, entourant un champ d'un fossé, dit : Ce champ est à moi I J. J. R. n Ala Haie, chés Gosse et Pinei, libraires de Son Altesse Sérénissime, Et se trouve à Paris, chés la d^ veuve Duchesne et BeUn, li- braires, rue Saintjacques, et Merigot-jeune , quai des Au- gustins. M.DGC.LXXXII. Deux parties en un volume grand in-8^ de 16 et 492 pages ^

n y a des exemplaires qui n*ont que 476 pages, dont la dernière, non ohiffirée, donne un petit catalogue des ouvrages de l'auteur. La table de tAndrogmphe remplissant la page 475, on peut croire que Restif avait considéré d^abord son livre comme achevé^ mais il se ravisa et ajouta une feuille d'impression, qui porte le nombre des pages à 492 ; au bas de la dernière, on lit ; Fin des notes du Porno- ffraphe. En effet, ces pages supplémentaires sont intitulées : Sup- plément au Pomographe, et Suite de la Q, Restif n'était pas malicieux et ne plaisantait pas dans ses Idées singulières.

Restif avait d*abord annoncé cet ouvrage sous le titre de filn- tkropographe, ou l'Homme réformé, titre qui se retrouve en tête du texte (après les 16 premières pages formant introduction) , et au

> 7 fr., veau, BuUet, meruvel, Alvarès, n* 1560, 1857. — 12 fr., dem.-rel., vante de N*** (P. Lacroix), 1856. — 10 fr., SoUr» 1860. — 50 fr. demi-rel.| Henri Artur, 1873.


toe BIBLIOeBAPUS aUSONHÉK Dt8 OUYEÀGKS

commencement de la seconde partie. C'est sons le nom de rAnAro- pographe qu'il parle de ce liTre, en plusieurs endroits de ses on- Trages, comme étant le tome lY des Idées singulières. On a donc cher- ché inutilement un Anthropographe, qui n'est autre que fAndrographe. Beuchot lui-même y a été trompé; il dit, dans sa notice bibliogra- phique sur Restif de la Bretonne (Décade phiiosophique , 1806, 2* trimestre, p. 125) : u II avait fait aussi fAnthrûpographe, ou rHomme réformé. Je crois que cet ouvrage n'a pas été imprimé. »

Au verso du titre, est un avis de l'éditeur : « Les puristes, ces en- nemis immortels de tout bien, m'ont reproché d'avoir composé ie Pomograpke. Je leur déclare ici que je m'en applaudis; c'est un projet utile, honnête, et le Oouvemement ne commettrait aucune indécence, en le réalisant : il n'y a rien d'indécent, pour la Divinité, pour la Nature et pour les corps politics (sic) ; Dieu et la Nature ont fait l'anus et la bouche, sans s'avilir; ils ont réglé les fonctions des parties secrètes, etc. Les corps politics peuvent en faire autant. Comme auteur, je n'ai pas traité une matière insolite; Philon, qui valait bien nos puristes, a fait un livre de Meretricis mercede, et Philon avait des mœurs pures »

L'Introduction est intitulée : Suite de thistoire des personnages du Pomographe, de la Mimographe et des Gynographes. « On sait que les trois Projets ou plans de réforme sont par lettres et qu'ils ont pour enveloppe l'Histoire des personnages, auxquels l'Éditeur les attribue. Nous allons reprendre cette Histoire , où elle en est restée , dans les Gynographes^ pour les conduire jusqu'à l'instant où M. d'Alian commencera le Thesmographe, V^ projet des Idées singulières »

La préface : A mon fils Avrèle, est adressée par M. d'Alzan à son fils, élevé et formé par lui. Le s^jet du livre n'en est pas moins un peu scabreux pour un eniant de treize ans, puisque le père s'aven- ture à traiter à fond les arcanes les plus mystérieux du mariage. Le chapitre 88 a pour titre : « S*il y aurait des filles de plaisir. » Dans les Notes, à mesure que l'éducation de l'enfant se perfection- nerait, on devait lui apprendre ce qu'on ne sait guère à son âge : « Dans la note C, on traitera physiquement de la prostitution et de l'anus ; dans la note £ , on examinera la répudiation et ce que sont nos femmes. » Mais ces deux notes sont restées dans le portefeuille de l'auteur ou de l'éditeur. L'ouvrage se termine avec la note A, dans laquelle il est question des coutumes, des usages et des lois de tous les peuples du monde. L'éditeur ne perd jamais l'occasion de constater sa personnalité, dans une remarque de son cru; par exemple, là où la note disait que la ville d'Ispahan comptait au- delà de douse mille femmes publiques, il sjoute en marge : « C'est


DI BISTir DB lA BBSTOma. m


plus qu*à Paris, où les véritables pnbliques ne sont pas, suivant moi, à douxe mille ; mais les demi-publiques et les entretenues vont peut-être à cent mille. Voy. lb Pornookaphb. »

On a lieu de croire que fAndtrographe^ un des volumes les plus rares des Idées singulières, ne fut pas mis en vente (ches la veuve Duchesne et Belin, dont les noms se trouvent sur le titre de l'édition), sans rencontrer des difficultés de la part du Bureau de la librairie. Dans une lettre adressée à Tabbé Mercier de Saint-Léger par Agnès Lebëgue, femme de Restif, en date du 4 janvier 1782, elle lui demande la préférence lorsqu'il voudra acheter quelques nou- veaux livres de son mari; mais, pensant qu'il a déjà les Ccntempo-' raines, la Découverte australe et autres plus anciens, elle ne lui propose que rAnén^graphe , qui venait de paraître. Voy. Mélanges curieux et aneedotigues tirés d'une collection d^autographes ayant t^ppartenu à M. Fossé d'ÀrcossCt par Ch. Asselineau {Paris, Techener, 1861, in.8«, p. 397).

Restif était socialiste et communiste; il le laisse voir, il le déclare souvent dans ses ouvrages. Pierre Leroux, dans la remarquable étude qu'il a faite des opinions et des systèmes de l'auteur des Idées singulières (voy. les Lettres sur le Fouriérisme, dans la Revue so- ciale, 1850), n'a pas dédaigné de représenter Restif comme un des plus bixarres précurseurs de Fourier. Le Phalanstère se trouve, en effet, parfaitement annoncé dans les Statuts du bourg d'Oudun, que Restif appelle le Bourg commun, à la fin du Paysan perverti. Mais c'est surtout dans FAndrogfaphef que Restif adonné carrière à ses théories socialistes, théories qui se faisaient jour alors dans une foule d'écrits philosophiques. Le siècle était aux iimovations, et tout ce qui sortait de l'ordinaire, de Tusuel, de l'ordre établi, préoccupait, passionnait les esprits, impatients d'une transformation sociale. Cependant le Nouvel Emile avait eu peu de lecteurs et FAndrogr^phe en eut moins encore. Heureusement l'approbation de quelques uto- pistes sympathiques venait consoler Restif de l'indifférence du public.

Il nous a conservé, par exemple, la lettre d'un de ses frères en socialisme, nommé J.-A.-V. d'Hupay de Fuvéa, qui était, en même temps que lui, le préconisateur de la vie en conmiun, et qui avait publié dès lors, sous le voile de l'anonyme, un ouvrage sur ses rêves favoris : Maison de réunion pour la Communauté philosophique dans la terre de f Auteur de ce projet. Euphrate (Aix), 1779, in-8o : « Vous annonces, à la page 178 du 4^ tome du Paysan perverti, lui disait-il, immédiatement avant les Statuts d'Oudun, un ouvrage intitulé le Nouvel Emile, que je serais charmé de voir, venant de votre main, ayant des enfants, et parce qu'étant auteur communiste, je veux, de

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tlO BIBLIOCOtlPIUX EÀISORNÉB DS8 OUYRJLGKS

plus, lei élever poxtrmre en oommiinauté, car il y a presque autant de danger de vivre livré à soi-même, dans notre état, que dans celui de paysan... Étant trës-cnrieux de livres d'éducation et autant de ceux de communauté, qui sont une suite de la bonne éducation que leurs auteurs supposent dans les hommes qu'ils invitent à cet état de perfection de la société, je ne puis mieux m'adresser qu'à vous, Monsieur, pour avoir des nouvelles de cet ouvrage qui m'intéresse doublement... Je désirerais que tous nos contemporains qui ont écrit sur cette matière se communiquassent leurs dispositions à cet égard, qui doivent être les plus sincères, pour tâcher de donner eux-mêmes la leçon et l'exemple. » Voy. cette lettre, datée de 1782, au n9 69, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition. D'Hupay de Fuvéa envoyait à Restif, par l'intermédiaire du chevalier Lama- non, un ouvrage communiste, dont il expose les principes, en termi- nant sa lettre, et qui n'a pas été encore signalé par les bibliographes : Projet de Communauté philosophe, fondé sur la vie du bon La Fon- taine, les sentiments des meilleurs auteurs, les principes des éta- blissements des peuples du Nouveau Monde, et sur ime analyse du système économique de la Nouvelle Héloîse, avec un plan géométral du séjour champêtre de cette société, proposé par souscription à Marseille, par J.-A.-V. d'H**. c Ce projet, disait l'auteur, parait remplir les vœux de tous les V)rais amateurs de la philosophie, dont l'unique but est la douceur d'une vie tranquille et réglée, et leurs plus grands délices, une société choisie. »

VAnthropogrcphe visait au même' but, mais il avait été si peu répandu, si peu annoncé, que d'Hupay de Fuvéa ne le connaissait pas* Restif, il est vrai, s'était opposé lui-même à ce qu'on lui donnât la publicité des journaux, lorsque le livre parut : « Les journalistes n'ont point parlé de ce IV« volume, disait-il en 1784 (Hevue des Ou- vrages de r Auteur, pag. ccxli^), que l'auteur ne leur a point encore envoyé ; mais il est bien supérieur aux deux premiers, par l'impor- tance de la matière. » Nous n'avons pas découvert quelles furent les causes qui empêchèrent cet ouvrage de circuler et de se faire connaître, à une époque où Restif avait un public, des libraires, des admirateurs. Le livre a-t-il été saisi, supprijjaé, mis à l'index? Tou- jours est-il que les exemplaires en sont presque introuvables. Le vicomte de Toustain-Richebourg, qui avait été censeur royal, n'a pas pourtant craint de se mettre en avant et de témoigner haute- ment ses sentiments d'estime et de sympathie pour l'auteur et pour son ouvrage : « Il est bien noble et bien doux, disait-il dans une lettre à Restif, datée du 25 août 1782, au sujet de f^nthropo- graphe (voy. cette lettre, à la fin du tome XXXI des Contemporaines, seconde édition), pour un particulier honnête et sensible, de rêver


DS RISTIP DS LÀ BRITONNB. tll

ainsi le bonheur du genre humain, en attendant que des hommes qui réuniront le pouvoir et la fermeté au génie et à la bienfaisance, s'oc- cupent d'en réaliser quelques parties (des !dées singiUières de TAu- teur). M Voici Veiposé qu*il fait de cet Anthropographe^ qui était en- core inconnu quoique publié : « Dans votre système, je n'aperçois ni oppresseurs, ni opprimés ni arrogants ni avilis, ni dupes ni fripons, ni luxe ni misère. Tolérance et concorde, inspection frater- nelle et ouverte, bien différente d'un espionnage sourd ou inquisito- rial, protection sans hauteur et sans bassesse, parce qu'elle est réci- proque ; tels sont. Monsieur, les nombreux et inévitables avantages que présente votre projet. Plus de jalousie ni d'animosité d'ordres, de corps ou d'états ; plus de chicane, plus de mendicité, et presque plus d'exemple, d'aliment, ni de prétexte à la cupidité, mère de tant de maux. Je n'y vois de malheureux que les malfaiteurs. Personne n'y est pauvre ni désœuvré. L'émulation, l'activité, l'industrie se dégagent du mélange impur de la haine, de l'ambition, de l'avidité. » C'est le système de Babeuf, moins le levain politique.

Il semble que Restif n'ait pas eu le temps de compléter son An- drographe, puisque plusieurs des notes détaillées qui devaient figurer dans la seconde partie ont été omises et distribuées dans d'autres ouvrages de l'auteur. « La note [B] du Bonheur, dit Restif (examen de ses ouvrages; Monsieur Nicolas, tome XVI, pag. 4686), ne se trouve pas imprimée dans l'ouvrage, parce qu'elle l'est déjà dans le Paysan, complet, réuni à la Paysanne, pag. 147 du second volume. La note [C], où l'on traite physiquement de la prostitution et de l'amour, est également imprimée dans le Paysan complet, à la fin du IV« vol., sous le titre des Catins, La note [D] des ouvrages de litté- rature qui paraissent les plus futiles (des Romans), se trouve dans les Françaises, La note [E] du Divorce est placée dans le Thesmographe, oh elle est plus convenablement, pag. 375. La note [F] de la Satyre se rencontre dans le Paysan-Paysanne imis, 198* lettre. La note [O] de la Chicane est dans le Thesmographe, pag. 429, sous ce titre : les Abus de la Procédure et de la Judicature dévoilés. Enfin la note [H], la Mort, est imprimée dans la 198* lettre , 2* vol. du Paysan- Paysanne, » On voit que ces notes n'étaient autres que des Juvénales destinées à former l'ouvrage, depuis abandonné : le Hibou, Voy. plus plus loin le chapitre consacré à ce projet d'ouvrage.

V Anthropographe, devenu tAndrographe, s'était pourtant vendu on avait disparu par quelque circonstance qui nous échappe, car, en 1784, Restif, dans un catalogue de ses ouvrages imprimé à la fin de la Prévention nationale, annonçait les 4 volumes des Idées singulières publiés à cette époque, en ajoutant cette note : « Il n'existe plus


SM BnUOAaAPIfll RUSOIlIlfX BIS omnuLGis


qM quatre oollectioiui absolument complètes des ouvrages précé- dents; on les réserre pour les personnes qui en demanderont une entière. ■ le Thesmogre^i)he ne fût imprimé que six ans plus tard, et le Gtoêtoffraphe ne le ftit jamais.

XXVI

LA DERNIÈRE AYANTURE D'UN HOBfBIE DE QUA- RAMTErGINQ ANS ; noaTelle utile à plus d'un lecteur.

Épigraphe : Venit magno fœnore tordu» amor.

Propebt. a Genève. Et se trouve à Pari», cké» RegnauU, libraire, rue. S, ^ Jacques, vit^-vis la rue du Plâtre. 1783. Deux parties, en un seul volume in-lS de 528 pages ^

L'épigraphe change sur le titre de la seconde partie : rurpeêenilis amor. Gravure-frontispice pour chaque par- tie; sur la première : Btnet del. Giraud taîni seul.; sur la seconde : Binet del. Pouquet seul.

La première partie renferme une pièce de théftire , intitulée : tAniour et la FoHe, ou le Rarier retrouvé, pastorale mêlée de sym- fouies (sic) et de danses, commençant à la page 13S et finissant à la page 172. « Cette pièce n'est qu'une yraie misère, » dit Restif dans la note qui la précède. Restif n'en est pas l'auteur. Il a publié, dans la Prévention nationale (tome III, pag. 441), « la lettre de la mère de Sara, qui redemande à M. d' Aigrement la pièce de sa fiUe, im- primée dans la première partie de la Dernière Aventure s. Voici cette lettre :

« 14 décembre 178S.

« Je TOUS écris, Monsieur, pour m'informer de Totre santé et pour vous prier de me renvoyer une pièce de comédie, que vous aves à moi depuis deux ans. Cet ouvrage m'est précieux, à bien des égards 1

1 7 fr. 50, SoUr, 1960. — IS fr., BulUtSn meiuuêl, Alvarès, 186t, no 1006. — 10 fr., veau m«rb., Bulletin du Bouquinitte, 1866, n» 1126. — 36 fr. veau, Charles Bnmat, 1872, — 30 fr. demi-rel., Langlois, 1872. — 80 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874. — 80 fr. broché, Cat. LeftUaul , 1874. — 100 tr. mar. r., dos orné à petits fen, CAttn^oUé-Dwru, Cat. Ang. Fontaine, n» 2000, 1874.


et HISTIF Dl U BBITONHI. 113

n TOtu fut donné, je le uii, par nut Ails, mids alors tou étira pour elle ce qne tom n'été» plu*. CMt voiu en dire umi. J'ai l'honDeiir d'être. Monsieur, «n attendant l'effet de ma demaiide, Totre trta- bomble «errante,

■ Femme Lu, ■ P. S. — Bian de* choseï de la part de VÉerivine. ■

Ce roman ait un chef-d'CBUTre ; ce n'ait pa* un roman, c'est une histoire Traia, racontée nalvenient, sinoèrement, par celui qui an est le béroi. ■ Je la composai, dit Keaiif dans Moruieur Nito- la* (tome XTI, p. 47Sa), i mesura que Isa feits arriTaient. C'est es qui lui donne l'air d^ jonrnaL J'étaù profbndément affecté, en réerifant, et je regardai* son impretsion comme le complé- ment de mon existence. » Reslif était si pénétre de* sonrenin de cet épisode de sa rie , qu'il a publié une analyse de l'ouTrage, a la Un da la Priventitm nationale, et qne, quinie ans plu* tard, en 1797, il replaçait, dam la doudime partie de Motuiair Nicotat, un admirable abrégé da la Demiirt Aventure (Ttm homme d«  45 (DU, en lubatituant ans noms dégniaés du roman lu noms Té- ritablei des personnage* de cette touchante arentora. ■ On a tu qne j'ai adoré Sara, s'écrie-t-il i la suite da son récit; qne je l'ai haie, détestée, méprisée. A présent, je n'éprouve que le sentiment da la tendresse et da U donlei )n le coeur hu-

main anisi bien, aussi véritablei t cette hiatoireT

Ah I l'abbé Delille avait raison uvra, maie c'est

la Nature et non l'aDteur, qui autre endroit

de Moruteur Nieolaa (lome X, p. se le fait : ■ Le

citoyen DelSle, en 1193, m'a i l'utilité de U

Denàire Aventure d'un homme di i, moins soigné

de sQl* que Manon teieaut, me or, sous Is rap-

port de rtntérét, du pathétique ihaf-d'œuvre de

l'abbé PiéTOst.

Ce cbef-d'csnvre na plut pourtant pas à tout le monde : il ht can*«, par exemple, de U bronille de Restif areo MU* Hioetl* de Saint-Léger et de son ressentiment contre cette jolie personne qui était pour lui oe qne plus tard Bettina ftit pour Ooethe. Il avait eu la maladresse d'offrir cet ouvrage, qui venait de paraître, i la roma- nesque Itinetle, que déaenchamta û lecture des Confettioni de son amonieui de quarante-cinq ans. Elle se souvint qu'elle n'avait que vingt ans, et elle écrivit i Reslif cette lettre indignée : < Votre InM est trap sensible ; elle l'est trop. Vons ne sanrira imaginer tonte la peine que m'a causée la Demiire Aventure, et cette conles-


2U BIBLIOGRAPHIE RÂISONlftE DBS OUVEÂGBS

sion publique, en ajoutant, 8*il est possible, à mon estime, me fait craindre pour elle Topinion des autres. Je vois votre rougeur: elle m'attendrit, me pénètre et me porte à Toubli des fautes, pour me laisser admirer le retour de toutes les vertus... Us ne verront qu'une fenmie délaissée, des enfants abandonnés, et tout le produit du plus noble travail, consacré aujplus méprisable emploi!... Oardez-vous de confondre avec une témérité indiscrète le sentiment qui me fait dire la vérité I C'est l'amitié qui s'inquiète de vous voir faible, qui gémit des malheurs qui sont votre ouvrage, qui rougit, sans vous épar- gner la honte I C'est une jeune personne qui, accoutumée à vaincre dans tous les combats pénibles, ne peut s'empêcher de pleurer, en vous voyant céder, au mépris de votre expérience... Je crois, en vérité, que vous ignorez tout ce que vous valez, tout ce que vous êtes I » (Voy., dans ia Prévention nationale, tome III, pag. 450, cette lettre, dont nous avons fait ailleurs un autre extrait.) Restif prit en très-mauvaise part les critiques et les conseils qu'une petite fille de vingt ans se permettait de lui adresser, en disant avec une grftce charmante : u Votre élève sera votre précepteur. » Il cessa de voir Minette et il se vengea d'elle en homme peu délicat, quand il im- prima les lettres de cette jeune personne, dans les notes de la Prévention nationale. Minette lui avait renvoyé ses livres, et surtout la Dernière Aventure cTun homme de quarante-cinq an» : « Si vous ne m'honorez pas d'un mot de réponse, lui disait-elle dans une der- nière lettre, vous me permettrez du moins de vous renvoyer jusqu'au dernier des livres que vous m'avez donnés; je les ai reçus d'un homme qui voulut être mon ami; je les rends à celui qui, n'ayant plus ce titre pour me les faire accepter, n'a donc plus le droit de me les offrir. » L'élève de Restif fit honneur cependant à son précepteur; elle fit jouer des pièces de théâtre spirituelles, et elle imprima des romans très-piquants, quoique un peu décolletés, entre autres la Rentière (1802).

L'abbé de Fontenay, qui ne ménageait ni ses conseils ni ses en- couragements à l'auteur de tant d'ouvrages qu'il avait recomman- dés aux lecteurs des Affichei de Province^ apprécia, en ces termes, dans son journal, la Dernière Aventure d^un homme de quarante-<xnq ans (12 avril 1783) : c En lisant cette nouvelle production d'un au- ' teur qui n'imite personne, ditril, le ton de vérité qu'on y trouve étonne, saisit et donne de la confiance ; il est impossible de mentir ainsi; on y voit des inégalités, des répétitions, mais on sent que ces défauts sont naturels à l'homme, fortement affecté, qui trace, journée à journée, les effets de la passion funeste qui le tourmente. Si l'on trouve des lettres dans le récit, on sent qu'un romancier les eût


DE RBSTIF DK LÀ BRSTOIflŒ. «15

faites autrement, et Ton se dit : Ces lettres sont vraies I Si rÉditeur cite des histoires épisodiques ; elles ne sont ni de son style ni de son faire. S'il peint l'amour, ce n'est pas une jolie chimère, c'est la réar lité. S'il peint la jalousie et le désespoir, le lecteur, entraîné^ sent le désespoir et la jalousie : on est convaincu que l'écVivain trace ce qu'il éprouve : c'est le principal mérite de cette production, écrite, du reste, par bonds et par sauts ; le style est tantôt vif, tantôt pro- lixe, diffus, languissant, mais alors même il est pittoresque et montre l'âme affaissée de l'écrivain qui se peint lui-même. » L'abbé de Fontenay avait bien compris que ce récit tout personnel ne pou- vait pas être une œuvre d'imagination : a Je n'en donnerai pas l'analyse, dit Restif dans l'examen de ses ouvrages (Monsieur Ni- colas f tome XVI, pag. 4522} ; elle fait partie de mon Histoire, et on l'a vue tout entière, formant la XII* partie de ces Mémoires. Je la composai à mesure que les faits arrivaient. J*ai vu Sara pour la dernière fois, le samedi 13 auguste de cette année 1785. Je l'ai en- core vue le 3 septembre suivant... » Et c'est tout. Il l'aimait encore, après seize années d'absence et d'oubli, et il s'en allait, le soir, relire ses dates et ses inscriptions, le long des quais de Hle Saint- Louis.


XXVII

LA PRÉVENTION NATIONALE, deux parties, en 3 yol. gp. in-12*.

Premier yolome de 30â pages. « La Prévention nàtio- HALE, action adaptée à la Scène; avec deux Variantes, et les Faits qui lui servent de base. (Titre encadré et en- jolivé). Première partie, contenant : La Préventionnia- tionale, action en-cinq-actes; son analyse, et la seconde Variante. Épigraphe : « Le Français estime toutes les autres Nations, et il ne leur attribue pas en général les défauts des Particuliers. » Ala Haie, et se trouve à Paru,

« 11 fr., SoUr, 1860. — 45 It. demi-reL rogné, Cat. Aug. Fontaine, no 1136, 1870. — 100 fr. demi-reL n. r., Charies Bnmet, 187t. — 23 fr. demi-reL bas., Langlois, 187t, — 70 fr. broché, Lescouet, 1874. — 81 flr., veau «wivo, n. rogn., Lebert, 1874.


216 BIBLlOeiAFHn RAI80RRÉI DIS OCVRAOIS

chét Regnault, Ubraire, rue Saint'Jacç[ue$, près ceUe du Plaire. 1784. Au verso du titre, IV Nota, en quatre pa- ragraphes.

Dans ces Nota, Tautenr annonce : lo que la Prévention nationaU étant un siyet neuf, Taste et digne de la scène française, « on sa propose de rédoire la pièce lors de la mise an théâtre » ; 2« que le si^et tt a natoreliement amené des accessoires importants, le res- pect filial, Tautorité paternelle et maritale, vertus rares dans les Tilles » ; 3^ qu'il a cru « devoir écrire exactement la pantomime, ou, comme disent les comédiens, les intentions du rôle », et 4* que les lettres (A), (B), etc., plusieurs fois répétées, renvoient aux Fat/!v, dans la seconde partie de Touvrage.

Le premier volume contient une « dédicace naturelle n à Ma- dame **^, dédicace dans laquelle Restif se présente comme Téditeur de Touvrage. En voici un extrait : « Madame et Mère, je croîs vous devoir Thommage particulier de ce drame, à tous les titres : je suis

votre fils, je vous respecte, je vous chéris J*ai saisi Toccasion

d'obliger T Auteur; j'ai lu son drame, je lui ai suggéré des correc- tions qu'il a goûtées; enfin, j'en suis devenu l'Éditeur, pour avoir occasion de vous en foire hommage. » La signature est remplacée par sept étoiles.

Après cette dédicace, vient un second titre, également encadré et agrémenté : « La Prxvbmtion nationale. Action en cinq actes, des- tinée pour l'un des théâtres de la capitale. 1784. » Au verso de ce second titre, les noms des personnages.

A la page 217, nouveau titre : « La PaivBNnoN nationale, Action adaptée à la scène. Variantes : Seconde composition ou seconde variante, rendue à la manière de Shakespear, c'est^àrdire sans unité- de-temps ni de-lieu, afin-de pouvoir tout mettre en-tableaus vivans, sous les leus des Spectateurs. » Fleuron : un navire. Imprimé à la Haie, Et se trouve à Paris, chés le Libraire indiqué au frontispice de la I partie. M.DCC.LXXXIY.

— Deuxième volume, titre également encadré. La Pré- vention NATIONALE, Actlou adaptée à la Scène ; avec deux Variantes, et les faits qui lui-servent de base. Seconde partie, contenant : la première Variante; I, les Lettres authentiques [A]; II, les Traits historiqs [B]; III, le Fait original [G]; le Prisonnier de guerre [D]. Par N. E. Rè-


Bl RKSTir Dl LÀ BBSTOimi. 217

tif-de-la-Bretone. Petit fleuron. Imprimé à la Haie. M.DCC.LXXXIV.

Cette première partie du second Tolune comprend la première composition on variante de la Prévention nationale,

La page 89 ett remplie par ce nouveau titre , dans vn encadre- ment typographique : « Fatis qui servent de base à la Prévention nationale. I. Lettres-authentiques [A]. Fleuron rocaille. A la Haie, M.CC.DCCLXXXIV.»

Cette seconde partie du volume contient les ouvrages d*où le drame est tiré, c*est-à-dire treize lettres, dont quelque»-unes pour- raient être authentiques ; quant à la treizième, qui occupe entière- ment les pages 106-143, et qui renferme l'histoire de Tamitié de Dulis (Restif) et de Losolis (ou Loisean), c'est un extrait textuel de Momieur Nicolas, encore inédit lors de la publication de la Préven- tion nationale, La lettre se termine par cette note : a On a rapporté ces lettres, pour que l'acteur les ait sous la main dans le cas où Ton voudrait les lire à la représentation. »

La notice sur Jeanne d'Arc, rédigée d'après un ouvrage que Restif n'indique pas, va de la page 145 à la page 216. La note qui se trouve à la fin est peutrétre le seul blAme patriotique, qui ait été adressé à la PuceUe, par les contemporains du poète : a M. de Voltaire, bien au-dessus de Boileau à tous égards, dit Restif, eut la faiblesse de se rendre aux sollicitations de la ***-*-** (marquise de Pompa- dour?) et de faire un poème burlesque sur un si;get qu'il devait re- garder comme sacré... Ce poème cependant est son chef-d'œuvre ; on le dévore, en le désapprouvant, et tout en regrettant que l'auteur n'ait pas orné, de son coloris brillant, de cette magie poétique pour laquelle il sera toiyours inimitable, un siget moins propre à effa- roucher les âmes religieuses et patriotiques. »

Troisième yolame^ dont la pagination continue de Si 7 à 455 ; plus 9 pages non chiffrées. « Faits oui sbr-

YBNT DE BASE A LA PrÉYENTION-NATIONALE. Suite. III, IC

Gheyalier-d'Assas [B 2]. IV, Gharles-Dulis [B 3]. Y, les Deux-Anglais [B 4]. YI, Le Fil^^béissant [G]. YII, le Pri- sonnier-de^uerre [D]. YIII, La Préyention dramatique. IX, La Prévention particulière. Analyse de la Dernière- Avanture d'un Homme de 45 ans. Second volume de la


218 BIBLIOGRÂPHII RAISOimiB BIS 0CT1U6S8

seconde partie. A Genève. Et se trouve à Paris, chés Begnault, libraire, rue S. -Jacques, vis^-vis la rue du- Plâtre. 1784. »

Ce second Tolume de la seconde partie de l'ouTrage commence par la légende da cheTalier d'Assas, originaire du Vignan, petite ville du Languedoc , diocèse d^Alès. Après trois pages seulement, ▼ient Vhistoire de Gliarles Dulis, entremêlée de lettres. C'est une première ébauche de raventure romanesque de Dulis, ou Restif, épousant une Anglaise, qui le trompe et l'abandonne. La NouTelle des Deux Anglais, sous Charles VI, finit à la page 284; elle est suivie d'une autre Nouvelle, ie Prisonnier de guerre, jusqu'à la page S78. Le morceau, intitulé : BxeeUence du drame, est une apologie de ce genre scénique, opposé et comparé à la tragédie, ainsi qu'à la comé- die. Les lettres, adressées à l'auteur, sont entremêlées d'extraits de journaux, critiques ou louangeurs. Parmi ces lettres, il faut distin- guer celles de F. Milran ou Ifarlin, écrites de Cherbourg (c'est ce Milran que Restif appelle MUpowrmU, dans Monsieur Nicolas), celles de M. d' Aigrement (c'est Restif lui-même) , celles de Mue Peli- sette*** (de Saint-Léger) à M. d' Aigrement, et enfin la fameuse lettre latine anonyme, oh Restif se venge cruellement des petites noirceurs de Mu« de Saint-Léger. On voit, dans Monsieur Nicolas, toutes les tribulations que cette lettre causa depuis à son auteur, qui fut sommé de la faire dispandtre, et qui ne la supprima que dans un certain nombre d'exemplaires. Quant à l'analyse de la Der- nière Aventure ctun homme de 45 ans, ce n'est qu'un extrait des Af- fiches de Province, du 2 avril 1783.

La Prévention nationale est ornée de dix figures, et VeoDplicaiion de chaque estampe se trouve sur la page qui la précède. Voici le re- levé de ces estampes, lesquelles ne portent aucun nom de dessina- teur ni de graveur, avec la légende qui accompagne l'explication. Il y a cinq estampes pour le drame de la Prévention nationale, une à chaque acte : i^ Dulis fils devant le portrait de son père (I*' Acte). 2^ Le dîner de funille (II* Acte). 3* La jeune Anglaise charmant les Français (III* Acte). V* La malédiction paternelle (IV* Acte). 5» La prévention nationale détruite (V* Acte).

Dans cette cinquième estampe, le père de famille est représenté sous les traits de Restif lui-même , et la ressemblance est très-re- marquable.

Dans la seconde et la troisième partie, il y a 5 estampes, qui ne sont pas de la même main que celles de la première partie. !<> L'A- mitié. Cette gravure est empruntée aux Contemporaines. 2« Jeanne-


DE BS8TIF DK LA BRETONNI. î»

d*Arc. 30 Le chevalier d^Âasas. 4« Les Deux Anglais. 5» Le Prisonier-de- guerre.

Les c^x dessins originaux, qui avaient servi à graver les dix estampes de la Prévention nationale, se trouvaient dans un exem- plaire de cet ouvrage, décrit sous le n** 1306 du Catalogue des livres rares et précieux du comte de la Bédoyère, catalogue rédigé par le savant libraire, M. L. Potier, en 1862. Vendu 196 fr.

Le libraire-éditeur Regnault a publié séparément une partie de la Prévention nationale, sous ce titre factice :

Faits qui servent de base a la phévsntion natio- nale, Genève et PariSy Regnault^ 1784, 2 vol. in-12, com- prenant les pages 89 à 455 du second volume de l'ou- vrage imprimé, non à Genève ou à la Haye, mais à Paris.

Restif a recueilli, à la fin du troisième volume de la Prévention na- tionale, deux correspondances bien intéressantes, ceUe de F. Milran, avec ses propres réponses, et 15 lettres de M^e Minette de Saint- Léger, plus tard, M»« de Golleville, auteur de charmantes pièces de théâtre et d'agréables romans, un peu libres, il est vrai, la Ren- tière, Victor de Martigues, etc. EUe se souvint sans doute des leçons de Restif. M. Ch. Monselet cite, dans son ouvrage, quelques-unes des lettres de Biinette, qui sont vraiment des chefiB-d*œuvre de na- turel , de grftce, d'esprit et de finesse.

Mu« de Saint-Léger avait la passion de la littérature ; eUe s'essayait à écrire en différents genres ; elle rencontra Restif, dont la réputation commençait à s'établir et à se répandre par la publication des Con- temporaines; Restif eut l'air de s'intéresser à eUe et à ses premiers ouvrages, et lui ofiHt des conseils : les conseils amenèrent des rap- ports fréquents entre l'écrivain déjà célèbre et la jeune auteuresse encore ignorée, qui avait déjà fait paraître deux petits romans ano- nymes : Lettres du chevalier de Saint-Abne et de JV"* de Melcourt, et Alexandrine, ou f Amour est une vertu, Restif allait de temps à autre prendre une tasse de chocolat avec eUe et passer une heure à causer, dans une intimité que son âge rendait inoffénsive. U prétait des livres, surtout les siens, à sa naïve et passionnée admiratrice ; un jour, il lui prêta la Dernière Aventure (fun homme de 45 ans ; Mu« de Saint-Léger lui envoya une admirable lettre, dont nous avons cité déjà des extraits. Biinette s'indignait d'avoir eu pour rivale une Sara Debée, dont les faveurs se payaient, et que Restif avait aimée pour- tant à la folie; on s'explique ainsi les reproches qu'eUe adresse à son homme de quarante<inq ans : « Je crois, en vérité, que vous


no BiBLioaaàPHa raisonnai dis ouyiiàgis

ignores tout oe que youm Talei, tout ce que to^ étee! Un regard plus complaisant sur Tous-méme tous en rendrait plus digne. C'est Vami des Yertus, c^est celui dont les utiles idées doivent amener un jour une heureuse réYolution dans les mœurs; celui qui fut aimé de .... (H»^ Parangon?), qui rend J.-J. à sa patrie; c'est ce- lui-là qui est vous-même et que tous deves respecter... Mais vous aimez les femmes!... Une femme payée estr^lle de mon sexe, pour TOUS? Vous qui savez honorer, qui chérissez la pudeur et Finno- cence, peut-il se trouver rien de conforme à votre façon de penser, dans ce que nous appelons une fille? Je le sens, je ne fais que vous répéter la leçon que vous donne actuellement votre raison ; mais je ne puis trop en étourdir vos oreilles, trop certaine qu'un joli petit minois n'a qu'à paraître pour que le sage deviemie un enfant... Et je ne veux plus de Dernières Aventures, de toutes ces connaissances subalternes, de ces liaisons où le génie est compromis de ne pouvoir être aperçu; où la bourse est toigours effleurée et la santé souvent en danger, w Minette s'inquiétait donc pour la santé de ^oufrécep- teur et pour la sienne aussi.

Restif (ùt profondément blessé de ces critiques, de ces reproches ; il ne répondit pas et garda sa rancune. M"« de Saint-Léger lui écrivit une nouvelle lettre, où elle renouvela les mêmes répugnances à regard de la Dernière Aventure : elle invitait toutefois son vieil ami à venir lui prouver qu'il pardonnait à sa franchise : « Mon âme est debout, si j'ose me servir de cette expression , lui disait-elle ; elle a besoin d'être appuyée, d'exercer sa délicatesse, de souffrir plutôt que de rester insensible, n Restif ne vint pas, ne répondit pas; M^^* de Saint-Léger lui adressa encore deux ou trois billets aigres-doux, et tout fut dit : leurs relations étaient rompues. Mais Restif eut l'imprudence de faire imprimer, avec certaines suppres- sions perfides et compromettantes, les lettres qu^il avait reçues de cette jeune personne, trop confiante et trop exaltée; il y ajouta une lettre écrite en latin, dans laquelle il accusait la traîtresse Félisette de n*être qu'une intrigante capable de toutes les fourberies et de tous les mensonges. Mu« de Saint-Léger craignit d'être reconnue, dans cette lettre où elle n'était pourtant pas nommée, par les gens qui savaient le latin, et fit menacer Restif d'un bon procès en diffa- mation. L'astronome Lalande, qui la connaissait, qui lui portait beaucoup d'intérêt et d'amitié, intervint en son nom et obtint que la lettre latine disparaîtrait dans les exemplaires de la Préven-' tUm fiaiUmale qui n'étaient pas enco^ vendus. Restif promit tout ce qu'on voulut, mais croyez bien qu'il n'exécuta point sa promesse et que les exemplaires ne furent pas cartonnés. Il s'était borné à écrire une lettre d'excuses à Mu* Saint-Léger, qui ne lui pardonna


DS BS8TI? Dl LÀ BRXTONIIB. m

jamais. Voy. cette lettre dam ime note i^outée à la Notice de Pal- mézeauzy ci-deesue, p. 25.

Restif aTait été d*abord tr&s-épris de Ifut de Saint-Léger, qiii eut Tair de se jeter à sa tête : « Tictime d'une passion fougueuse », dit-il hd-méme en parlant de cet amour (pag. 107 du tome Û de lia Préverir iUm nationale) f il ne Toyait pas que Yauieureiêe n*aimait en lui que Tauteur en YOgue : « J'aime dès que j*admire, lui avait^elle écrit; j*ai toi^ours été amoureuse, pendant deux ou trois jours, des auteurs qui m'ont pénétrée; les morts, comme les vivants, ont eu ma conquête. » Restif se sentait alors peu encouragé, sinon refroidi, et se tenait à distance, en s'apercevant que sa petite amie voulait faire de lui un Mentor littéraire plutôt qn^an amant. Mais il ne fallait qu'une lettre, conmie la suivante, pour lui rendre ses illusions et ses espérances :

1 1783! Voilàrt-il une belle date! Dès Vannée passée, nous nous ai- mions ; cette année, nous nous aimons encore davantage, et je pour- rai voir arriver ainsi ma vieillesse, dans toute la satisfaction de mon coBur... Oui, je suis satisfaite au possible de vos bontés pour moi, elles m'élèvent l'âme; ce qui prouve bien en faveur de la re- connaissance ; on ne sent le bienfait, que quand on en est digne. Depuis que je vous connais, je voudrais être meilleure, et ce désir amènera sûrement un heureux effet ; je crois qu'en fait de vertu il suffit de vouloir, et que dès qu'on veut, l'on peutl... C'est le livre du ciel que la Vie de mon père; c'est sûrement celui que liront les

Bienheureux Quelle est donc cette tyrannie qu'on exerce contre

vous? Je voudrais, comme je le disais un jour à quelqu'un, dans toute l'effusion de mon cœur, je voudrais avaler vos chagrins... Combien votre mérite est évident! Si vous êtes persécuté, Jean- Jacques eut sans cesse les lèvres humectées de la ciguë qu'on fit

boire à Socrate Je vous aime bien, parce que je vous respecte

infiniment^ et qu'on aime davantage ceux qui nous font éprouver des sentiments nobles qui nous mènent à la perfection de nous-mêmes. Adieu donc!... Je ne sais comment vous nommer. Vous êtes un homme pour moi, et point un monsieur. Combien de gens qui ri- raient, dans un sens contraire, de cette distinction I »

Félisette était bien naïve ou bien fine ; elle aurait pris sur Restif un empire absolu, si elle ne l'avait pas blessé dans son amour-propre d'écrivain et surtout de moraliste. Voilà pourquoi, dans la lettre latine, il l'accuse d'avoir abusé de sa crédulité : MuHer ariifieiosa et astuta , qujB desideria et dolores UH viro necessario affert, quem ad se iudibrii et utiHtatis causa aUexit,

La correspondance de Fr. Milran est aussi celle d'un admirateur de Restif, admirateur également enthousiaste, mais non pas aveugle,


m BIBLlOaaàPHll RAIBONMÉS DK8 OUVRAGES

ni trop complaisant : on comprend que ces grandes démonstrations de sympathie morale et littéraire devaient aboutir à une brouille, brouille terrible, comme toutes celles que Restif acceptait avec toute la vivacité de son caractère, quand son amitié se changeait en haine. Ses réponses à Fr. Milran sont remplies de détails qui le concer- nent et qui devraient être ajoutés à ses biographies. Dans une de ces lettres curieuses et touchantes, il parle, avec passion, de sa Zéphire : « de cette fille généreuse, dit-il, qui me sauva la vie, et pour laquelle mes larmes coulent au moins tous les ans, le 6 octo- bre, jour de sa mort en 1758... Tous les ans, à pareille heure, je sors dès le matin ; je passe successivement devant la maison où je l'ai d'abord connue (coin de la rue Saint-Honoré et de celle des Bons-Ënfants) ; devant celle oh je demeurais, quand elle me secou- rut (rue Sainte-Anne du Palais) ; devant celle oh elle fut en appren- tissage de modes , et où elle mourut dans mes bras (rue de Gre- nelle-SaintrHonoré) ; devant celle où mon ami Loiseau me conduisit, désespéré (rue de la Huchette), et où je me jetai sur ses pistolets : où,.... 6 souvenir déchirant !... où j'ai perdu l'ami que je ne recou- vrerai jamais t... A chaque station, je me pénètre des sentiments que j'éprouvai et que j'éprouve depuis vingUcinq ans ; je vois Zé- phire, je lui parle, elle me répond ; le son de sa voix, douce et mé- lodieuse, tinte encore à mon oreille ; son doux, son charmant sou- rire anime son discours, et mes larmes coulent, et les passants me regardent et me prennent pour un fou. Mais que m'importe t Dans ces moments, je ne vois qu'un objet, c'est Zéphire: d'abord, vive, charmante, naïve, tendre et telle qu'une fleur de printemps; en- suite, généreuse jusqu'à la sublimité, puis réservée, sans être moins sensible ; enfin, malade, expirante, mais ne sentant plus son mal , montrant de la joie, dès que sa tête reposa sur mon cœur ! »

Une autre lettre de Restif renferme un passage intéressant sur les inscriptions latines et les dates , qu'il gravait, le soir et même la nuit, avec un couteau, sur la pierre des quais et sur les murs des maisons, dans son lie, c'est-à-dire dans l'Ue Saint-Louis, inscrip- tions qui ont été grattées, efiiMées avec soin, à diverses époques, et dont on reconnait encore les traces çà et là tout le long du quai de Béthune : « Étonné d'être parvenu à cet âge (49 ans), moi, con- damné dans mon enfance à une vie beaucoup plus courte, par tous ceux qui m'environnaient, cet étonnement est la source du plaisir que je trouve à écrire puérilement, sur la pierre, des dates, que je revois, deux, trois, quatre, cinq ans après, avec attendrissement. Je ne sais si les autres hommes me ressemblent, mais c'est pour moi une émotion délicieuse que celle occasionnée par une date, au-des- sus de laquelle est exprimée la situation de mon âme il y a deux,


DE BISTIF DS LA BRSTONNS. 223

trois ans ; si elle était triste, horrible même (car j'en ai en de celles-là) , je tressaille de joie, comme nn homme échappé du nau- frage; si elle était heureuse, je la compare et je m'attendris; si elle était attendrissante alors, cet attendrissement se renouTelle avec force, il m*enivre, et je pleure encore. Ohl que la sensi- bilité est quelquefois délicieuse 1 »

Enfin, il 7 a une troisième correspondance dans Tappendice de la PréverUion ntUUmalef et celle-là n^est pas la moins curieuse ; c'est celle de Mu« Sara Debée avec Butel-Dumont, qui lui avait fait des offres pour qu'elle devint sa maltresse ou sa gouyemante. Le com- plément de cette correspondance, unique en son genre^ se retrouve parmi les lettres de Butel-Dumont, signées seulement de l'initiale D, et datées de 1781, lettres imprimées, sous les n<M 52 à 55, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition. Butel-Du- mont avait, dans le caractère et dans la conduite, plus d*nn rap- port avec Stendhal, tel que Mérimée Fa représenté en manière d'acar demie, c'est-à-dire in naturoHbuSf dans une étrange oraison funèbre qui ne rappelle pas celles de Bossuet et de Mascaron.

La dédicace de l'ouvrage, signée de sept étoiles, à une Mère, sem- blerait indiquer que Restif n'est pas le seul auteur de la Prévention nationale^ action en cinq actes, destinée à l'un des théâtres de la ca- pitale : «J'ai saisi l'occasion d'obliger l'Auteur ; j'ai lu son drame, je lui ai suggéré des corrections qu'il a goûtées, enfin j'en suis devenu l'éditeur, pour avoir occasion de vous en faire hommage. » Mais ce ne sont pas les drames qui offrent le plus d'intérêt dans cet ouvrage, d'autant plus rare qu'il a été retenu par la censure, cartonné à la fin du dernier volume , et qu'il n'a pas été réimprimé, quoique le libraire Regnault, ami de l'auteur, eût fait les frais de très-jolies gravures. Cet ouvrage doit figurer dans une bibliothèque d'histoire : on y trouve non-seulement le récit détaillé du beau trait du cheva- lier d'Âssas, avec une gravure représentant sa mort héroïque, mais encore une notice sur Jeanne d'Arc, avec une gravure non moins curieuse (tome III, de la page 145 à 216). En outre, c'est le seul livre dans lequel Restif ait parlé de Molière, pour faire le procès à ses comédies (pag. 384 et suiv. du tome II). Le troisième volume, qui se termine par la singulière correspondance de M^^* de Saint-Léger, auteuressef avec Restif, sous le nom de M. d' Aigrement, est mutilé quand il contient les cartons que Restif avait faits à la demande de Lalande pour supprimer la correspondance de Félisette, On croit entrevoir, dans cette correspondance, que M^* de SaintrLéger, en- thousiasmée par la lecture de la Malédiction paternelle^ avait essayé d'y chercher le siget d'un drame qu'elle avait remis à Restif. Ainsi


m BIBLlOaiAFHIl RUSOHIIÉI DIS OCVRÀGSS

donc, Vaction de la MvenHon nationaie étant empruntée au roman de la Maiédietion paiemeUet on ne doit pas s'étonner que Tauteur de cet emprunt ait confié à Restif le manuscrit, que celui-ci mo- difia plus ou moins à sa manitoe et qu'il publia depuis, sans nom- mer le véritable auteur de l'imitation dramatique. Ce lût peut-être la cause réelle de la brouille de Minette avec son papa. Il n'est pas aisé, en tout cas, de découvrir si c'est YAcHon ou la Varianie qui appartient à Restif; mais les notes sont bien de lui et intéressent sa biographie amoureuse et originale.

Dans les FaUt qui serrent de base à la PrévenHon natûmale^ il a imprimé des lettres de lui à Mu« Oreslot, à sa mère, à son père, à sa sœur Magdeleine, à miss Henriette, etc. Nous avons de la peine à admettre l'authenticité de ces lettres, mais celle de Dulis à Restif, à ses amis Regnault et Boutdaro (Boudard) nous donne un avant- goût exquis de Monsiew Nicolas (pag. 106-143). Ce sont les amours de Loiseau et de Zoé, racontées par Restif, probablement d'après les notes autographes de Loiseau, qui était prote, comme Restif l'avait été, et qui se piquait de savoir tenir la plume aussi bien que le composteur.

Le drame de la Prévention naticnale est réimprimé, sans les va- riantes, dans le tome I*' du Théâtre de N,-E. Restif de la Bretons, Yoy. ci-après le chapitre consacré à ce Théâtre,

Nous croyons que la Prévention nationale a été traduite, en alle- mand, sous ce titre déguisé : Neue prosaische Brxahl, u, Schmup., von Rétif de la Bretone. Berlin, Woss, 1786, in-8.


XXVIII

LA PAYSANB PERVERTIE*.

N<^ 1. Titre encadré de la première édition : La Paysane pervertie ou Les Dangers de la ville, ou His- toire d*Ursule R**, sœur d'Edmond, le Paysan, mise- au-jour, d'après les véritables Lettres des Personages, avec 114 estampes : par Fauteur du Paysan perverti. Imprimé à La Haïe. Et se trouve à Paris chés la dame

  • 275 tt. mar. mauve, Haréy'Menml, Oresy, 1860; reyendu 387 fr. 50 (fi 15-

10), Tente Barker, Londres, 1874. — 129 fr., broché, incomplet de 3 figures, ▼ente Labitte, 1874.


DS BSSTIf DS LA BBltTONlIl. W

veuve Duchesne, Ubraire^ en la rue Saintjaques, au Temple- durgott. M. DGG. LXXXIY. 8 parties en 4 vol. in-lâ.

Les titres encadrés portent pour fleuron le chapeau de berger et le hautbois, au tome 1«'; deux colombes sur un carquois, an tome II; un rinceau de fleurs, au troisième, et un vase d*ome* ment, au quatrième. Le premier Yolume a 344 pages, le second 320 pages (la dernière chiffrée 220), le tome III, 320, et le tome IV, 344.

L'ouvrage n*a que quatre titres, pour les quatre Yolumes, mais chacune des huit parties a son faux-titre également encadré : La Payêone pervertie, ou les Dangers de la ville. Avec figtares.

Le firontispice gravé de chaque partie, sur lequel le titre de la Pay- sanne pervertie a été conservé, est décrit très-minutieusement au verso du faux-titre. Yoy. ci-après le chapitre xxix, consacré au volume intitulé : Figures du Paysan et de la Paysans.

Il y a des exemplaires sur papier de Hollande, et de plus grand format.

Les huit parties de Vouvrage sont ornées, non de trente-six gra^ vures, mais de tubhtb-hutt (dont deux indiquées par des numéros doubles : m 6» et ym bis)^ la plupart très-belles, quoique la table, imprimée à la fin du tome IV, n*en cite que xxxvi ; elle se termine par cette note : « La Paysans pervertie a beaucoup plus de sujets d^Es- tampes, qu'on trouve parmi celles du Paysan, comme on les a vues indiquées par les Notes. » Les deux gravures qui sont décri- tes sous des numéros doubles dans les Figures du Paysan, ont été ajoutées depuis et manquent dans la plupart des exemplaires.

Les figures, qui portent les noms du dessinateur Binet ou de l'un des trois graveurs Le Roy, Oiraud le jeune et Berthet, sont la plu- part très-remarquables an double point de vue du dessin et de U gravure, mais il y a des figures d'une autre main, plus mal des- sinées, plus mal gravées, dont les auteurs ne sont pas nommés. Voici la liste des figures, selon leur placement, dans les volumes, avec les titres d'après U table qui termine le tome IV :


Tome I«'. I. Frontispice. Ursule enfant. L. Bmst ôiv.; L. S, Beriket êesJfp^; page 05. n. La Famille R... Idem, iâmu Format extra., page 0. m. Première Attaque. Anonyme, p«^ 52. m 6iff. Manon présentée. Binet un.; /. Le Roy sculp.; page 71.

IV. Le Premier Amant. Anonyme, format extra., page 81.

V. L'Escalier. Anonyme, page 06.

VI. Les Adieux. Anonyme, format extra., page 100.

1#


m BIBLIOOEàPHn RUSOlflftK DS8 OUYBIGSS

8aoond« partie, vn. Frontispice. Umile wriTtate. L. Bmat im.;

L.'S, BertÂet tenip.i page ISA. un. Rencontre de Lanre et Gandet. AnooTme, page 135. un bit. Sdmond conTalescent. Bmtf iwo.; /. L. Lttoff ttmlp,; p. 14ft. DL. Lm Fleorettee. Anonjme, format extn., page 212. X. Le Ifarqois. Anoojme, page 829.

Tome n. IVoiaitefte partie, xi. Proatiapice. Unnle rairle. Ano^jme, page 25. xn. Ureole chei aon nviaeenr. AnonTme, page 28. xm. Le Faux Mariage. Anonjrme, page 50. xiT. Uraole reçae par aa mtoe. Bintt del,; CHrtmd 1$ jmuM êcu^.;

page 112. Qoatrième partie, xt. Flrontispice. Unole aoconchée. Anonyme,

page 184. XTi. Ureole cAdant «on flls. Bfnet im».; Giraui U Jemê te«(p.;

pige 232.

Tome m. Cinquième partie, xto. Frontispice. Uraole enlerée volontairement. AnonTme, page 9. Tna, Uraole aox priaea. Anonyme, page 13.

XIX. Ursule revenant à Sdmond. Anonyme, page 41.

XX. Ursule daasense. Aaonyme, page 106.

Sixième partie, xxi. Froatispioe. Ursole impudente. Anoqyme,

page 165. xxn. Ursule séduisant son séducteur. Anonyme, page 172. xxm. La Négresse et l'Italien. Girtmi le Jopte, aqva forfi; Binet

tno., page 257. xxxY. Ursule et Edmond, escroqs escroqués. Ctroact le jeune, aqua

fàrti ; Binet tno., page 305. XXT. Ursule foulée aux pieds. Aaonyme, page SIS.

Tome rv. Septième partie, xxvi. Frontispice. Ursule couverte de fange. Ano- nyme, page 6. xxvn. Uraole poignardant le Nègre. Anonyme, page 12. xxvm. Ursule bâillonnée. Binet hm,; /. Le Rey sealjp., page 16. xxxx. Ursule aax crampona. /dsm, idem; page 18.

XXX. Ursole vengée. Anonyme, page 86.

XXXI. Ursule pardonnée. Binsi ùm,; /. Le Boy eeiUp,^ page 164. Huitième partie, xxxu. Frontispice. Ursule épouvantée. Anonyme,

page 218. xxxm. La Mort de douleur. Anonyme, page 205. xxxrr. Ursule marquise. Anonyme, format extra., page 219.

XXXV. Ursule poignardée. Anonyme, page 247.

XXXVI. Lea Cercueils. Anonyme, page 280.

C'est par erreur que HM. Ch. Monselet et Henxy Cohen, ainsi que tous lea bibliographes, ne comptent que trente-six estampes dans ce roman ; il en faut trente-huit, quoique les Figures de la Paysane pervertie n*en décrivent ordinairement que trente-six; m^is il y a


DE BSSTir DE JLÀ BUTONIIB. «7


des exemplaires des Figura^ où sont intercalées quatre pages, ehif- frées xy-xTm en double, pour la description des deux gravures supplémentaires, m bis et Ym bis. Ces gravures n'étaient pas ter- minées, au moment où la collection fut livrée aux souscripteurs. n est probable aussi que le Bureau de la Librairie avait d'abord refusé les deux estampes intitulées la Première attaque et fBscaUer^ comme étant trop libres, et que l'éditeur avait dû, en conséquence, commander deux nouveaux dessins.

La censure ayant ordonné la suppression du titre de ce roman : la Paysane pervertie, on ne doit le trouver que dans bien peu d'exemplaires, car il a été recouvert par un nouveau titre soigneu- sement collé par-dessus, ainsi que sur le faux-titre, pour faire dis- paraître les mots de Paysane pervertie^ qui ne sont restés que sur les frontispices gravés. Nous parlerons plus loin de cette suppree- sion, au si;get de laquelle Restif n'a pas dit la vérité dans son Mtm- sieur Nicolas,

Voici le nouveau titre de l'édition, qui ne parut qu'en 1785, bien qu'elle eût été imprimée dans le cours de l'année précédente : Lbs Danoers db la villb ; ou Histoire cTUrsule-lC*, faite sur les véri- tables Lettres des Personages. Imprimé à La-Haie, 1785.

Le 4« volume contient (page 301) la Complainte du Paysan et de la Paysanne, chantée dans leur pays, en cinquante-six couplets, sur l'air de la romance de C^brielle de Yergy. Elle est suivie de la Table raisonnes des lettres contenues dans les quatre volumes.

Au verso de l'ancien titre du premier volume est un Avis de l'ËdL teur au Lecteur, commençant ainsi : « J'offire avec confiance cet ouvrage au Public. Que j'en sois l'Auteur ou que j'aie mis seulement en ordre les lettres qui le composent, il n'en est pas moins vrai que les Personnages y parlent comme ils le doivent, et que, sans le secours de la souscription, on devinerait leur caractère à leur style... » Cet Avis, où l'auteur s'exalte sous le nom de l'Édi- teur, se termine en ces termes : « Que les petits Puristes critiquent, s'ils l'osent, et le style et les détails ; tout cela part du cœur, et ils ne le connaissent pas, ils n'ont que de l'esprit. »

La Préface de l'Éditeur explique les raisons qu'avait Restif de reprendre le titre d'un ouvrage, qu'il avait conçu, avant que Nou- garet eût publié une Paysanne pervertie, dés l'année 1777 : « Je re- prends, dit-il, un titre qui m'appartient. On a prétendu traiter ce siget, d'imagination, mais la vérité que j'avais par-devers moi est bien au-dessus d'une Action mal digérée. Au reste, je ne me plains pas du faible imitateur, qui, me croyant auteur des Xjettres du Pay- san perverti, a voulu brocher une Paysanne, comme il s'est flgiûé


ISt BOLKMaULmi BÀUOHiatl DU 0imU6I8

que j*«Taîfl oompoté U Fayion perverti. Loin de là I je Tondnii qn^ii eût mieiix réoMi ; on anrait en le plaùir de comparer le Yrai avec le beau ▼nûsemblable... »

Sont le titre de Pot»/ de vue dei IV tomei, Restif rérame leur contenu, en quatre paragraphes qui renferment Fanalyee sommaire de son ouTrage. Vient ensuite un Avis trouvé à la ÎAte de ce Re- cueil, et signé P.... R**, qui s'adresse à ses chers enfants, pour leur apprendre que leur digne et bonne mère, « ayant jusqu'à sa mort gardé intact le dép6t des lettres de sa belle^œur Ursule », le lui a rends, au moment de rendre Tàme. Ce sont ces lettres que le Comte, son nereu, avait retrouvées dans les papiers de la défunte. « Je sou- haite, qjoute-t-îl, que ce second Recueil soit un préservatif pour les filles qui sortiront de moi, dans tous les temps futurs, tant que le glo* rieux royaume de France subsistera. Je, soussigné, ai remis ces let- tres à M' N. E. R** d- 1- B***, pour qu*il les fasse imprimer comme les premières. »

Dans les exemplaires mis en vente avec le nouveau titre : Ut Dangers de la trille^ Fauteur a placé, après le firontispice, un Avis des libraires; il ne manque pas d'y faire son éloge et Téloge de son ouvrage, lequel, dit-il, « a paru, à, des personnages que nous avons eonsttltés, un des plus utiles pour notre siècle.... Les figures de ces deux ouvrages {ie Payean et ia Fayeamne) sont au nombre de cent vingt ; elles forment comme une histoire suivie, par l'attention qu'on a eue de lier les faits les uns aux autres. C'est ce qui les a multipliées au-delà du nombre auquel on s'était proposé de les porter, comme le prouvent les titres des premiers volumes, oh elles ne sont indi- quées qu'à cent quatorse, puis à cent dit-huit. » Cet Avis des Ûbraires se rapporte à la réunion des deux romans qui n'en font qu'un sofus deux titres différents. Les 120 figures ne coûtaient que 12 francs avec le volume d'Explications, lequel forme un ouvrage séparé, que nous décrivons plus loin.

Pendant que Restif composait sa Payeamie pervertie^ en 1782, il écrivait à Mercier , qui recherchait son amitié et qui lui donnait toutes les marques de sympathie les plus sincères : « Je fais actuel- lement une Paysanne, Je n'ai jamais rien lu à personne, vous le savei; mais si vous étiex à Paris, je vous prierais de l'entendre. Il y a, dès le 1^' volume, une 73* lettre qui m'a encore tiré des larmes à une cinquième lecture; j'étais suffoqué à la première. Cet ouvrage est plus fort, dans son genre, que le Paysan, et ce genre est la bon- hommie villageoise, la piété patriarchale, la tendresse maternelle, la dignité du chef de famille. Tout oela est exprimé, dans les lettres d'une Paysanne, dans un s^le simple, mais nombreux, et si naïf


Di BBSTir Bi Là raBTomfi. tS9

qa*il fait quelquefois souiîm. n t*y trouTe moine de nàsonnemente que dans ie Paytan; les traits y sont plus rapides, les passions plus approfondies, surtout Tamour dans M"* Parangon et la yen- geance dans (hiudet et dans Tltalien. La dernière lettre est digne dToung ou de Shakespeare. Les personnages sont les mêmes que dans ie Paysan; c'est Ursule qui est la paysanne, mais j'ai soigneu- sement évité toute espèce de répétition; je détaille ce qui n*est qu'indiqué dans ie Paysan^ au s^jet d'Urside. Il y aura, dans les deux œuTres, 120 graTures meilleures que celles des Ccntemporainet. J'ai écrit la moitié de cette traduction, l'œil yoilé de larmes. » Voy. la 64« lettre, à la fin du tome XIX des Ccnien^icrameSf seconde édition.

Bn donnant une suite naturelle au Paysan perverH, Restîf avait surtout à cœur de mettre à néant une Paysanne pervertie dont il n'était pas l'auteur et que son ancien ami Nougaret avait osé faire paraître, dès l'année 1777, à la faveur du succès du Paysan, Yoici le titre de cette plate imitation, dans laquelle le plagiaire avait fait sonner bien haut ses principes de morale, en dédiant son ouvrage ans mères tendres, à l'instant même où il abandonnait sa femme et ses enfants : La PjLTSJjnm pbrysrtr, ou tes Mœurs des grandes viileSf Mémoires de Jeannette R***, recueillis de ses lettres et de celles des personnes qui ont eu part aux principaux événémens de sa vie ; mis au jour par M. Nougaret. Londres et Paris^ J.'F, Bastien, 1777, 4 part, en 4 vol. in-12. Restif toi indigné, mais il ne fit pas d'éclat; il se vengea, en poursuivant avec le fouet de la satire Ma- monet ou Nihii. Quand il annonça ia Paysanne pervertie, le bruit lui revint de tous c6tés qu'on lui attribuait l'ouvrage de Nougaret. Qu'on juge de sa fiureur, en recevant cette lettre : « Ce S6 mai (1783). Monsieur, dans les avis qui terminent vos quatre derniers volumes des Contemporaines, vous ^Bmnoncei pne Paysanne pervertie, ayec figures. J'en ai une édition de 1777, c*est-à-dire qui a paru quelque temps après yotre Paysan perverti, et que l'on me vendit alors comme pouvant ou devant faire son pendant. On me dit même qu'elle était de vous, sous le nom de Nougaret. Honores-moi d'une réponse qui m'instruise. Estpce une nouvelle édition que vous en prépares avec figures? ou, celle-là n'étant pas de vous, est-ce la vôtre que vous allei nous donner?... » Cette lettre était signée Desses- sarts, de la Comédie-française, et ce fot Torigine de la liaison de ce comédien distingué avec Restif. Celuirci s'empressa de le détrom- per, en lui dénonçant la supercherie du petit Mamonet, et il ofirit, pour le convaincre, de lui lire une lettre de la véritable Paysanne pervertie. Dessessarts le remercia, dans une réponse très-polie, en


t» BDLIOeiUPHn RAISONNil DIS OUTRIGIS

lui diiant qu'il attendait cette Paysanne-là, avec la plui vive impa- tience.

La composition de la Paysanne avait été bien prompte, si sa pn- blication ftit bien lente et bien difllcile. « Ce fut TouTrage de trente jours, dit Tauteur dans Monsieur Nicolas (tome XVI, pag. 4580). Je pris la plume le !•' septembre, et le !•' octobre, j*écriyis, sur la pierre, à 111e Saint-Louis : I^ 8**" heri fin, Rusticanss. Mais aux re- lectures, j*y ajoutai beaucoup de lettres ; ce ne sont pas les bonnes cependant. » L'impression de ce roman fîit d'abord entravée par la police. L*abbé Terrasson n'avait pas osé, malgré son amitié pour Restif, approuver Touvrage, qui ftit rayé sur le registre des Permis- sions, par ordre du garde des sceaux Miromesnil. Restif nous laisse entendre que Minette de Saint-Léger était l'amie du garde des sceaux, et que son influence ne contribua pas peu à le disposer mal pour l'auteur et pour son livre. Nougaret intervint aussi, en se plaignant de la contrefaçon d'un titre qui lui appartenait. « Les inquiétudes que me donnait la radiation de la Paysanne, raconte Monsieur Nicolas (tome XI, pag. 8056), furent accrues, en 1784, par la mise en vente des Figures du Paysan, à cause des corrections non censurées faites au texte. J'étais comme l'oiseau sur la branche, guette par le chasseur; je voltigeais, je changeais de place; j'em- ployais des moyens pour éviter le coup, sans espoir de réussir. J'é- crivais sur l'Ile : a Que ne suis-je ineolume^ au 16 octobre 1785... » C'est qu'alors tout devait avoir paru. Je n'envisageais, avec raison, qu'un avenir effhiyanti La Bastille était, pour moi, une condamna- tion à mort. »

Restif disait, dans \Sk Revue des ouvrages de T Auteur (1784) : « C'est l'ouvrage de prédilection de l'auteur, qui l'a beaucoup plus pensé que le Paysan perverti. On assure qu'il a composé plus de 160 pages du manuscrit, c'est-À-dire près de la moitié de l'ouvrage, la larme à l'œU et le cœur gonflé. Cette production, qu'on peut juger à pré- sent, est parfaitement dans le style du genre. L'auteur sait y varier si bien le langage des différents acteurs, que si ces lettres ne sont pas vraies et qu'il les ait véritablement composées, on peut dire qu'il n'y a rien au monde d'aussi vraisemblable. » Cependant la Pay- sanne n'eut qu'une édition (nous ne parlons pas des contrefaçons) qui parut avec l'autorisation de M. de Villedeuil, nouveau ministre en 1785, lorsque le bon Toustain de Richebourg examina et approuva le roman, mais sous le titre des Dangers de la villCj pour donner satisfaction à Nougaret. Ce roman approuvé avec ce nouveau titre, la veuve Duchesne en acheta 3,000 exemplaires à l'auteur, et enfln l'ouvrage put voir le jour.


DB RlSTir DE LA BRETONNE. 231

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Dèfl Tapparition de la Paysanm pervertie, les éloges, et les plus flatteurs, lui arrivèrent de toutes parts : le l«r décembre 1785, il re- cevait ce billet : « La comtesse de Rivarol prie M. Restif de vou- loir bien lui faire l'honneur de passer chez elle demain vendredi, dans la journée, ou samedi, si cela lui convient mieux. EfUe a Thon neur de lui souhaiter le bonjour et de lui faire mille compliments sur la Paysanne, Cet admirable ouvrage Fa iàit revenir de sa pré- vention contre les hommes, puisque c'est un homme qui Ta fsit et qui a su peindre avec tant d'énergie l'Ame sublime de deux femmes naturelles, Fanchon Berthier et sa belle-mère, ainsi que l'Ame sublimatroce de Gaudet. »

Grimm ou Diderot, dans la Correspondance littéraire adressée en manuscrit à six souverains des États du nord de TEhirope, pronon- çait, sur le nouveau roman A la mode, ce jugement que Restif ne devait jamais connaître : « n ne faut pas confondre cette Paysanne du sieur Restif avec celle du sieur Nougaret, petit auteur, ainsi que l'a dit très-naïvement le sieur Restif, petit auteur sans imagination, sans connaissance de la condition des paysans ou de ceUe du monde, et dont le roman n'est qu'un misérable assemblage de let- tres sans sel, sans but, sans style, d'une morale niaise, et auquel on aurait pu donner tout autre titre que celui de la Paysanne, si l'on avait voulu. Il n'y a pas moyen de reprocher les mêmes torts au sieur Restif de la Bretonne ; la nouvelle production de ce génie inépuisable remplit parfaitement toute l'étendue de son titre. C'est A la lettre le complément de son Paysan perverti; on y voit reparaî- tre Ursule, son frère Edmond, M. Ôaudet, M"> Parangon, le Mar- quis, laliiarquise, Zéphirine, etc. Le caractère de tous ces personna- ges est merveilleusement bien soutenu; ce sont les peintures 1er plus vives des séductions, du vice et du libertinage, mises en contraste avec les mœurs les plus simples, les plus pures, les plus patriarca- les, et les suites les plus effrayantes d'une vie déréglée. Il y a dans ces tableaux une chaleur, une négligence, une vérité de style, qui donne de l'intérêt et même une sorte de vraisemblance aux événe- ments les plus extraordinaires et les plus légèrement motivés; la bonne foi de l'imagination de l'auteur est, si l'on peut s'exprimer ainsi, la magie de son talent, et l'illusion en est entraînante pour tous ceux du moins dont le goût n'est pas trop susceptible, car le choix de ses stgets et la bizarrerie sauvage de ses expressions doivent les blesser souvent; aussi les hait-il de toute son Ame : « Les puristes, dit-il quelque part, sont les ennemis nés de tout bien. » Il assure qu'il a composé près de la moitié de cet ouvrage la larme A l'œil et le cœur gonflé : on ^eut le croire , il ne vous permet pas même d'en douter. « Malheur ! ajoute-t-U A la manière de Jean-


m BDUOMiPBn AàllOHIfÉB VM OUTRAGIS

JacqoM, malheur I lur celui qae cee Lettres n*«iiraîeiit pu ému, tou- ché, déchiré; il n'a pae Tâme humaine; c'est une brute... » Une brute ou un puriste, à la bonne heure. »

Restif dit positiTement que la PtByêtmmt pervertie n'a pas été réimprimée par lui, et que la Teuve Duchesne avait enoore des exem- plaires de la !*• édition, en 1787. liais il en existe au moins deux contrefaçons faites à l'étnnger. L'une nous paraît «voir été impri- mée en Suisse ; en TO&oi la description :

N* 2. — La Patsarb perybrtie, ou le$ Dangers de la VUk; Histoire d*Ursale R^, Sœur d*Edmond» le Paysan, mise au jour d*après les véritables Lettres des Personnages. Avec figures. A la Haye, et se trouve à Paris, chez la veuve Duchesne, Ubraire, rue Samt-Jacques, au Temple du Goût, M.DGG.LXXXYI. 4 toI. in-12. Titres imprimés en rouge et en noir, avec 4 figures-frontispices, très-mal gravées à Teau-forte» d'après quatre sujets de l'édition de Paris.

Le tome premier a 211 pages (les deux dernières mal chiffrées 110 et 111), non compris le titre; le deuxième 203, sans le titre; le troisième, 203, sans le titre ; le quatrième, 220, sans le titre.

Cette édition n'est pas imprimée avec les mêmes caractères que l'édition du Paysan perverti, publiée sous la rubrique d'Amsterdam, 1776, mais elle s'y trouve ordinairement réunie.

Au reste, le texte de l'édition de 1786 est absolument identique à celui de l'édition originale de Paris.

N® 3. — Là Paysaice feeveatib, ou les Dangers de la Ville... Par l'Auteur du Paysan perverti. Imprimé à la Haie, Et se trouve à Paris, chis la d^ veuve Duchesne, libraire en la rue Saintjacques , au Temple-du-Goût. M.DGG.LXXXVy 4 vol. in-12.

Cette édition, comme l'indiquent les fleurons des titres et les vignettes en tète de chaque partie, ne peut être qu'une contrefa- çon, mais faite en France. On a conservé quelque chose de l'or- thographe de l'auteur, notamment les mots accolés par des traits d'union. Le texte est, d'ailleurs, confonne à celui de l'édition ori- ginale.


Dl BI8TIF Dl Là BBITOlflfl. ^^


Le premier Tolome a 26S pp.; le second, 248; le troisitaie, 144, et le quatrième, 275.

La Paysanne pervertie a été traduite, en allemand, comme rarait été le Paysan perverti,

XXIX

LES FIGURES DU PATSAN PERVERTI.

Rétif-de-la-Bretonb invenù.

BiNET deUneavit.

Bebthbt et Lbhoi incuderunt.

La Naïveté, rinnocence, la Candeur^ TEndiantement séducteur de la Ville, les Femmes, les Désirs, les Plai- sirs, la Volupté, les Écarts, l'Égarement, la Licence, la Débauche, le Vice, le Grime, TÉchaffaud, llnfamie, le Désespoir, la Mort. (Titre encadré de filets.) Sans nom et $ans date (1785). In-i2 de ccxliv pp. et 10 ff. non cKiffirés.

— Même titre pour : Lbs FteuiUBS de la Patsanb per- TBRTiB, in-i2 de bcdj pp., y compris les titres sembla- bles pour chacune des parties de la Paysans.

Ce recueil, qu'on ijoute quelquefois aux exemplaires du Pay- «Ofi ou de ia Paysanne, a été publié spécialement pour accompa- gner les estampes, dessinées et grayées, longtemps après la publi- cation du Paysan et ayant celle de la Paysanne^ estampes qui se yendaient à part aux souscripteurs; cependant, comme on y trouve huit titres correspondant aux huit tomes des deux romans, on yoit que, dans Tintention de l'éditeur, chaque titre, ayec le cahier explicatif des estampes pour chaque yolume, pouvait être réuni an yolume correspondant de Touyrage.

Voici la description de ce recueil, qui semble avoir été imprimé à des époques différentes, de 178S à 1785, et dont la paginatio^ n'est pas suivie. L'orthographe, quoique moins singulière que celle des ouvrages oh Restif a pu se donner carrière en dirigeant lui-même l'impression, off^ beaucoup de ses innovations caractéristiques. Le volume a été certainement fabriqué dans une imprimerie de Paris,




Î84 BIBLI06E1PHIB RÂISONlfil DIS OUVRAGES

où réditeur andt à sa disposition un grand nombre de yignettes ou culs-de-lampe gravés sur bois par Beugnet, que Restif a appelé le boisseieur dans Monsieur Nicolas, od il joue un rôle assez com- promettant pour le ménage du Héros du livre.

Le volume n*a pas d*autre titre que celui du premier cahier d*Ez- plications pour les estampes du Paysan. Ces Explications se pour- suivent jusqu'à la page clzviy ; elles se composent, pour chacune des 82 estampes, de la description du si^et avec la légende qui devait être gravée au bas de l'estampe, et de la citation du passage du roman, auquel correspond la figure. Les vignettes, signées Beu- gnet ou B. et HuatUt, avec la date de 1T70, sont distribuées, sans ordre et sans motif^ au bas des pages qui n'étaient pas pleines. Après les Explications se trouve la Revue des Ouvrages de FAu- teur (1784), qui se continue en petit texte jusqu'à la page ocxliv. Il y a ensuite 6 feuilles non chiffrées de catalogue détaillé, pour les ouvrages de Restif, et surtout pour les CantemporaineSf dont 25 vo- liuies avaient alors paru, et que l'auteur annonçait en 38 seulement. La pagination change pour les tables suivantes, qu'on doit croire empruntées à une édition collective du Paysan et de la Paysanne, pages 347 à 344 : « Tables des noms des Personages du Paysan et de la Paysans pervertie; Tables des noms des Auteurs, Artistes, Acteurs et Actrices, dont il est parlé. (Voir les pp. 136-39 du tome III, pour les noms omis ici.) » La préface des Figures de la Paysane pervertie est paginée de 1 à 8, sans autre titre que celui qui se trouve en tète de la première page : a Paysane pervertie. Avis sur les Dangers de la Ville, ou Paysan et Paysane pervertis, » Cet Avis, terminé par la table des Nouvelles comprises dans les neuf derniers volumes des Contemporaines, XXXÏV à XLII, doit avoir été imprimé vers 1785, lorsque la censure autorisait la publication de la Paysanne, sous ce titre : les Dangers de la Ville, en supprimant le titre de la Paysane pervertie dans les exemplaires de l'édition achevée en 1784, et interdite depuis cette époque. Les Figures de la Paysane per- vertie, avec quatre titres pour les quatre volumes de la première édition du roman, forment quatre cahiers sous une seule pagina- tion, 1 à Ixxij ; plus, dans certains exemplaires, les pages zy-xvm en double. Cette note, placée au bas de la page Ixxij, prouve que les figures étaient à la gravure, pendant que le roman était à l'impres- sion, c'est^-dire en 1784 : « Si les figures n'étaient pas achevées lors de la publication de la Paysanne pervertie, on les livrerait avec la présente explication. »

Nous avons donné plus haut la liste descriptive de ces figures , au-dessous desquelles on n'a pas gravé de légende. Quant à la liste


DS RISTIF DI LA BRETOIfNE. ' 285


des figurefl da Paysan perverti^ il nous a semblé utile de la placer dans la notice consacrée à ce roman (voy. ci-dessus le chap. xv de notre Bibliographie), puisqu'elles se trouvent ordinairement ajoutées aux différentes éditions. Quant aux contrefaçons de ces figures, contrefikçons dont parle M. Monselet, nous n'avons pas en l'occa- sion de les voir, du moins dans leur ensemble. Il faut remarquer que les figures de la Paysanne sont au nombre de 38 dans les Explica- tions, tandis que le même nombre n'existe nas dans la collec- tion d'estampes qui ornent les deux romans réunis; collection oti l'on ne compte ordinairement que 118 figures. Au reste, les estampes du Paysan avaient paru avant celles de la Paysanne, car on lit cette note, au verso du premier titre des Figures du Paysan : a La Paysanne pervertie, que nous publions aujourd'hui (en 1785), a une si grande analogie avec ie Paysan, dont elle complète l'his- toire, que nous croyons nécessaire de mettre ici les Gravures du plus ancien de ces deux ouvrages, afin que les personnes qui ont le Paysan puissent les placer dans leur exemplaire. Mais nous sommes obligés de faire une observation : c'est qu'on a cru devoir, en gra- vant les figures, renvoyer A l'édition la plus récente et la moins incorrecte des quatre qui ont paru. » Ce paragraphe de la Préface des Figures du Paysan est certainement d'une date antérieure : « Les figures du Paysan ne pouvant plus être données avec cet ouvrage, leur place naturelle est A la suite de la Paysanne, d'où on les pourra tirer, pour les insérer dans l'édition, qui cadre avec les renvois des Explications. »

Quant aux figures, il est bien difficile de dire comment elles ont été faites et qui en a payé les frais, qu'on peut estimer à 40 ou 50 mille livres. On lit seulement dans la Préface : « Un particulier, qui s'intéresse à toutes les productions utiles qui ont un caractère marqué, a cru que le Paysan perverti méritait un honneur qu'on fait de nos jours aux ouvrages les plus futiles, celui d'avoir des gra- vures, n a prié l'Auteur de lui donner une note de tous les endroits qui lui paraîtraient susceptibles d'une estampe. » Ce particulier, que Restif appelle ailleurs un homme riche, pourrait bien être Qri- mod de la Reynière fils, qui s'était lié avec Restif vers cette époque, et qui avait assez de fortune pour payer les dessins de Binet et les gravures de Berthet et de Le Roy.

La Revue des ouvrages de f Auteur pourrait bien aussi être de Ori- mod de la Reynière fils, qui n'aurait fait que mettre en œuvre des renseignements qu'il tenait de Restif lui-même. Quant aux notes dans lesquelles le rédacteur est souvent pris à partie, elles sont bien de Restif, qui contrôle A son tour les idées et les sentiments de son


m BIBLIOAULPHII RAISOlflfil DIS OUTIUOIS

eiitiqtte anonyme, qa*il qualifie de Jf. le joytnaBtte, par exemple, dans la grande note, si bisarre et si ezoentriqne, oti il explique et justifie son goût passionné pour les dtanssnres à talons hauts. Dans eette Reime des Ouvrages de FAuteur, sont intercalés divers articles de journaux français et étrangers, plus ou moins remarquar blés, sur ces ouvrages. Restif donne, à la page cexliii, des détails intéressants sur le Glouogn^ke^ dont il s'occupait depuis iS ans, dii41, et qui devait former le sixième volume des Idées tmguhèrei : « Le GUasographe^ dit-il, eontiendra une réforme raisonnable de notre orthognqphe, qui fixe à jamais la belle prononciation, et la rende facile aux étrangers. D n*est pent4tre pas hors de propos de prévenir encore qu'on y traite de tous les défauts de notre langue et des moyens de les corriger; qn*on y décompose une par- tie de nos mots, pour y trouver le sens primitif, et qu'on met le lec- teur à portée d'achever cette opération sur les autres; qu'enfin on y donne une notice de tous les patois en usage en France, dont on ' suit les nuances imperceptibles. Quelque aride que paraisse cette matière, l'auteur la traitera d'une manière philosophique et cu- rieuse; il fera passer, dans les Notes, toutes lee langues en revue, donnera leur histoire, inventera une sorte d'écriture universelle propre à peindre aux yeux un discours que toutes les nations pour- ront lire, chacune dans leur langue; indiquera la manière de noter la déclamation, etc. » Bn vérité, Restif était-il en état de composer un pareil ouvrage, qui eût & peine rencontré, dans le fameux Court de debelin, un philologue capable de l'entreprendre et de le mener à bonne fin? Nous avouons nos doutes à cet égard.

A la page ccxliv, cette note nous fait connaître les ouvrages que Restif se proposait de publier, après 0. Kibeau :

IL Le HibùUt commencé en 1778 et dont il y a déjà deux volumes en manuscrit; ce sont des juvénalei en prose contre les abus et les vices.

« Le Compère Nicolas, l'ouvrage favori de l'Auteur (et qui doit l'être).

« Les.,'.'., Métamorphoses, dont il y a près d'un volume en manus- crit.

« Les Préjugés jusHfiis ^ ouvrage utile aux Philosophes (annoncé dans la Préface du Paysan).

« Le Jeune-homme^ ou (commencé).

a La vie de l'auteur, toujours souffrant, ne suffira pae & la oomposi- sion entière de tous ces ouvrages , puisque le Glossographe et le Thesmographe même ne sont qu'esquissés. »

A la suite, cette note typique : « Samedi 2 février 3 (1783), un


DB BISTIf DB Là BBBTOHUB. t37

Homme osa diro» devant rAutenr, an libraire Petit, qa*il y andt des fautes de français dans la Dernière Aventure <fun honune de put" rante-emq ans. On lui demanda ui exemple. Il cita un de ces en- droits pleins d'énergie, qui caractérisent son style. Ghens de lettres! par quelles gens vous êtes jugés I Par des coeurs de bois. »

Dans TAvis qui précède TExplication des figures de la PayeoMU pervertie, Restif afiBirme que k Payean perverti avait en déjà dix éditions, en France, quatre de la traduction allemande, et quarante- deux de la traduction anglaise, dirais 1776 ; il rappelle que les deux ouvrages, le Payean et la Paysanne^ n*en font qu*un seul, et que VBxpUeation des figures doit être la suite naturelle de la Paysanne. U se plaint, comme toujours, des contrefaçons qui empêchent les vrais libraires de traiter avec les auteurs et de payer convenable- ment leurs manuscrits. C'est au nom de ses libraires, qu'il se plaint aussi du « déchaînement outrageux de quelques particuliers, aussi méprisables qu'obscurs, contre l'écrivain estimable, à qui la Nation et la Postérité doivent et devront une multitude de choses utiles ; qui résiste presque seul , depuis nombre d'années, au torrent de cor- ruption produit par l'insubordination des femmes, et dont le mérite recevra enfin le prix le plus flatteur, l'exécution de ses projets pa- triotiques. On a poussé l'indignité jusqu'à ûûre graver une estampe contre Ml » Suit un errata pour la Complainte de la Paysanne, laquelle n'a pas été faite pour les gens des villes, mais pour ceux de la campagne. Nous avons cherché inutilement l'estampe sati- rique, dont Restif signale l'existence.


XXX

LES VEILLÉES DU MARAIS ; ou Histoire du grand prince Oribeau, Roi de Mommonie, au pays d*Evinland ; et de la vertueuse Princesse Oribelle, de Lagenie : Tirée des anciénnes-Annales-Irlandaises, et recenment-translatée en-français : Par Nichols-Donneraill, du comté de Korke, Descendant de l'Auteur. 1*' volume; 1'* partie, conte- nant les chapitres du Premier-Abécédaire. Fleuron : deux miguscules : A-0, ornées et encadrées. Imprimé à


tas BiBLioeRàPHn KÀisoimii dis outbjlgis

Waterford, capitale de Mcmmonie. 1785. Quatre par- ties en 2 vol. in-i2^

Le premier volame a 496 pages. A la page 237, nou- veau titre pour la seconde partie, semblable au précé- dent, avec cette différence que le nom du prétendu tra- ducteur Niçhols Donneraill s'y trouve supprimé. Le reste du titre est ainsi : « Seconde partie, contenant les chapitres du Premier-Abécédaire. » Fleuron : deux ma- juscules, P-Z, dans des cadres pittoresques. Imprimé, etc. (comme ci-dessus.)

, Le deuxième volume a 556 pages. Le nom du pré- tendu traducteur est aussi supprimé sur le titre : « n^ volume; m"'* partie, contenant les chapitres du Se- cond-Abécédaire. » Fleuron : deux majuscules encadrées, A.-J. Imprimé, etc. A la page 269, môme titre : « Qua- trième partie, contenant les chapitres du Second-Abé- cédaire. » Fleuron : deux majuscules encadrées, K-Z. Imprimé, etc.

Ce livre est mieux imprimé et sur meiUeur papier que les ouvrages précédents de Restif , qui y a pourtant introduit son orthographe fantaisiste, avec force traits d'union.

Ce roman est un de ceux que Fauteur a eu le plus de peine à faire approuver par la censure. L*abbé Terrasson, qui était le premier censeur de Touvrage, devina que Restif avait voulu faire de malicieuses allusions, sous des noms supposés, et que ces allusions n'épargnaient pas la famille royale. Restif ne vou- lut pas en convenir. Terrasson exigea pourtant beaucoup de car- tons, et finit par refuser son approbation. Avant de prendre ce parti que lui commandait son devoir de censeur royal, il avait écrit à un libraire une lettre qui fut communiquée à Restif, et dans la-

> 10 fr. 50, Bulletin mensuel d'Alvarès. 1858, n* 3282. — 9 fr., SoUr, 1880. — 12 fr., BvJlstm mmuwl d'Alvarès. 1861, n* 545. — 25 fr., BMetin au Bouqui- niste» 1865, n* 10781. ~ 15 fr. demi-reL, Cat. Aug. Fontaine, n\6011, 1872. — 00 fr. demi-reL non rogné , Lebert, 1874. — 150 fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChmUfoUe-Iharu, Cat. Avg. Fontaine, n* 21 U, 1874.


BB BB8TIF DI LA BBITONIfS. 389

quelle il dîaait, en lui re&Toyant 4 yolumet des CcntempcraineB, paraphés : « Je tous prie de lui dire que je crains bien de ne pou- voir lui passer ses VeiUées du Marais. Il y a des applications terribles à faire. Je ne me prononce pourtant pas encore, mais je le crains bien (12 septembre 1784). » Voy. cette lettre, n» 111, à la fin du tome XTX des Contemporainea, seconde édition. Ce ne fut pas sans peine que Restif obtint de faire examiner son livre par un nouveau censeur. Terrasson, qui était malade à Qoumay, fut remplacé par Toustain de Ricbebourg, qui ferma les yeux sur les anagrammes assez transparentes que Restif avait imaginées pour déguiser les vrais noms. Le livre était donc approuvé, mais la police entrava sa publication. Ce n^est que longtemps après que Restif déclara que les allusions à la famille royale, « tant redoutées par Terrasson », étaient réelles. Il donna en même temps, dans Monsieur Nicolas (page 4726 et s.), la clef des anagrammes et des noms imaginaires. Cette clef n*a pas été recueillie : S^par, Paris ; Tanisnorohé, Saint- Honoré; Iratlove, Voltaire; MaC'TUus, Sully; Lmlubelem, Labau- melle; Lugbonœ, Boulogne; Vssumro, J.-J. Rousseau; Evidlethô, rhôtel-Dieu; Funfho, Buffon; Mae-Ctq^eoup, Richelieu, 0-Pinfinetti, llazarin; O-Bhudabord, Louvois; O-RibeaumagnejhomB XIY; O-Fac- foc, Louis XV; Mac-Errick, Henri lY; Mac-Artlove, Colbert; Ifao- Wasp, Fréron ; Sacripandidondanuck, le duc de Choiseul, etc. » Dans une note des Nuits de Paris (tome EC, pag. 2128), Restif dévoile en- core d*autres noms : Toddire, Diderot; Malbreted, d*Alembert; Trado, Dorât; NolHereb, Crébillon père; IhroUenc, Crébillon fils.

Cette def, publiée par Restif lui-même, est malheureusement très- incomplète, et il en faudrait une nouvelle,pour n'être pas arrêté à chaque instant dans la lecture de ce roman quelquefois incompréhen- sible. Desessarts, Tacteur de la Comédie-française, écrivait à l'auteur, 6 mai 1785 : « J'ai galoppé tous les volumes pour y chercher une clef, on tout au moins quelques notes expUoatives de plusieurs mots, soit tirés des langues étrangères ou anciennes, et que vous pouvez avoir francisés, soit déguisés par des inflexions de lettres déroutantes ; et j'ai eu le désagrément de n'en point trouver. Vous nous avez bien traduit exégèse^ par exposition claire de volonté. Qrices vous soient rendues pour celui-là I Si je devine Bicétre, Saint-Honoré, le Luxembourg, Rousseau ; si je traduis Roseomond par Voltaire, je me perds, ainsi qu'un temps que j'emploierais mieux en lisant, dans WœfuUOj que je soupçonne être la Pitié, mais dont j'enrage de n'être pas sûr, et dans tant d'autres I Pour Dieu 1 fiât lux, faites-moi une clef pour les mots qui en ont besoin et que vous avei destinés à une signification ou dénomination précise de quelque chose. Quoique fiât lux, dans la Genèse, annonce la su-


MO BIBUiMUtiPBIl âiUOmiÉB DI8 OUVElGIg


préma Tolonté da Cié&teiir, et que cette Tolonté soit néoesMirement sume de Tezécation, n'allei pae toob tromper, en prenant, dans la bouche de son informe image, Totre trèe-humble serritenr, les mémee mota, pour un ordre. Loin de moi pareil blasphème I Regarde^les comme ime homble prière, à laquelle je détire que tous Teuilliei TOUS rendre. De reehef, je Toue conjure : désanagrammatises. » Yoy. les CmUemporame», 2« édit. tom. ZX, fenill. nonehiff., à la fin.

n doit exister des exemplaires non cartonnés, car Restif se fai- sait un malin plaisir de ne jamais tenir compte , pour un certain nombre d'exemplaires, des coirections exigées par la police. Nous sommes parvenus seulement à bien reconnaître les cartons qui se tronyent dans la plupart des exemplaires.

Cartons du tome !«: pp. iH-92, 93-94, 95-96, 99400, 125-126, 189- 190, 191-192, 301-302, 303^04; toute U feuille signée 0, de 319 à 334; les trois premiers feuilleta de la feuille P, de 335 à 344; 357- 358, 359-360, 375^76, 381-382.

Cartons du tome II : 167-168, 189-190, 235-236, 333-334, 335-336.

La seconde édition, publiée six ans après la première, parut soua ce titre: x.*IitsnTUTBim d*um Ruhcb royal, tirée d*un ouvrage irlandais intitulé : 0. Kxbeau et 0. RibeUe, publié sous le titre de Veillées du Marais. Paris, veuve Duchesne, 1791 ou 1792, 4 vol. in-12. Nous n*ayons pu voir tm seul exemplaire de cette seconde édition, qui ne semble pas différer de la première. M. Monselet dit que c*est exactement le même ouTrage que les Veillées, pour lesquelles Rétif fit faire quelques cartons, avec un nouveau titre, en vue d*exercer certaine influence sur Téducation du Dauphin, fils de Louia XVI. Cependant Restif, dans Texamen de ses ouvrages {Monsieur Nicolas, tome XVI, page 4727), a Tair de dire que le livre fot réellement réimprimé : « La seconde édition s'étant faite dans le temps qu*il était question de donner un instituteur au dernier Dauphin, ce fiit ce qui détermina le libraire à me prier de chercher un titre nouveau. Je trouvai celui d*InsHtuteur ePun Prince Royal, sous lequel le livre se vend ai:gourd*hui (1797) chei le libraire Duohesne, rue des Grands- Augustins. » Quoi qu'il en soit, ce roman pédagogique ne figure que sous le titre des Veillées du Marais, dans le dernier catalogue im- primé des ouvrages de Restif, à la fin des Pos^umes,

Il existe, dans les mains d*un amateur de Paris, un exemplaire des Veillées du Marais, orné de 52 dessins de Binet, qui n'ont jamais été gravés. Rétif a longtemps offert cet exemplaire unique, dans les catalogues de ses ouvrages, au prix de 724 livres. L'ama- teur qui le possède aujourd'hui a eu la chance de racquérir pour 25 fraÂcs, chez une marchande de vieux meubles !


BI BK8TIF DE LÀ BBBTONNI. 2il


XXXI

LES FRANÇAISES, ou XXXIV Exemples choisis dans les Mœurs actuelles, Propres à diriger les Filles, les Fems mes, les Épouses et les Mères. (Titre simplement enca- dré d*un double filet.) A Neufchâtel, Et se trouve à Pa- rts. Chés Guillot, libraire de Monsieur, rue Saint-Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins. 1786. 4 vol. in-12; le pre- mier de 272 pages, y compris les préliminaires et le titre; le deuxième, de 312; le troisième, de 312; le qua- trième de 324^

Voici les titres et les épigraphes des 4 volumes de cet ouvrage :

I" volume : Les filles. La Hija, y el Vidrio, Sem- preestan inpeb'gro,

II" volume : Les femmes. La Muger y la Pera^ La que mas caUa^ es buena.

IIP volume : Les éfousbs. La Fama de su honestidad, en Mugeres, DeUcada cosa es/

rV* volume : Les mëees. A sus Hijos y sus Hijas sabia Madré dezia :

Très Muchos, y très Pocos, destruyen el Hombre :

Mueho hablar, y Poco saber; Mucho gastar, y Poco tener, Mucho presumir, y Poco voler.

L'adresse de Guillot^ libraire, ne se trouve que sur le


  • 34 ftr., Solar, 1860. — 26 fr. demi-rel., Trots, novembre 1866. — 75 fr.

demi-rel. non rogna , Ountsberger, 1872. — 69 fr. broché, Langlois, 1872. — 76 fr. demi-rel. non rogné, Lebort , 1874. — 100 fr. demi-rel. rogné, Cat. Ang. Fontaine, a* 1147, 1870.

16


S4S BDLIOGBAPHIB EÂlSONHil BK8 01IY1U6E8

premier volume; les trois autres portent seulement cette indication : A Neufchâtel, et se trouve à Paris.

Cet ouvrage contient 34 gravures numérotées, correspondant aux 34 exemples que renferme Touvrage. Deux de ces figures seulement sont signées, la 28« et la 31« : Binet deLf B, Giraud FtHné seul. Dans ces estampes, Restif ne s*est plus contenté de commander, à son dessinateur, des pieds de femme d*une extrême petitesse ; il a ima- giné, par une autre bizarrerie, de donner, aux têtes de femmes les plus hautes de taille, une dimension si exigud, que ces têtes ne paraissent pas appartenir aux ooq>s ; il a exigé que son dessinateur représentât les jeunes filles et les jeunes garçons comme des poupées à ressorts. Rien n^est plus étrange que ces femmes longues et maigres, à têtes de lilliputiennes, et que ces enfants qui semblent sortir d'un bocal d'esprit de vin. On peut supposer que c'était un nouveau goût anormal qui couvait dams l'imagination excentrique de l'amoureux des petits pieds.

Le Siget de la figure est ordinairement imprimé avant l'Exemple ; mais ces figures n'étant pas toutes appelées à la place qu'elles oc- cupent dans l'ouvrage, par le stujet expliqué et décrit, nous avons jugé utile de les caractériser par des titres, rattachés à leurs numéros d'ordre, pour indiquer leur classement.

Tome I. ii«* 1. La Bonne fille à U bonne mère, page 21 .

2. La Fille à la mauvaise mère, page 95.

3. La PtUe natve, page 118.

4. La FiUe d'esprit, page 149.

5. La Fille recherchée par on amant honnête, page 211.

6. La FiUe recherchée par on fat, page 223.

7. La FiUe sans amant, page 235.

8. La Fille conme, page 247. Tome IL 9. La Femme impériense, page 3.

10. La Femme paresseuse, page 23.

11. La Femme déyote, page 38.

12. La Femme esprit-fort, page 53.

13. La Femme entendue, page 87.

14. La Femme dépensière, page 122.

15. La Femme jaloose, page 156.

16. La Femme parfaite, page 17&

17. La Femme venve, page 192. Tome m. 1& L*fipoiise infidèle, page 3.

19. L'Épouse aimant un autre homme, page 17.

20. L'Épouse d'ivrogne, page 84.

21. L'Épouse de joueur, page 100.

22. L'Épouse de débauché, page 165.


DI BS8TIF DI LA BRKTONlOt. t43


S3. L'AlWQM inci^ablA, page 18S.

M. L*ipoiiM d'homme d'etprit, page 2t8.

25. L*&poaM de jaloux, page 284.

26. y^K>ti8e d*homme veuf, page 299. Fig. à 2 compartimeiita. Tome rv. 27. La Mère qoi nooirit, page 3.

26. Ia Mère d'une famille nombreuse, page 20. Bviei dêL; B* Giiwtd V<dné seul.

29. La Mère séYère, page 54.

30. La Mère-gfttean, page 79.

31. La Mère aux méchants enfants, page 92. BiMt deL; B. Gi-

raiêd taèié ten^.

32. La Mère aux bons enfants, page 180.

33. La Belle-mèra, page 176. Fig. à 2 oompartiments*

34. La Grsad'mère, page 174.

On n*a pas encore remarqué que» dans ces figures» la plupart gm- yées finement, il y a certainement des portraits, entre auteea celui d*une femme Agée, qui reparaît sans cesse sous différents noms dans les Exemples. Le portrait de Grimod de la Reynière fils est très- ressemblant dana un des trois convivea assis à table; estampe de la Femme cTivrogne,

Les gravures des Françaises n'étant pas signées, excepté deux, on peut douter que Restif les ait fait exécuter par son dessinateur Binet, quoique M. Henri Cohen les lui attribue toutes dans le Guide de ramateur de livres à vignettes. M. Ck>hen fait observer^ comme nous, que nulle part « Binet n'a autant exagéré la petitesse des têtes et la finesse des tailles des femmes ».

L'Avis de l'éditeur, au verso du premier titre, commence ainsi : « Je donne pour titre à ces quatre volumes les Françaibss, parce que les 34 exemples qui les composent offirent un tableau général de nos mœurs , oh les jeunes personnes et les femmes de tout Age trouveront réunis et les devoirs de leur état et les moyens d'être heureuses, agréables à leurs parents, à leurs époux, respectables à leurs enfants, chéries de leurs concitoyens. Premier volume, lea Filles donnent 8 exemples; tome II, les Femmes, 9 exemples. On a parsemé, dans les quatre volumes, xix (xzi) Lectures sur différents siyets qui méritaient d'être approfondis. »

Voyex plus loin, à propos de ces Lectures , notre notice sur le BUHm ou le Spectacle nocturne.

La table des exemples réunis dans les Françaises est précédée d*nn Avis coBoemant le premier volume : « Ce ne sont pas des bibliothè- ques qu'il (aut aux jeunes filles. Une fille savante est hors de la Nature et une aorte de monstre. Le jeune sexe ne peut fkire que


tu BIBLKMRÂ^HIS BAlflONNÉB DK8 OHYRÂGIS


des l«etiir«8 de monde pr«tiq[iie, qui lai montrent direetemeni eee devoirs et TaTantage de les remplir. »

Resttf a réimprimé dans /ef Françaises denx de ses piëees de théâtre : ia Fiile natwrtlk et la CigaU et la Fourmi.

Le tome IV* se termine par une note sur les XXI Lectures, qui sont désignées par leurs titres dans une table générale. Suit une postface adressée aux jeunes citoyens et aux jeunes citoyennes : « Je me suis efforcé, dit Téditeur, de ne pas ressembler à nos écriTains superficiels, qui ne vous donnent que de jolis riens. J*ai tâché d'être solide, utile, et je crois TaToir été. Ma tendre affection pour vous, le désir de tous voir heureux, voilà ce qui m*anime. Si jamais il m*arrivait de travailler pour le théâtre, mes efforts auraient le même but : Futilité, la destruction d'un vice ou d'un préjugé I »

Cette phrase de l'éditeur semblerait indiquer que Restif n'est pas l'auteur de cet ouvrage, ou du moins qu'il n'a fait que se l'approprier en le modifiant et en le publiant ; ce n'est pas lui qui a pu dire : « Si jamais il m'arrivait de travailler pour le théâtre, » car il tra- vaillait depuis longtemps pour la scène, et il avait composé dès lors la plupart des pièces qu'il devait réunir plus tard dans son Théâtre. Nous penchons donc à attribuer cet ouvrage, en partie du moins, à sa femme, Agnès Lebègue, qtd se mêlait d'écrire et qui y était encouragée par les littérateurs Fontanes et Joubert, qu'elle voyait alors tous les jours. On peut rappeler aussi, à l'appui de cette sup- position, que la femme de Restif s'était séparée de lui pour faire des éducations de jeunes filles.

Dans cette impression, l'orthographe est très-régulière; c'est à peine si Restif a caractérisé son système orthographique par la multiplicité des initiales et par les traits d'union dans les mots composés.

Dans Monsieur Nicolas, Restif semble avoir oublié qu'il était l'auteur des Françaises ou du moins au'il se donnait pour tel. Voici tout ce qu'il en dit, tome XI, page 3131 : « Après ma rupture avec Félicitette (1786) , je ne m'occupai que de mes ouvrages. On impri- mait les Françaises. Je mis en ordre la Femme infidèle, puis Ingénue Saxancour ou la Femme séparée. Ensuite je me donnai tout entier à la composition des Parisiennes, quatre volumes que je regarde comme les plus utiles des LXY qui composent l'entière collection des Contemporaines, n II ne pouvait se dispenser de dire quelque chose des Françaises, dans l'examen de ses ouvrages (tome XVI de Monsieur Nicolas, page 4730), et il ne leur accorde que huit lignes : « J'avais terminé ma carrière de nouvelliste à XLII (volumes) , lors- qu'on me proposa de faire un choix dans toutes mes Nouvelles. J'y jetai un coup d'œil, et je trouvai ce travail diffloultueux, à cause des


DI BISTIF DI LA BBSTONNI. m

tibraires auxquels j^avais Tendu, long en lui-même et très-ingrat. Je pris le parti de faire quatre volumes d'exemples choisis, que j'in- titulerais les Françaises, »

Cet ouvrage est fort rare ; le libraire Ouillot en fut Téditeur, ainsi que des Parisiennes et des FiUes du Palais-Royal. Les épigraphes espagnoles, qui se trouvent en tête des volumes, sembleraient indi- quer que le libraire ou Fauteur avait eu l'intention de répandre le livre, soit en Espagne, soit dans les colonies de TAmérique du Sud. Les trente-quatre gravures correspondent à trente-quatre Nouvelles ou Exemples choisis, qui sont classés sous quatre titres différents : les Filles, les Femmes, les Épouses, les Mères. Le succès des Con- temporaines avait excité la convoitise des libraires, qui s'adressaient àRestif pour avoir les suites de ce vaste recueil, lequel finit par for- mer 65 volumes comprenant plus de mille nouvelles. Quillot traita aux meiUeures conditions avec Restif, à qui il demandait seulement un choix de ces Nouvelles déjà publiées ; mais Restif fut averti qu'il s'exposait à un procès de la part des libraires auxquels il avait vendu déjà ses ouvrages : il prit le parti de faire à nouveau quatre volumes d^exemples choisis, accompagnés d'une dousaine de lectures savantes et curieuses. Enfin, pour achever de remplir ces quatre volumes, il imprima son drame, intitulé : les Fautes personnelles, qu'il avait lu plusieurs fois dans les soupers du docteur Guillebert de Preval. Ce drame avait tocgours produit beaucoup d'effet à la lec- ture, et l'on poussait l'auteur à le présenter à la Comédie-Française. Le comédien Desessarts, qui avait assisté à un de ces soupers, se chargea de lire la pièce, qui ne fut pas reçue, sous prétexte qu'elle n'était pas écrite en vers. Ce fut Laya qui s'empara du sujet, en le versifiant ; mais son drame ne réussit point, et Restif lui garda une terrible rancune.

Le Recueil des Françaises passa presque inaperçu, les journalistes ne daignèrent pas s'en occuper. Il est vrai que Restif avait pris le parti de ne plus adresser un seul exemplaire de ses livres nouveaux à ces journalistes qu'il regardait comme des ennemis irréconciliables ; il refusait même brutalement de leur donner des exemplaires, quand on lui en faisait demander par son libraire. La critique s'était, il est vrai, un peu trop déchaînée contre les Contemporaines et contre la Paysanne pervertie, après avoir reconnu presque unanimement les grandes qualités du Paysan. Puis, des articles railleurs et goguenards avaient comblé la mesure : Restif, qui ne riait jamais et qui n'en- tendait point prêter à rire, n'avait pas laissé sans réponse ces atta- ques à coups d'épingle, qu'on ne lui épargnait pas, surtout dans les feuilles de province. Le fameux logogriphe de Lecat, d'Abbeville,


M6 BIBLI06BAPH1S RÂISONlfÉB DIS OUTEJIGIS

aTftit été, pour ainai dire, le signal de cette guerre lareastique con- tre le pauvre Reetif. Ce logogriphe, dont le mot n'était autre q[ae le nom même de Restif, doit trouver sa place ici.

Coonais-tii, cher Lecteur, en méchant romancier,

Dont les divers écrits passent ches l'épicier,

Bt qui toigonrs frappant dessas sa lourde enclume

Fabrique chaque mois tout au moins un volume t

Jadis prote ignorant, il se trouva soudain

Raconteur graveleux, et mauvais écrivain:

Du langage français mutUateur barbare,

Son s^le est incorrect» inégal et bisam.

On sait bien, il est vrai, qu'un sot, à es.sitflier ,

Peut perdre impvnémêniêon encre et etm papier ;

Mais doit-il, en oflhuit de lubriques images ,

Déshonorer son nom et salir ses ouvrages?

Doit-il, effarouchant ses plus hardis lecteurs,

Se faire un Jeu cruel de ccHrrompre les mosurs ?

Chacun peut, à coup sûr, à ce portrait fidèle.

Reconnaître aisément celui que je recèle.

Si l'on veut se livrer à sa dissection.

On trouvera d'abord une conjonction ;

Un terme de cuisine et puis un mot nautique.

Un Jeu qui vient d'Espagne, un royaume en Afrique,

Ce qu'on dit quand on veut exprimer le dédain.

Certain arbre qui sert à parer un Jardin,

Un péché capital, une note en musique,

Bt ce que doit comialtre un ecdésiastique.

Cette méchante épigramme fit beaucoup de bruit, parce que Restif ■e chargea lui-même de la répéter et de la répandre, et les journaux de province se mirent d'accord pour redire, sur tous les tons, que Restif ne publiait que des livres obsctoes. Les Affiche» du BeawHxisis et le Journal de Nancy devinrent les trompettes de cette accusation, qui aurait dû tomber au moins devant Us Françaises. Restif im- prima, dans la seconde édition des Contemporaines, à la fin du tome XXIY, une Réponse générale aux malhonnêtes gens qui calom- nient les ouvrages de N.-E. Restif de la Bretonne : « Quel est le cri- tique audacieux qui oserait insulter ies Françaises? disait-il dans cette Réponse attribuée à un anonyme. On croyait Tinuigination de l'auteur épuisée. Elle se relève, pour peindre des faits nouveaux, intéressants, exemplaires. Elle prêche une morale excellente, dé- pouillée des inconvénients des Contemporaines, et elle nous présente un code de morale pratique en 34 exemples. » Le défenseur offi- . cieux de Restif s^'outait que c'était pour cet ouvrage et pour


DE BS8TIF DE LA BRETONNE. U7

les Parisiennes, aiiui que pour la Vie de mon père, qu*on au- rait dû décerner à Fauteur une couronne civique. Ce factum, dirigé surtout contre les Negret (Nougaret), les Therrin, les Lecat, La Harpe et Palissot, se termine par cette espèce d*anatbème : « Adieu I soyex plus sages à ravenir, sous-jounialistes, et songez que, pour être déshonoré à jamais, il suffit d'avoir exercé une fois seulement votre vil métier ! »

XXXII

LES PARISIENNES» ou XL Caractères généraux, Pris dans les Mœurs actuelles , Propres à servir à l'instruction des Personnes-du-Seze : Tirés des Mémoires du nou- veau Lycée-des^mœurs. (Titre encadré.) A Neufehâtel, et se trouve à Paru. Ché$ GmUot, libraire de Monsieur, rtte S. 'Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins, 1787. -i vol. in-12; le premier^ de 300 pages; le deuxième, de 388; le troisième, de 392; et le quatrième, de 380. L'adresse de Guillot n'est que sur le premier ^

Voici les différents titres des quatre volumes :

Premier : Les Jeunes-Filles et les FiUes-à-marier. Deuxième : Les W^-mariées; les Mariées depuis 3 ans. Troisième : Les Épouses à imiter : — à fuir. Quatrième : Les J^ Mères, et — de Grands-enfans,

Les vingt gravures numérotées, mais sans légendes, dont Touvrage est orné, sont anonymes ; on n'y reconnaît pas le crayon de Binet. On peut croire aussi qu'eUes ont été gravées par un artiste bien infé- rieur à Berthet et à Le Roy. Cependant elles sont très-singulières ; eUes o£&ent dee têtes de femmes si variées et si piquantes, qu'on peut les prendre pour des portraits. U faut en attribuer la composi- tion au caprice de Restif, qui, sans savoir dessiner, fusait exécuter ses esquisses ou ses données par les dessinateurs qu'il employait.

« 19 fr., 50. Solar, 1860. — 76 fr. mar, dtron, AUâ, Gresy (no 258), 1865. — 100 fr. deml-rel. rogné, Gat. Ang. Fontaine, no 1145, 1870. — 55 fr. broché, Lan- glois, 1872. — 145 fr. demi-rel. mar. citron, ÂUA, Curmer, 1874.— lOt fr. demi- rel. non rogné, Lebert, 1874. — 250 fr. mar. r. dos orné à petits fers, CA^m- boUe-Dwru, Cat. Aug. Fontaine, no 2095; 130 fr. demi-rel. non rogné, no 2086 1874.


148 BI1ILI06RAPHI1 EAIBOHNÉB DIS OUVBAQIS

Terne I«r. Pramière figura. Le Lycée des Moran, page 7.

Deuxième figure. Première eéanoe. Les Jeunes Filles, page 17.

Troisième figure. Seconde séance, page 59.

Quatrième figure. ion, les capitales, l'ortho- graphe, les barres-d'interlocution et les tables sont de lui. »

Au verso de ce titre est reproduit l'Avis de l'Éditeur au lecteur, tel qu'il se trouvait dans la Paysanne pervertie ; vient ensuite un extrait de l'ancienne préface de l'éditeur, après une note où il est dit que les titres des Lettres sont de Pierre Rameau ; le choix et l'explica- tion des figures , de l'Éditeur, et les notes non signées, de Pierre Rameau. Le placement des figures, avec errata pour les erreurs de renvois, se trouve au verso dee titres des trois autres volumes.

A la fin du tome IV, de la page 449 à 527, l'auteur a imprimé quatre juvénales : la Parure, les Femmes, les Coquettes, les Catins. Voy., à la fin de notre livre, l'article bibliographique consacré aux


tSf BIBLI06RAPHI1 RUflONHÉB DIS OUTBAOIS

JuTénalei, qui avaient été faites pour le Hibou, et dont la nomencla- ture générale, telle du moine que Reatif Tarait établie en 1784, fait le sujet de la longue note de la page 528, dans cette édition collective du Paysan-Payionne pervertis. Restif s^ezcuse ensuite de n'avoir pas reproduit la table des lettres et la table des noms de personnages, mais il a jugé que la table des figures était indis- pensable ; il Ta donc conservée, « à cause de l'explication qui doit servir aux relieurs et aux brocheuses, pour bien placer l'estampe en regard ».

On voit, dans la liste finale des ouvrages du même auteur, que le Hibou ou Spectateur nocturne, qui doit suivre , en 4 volumes, devait être un recueil de 50 Juvénales, empruntées à différents ouvrages alors publiés ; mais Restif changea encore d'avis et de plan pour cet ouvrage, qui eût été une suite des Nuits de Paris, composées seule- ment de 14 parties ou volumes, et qui n'a jamais été publié.

Cette édition du Paysan et de la Paysanne fondus ensemble est fort rare et ne se trouve presque jamais avec la suite complète des gravures. On peut affirmer que, si l'édition ne fut pas contrefaite, elle ne se vendit pas , quoique Restif y eût ajouté 16 petites nou- velles plus ou moins inédites. Il fallut la mettre au vieux papier ou du moins la vendre à vil prix, sans gravures. La table générale et analytique des lettres qui la composent est imprimée dans le tome seize ou dix-neuvième partie de Monsieur Nicolas, intitulée : Mes Ouvrages,

L'importance que Restif donne à cette longue et minutieuse ana- lyse du Paysan-Paysanne pervertis, dans l'examen de ses ouvrages (pages 4577 à 4678), prouve assez que ce roman était à ses yeux la base de sa réputation littéraire. M. Gh. Monselet semble s'être con- formé à l'opinion et au sentiment de l'auteur lui-même relativement à son chef-d'œuvre, lorsqu'il a consacré vingt-quatre pages de son livre à une brillante étude sur le Paysan perverti : « Tel est, dit>il en finissant, ce roman orageux, plein de grandes lignes heurtées, et fourmillant de détails microscopiques. Nous l'avons raconté tout au long, en tâchant de donner une idée de la manière de l'auteur. » Mais M. Ch. Monselet a eu peut-être le tort de ne pas faire son travail sur les deux romans réunis, qui n'en formaient qu'un seul dans la pensée de Restif.

Après avoir donné une idée sommaire très-insuffisante de son œuvre capitale reconstituée sous une forme définitive, Restif ne se fait pas faute d'exprimer son admiration personnelle pour cette grande œuvre que tout le monde admirait autour de lui, quoique les journalistes et les puristes ne lui ménageassent pas les critiques.


DI RKSTIF DI LA BRBTONNI* SS3

« Tel est, dit Restif (tome XVI de Monsieur Nicolas, pages 459S et 8uiT.)i 1« précis du Paysan'Paysanne pervertis, ou des Dangers de la ville, titre qui couTient mieux encore et qu'on a mis à Tédition de 1785. Je ne parle pas des lettres admirables que le sujet m'a fournies. Ce ne sont pas des beautés à la moderne qui se détachent et qu'on peut citer, comme les beaux vers dans les tragédies de Vol- taire ; il faudrait les rapporter entières pour en donner une juste idée. Il est difficile d'imaginer, lorsqu'on n'a pas lu ce nouvel ou- vrage, à quel point certains détails en sont frappants I Le caractère de Fanchon exprime la vertu même ; celui de G. d'Arras est cruel et faux; celui d'Edmond est inconstant et faible; celui d'Ursule fu- tile, léger, ambitieux, coquet. Tous deux ressemblent au grand nombre, et, par conséquent, ce qui leur arrive est dans la possibilité générale.

« C'est ai^jourd'hui qu'on peut regarder les Dangers de la ville comme un ouvrage absolument complet et digne d'être comparé, soit à YHéloise, soit aux romans de Richardson. C'est une vaste production comme la Patnéla, la Clarisse, le Grandisson de ce der- nier; c'est un livre plein de choses et de chaleur, comme VHélotse; c'est par cet ouvrage que je puis dire, comme Ovide : Ad asira ferai. C'est qu'il n'est pas l'effet du travail ni le fnût de mon esprit. J'ai vu, j'ai senti et j'ai rendu. Le sentiment seul m'a guidé. »

Les journalistes, qui n'avaient pas refusé d'accorder des comptes- rendus plus ou moins élogieux au Paysan et même à la Paysanne, jugèrent inutile de s'occuper de la fusion des deux romans en un seul. L'Année littéraire fut peut-être la seule feuille périodique dans laquelle l'édition collective de ces romans ait été examinée et vive- ment critiquée : a Quand je vois, dit Restif {Monsieur Nicolas, t. XVI, p. 4977), un pédant de collège déchirer cet ouvrage utile dans FAn- née littéraire, parce que la veuve de Fréron, qui en est propriétaire, dit à ses manœuvres : « Soyez méchants pour soutenir mon journal. « Le public veut de la méchanceté. Vous ne remonterez ma feuille « que par la satire. » Quand, disais-je, de pareilles infamies se pas- sent sous mes yeux, je demeure plongé dans un long et stupide étonnement. J'avais refusé mon livre à la veuve Fréron; de quel droit l'annonçait-elle? Lui est-il permis d'annoncer un livre, malgré l'auteur? Puisqu'on tolère des infâmes comme la plupart des jour- nalistes, ne devrait-on pas au moins établir la règle qu'ils ne pour- raient parler d'un ouvrage, que lorsque l'auteur y aurait consenti? »

Restif était surtout blessé qu'on comparât son Paysan-Paysanne aux Liaisons dangereuses de Laclos, en donnant toujours la préfé- rence à ce dernier ouvrage. On s'explique donc pourquoi il a voulu


2&4 BaLIOORAPHIS RiUSONNÉE DIS OtIVRAGIS

rétablir la comparaison à son avantage : « Plusieurs personnes, dit-il, ont feint de regarder cet ovrrage comme défavorable aux moeurs et Tont comparé aux lÀauom dangereu$etl Cette comparai- son est fautÎTe, sous tous les points de vue, soit que Ton considère le plan ou le fonds des deux ouvrages, soit qu'on fasse attention aux caractères, soit enfin qu*on examine le style. Par le plan et par le fonds, le Paysan penerH diffère essentiellement des Uaiscm dange- reuses. Quel est le plan, la marche et le fonds de ce dernier ouvrage ? Son plan est de décrire toute la méchanceté de deux roués dans les deux sexes : un Valmont et une Merteuil. Sa marche est de pré- senter le développement de la noirceur de ces deux vilaines Ames, noirceur à la mode et plus commune qu'on ne pense, quoiqu'elle ne soit pas générale. Son fonds est absolument les mœurs atroces des scélérats du grand monde, de ces honnêtes gens sans principes, qui commettent les plus grands crimes sans remords et presque sans plaisir. Le Paysan perverti, également utile et efiïrayant, présente le tableau intéressant d'un jeune homme et d'une jeune fille pleins d'innocence et de candeur, qui viennent bonnement à la ville, de l'aveu de leurs parents, dans des vues honnêtes et légitimes, avec d'excellentes dispositions, et qui s'y perdent par la séduction que leur beauté, leurs qualités même semblent attirer sur le frère et la sœur. Us deviennent scélérats et perdus. On voit, par leurs lettres, la progression du vice, d'abord imperceptible au fond de leurs cœurs, et ensuite plus développé ; enfin, d'autant plus effronté que leur éducation ne leur a point appris à VamabiUser, Et tel est le livre qu'il fallait à nos provinces, pour effirayer les bons pères de famille et leurs enfants eux-mêmes. »

Restif a publié, à la suite des tomes XIX à XXII de la seconde édition des Contemporainest une partie de sa correspondance avec toutes sortes de gens connus et inconnus. On y trouve, dans bien des lettres, l'expression chaleureuse et sincère de l'admiration que le Paysan et la Pay saune inspiraient à leurs lecteurs. Sous le n** 161, un correspondant, que l'initiale de son nom D ne nous désigne pas d'une manière certaine, écrit à Restif pour lui témoigner le regret d'avoir manqué sa visite et celle de Mercier qui l'accompagnait. En finissant cette lettre, il le prie d'agréer « les assurances de la con- sidération distinguée que tout homme qui sent doit à l'Auteur du Paysan-Paysanne pervertis et des Contemporaines» Puis il ajoute en post-scriptum : « Je lis ^ Paysan réuni. Il le fallait. C'est un ouvrage immortel ; mais, pour l'utilité, les Contemporaines l'emportent. Aca- demia qui opéra coronasl » Un Rouennais, nommé Griset, qui avait obtenu de Restif une réduction de prix sur un exemplaire de l'édition


DE RESTiF DE LA BRETONNE. S»

du PayMOV'Payianne pervertis, « avec les 120 figures », moyennaut 24 liTres, écrit à Fauteur pour le remercier et pour lui demander son portrait, « que je me propose bien, dit-il, d^avoir le plaisir de faire encadrer, pour avoir toujours sous les yeux celui dont les ou- Trages m*aident à réfléchir, dans ma solitude, avec autant de plaisir que d'agrément »• Il lui annonce que ses ouvrages ont électrisé la gent mercantile des imprimeurs de la capitale de laNeustrie, et que ces imprimeurs ( « Et ceci, igoute-t-il, est un hommage bien sincère rendu à vos productions») ont contrefait une partie des Content- pcrainesy les deux ouvrages du Paysan et de la Paysanne, « Je suis presque honteux, dit ce Griset, de les avoir forcés, quoique à leur manière, de rendre justice à des ouvrages marqués au coin du gé- nie. » Voy. cette lettre, n« 164, dans le tome XXII de la seconde édi tion des Contemporaines,

Mais la lettre la plus flatteuse et la plus importante que Restif ait reçue au styet de ces deux ouvrages, est imprimée, sous le n^ 142, daôis le tome XIX des Contemporaines, seconde édition. Mallet flls, dont le père, Paul-Henri Mallet, savant polygraphe, était profes- seur d'histoire à Genève, ne marchande pas ses éloges à Tauteur du Paysan et de la Paysanne .* « Le respectable auteur de Paméla, de Grandisson et de Clarisse, lui dit-il, est peutrétre le seul romancier, avant vous, qui ait eu vraiment pour but d'épurer les mœurs ; ses écrits sont intéressants, mais les vôtres enlèvent et déchirent le cœur, que Richardson effleure à peine, et vous tires de la nature vos caractères, au lieu que l'auteur de Grandisson les a pris dans la fiction. Aussi, plus d'une fois, en lisant les lettres du coupable mais repentant Edmond, je me suis trouvé baigné de tant de larmes qu'on aurait pu, comme son frère Pierre, les prendre pour la rosée. Quelle scène que celle du parricide Edmond, versant les pleurs amers du repentir sur la tombe de ses pères, baisant, comme l'En- fant prodigue, le seuil de la maison paternelle, qu'il n'ose franchir, assaUli par le chien de garde qui, loin de le reconnaître, comme celui du serviteur d*Ulysse, le prend pour une béte féroce, tandis que le frère aîné, dans la même pensée, lance une pierre qui frappe le par- ricide!... Il y a cependant, je l'avoue, des choses que je conçois peu dans votre ouvrage : Tune est le caractère de ce philosophe athée et chrétien tour à tour, et tel à la fois que Voltaire nous peint Riche- lieu et Maxarin, implacable ennemi et dangereux ami, de ce Gaudet, qui, comme le Vieillard de la mer, dans les Mille et une Nuits, ne quitte plus les gens auxquels il s'est une fois cramponné, et qui, tel que l'Arimane des Perses^ semble être le mauvais génie d'Edmond et d'Ursule, tandis que la vertueuse mais trop faible Parangon est leur OrosmazCi »


SS6 BIBLIMBàPHU EAISONNÉB DIS 0UVRÂ6K8

C«tt6 critique pique au vif Resiif» qui 8*empres8e de répondre à Mallet fils et qui maintient la vérité de son caractère de Gaudet, qu'il avait représenté sur le vif, en se rappelant son ami le cordelier G. d'Arras : « Le caractère de Gaudet vous étonne, dit-il : on verra quelque jour, dans le grand ouvrage auquel je travaille depuis long- temps {Monsieur Nicolas), les raisons de ce caractère singulier, plus vrai qu'invraisemblable, mais les Ressorts du cœur humain dévoilés tarderont trop à paraître, pour que je vous j renvoie. Gaudet est matérialiste spinosiste; il n'admet en morale d'autre principe que la réciprocité ; principe admirable, il est vrai, le seul digne du Phi- losophe, mais insuffisant pour la multitude. Considères, Monsieur, comment je pouvais tirer parti du caractère vrai d'un homme qui me fut cher. J'ai dit la vérité, en la faisant saillir un peu plus que dans le vrai; j'ai démontré ce principe, utile dans l'état de sociabi- lité, que la philosophie, quelque vraie qu'elle soit, est insuffisante pour le gros des hommes. J'ai démontré, dans Gaudet d'Arras, un homme dégagé de toute entrave religieuse, c'estrA-dire libre de ce second lien, si bien exprimé par le mot latin religio, et sa conduite fait voir la sagesse des législateurs qui, les premiers, instituèrent un culte et mirent les hommes sous les yeux d'une divinité rémuné- ratrice et vengeresse. Je puis dire. Monsieur, qu'il n'existe nulle part un caractère comme celui de Gaudet d'Arras, ni pour la forme ni pour l'utilité, mais elle ne fut pas saisie d'abord à Paris, quoi- qu'on m'y rende justice aigourd'hui universellement. » Restif écrivait cette réponse, à la date du 31 janvier 1786.

Mallet fils lui avait reproché, en outre, d'avoir ravalé les actrices au-dessous des filles publiques de profession : ail me semble, disait-il, qu'on doit pardonner aux grandes actrices leur inconduite, en fa- veur de leurs talents, n Restif ne l'entend pas ainsi, et il prend au sérieux son rôle de moraliste à la Jean-Jacques : «Je répète donc ici, répond-il en jouant l'austère et de la meilleure foi du monde, que les actrices, même avec des mœurs, sont au-dessous d'une ouvrière qui est sage, parce que dans ce cas la conduite de celle-ci sera essentiellement meilleure. Je ne suis pas un boudeiir de plaisir. Je dis, comme Yong : C'est le baume de la vie, c'est la vertu sous un nom plus gai; je suis un des partisans du vertueux Épieure; je l'aime à l'égal de Socrate, et cependant, je le répète, une ouvrière, une campagnarde occupée, mère de famille, est au-dessus des ac- trices, celles-ci fussent-elles uniquement prétresses des bonnes mœurs, conmie je l'avais proposé , en 1770, dans la Mimographe, »

L'édition collective des deux chefs-d'œuvre de Restif eut un cen- seur secret, nonm&é de Sanci, qui exigea un grand nombre de cartons, et qui fit tout pour empêcher la publication de ces livres. Il est


BS BKSTIF Bl LA BBITONI». 257

yrai que Restif ne se montrait pas trop docile aux exigences des censeurs. « On n*a pas d'idées dans le monde, ditril {Monsieur Nico- las, tome XVI, pag. 4763), de la fémle morgueuse de ces pédsr dogues, et de resclavage oti ils retenaient les auteurs. J'étais presque le seul qui pût les braver, à raison de ma manutention typographi- que, qui me mettait hors de la tutelle des trente-six infâmes impri- meurs et de leurs scélérats d'ouTriers. Si les censeurs me changeaient, j'avais la patience de tirer cinquante à soixante exemplaires, d'a- près leur attentat adultérin; je rétablissais ensuite ma pensée, soit pendant le dîner des pressiers , soit la nuit. Il me fallait ensuite la plus grande attention, à la brochure, pour donner à propos les exemplaires cartonnés au censeur lui-même , à Sartine, ou Lenoir, à MaroUes, à d'Hemery, et même à une certaine dame du grand monde (la comtesse de Boufflers) en possession de donner la pre- mière son avis sur toutes les brochures. » Cette révélation de Res- tif nous explique les différences qui existent dans certains exem- plaires de ses ouvrages et qui mériteraient d'être signalées, toutes les fois qu'on peut les constater. Quoi qu'il en soit, le roman de ia Paysanne pervertie avait été retenu à la censure pendant deux ans, et il fallut des efforts inotils de persévérance pour l'arracher à cette proscription. Restif prétend être allé soixante-douze fois à la police, jusqu'à ce qu'il eût obtenu la levée de l'interdit; mais, depuis cette époque, il vécut dans les transes, craignant d'être en- voyé à la Bastille par des ennemis secrets qui ne lui pardonnaient pas ses succès et sa réputation. Depuis que sa Paysanne pervertie avait été rayée sur la feuille des Permissions, par le directeur de la librairie Neville (1782), il n*eut pas un jour de sécurité : « C'est depuis ce moment, dit-il, dans Monsieur Nicolas (tome XI, p. 3051), que, toutes les nuits, en m'éveiUant, je m'écriais : « Ma vie est em- poisonnée I » Ses terreurs ne faisaient que s'accroître, à chacone de ses publications : « J'avais alors (1785) besoin de connaissances plus que jamais, puisque la Bastille était entr'ouverte sous mes pas , du moins à ce que je présumais, d'après les discours que Scaturin (Fontanes) disait tenus par le lieutenant de police Lenoir au mar- quis de BCamésia. » Il pensait à se dérober, par la fuite, aux effets d'une lettre de cachet, qu'il croyait exister contre lui ; il avait donc écrit sur le parapet du quai de l'Ile Saint-Louis : Fugani I fUgere ! lorsqu'il venait d'achever l'impression du Paysan-Paysanne per- vertis (Voy. Monsieur Nicolas, ibid., p. 3102) : « C'est qu'en effet, s'écriait-il à cette époque, en rédigeant ses Mémoires, la mort est moins affreuse pour moi que la Bastille I Et j'écris ceci, le cœur serré, cachant ces feuilles, à mesure que je les achève. »

IT


»B BDLIOGBAPHIS &àI80NRiS DIS OimUGIS


XXXIV N<» 1.- LES NUITS DE PARIS, oa le Spectateur nocturne.

Épigraphe :

No» «t Amor yhmmfUê nikU wioderabOê iuadmi: lUapudùrt vaeat, lièêr, Atmrfm mttu» Or.

A Lonèrtt^ Et se (rotctw à Para chi$ les Ubraire$ nommés en tête du catalogue. 1788-1794*. 16 parties en 8 volumes in-12, avec dix-huit gravures.

La pagination se mit jusqu^à la fin de la qnatoniëine partie de Tonvrage, qui 8*arrÂte à la page 3359 (ehilfrée 2359), et qui devait être la derrière, car, après la table du tome XTV, on lit : « Fin de la qnatorâème et dernière partie. »

Le titi« du livre se trouve seulement en tête de chaque volume, composé de deux parties ; la seconde partie du volume n'a qu*nn fanz-titre encadré, sur lequel Tépigraphe est reprodtdte : chaque partie se termine, d^aiUeurs, par une table des Nuits et des si^ets qui 7 sont traités. Restif a réimprimé un nouveau titre pour les pre- miers volumes, en 1791 , avec le nom de Merigot jeune, libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée. Ce titre est encadré d*un entrelacs de ruban et de fleurs.

La quinzième partie, postérieure de deux ans aux 14 premières , offre ce titre différent : La Sehainb noc- turne : Sept Nuits de Paris ; qui peuvent servir de Suite aux III-GLXXX déjà publiées. Ouvrage servant à rhi&-

1 Bn 16 partm : 112 fr. Solâr, 1660. — 400 fr. demi-reL non rogné, Cfaailes Bnmet. 1872. '— 750 fr. mar. r. dot oiiié à petits fers, ChamboUa-Iha%, Cat. Ang. Fontaine. n« 2066, 1874.

Bn 15 partiea : 150 fr. demirral. non rogné, Cat. Ang. Fontaine, n* 1144, 1670, — 68 fr. demi-reL n<m rogné, Langlole, 1872. — 110 fr. demi-reL, Cat. N, 11, Roaqnette, 1872. — 100 fr. demi-rel. bas, Cat. Aug. Fontaine, n« 9452, 1873. — 400 fr. mar. r. dos orné k petits fers, AUd, Cat. n« 1 Lefllienl, 1874. » 500 fr. mar. r., dos omé k petits fers, Chambolle-Dw-u, Cat. Aug. Fontaine , no 2087, 1874. — 250 fr. Tean marb., Cat. No 2, LeflUeul, 1874.

En 14 parHe»: 110 fr. demi-rel. rogné, Cat. Lefilleul^ 1874. — 450 fr. mar. r. dos «né k petite fers, ChambolU-Dunt, Cat. Aug. Fontaine, ao 2066, 1674.


DS RISTIF DE LA BRSTOllNl. t59

toire du Jardin du Palais-Royal. Épigraphe : « Les Bz- trèmes se touchent! » A Paris, chés GuiUot, rue des- Bernardins. 1790. In-lS de 164 pages.

La seizième partie ne fut publiée que trois ans après la quinzième; en voici le titre : Les Nuits de Pa&is, ou le Spectateur-nocturne. Épigraphe : « Je ne m'apitoye pas sur un Roi : Que les Rois plaignent les Rois ; je n'ai rien de commun avec ces Gens-là; ce n'est pas mon prochain. Drame de la vie, p. 1332. » Tome huitième : Seizième partie. A Paris. 1794. Au bas du titre : « Les XY premières parties se trouvent chés le c. Herigot, quai de la Vallée. »

La pagination de ce tome XVI continue la Semcdne nocturne : 269 à 564; avec un ayie de Téditeur de nr pages, après lequel est annoncé : «L^Estampe : Marieanne-Charlote Cordai exécutée. » Cette estampe est la même qui figure dans F Année des Dames nationales. Au bas de la page 560, à la fin de la table : « Fin de la XYI* par- tie, Tome Vni. » Les 4 pages suivantes sont remplies par une cor- rection et des additions, qui conduisent le récit, depuis la mort de la Reine jusqu'à la nouveHe de la prise de Mons, !•' décadi de Bmmaire 1794. Le dernier mot du volume est : Vite la Râpubuqub

BT LA MONTAONB !

Le libraire Mérigot ayant acquis de Restif, en 1791, les exem- plaires restant de Tédition des Nuits de Paris, tomes I à XIV, fit faire des nouveaux titres avec son nom et son adresse : « À Paris, chez Merigot jeune, Hbraire, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée. 1791. »

Plus tard, il ne voulut pas acquérir les tomes XV et XVI que Restif offrait; il les vendit d*abord pour le compte de Tauteur, et bientôt, de peur de se compromettre, il ne se chargea même plus de la vente.

L'impression des Nuits de Paris, du moins celle des premiers vo^ lûmes, ne parait pas avoir été contrariée par la censure, et les car- tons qui s'y trouvent, du moins dans les 14 premières parties ter- minées le 9 novembre 1788, n'ont peut-^tre pas été exigés avant la publication. Nous avons constaté, par exemple, que les pages 3349-3354 (tomes XIV] ont dû sembler dangereuses à Restif, lorsque sa


MO BIBLIOO&àPHll RAISONNES DIS OUY&ÀGSS


querelle avec son gendre Aagé eut pris des proportions inquiétantes en 1790. Les pages qu'il jugea prudent de supprimer portaient pour titre : « m CLxm* nuit (omise et qiii devait âtre ce qu'elle est ici cotée). Lbs dbux sœurs. » C'est l'histoire des deux filles du peintre Saxancour, qui n'est autre que Restif. On sait que Restif , cité en justice par Auge, qui l'accusait de diffamation et de calomnie, se défendit d'être l'auteur d'Ingénue Saxancour, Il remplaça donc, dans les exemplaires des Nuits de Paris, qui lui restaient, l'épisode des Deux Sœurs, par le Plan dtun ouvrage omis dans les Nuits, Ce plan n'est autre qu'une abominable satire contre son ennemi Nougaret, qu'il appelle Nihil, et qu'il accuse d'avoir attaqué sa pro- pre fille Agée de 16 ans I

Dans la 9« partie, les pages 2139 à 2158 ont été cartonnées. Restif avait mis dans la bouche de Rubiscée, qui prend la parole au milieu d'un café, une critique malicieuse de la plupart des auteurs con- temporains. Mais ces jugements excentriques et ces révélations in- discrètes ne furent pas acceptés par les personnes intéressées : il était tellement tracassé et tourmenté à ce siyet, qu'il réimprima 20 pa- ges, dans lesquelles il fit disparaître les traits les plus mordants. Voici la désignation des cartons : page 2140, premiers mots : 4 grands hommes; page 2142, à partir de la 4« ligne, le caractère change en italique; les pages 2143-2144 sont aussi en italique : page 2147, on ne trouve plus^ aux lignes 11 et 12, les initiales de trois noms propres; page 2151, les initiales de trois noms propres ont été encore supprimées ; page 2153, la première ligne commence ainsi : dissipa une dot considérable ;ii^s^e 2155, le premier mot est laissent; page 2157, l'alinéa Voici comme.,,, se trouve en première ligne. Les pages cartonnées et non cartonnées renferment une foule de détails curieux pour l'histoire littéraire, car Restif ou plutôt son prête- nom, qui parait être le chevalier de Cubières , sous le pseudonyme de RubiscéCt dévoile beaucoup d'anonymes qui ne sont pas encore mentionnés dans la 3« édition du Dictionnaire de Barbier.

Voici maintenant l'indication des feuillets cartonnés dans le tome XVI, qui a subi des remaniements à diverses reprises et en différentes époques : page 319-320, 339-340, 361-362, 381-382, 383-384, 387-388, 389-390, 391-392, 393-394, 397-398, 399-400, 401-402, 403420, 421-426, 431-432, 433-34, 445-448, 481-484, 491492, 497498. Les deux derniers feuill., pag. 561-564, ont été ajoutés, ainsi que l'Avis au lecteur, depuis l'impression du volume, qui est tiré sur {papier de toute nuance, et même, pour quelques feuilles, sur papier gris, et indigne- ment imprimé.

Dans les cartons, la page 319 a 31 lignes, au lieu de 30 ; la page 339,


DI RI8TIF DE LA BRETONNE. 261

de même; la page 361, finit par un renvoi ajouté, et au verso, le nom de Marat est remplacé par celui du Carra; les pages 381-384 ont 31 lignes; les pages 385-94, réimprimées sur papier bleuâtre avec même nombre de lignes, ne diffèrent du premier tirage que par des mots supprimés ou ajoutés, outre une note sur deux querelles de café, à la page 394 ; la page 393 a 32 lignes; page 397, la note con- tre Milran n*eziste plus et le passage y relatif a été très-atténué : la page 409 a 31 lignes, et la page 410, 33; page 413, à la ligne 20, un tyran, au lieu d'un monarque ; pages 423 et 424, changements im- portants d'idées et de style; la page 424 commence par de Aot/les pages 425 et 426 remaniées ; une note est ajoutée à la page 425 ; à la page 431, note ajoutée; les pages 433-434 ont subi d'impor- tantes modifications, au si\jet de l'exécution de Louis XVI. Les pa- ges 445448 ont 32 lignes On peut, au reste, constater que la seconde moitié du volume a été réimprimée, pour la plupart des exemplaires ; par exemple, les pages 551-554 sont en plus petit caractère, à 36 lignes par page, ainsi que la page 559.

Les figures des NuiU de Paris, dans lesquels Restif est presque toujours représenté avec son costume caractéristique de Spectateur nocturne, sont la plupart mal dessinées et mal gravées. Il est diffi- cile d'y retrouver le crayon de Binet et le burin de Berthet ; elles ne portent d'ailleurs aucim nom d'artiste. Nous avons jugé indispen- sable de les décrire, d'après l'indication qui se trouve au verso du titre de chaque tome, en marquant la page à laquelle elles corres- pondent dans les 16 parties ou volumes de l'ouvrage.

I. Le Hibou-Spectateur, marchant la nuit dans les mes de la capitale, page t. (Tome l**.) Portrait de Restif avec son grand chapeau et son manteau.

IL Le [^ctateur-Noctuine, chés la Dévouée , page t4t. (Tome S.) Portrait de Tanteur.

m. Le Spectetear-Noctume, sur lUe Saint-Louis, vis-à-vis l'hAtel Lambert, page 488. (Tome 8.) Costume du Speotateur-Nootonie, sans ressem- blanoe avec rautaor.

IV. Le Spectateoi^Noctonie , dans le gîte de la me Jean-SaintrDenli, dé- rangeant on vieux tablean, page 722. CTome 4.)

V. Le Spectateox^Noctiime, k l'ancien Palais-Royal, dans l'allée des Mar- ronnion, page 958. (Tome 5.)

VI. Le Spectateur-Nocturne , rue du Chaume, séparant deux bourgeois, qoi

se battent en dnel, page 1198. (Tome 6.) Vil. Le Spectateur-Nocturne, assistant k l'administration dn Saint-Viatique,

page 1442. (Tome 7.) YITT. I^ Spectateur-Nocturne, observant des garçons chirargiens , qni enlè- vent un corps dans sa bière, page 1082. (Tome 8.)


m BlBLI0aB4PHIK B4I80NlfÉI DK8 OUTRAaKS


DL* Le SpecUteur-Noctune regardaat U Marquise qui découvre on portrait k Saint-Brieox, page 196>. (Tome 9.)

Nota. Bestif avait d'abord choisi pour 8i\|ei de l'estampe : Le Spec- tateor-Noctome rencontrant la jeime Saint-Brieuxt k l'entrée de la nie PlAtrière, page IMS. X. Le Spectateiir-Noctome an Café, voyant disputer les Politiqnes,

page 2162. (Tome 10.) XI. Le Billard. Estampe ajoutée. Le Spectateur-Nocturne voyant, au billard

des Queux, la Nature humaine dans toute sa difformité. Ihid, Xn. Le Spectateur-Nocturne , avec du-Hameaoneuf , voyant un vaurien cou- per k trois jeunes personnes leurs robes blanches, page 2402. (Tome 11.) Xin. Le Spectateur-Noctnme , au Théâtre-Fk^ançais , voyant jouer le JAsm* tkrope, page 2642. (Tome 12.)

Xrv. Souper célèbre. Le Spectateiir>Noctume k table, au second souper, entre l'auteur du TahUam de Pmit et du-Haneauneuf, page 2882. (Tome 13.) XY. Le Spectateui^octnne arrivant auprès du Ut de la ICarquise expirante, page 3122. (Tome 14.)

XVI. Le Spectateur présentant k Fanny (de Beauhamais) Manon R*** (Restif). Ibid. Portrait de Restif, trèa-ressemblant, sans chapeau. Portraits de sa illle et de la comtesse de Beauhamais.

XVn. La figure représente Louis XVI, sur son tréne entouré de soldats ; un magistrat en grand costume lui adresse des remontrances (Bailiy, maire de Paris T). On voit, sur une table, les clés de la Ville dans un plat. Cette gravure, qui doit être placée en tête de la Semaine nocturne^ n'est pas indiquée, ni décrite dans le volume. (Tome 15.) XVIIl. Charlote Corday sor Téchafaud, au moment où Texécuteur lui arrache son flchu de cou. (Tome 16.) Cette flgure, qui a été fUte pour V Aimés dM/tesMfnalioiialw, porte encore, dans le hiMit du cadre : oefodre, 2861.

Sur pluaieun de ces estampes, Restif est tellement ressemblant, qu'on ne saurait hésiter à le reconnaître dana tous ses traits , dans aa physionomie et dans son costume.

Il est représenté presque partout avec son ample manteau et son grand chapeau à larges bords, qu'il ne quittait presque jamais. La première estampe est un vrai portrait en pied. Dans les autres estampes, on le voit tour à tour séparant des duellistes, observant des joueurs de billard, épiant les secrets d*un mauvais lieu, accos- tant une jeune Ûlle dans Tile Saint-Louis, soupant ches GMmod de la Reynière. Dans ce souper, il est assis, la tête couverte, au milieu des convives (treizième partie). Dans Testampe où il présente sa fille Marion à la comtesse de Beauhamais, ce sont trois portraits d'après nature.

Nous dirons, à propos de la gravure où Restif est reprétenté à table, chez Grimod de la Reynière fils, que les fameux soupers de ce gourmet excentrique, qui firent tant de bruit dans la société pari-


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sienne, et dont le premier ent lieu le i«' février 1783, sont décrits non-senlement dans les Nuits de Paris (tome XIII, p. 2929), mais encore dans Monsieur Nicolas (tome XI, p. 3078 et suiv.). Ces sou- pers fantastiques avaient fait une telle impression sur Tesprit de Restif, qu*il les dramatisa, pour ainsi dire, dans les scènes d'ombres du Drame de la vie. Ils furent suivis des déjeuners hebdo- madaires, od se retrouvaient les mêmes convives : Pons de Verdun, Duchosal, Viguier, André Chénier, les frères Trudaine, Pelletier des Forts, le comte de Piles, le chevalier de Castellane, le comte de Narbonne, les comédiens Larive et Saint-Prix, etc. Restif nous a conservé la lettre d'invitation (n« 113, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition) pour l'inauguration de ces dé- jeuners littéraires et philosophiques autant que gastronomiques : «i Monsieur, en conséquence de la délibération prise le 11 juillet dernier et à laquelle vous avez adhéré, vous êtes instamment prié de vous trouver mercredi prochain, 5 novembre 1784, à midi précis , à l'ouverture de l'Académie des déjeuners, qui se fera en la ma- nière accoutumée, rue des Champs-Elysées, paroisse de la Made- leine de la Ville-l'Ëvéque. — P.-S. Il y aura des lectures intéres- santes, auxquelles vous êtes invité à concourir, et un discours de rentrée, que vous voudrez bien écouter avec indulgence. F. c. s. a. V. a. (Ces lettres sont inintelligibles pour nous.) Paris, ce 28 oc- tobre 1784. »

Les Annales patriotiques annoncèrent en ces termes la publication complète des Nuits de Paris : « Nous croyons faire un présent agréable au public que de lui présenter cet utile ouvrage dans les cir- constances actuelles. Il éclairera les administrateurs et les citoyens sur tous les abus de la police dans les grandes villes. » « Les Nuits de Paris, en effet, quoique mal ordonnées, dit M. Monselet, renfer- ment des parties saisissantes. Par cela même qu'elles ont été conçues sans aucune espèce de plan, elles abondent en détails sur les choses et sur les hommes du temps, sur les journaux, sur les cafés, sur les promenades. Un chapitre, en forme de rêve, intitulé l'An 1888 , con- tient ce passage à peu près prophétique : « Je me snis'trouvé en 1888, au mois d'Auguste, sur le pont-Henri (le Pont^Neuf). Louis XVIII régnait; tous les ponts et tous les quais étaient libres; la rue de la Pelleterie et celle de la Huchette étaient des quais ; l'Hêtel-Dieu n'était plus; la Cité était un beau quartier tiré au cordeau comme Nancy; un architecte avait transporté ailleurs les deux ridicules pavillons du collège Mazarin; l'autre galerie du Louvre était ache- vée; une cour immense se trouvait au milieu, dans laquelle se trouvaient isolés les trois théâtres royaux. »

Le premier volume des Nuits de Paris commence ainsi, par une sorte


M4 BIBLIOGEàPHIB RAISONIIÉI DES OUVEàGlS

de préfooa : « Dans le ooun de vingt aimées, e*e8t-à-dire depnie 1787, que Tauteur est spectateur nocturne, il a obsenré, pendant 1001 nuits, ce qui se passe dans les [rues de la capitale. Néanmoins, pendant ces Tingt années, il n*a tu des choses intéressantes que 306 fois. On n'en inférera pas qu'il ; n'arrive des scènes frappantes dans les rues de Paris, que le vingtième des nuits, mais que le Hibou spectateur, qui ne décrit que ce qu'il a vu, ne s'est rencontré avec les événements qu'une vingtième partie de ses courses. H a com- mencé les Nuiti, dès qu'il a eu son année complète d'événements. Il a donné à cet ouvrage la forme animée du récit, parce qu'il a rendu compte, à une femme, de tout ce qu'il voyait... » C'est là une de ces fictions que Rastif prenait, tout le premier, pour une réalité ; il s'est persuadé que la marquise de If****, c'est-à-dire Montalembert, qu'il n'avait rencontrée qu'une seule fois, dans un dîner, où il posait à son insu pour l'amusement des convives , était cette vaporeuse, cette femme d'autant meilleure et bienfaisante qu'elle avait souffert, à qui tous les soirs il allait rendre compte de ses observations et de ses aventures nocturnes.

Restif a raconté lui-même, dans Monsieur Nicolas (tome XI, page 3130), l'origine des Nuits de Paris : « Au commencement de 1787, ditril, ma tête fermentait déjà pour les Nuit» de Paris, qui ont remplacé le Hibou spectateur nocturne. Cet ouvrage m'embarrassait, ayant été conçu déjà sur un plan différent. Mais, un jour, en reve- nant, très-ému, de ma station de la rue Saintonge (en mémoire de sa maîtresse Victoire), je pris par les rues médiaires et inconnues, au lieu de suivre la belle rue Louis, et je me trouvai, je ne sais comment, dans la rue Payenne, solitaire en plein jour, et qui Test encore plus la nuit. Vers le milieu de la rue, à ces petits balcons, les seuls qu'on y voie, j'entendis soupirer au-dessus de ma tète. Je me redresse et vois une femme, à laquelle je n'ose parler. Ce n'était pas la marquise de Mntlmbrt, mais alors sa charmante idée s'amal- gamait à ce que je voyais, et mon imagination s'échauffa. Je sentis quel devait être le but et la marche des Nuits, Je conçus l'idée de les composer de tous les faits, réellement arrivés, dont mes prome- nades nocturnes m'avaient rendu témoin pendant tout le cours de ma vie. Mon nouveau plan tracé , mon ouvrage me rit et fût aux trois quarts fait. »

Le tome V de l'Année des Dames nationales nous offre un étrange témoignage des chimères et des illusions que se créait Restif et qu'il finissait par se représenter comme des faits réels, dont il aurait été le principal acteur. C'est ainsi qu'il se met en scène avec la marquise de Montalembert et qu'il donne carrière à son imagination, pour dépeindre les rapports intimes qui se seraient


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établis entre cette grande dame et lui, à la suite de leur rencontre dans un dîner chez le prévôt des marchands Le Pelletier de Mor- fontaine : u La marquise de Montalemb **, dit-il (page 1312), est une de ces femmes charmantes, destinées à embellir la société. Chéries, parce qu^elles sont aimables et belles, constamment recherchées, parce qu'elles sont sages, gaies, et que jamais elles ne forment ni ne font former de ces liaisons qui tôt ou tard exigent une rupture, on les rencontre toujours dans les mêmes maisons ; on leur voit toujours les mêmes amis dans les deux sexes. La marquise avait pourtant tout ce qu'il fallait pour faire naître une passion violente : charmes provoquants de la tête aux pieds, doux sourire, bouche mignonne, belles dents, gorge adorable, la main parfaite, le bras arrondi, taille svelte, marche voluptueuse, jambe fine sans être sèche, pied souple et délicat. Joignez à cet extérieur ime Ame bonne et compatissante, qui lui faisait encourager la timidité. » Après ce portrait, Restif raconte une histoire qu'il s'attribue, en s'imaginant en avoir été le héros. Un jeune auteur fait connaissance avec la marquise dans un dîner; il en devient épris. La marquise consent à le recevoir chez elle. L'amoureux y vient presque tous les jours pen- dant trois mois. Enfin , comme la marquise lui marquait beaucoup de prévenance, il se décide à faire une déclaration d'amour à cette dame, qui ne s'en fâcha pas. « J'ai beaucoup d'amitié pour vous, lui répond-elle, mais point d'amour... Vous m'avez assurée que j'étais votre muse. Heureusement ma faiblesse n'est pas nécessaire pour ce titre I... Au contraire.... Continuez donc à m'aimer I... Vous êtes de tous les hommes celui que j'aime le mieux et que j'estime le plus I » Elle lui apprit alors que, pendant tous leurs entretiens, la jeune et jolie M"« Godiveau, sœur du marquis, était cachée dans une pièce voisine, où elle entendait et voyait tout. « Le jeune homme fut très- étonné, dit Restif; il en aima davantage la marquise, et fit ces contes charmants qui sont les délices de l'Europe {ies Comtemportrines). » La marquise resta sage et vertueuse ; mais sa belle-sœur paya pour elle et la remplaça, pour le physique. Notre conteur fut solidement heureux avec Mn« Godiveau, dont il se rassasia pourtant, car on se lasse de godiveau comme de pAté d'anguilles. Le petit scélérat désira de nouveau la marquise : « Il l'a voulu prendre d'assaut, en plein jour. » La marquise tint bon, fit une nouvelle morale au trop entreprenant ami, en lui disant assez malicieusement : « Vous avez toujours été le remède de Mn« Godiveau. » Le jeune homme se ren- dit à d'aussi bonnes raisons et ne cessa d'honorer la Marquise comme sa Muse.

Voilà le roman tel que Restif l'écrivait en 1794 ; il eût juré ses grands dieux que la chose était arrivée, mais trois ans plus tard il


266 BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE DIS OUVRAGES

était moins audacieux dans ses aouTenin. Voici la simple vérité telle qu'il Ta dite, dans Monsieur Nicolas (tome XI, page 3093), après avoir raconté le dîner où il avait vu la marquise de Montalembert pour la première et pour la dernière fois en 1784 ches Le Pelletier de Mor- fontaine ]: « J'écrivis sur l'Ile Saint-Louis, au c^té méridional de la Pompe : xxz aprilis formosam marehissam Mntlmbrt keri miraius swn, Videbo quid evenerit atmo sequenti. Cette femme charmante m'occupait sans cesse, mais comme les chimères qu'elle me suggé- rait et les ch&teaux en Espagne que je bâtissais à son sujet ont été réalisés dans les Nuits de Paris, j'y renvoie... On juge, par ces rêve- ries, par l'éloge que j'en fais, combien, sans la revoir, cette adorable femme m'a procuré de doux moments. Je continuai, tout le reste de cette année 1784 et le conmiencement de la suivante, à voir M. de Morfontaine, sans retrouver la belle marquise, qui s'était retirée an couvent. » Et dix ans plus tard, Restif, sous l'empire des mêmes hallucinations, se persuadait qu'il avait été, pendant trois mois, l'adorateur assidu de la marquise et qu'il avait poussé l'audace jus- qu'à vouloir la prendre d'assaut. C'était pousser un peu loin la dis- traction.

Restif, en terminant le tome XTV des Nuits de Paris, apprit que la marquise de Montalembert s'était retirée dans un couvent et re- nonçait au monde. Il avait dès lors le projet de continuer son ou- vrage, mais il ne crut pas pouvoir conserver une muse, qui se con- damnait volontairement à la vie claustrale et ascétique. Il chercha donc à remplacer, dans ses hallucinations, cette marquise de Monta- lembert, qu'il avait mise en scène, dans quatorse volumes, sans l'avoir vue plus d'une fois. On prétend qu'il avait déjà fait quelques infidéli- tés à cette muse invisible, en lui donnant pour rivale une marquise de Marigny, qu'il n'avait pas vue davantage. Quoi qu'il en soit, le règne de cette marquise fut assez court. L'ère des révolutions avait commencé avec 1789, et Restif était trop franchement républicain, pour ne pas se débarrasser d'une muse qui appartenait à la haute aristocratie. Le temps des marquises était passé. Enfin, son culte platonique se porta sur la femme ou la maîtresse d'Arthaud, de Lyon, qui lui avait rendu des services pécuniaires signalés, et il déclara que désormais il n'aurait pas d'autre muse que M»» Ar- thaud, pour la suite des Nuits de Paris.

La première nuit, sous le titre de P/on^'n'est qu'une déclamation sur le livre que l'auteur va entreprendre, en disant : « Pères, mères de famille I C*est pour vos enfants que je me suis fait Hibou. Le froid, le neige , la pluie , rien ne m'arrêtait, je voulais tout voir et j'ai... presque tout vu... J'ai vu ce que personne que moi n'a vu. » Il avait l'intention de jeter çà et là, dans cet ouvrage, quelques ex-


DS RS8TIF DE LA BRKTONNS. 267

traite de Monsieur Nicoku, qu'il rédigeait alors : « A toat ce que j'annonce, dit-il, j'ajouterai des morceaux vigoureux, tirés d'un ou- vrage non publié, qui m'appartient et dans lequel rËcrivain s'ana- tomise lui-même pour dévoiler les ressorte du cœur humain. »

L'orthographe employée dans Nuits de Paris est presque régu- lière, avec l'abus ordinaire des majuscules et des traite d'union.

Restif a intercalé, par fragmente, dans le !•' et le 2^ volume, une histoire du philosophe grec Ëpiménide, qui, après avoir dormi cent ans, s'éveille pour visiter le monde et recueillir les monumente de la sagesse antique. Dans son voyage en Egypte, un prêtre de Thèbes lui fait un cours complet de physique égyptienne, depuis la créa- tion (page 280 à 370). C'est ce qu'il appelle le système de l'eau. A Éphèse, le philosophe s'avise de faire un discours contre le luxe. 11 y a là du Butel-Dumont tout pur et tout pédant, l'auteur de la Théorie du Luxe, Après quoi il n'est plus question d'Épiménide, qu'on s'étonnait de trouver môle smjl Nuits de Paris; mais on trouve encore un peu de morale des Égyptiens , dans la 3» partie.

Chaque partie du livre est terminée par une teble, qui a pour ob- jet de présenter « la suite des récite, dont le dénouement est éloi- gné du corps de l'anecdote».

Dans les 4 premières parties, l'auteur ne fait que mentionner 13 juvénales, qui avaient déjà paru en différente endroite de ses ou- vrages, et qu'il se proposait de réunir plus tard, comme une suite naturelle des Nuits de Paris.

Une note singulière, en tète de la 5o partie, dit leur fait à deux «polissons » anonymes qui avaient calomnié l'autour respectable des Nuits et de tant d'ouvrages utiles. Le libraire, à qui cette note est attribuée, déclare que son Auteur n'imprime jamais rien, sans l'at- tache d'un censeur, et que l'Éditeur du livre « est l'homme le plus respectable par son rang et le plus exemplaire par ses mœurs ». Quel était cet éditeur? Ce peut être François Arthaud, de Lyon, qui se lia en 1788 avec Restif, conune on le verra plus loin, et qui lui prêta de l'argent pour ses publications. Arthaud était un archéo- logue, Butol-Dumont un économiste; on ne sait auquel des deux attribuer l'histoire d'Épiménide.

L'aventure de Mamonet, lequel n'est autre que Nougaret, se poursuit, avec des violences inouïes qui ont motivé des cartons, à travers le récit enchevêtré des Nuite, jusqu'au milieu de l'ouvrage.

La pièce en 4 actes. Sa Mère l'allaita, est réimprimée dans la 3« et la 4« partie des Nuits. Dans la 6«, on voit apparaître les Titres, ou petite traites d'économie politique, qui se continuent dans les par- ties 7 et 8. Voici la désignation de ces réflexions philosophiques qui rappellent le genre de Mercier, sinon celui de Butel-Dumont.


M8 bibliographh baisornéb dks ouv&Aais

I«' titre : Propriété ; II. Les Juges ; III. Des Conventions ; IV. Des Impôts; V. Des Comestibles; VI. Mois, lois, poids et mesures; VII. Des Postes et chemins; VIII. Les Fêtes; IZ. Des Devoirs; X. Un Cultivateur; XI. Des Études.

Au verso du titre de la 9« partie est imprimé un extrait de deux lettres de la comtesse de B.... (Beauhamais?) relatives aux Nuits de Paris : « Il me faudrait votre génie, lui dit-elle, pour vous pein- dre, comme je le sens, l'admiration où je suis de votre premier volume. C*est Téloquence de Jean-Jacques, la touche grecque si gracieuse, la philosophie ornée d'un charme qu'elle n*a jamais qu'avec vous. Votre Marquise attache, intéresse; votre partie abstraite est sublime; votre cadre est de l'originalité la plus pi- quante... »

Au verso du titre de la 10« partie, Restif se justifie au styet des reproches qu'on lui adresse, sur le papier, l'impression, etc., de son ouvrage : « Je suis obligé, dit-il, de faire imprimer les Nttits dans un local (peu) commode et chez de bonnes gens très-peu riches. J'en ai plusieurs raisons, dont l'intégrité de l'ouvrage est une. Je ne sais pas si l'on m'entendra, mais je ne saurais m'expliquer mieux. Il paraît que je serai obligé, dans peu, de demander au chef de la magistrature et de la librairie une autorisation pour imprimer mes ouvrages chez moi... » En attendant, il a fait ajouter aux parties 9 et 10 une estampe de plus et un portrait (le sien, bien entendu] que tous les débitants lui avaient demandé; de là une augmenta- tion de prix, seulement pour ces deux parties, qui coûteront 4 livres 4 sous. A la fin de la 10^ partie, Restif, dans une note qu'il intitule « Avis d'un libraire estimable », déplore le sort des véritables littérateurs, « victimes des insectes de la littérature et de certains bibliopoles despotes ou méchants », que le succès des Nuits porte à des excès de haine et de malice contre l'auteur et son livre : « C*est une incroyable impudence, qu'on repoussera quel- que jour en la démasquant et en mettant dans une pleine évi- dence leur turpitude déjà notoire. » Le but de l'auteur a été sur- tout d'éclairer la police et la municipalité. C'est là ce qui a fait dire que Restif était réellement attaché à la police, en qualité d'espion.

Dans la note au verso de la 11« partie, Restif nous apprend que le libraire qui avait commencé la publication des Contemporaines ayant renoncé à continuer cette publication, il s'est vu forcé, non- seulement de faire imprimer à ses frais les 12 derniers volumes, mais encore de racheter à ce libraire les exemplaires restant de la seconde édition des 12 avant-derniers volumes, avec les cuivres des estampes. Cette note nous permet d'aflRrmer qu'il n'existe qu'une seule édition des 12 derniers volumes (xxxi à xlu), et que


DK BE8TIV DB LA BRITORNS. 9»

Tauteur, qui les avait imprimés pour son compte, s'engageait à ne laisser manquer aucun des 42 yolumes. Dans cette li« partie, Restif commence à donner une table raisonnée des Nouvelles qui compo- sent les 42 volumes des Contemporaines, et cette table offre beaucoup de faits qui lui sont personnels. La note qui occupe le verso du titre de la 12® partie concerne la publication projetée de Monsieur Nicolas, en 8 volumes, de 24 feuilles chacun, avec 50 portraits et autant d'es- tampes de situation : «L'économe, laborieux et frugal conteur, ne voit pas d'autre possibilité de mettre au jour ce philosophique ouvrage, que par 300 actions, à 200 livres chacune. » A la un de cette i2« par- tie, datée de 1788, on trouve déjà le prospectus des Provinciales, lequel finit par cette déclaration : « Je ne fais donc pas cet ouvrage seul. Je ne suis que le rédacteur, et c'est avec raison que j'annonce qu'il est composé par 434 citoyens, représentant la Nation elle-même. »

La 13^ partie étant accompagnée d'une estampe qui représente le souper célèbre de Grimod de la Reynière fils, c'est un extrait des lettres de cet original, qu'on trouve au verso du titre, lettres adressées à Restif et à sa fille Manon. On remarque, dans ce volume, page 3006 et suiv., un spécimen fort singulier de l'or- thographe nouvelle, proposée par l'auteur des Nuits,

La 14« partie présente, au verso du titre, une sorte de profession de foi que Restif aura bientôt oubliée : « J'aime mon pays, dit-il, mon roi, le gouvernement monarchique, le plus parfait de tous 1 Je respecte, j'honore, je chéris les magistrats défenseurs de l'op- primé! Je déteste l'anarchie, l'insubordination; je maudis les in- subordonnés, je les dévoue {sic) à la vengeance des loix ! n Ce volimie, qui devait être le dernier dans la pensée de Restif, est complété par des notes qui correspondent à des renvois alphabétiques et qui remplissent des lacunes de l'ouvrage. Une de ces notes, sur le Sa> Ion de 1787, est la réimpression d'une brochure anonyme du comte polonais Potocki, qui résidait à Paris vers cette époque et qui avait donné sa brochure à la comtesse de Beauhamais. La dernière note est dirigée tout entière contre Nougaret, sous ce titre : « La Vie de Nihil, ouvrage instructif pour les gens sans talents , sans mérite et sans mœurs. » Il est impossible de pousser plus loin la férocité de la haine littéraire.

Le Proscript, où l'on trouve un récit curieux de l'émeute populaire à laquelle servit de prétexte la rentrée du Parlement à Paris (mer- credi 24 septembre 1788), après son exil ; ce Proscript se termine par ces lignes : « C'est le 22 octobre qu'on achève cet ouvrage à la casse. Puissent les espérances brillantes que conçoit la Nation être bientôt suivies de cette heureuse réalité, que hAtent les vosux de tous les bons citoyens I


rro bibliogiuIlPHIe rAlISONNEE des ouvrages


« Fini d'imprimer le 9 novembre 1788. »

n faut encore remarquer que les 14 premières parties des Nuits de Paris renferment une foule de morceaux littéraires, critiques et biographiques absolument étrangers à Touvrage même ; par exem- ple, des notices sur les principaux acteurs et actrices des théâtres de Paris, dans les tomes XI, XII et XIV ; des prospectus et des extraits de journaux; des Bulletins, qui offirent le plan plus ou moins détaillé des nombreux ouvrages que Restif comptait donner encore au public ; des fragments ou spécimens de plusieurs de ces ouvrages, notamment les huit premiers chapitres des Métamorphoses (tome IX, pages 2072-97), la préface et plusieurs lettres du Jeune Homme (tome VII et VIII) ; des articles sur les dernières publica- tions de Tauteur; quelques scènes d*une comédie, sous ce titre : Second rêve de M, de Fontlèthe, page 3157 du tome XTV, etc.

Les tomes XV et XVI, comme nous l'avons dit en décrivant ces deux dernières parties , forment un ouvrage tout à fait distinct des 14 par- ties précédentes. Le préambule du Spectateur nocturne nous fait con- naître que Restif s'était absenté pendant quelques mois pour aller en Suisse, où il avait préparé l'impression de son Palais-Royal, qui n'aurait pas trouvé de presses à Paris : « Après avoir fait pas- ser en revue, dit-il, tout ce qui peut intéresser dans le célèbre Jardin, les Filles, le Cirque, les Sunamites des IV ordres, les Gentilshom- mes populaires, le Curé patriote et le Divorce nécessaire, qu'il nous soit permis de traiter une matière plus grave I » A son arrivée clan- destine,\e 13 juin (1789), il trouve beaucoup d'agitation dans les es- prits et il se fait rendre compte des événements antérieurs dont il n'avait pas été témoin. C'est le siget de la première nuit de la Se- maine nocturne. Du 12 juillet au 28 octobre, il reprend ses habitudes errantes dans les rues de Paris, durant la nuit, et il raconte les faits historiques qui se passent sous ses yeux, par exemple, la mort de Foulon, de Berthier et de Favras. Restif est devenu révolutionnaire et jacobin. Mais les 70 dernières pages du volume sont consacrées à son histoire personnelle, sous ce titre : « Délation horrible d'un Gendre calomniateur contre son Beau-père.» Il reproduit in extenso l'interrogatoire qu'il eut à subir le 28 octobre 1789 devant le comité de police des représ^itants de la Commune de Paris. Son gendre Auge, qu'il avait poursuivi d'une manière implacable dans plusieurs ouvrages où il le nomme l'Échiné, l'accusait d'être auteur de trois pamphlets politiques : l» Moyen sûr à employer pctr les deux Ordres pour dompter ou subjuguer le Tiers-État et le punir de ses exactions; 2o Dom B, aux États-généraux, ou Doléances du Portier des Char' freux; 3^ Domine salvum fac Regeml

La dernière pièce du volume est Un récit des fêtes patriotiques ce-


DI BISTI7 DI LA BBITONNE. 371

lébréea à Mets et à Nancy, les 16, 17 et 18 avril 1790; le récit commence en ces termes : « Je me nomme Guillot, libraire de la Semaine nocturne ou Sept Nuits de Paris, qui feront stiite aux Pa- lais-Royal, que je yiens de mettre au jour. Je suis grenadier de la garde nationale... » Le libraire ou Fauteur, pour grossir le volume, qui n^avait que 264 p., y a fait lyouter la Uste détaillée des Contenir poraines, la nomenclature des ouvrages de Restif, publiés ou à paraître, et enfin une objurgation à Tadresse des contrefacteurs : « Uauteur vivant, dit-il, n*a pas besoin de privilège pour assurer sa propriété; son livre est' à lui, comme son doigt, comme sa main. »

M. Monselet a en entre les mains un exemplaire des Nuits, ap- partenant an baron de Lamotbe-Langon, et annoté par lui. En tête du premier volume, on lisait cette note :

« Les noms écrits à la main dans cet ouvrage sont les noms réels, confiés à la comtesse Fanny de Beauharnais par Rétif de la Bretonne, et qu'elle m'a permis de copier, le 7 décembre 1809, sur l'original qu'elle tenait de cet auteur. Baron db Lahothe-Lanoon. Paris, le 12 mai 184i. »

M. Monselet a fait le relevé de ces noms, qui offrent sans doute quelque intérêt, mais qui ne fournissent qu'une clé bien insuffisante des Nuits de Paris :

La Vaporeuse. Lites : M"* de Marigny, p. 9

M** d'Imberval. — M"« de Valimbert, p. 31.

D'Angeval. — Valange, p. 32.

M» de Nebli. — Belin, p. 35.

Le C. D. C. T. --Le comte de Clermont-Tonnene ,

p. 82. M"* Dechaillot. — de Lillochu, p. 256.

M"« DecoUassin. — de Nicolas, p. 664.

Un homme d'un certûi âge et d'une — Orimod de la Reynière , p. 961.

figure hetiretise. Le marquis de B. — de Bnmoy, p. 966.

On arriva dans la rue ( ). — da Croissant, p. 1120.

Nous avions commencé à éclaircir, en quelque sorte, les Nuits de PariSf par des renvois à Monsieur Nicolas^ où beaucoup de faits, dénaturés, déguisés dans le premier ouvrage^ sont replacés sous leur véritable jour et présentés avec leur caractère réel; mais les difficultés et surtout la longueur de ce travail me l'ont fait inter- rompre et je me suis borné à relever ici les notes marginales de mon exemplaire, ce qui forme une espèce de Clé très-abrégée de


172 BIBLIOGHU'HIB lUISONlfiS DES OUTRAGES


tout Touvrage. On n'a pas suivi d'autre ordre que celui de la pagi- tion.

204. M. B** — Bourgeois, père de Rose. Voy. Mùntimtr Nieolat, tome

IX, page S644 et bût. 218. L'OrféTre Degré. ~ Agard. 476. Mn« L. T. q. e. — LAvèque, femme d*an marchand de la me

Saint-Deois. Le Pied de Fanehetie loi est dMi*.

666. L. F. n. — La FUle naturelle^ roman de Restif.

667. L, M. ou le Th, réf, ~ La Mbnoffraphe ou le Théâtre réformé, se-

cond Tolume des Idéee tinguli^e, 666. L, P,ou laP.r. — Le Pomographe ou la ProstituHou réformée.

— L. P,deF, — Lé'Piêd de Fanehetie, roman de Restif. 1167. Lb MamoneC — Nougaret.

1247. Le Monstre. — Auge, gendre de Restif.

1453. W^ de Merup. — de Pnmer, ou de Prome, on de Porem.

1531. L'Épouse du Mamonet. — Angélique Nimot ou Tomin.

1555. L'Homme effrayant. — Le marquis de SadeT

1583. Le Comte de S.— de Sade, connu sous son premier titre de Marquis.

1621. La Comtesse d'EBgm. — D*Bgmont, flDe du maréchal duc de Riche- lien.

1645. M. de Fontlethe. — Le président de ... (Pontmortf), parent et ami de la comtesse de Beauhamais. Cest le principal personnage du roman de» Posthumes, On pourrait aussi reconnaître Le Pelletier de Morfontaine, prévôt des marchands.

1774. Une jolie femme de la rue Saint-Denis. -^ M"« Lévique, k qui Restif a dédié le Pied de Fanchette.

1776. M^ C**, de/ Italiens. — Cardon, ou Carline, ou Coraline, ou Ca- mille, ou Colombe.

1804. Un livre qu'on m'a prêté. — Le Pomoçraphe,

1879. B. D. S.-M. — Blin de Sainmore ?

— M. D.-S., dans TA, d. 1. P. — Dussault ou de Sales? 1895. Le Maître du Café de la Régence. — Manouiy.

— Rubiscée. — Le chevalier Cubiéres de Palméseauz.

— Mad. de..., qui paraît sans cesse comme la consolatrice de toutes

les infortunes. — M"* ChAtel, que Restif appelle une femma céleste, dans Monsieur Nicolas, tome XI, page 3185. Voy. aussi tome XIY des Nuits, page 3348.

— Du Hameanneuf. — Nous croyons que c^est un comte de Ville-

neuve, que Restif avait rencontré ches Le Pelletier de Morfon-

taine, avec la marquise de Montalembert. Yoy. Monsieur Nicolas,

tome XI, page 3077. 1934. M. de Saint-Marc. — Le dievalier de Saint-Mars, qui demeurait

rue de Béthisy. 1953. Le Président, proche parent de la Marquise. — Le PeUetier de

Morfontainet 1964. M. Ch. r. m. — Chérami.


BI USTIF BI hk BBBTONNI. ttZ

Pagm tlS9. ToeiM. — Anagramiiie de Casotte.

tl42. L'ftntenr dea Lunet. — Beftoy do Reigny, dit le Cooaiii Jacques. 2148. L'witear de ClenalpkUoiopke, — Duroeoy.

— L*«iitear dtÂûui va U monde, — Noogaret.

— L'auteur de la Smiê du BêtaU $ur Pari»» — Le cheTalier dn

Goadray.

— Le Pantomiiiiographe de VOpéra. — Novem.

— L'auteur du IHetimmain mUUmrt. — La Ghemaye dea Boia.

— L'auteur des Éptnm nudhtwrmK. — Baoolard d'Arnaud.

— R. y. R. L. — Rivard.

— G. H. P. G. N. T. -^ Ghampoenets.

— Gh. D. J. P. P. T.— Gholet de Jetphort, aTooat, éditear des Étrmmm

duParnauê.

" L. M. D. X. H. N. S. — Le marquis de Zîméiiès.

— P. D. y. D. N. — Pons de yerdnn.

— D. Gh. 8. L. — Dnchosal. . ,

— T. R. P. N. — Turpin.

— R. D. J. y. O. N. — Rigoley de Juvigny.

— R. GH. D. GH. B. N. S. — Rochon de Ghabannes.

— L'auteur de YÂneprùmmgiir. — Gorsas.

— Le berger SUvain H. — Sylvain Maréchal.

— L'auteur du Tableau d» mmde. ^ Peut-être Ricber, auteur du

Théâtre du Monde,

— L'auteur de /eannot, — Dorvigny, auteur de Janot ou U» Battus

paient Tamtuda^ la première pièce où Ton ait tu le type de Jeannot on Janot.

— L'auteur de GuilLMen, — Lesulre, auteur de TAffenturiitr flrançaiê

ou Mémmro» de GuiUaumê Merveil, 2144. L'auteur de la traduction de VBu, sur VB. deP,^ Pontanes, tra^ ducteur de X Essai sur tHommê^ de Pope.

— L'auteur de la Lorgnette pkUotophique. — Grimod de la Reynière. •^ L'auteur des Xiot*. dang. ^ Laclos, auteur des lAaisons dange- reuses.

~ L'auteur du PortefemUe cTim Troubadour. — Bérenger.

— L'auteur des ConsidiraJtions sur la danse (du Menuet). — Baquoy-

Ouédon.

— L'auteur du Jaloux sans amour (comédie). — Imbert.

•— Le premier imitateur des Contes moraux. — ; Sébastien Merder.

— L'ingénieux inventeur du Lord tm/romp/u. — Gasotte.

— L'auteur des Lettres de Stéphanie. — La comtesse de Beauhar-


Le marquis D. L. S. L. L. — De la Salle. L*auteur dea Aveux d^une jolie femme. -~ M"* Benoit. L. y. D. G. ~ Le yacher de Gbamois.

Les auteurs des Têtes changées (comédie). — M. et M"* de Beau- noir. L'auteur des Conversationé d:ÉmiUe. — M*« de La Live d'Épinay.

18


S74 BIBLIO^ULPHIS lUISONlCte DIS OtTVBlGaiS

Pages 2144. La tradnetiioa de U Pharmacie, poSme aiif^aii. — M^ Colonb de «•^n^'^ auteur du poSme de VBêeukpéidê?

— Franc, de Nenfchât. ^ François de NeufchAtean.

• Les deux anteors da I^etU abrégé de Thiatain Bamame. — KMsGoiigeleL

— L*ainiable et jeune antenr de YBùiotrê d:ÉUt«Mh. — II»* de

KéraUo.

— L*auteur des Coitfef m/itnttma. — L'abbé Blanébet

" L'auteur dea Mathêmn de fa Jmmê ÉmUiê. — La préddeote

dOrmoyt -— ICasson de M. — de MonrilUers.

— L'auteur des Ànaddêt. — P^yrand de Beanssol.

— L'auteur de VÀ^êci phUoMphiquê, — W* de GhaateroDe.

— L'auteur de C*atfl(CMl0,/UIs<rie*Miéf/i/,ai9«n0urdaf2W«t).

-> Josepb LavaUée.

— L'auteur des MétamorphoiêM de la RtUgitme, — H** de Laboureys.

— L'auteur des Lettre de Lamannê. — M^ de Gharrière, auteur de

CaUmtê ou Lettret écrite» de LoMMOtmê.

— L'auteur dea Fémmet eH/Utret, — M^ Temisien d*Handrioourt 2145. Men. de la M. S. T. R. O. ~ Mlnan de la IClstringue.

— L'auteur des BergeHet, ~ M*" Mérard de Saint-Just.

— Toustain. — Le vicomte Toustain-Bichebourg.

— L'auteur â^Àleette et Mêloé» — La comtesse de Laurendn.

— L'auteur des Àmuiemenit dujcuBr, ^ M** de MortemarU

— L'auteur de La Jhpturet comédie. — M*" de Lorme.

— D. L. P. D. — De la Prade.

2149. L'auteur du Tableau de laparole. — W^ P.- de N. S&

— M- D. y. D. M. P. R. - M»* de Yidampière.

— M»« L. V. Q. - M»>« Levéque.

— L'abbé M. RI. — Maury.

— lfii«a. R. T. R.— Qrétijf

— L'auteur de Carolùie {de Liehtfield). ~ M ■• Isabelle de Ifontolieu.

— L'auteur du Journal de» Dame». — M"* de Prinoen, depuia M"* de

Montanclos.

— L'auteur des Faibletee» d^uw joUe femme, — M"* de Villefiraao,

dont les Mémoires Airent publiés par l'abbé Poncelin, Restif de

la Bretonne et Nougaret. ^ Daquin. •- P.-L. d'Aquin de GhAtean-I^ron, auteur de l'IlniamKA

littéraire. ^ 8. A. O. -^ Fariau de Saint-Ange.

— TH. R. R. N. — Therrin, journaliste.

— T. H. R. T. — Thiriot, autre journaliste.

1147. B. R. 8S. T. D. W. R. Y. L. L. — Brissot de WanriUe. -^ D. S. S. S. R. T. S. — Desessarts, comé^en du Théâtre-français^

— B. D. R. D. Y. L. L. K. R. — Boudier de YiOemer^

— N. a. R. T. — Nougaret.

— I/O duc de M**. ~ Le due de Mailly.


DS BSSTIF BI hk BBITONIKI. <7!^

Pages tl51. Un homme oomm s'étâK to6. — PidADsat de Mairobert. 2323. D. C. N. D. R. C. T. — De Condoroet. 2380. Mon aînée. — Agnèe Beetif, mariée à Ange. 2890. Le Scélérat. — Angé« gendre de Restif. 2419. M. dn T... — Dn Tartre de Bourdonné, riche financier. 2437. Sara. ~<7eet la fllle de M"« Debée Liemann ou Lee, et Thérèbie

de la Dêndèn Âvmha^ d^im homme de 45 ow. 2447. M. Bemardm. — Bernardin de Saint-Pierre. M01. Le ... de 8**. — Le comte on ptntAt le manpiia de Sade. 248ft. Une Jenne dame mourante. — H** de Pointillé on ViUepoin. 2474. 11. C. de B** — Caron de Beanmarchaie. 2517. Le Prétident. — Le Pelletier de Morfontaine. 2509. Le C. de S. — Le comte on le marquis de Sade. 2583. M"« HasMMet. — M"* Nougaret, alors séparée de son mari. 2594. H"« de SaintYent. -^ Minette ou Félisette de Saint-Léger, depuis

M"* de CoUerille. 2807. Le Disséqueur. <— Le marquis de Sade. 2819. Le chey. de Saint-Marq, de lame de Béthi^. — C*est le oheralier

de Sain^Hars, qu'il nomme Sobii-Sarm, dans le tome XI de

Monsieur Nieoku, 2625. Un -vieillard célèbre. ~ Favart. 2645. Le Malheureux L*-"* — Latude. 2872. M. Bernardin. — Bernardin de Saint-Pierre. 2795. M. delaR*** — LaReynière fib. 2829. Feu J.-0.-a.-ret. — Nougaret. 2709. Léchiné. — Auge, gendre de Restif. — Un petit libraire très-sot—Yieillot, colporteur aux Tuileries. Voy.

La Semaine nocturne, page 221. 2886. Un garçon qui cultive les lettres. — Qrimod de la Reynière flls. 2889. Un artiste. — Le graveur J.-L. Berthet 2900. Un particulier sans talent et sans esprit. — Nougaret, auteur de

Parie mouvant, ^ La femme de celui-ci. — Angélique Tomin, femme de Nougaret, 2002. Les deux iUles de Restif. >- Agnèe, mariée à Auge, et Marion,

encore fflle, mariée depuis à un oousin du nom de Restif. 2928. M. D.-L..R. — De la Reynière flls. 2962. La spirituelle comtesse de B***. — De Beanhamais.

-^ rorore. — Opéra de Beaumarchais. 2977. Moresquin. — Auge, gendre de Restif. 2979. La Maieon de JUoHàre» -* Cest un drame de Mercier. 2996. Fanni. — La comtesse de Beanhamais. 3061. Le petit imU. ^ Nougaret.

3064. L'hôtel de M***, me Payenne. — C*est ThAtel de Montalembert. 3082 et 3103. M. D. P. — Mallet du Pan. 3116. M. T. Plut, français. — Turpin« auteur de Uk f)ranee iUuetre ou le

PUUarque framçaU, 3147. Une Jeune femme, auteur de ta Femme edparée, — Ingéme Saxon-

cew*, roman attribué à H** Maribert-Courtenay.


m BOtlOGRiPHIS AàlflONNiB BIS OimUiGBS


PagM 3150 Davide, Mtteor dn Soerate momrmt. — (Test le grand peintre

David. 8190. **.*•**, anteor da SéimetmBr. — Le maïqai* de Blèrre. 8SM. Un Sottérat. — Ange, ion gendre. 3U5. L*â|poiiae de Mamonet. — La femme de Neogaret. (Voy. oi-dee-

m, page 1581.) Reetif. pour dérouter ion lecteur, la ait

derenir yenve; oe qui n*eat pM lien, poiaqae Noogaret récat

et compila Jnaqn'en 1828. 8U6. Le Specteteor. ~ Restif. 8860. La oomteue Fannl. — De Beanhanait. 8886. Un étranger de première distinction. ~ Le oemte Potocki. 884». NiUL — Noogaret.

Voici maintenant un essai de Clé, encore bien insuffisante, pour le tome XV, intitulé : le Spectateur nocturne, et pour le tome XVI des Hvits de Paris; ces deux volumes, formant, en quelque sorte, un ouvrage à part, avec une pagination séparée.

Pages 10. Un Jeune homme de province. — C'est Restif Ini-méme.

11. Deux sœnrs dans une boutique de soieries. — Rose Boorgeois et sa sœur. Il la nomme ici Jolie. (Voy. tome I** des Nuitt^ p. 804.)

— Maribert. — lisribert-Coortenay. (Test le surnom qu'il avait

pris sur le titre de la Fenune infidèle.

51. Berthet et Binet. — Ce sont le dessinateur et le graveor ordi- naires de Restif.

96. De C. — De Crosne, lieutenant de police.

101. Dnpuits de Courson. — Cest un pseudonyme que prend Restif.

186. Un richard libertin, M. Blutel, demeurant me Meslée, n* 100. — C'est Butet-Domont.

180. Bdmond. ~ C'est Restif qui se met en scène sous ce nom de baptême.

— Une grande et superbe prude qui tenait la maison de M. Blutel.

— W* de Saint-Leu, que Restif nomme de Setiioei^ dans Jfo»-

eieer Nieoku, 155. Tsfris. — C'est encore un poeudoiiyme que prend Restif : Tefirû,

anagramme de son nom. 157. Un vieil ofllolsr général d'artillerie.— Le chevalier de Saint-Mars,

qu'il nomme Saint^arm dans Montieio' NieoUu,

— MU* Félicité. — W* Ménager, qu'U nomme FéUeitette Prodiguer

dans le tome XI de ifonnsir NieoUu,

160. Le jeone Coupenoir. — N'est-ce pas le jeune de Rosières, dans Mont(eiÊr Nieolatt tome XI, page 3188^

803. M. P — Pelletier, ou plutét Peltier, auteur de Journaux

royalistes. 243. M. de Por^ep. — Choiet de Je^hort. 845. Moresquin. — C'est le principal personnage d'/n^Auie Sexoneonr.


DI USTIF DI LA BBBTONIII. m

PsgM t96. Les l'oRfM.— Madame "^ctoire etsaiœiir Madame Adélaïde, filles de Louis XV, tantes de Louis XYI.

30B. Commissaires de U ConTentioii. — Cest^trdire de U Ooostitiiaiile, selon rerratom de la pa^ Ml.

317. Scatniin. » Fontanes. -^ M»* Tienran* — Jnlie Yantier.

839. Snifl. — Carbon de Flins des OliTiers.

343. Le ch&telain des Toileries. — Lonis XVI.

sm. La fameuse Lamothe. — M~ de La Motte, ilkérèbie de raflaire da Collier.

307. Naireson. — Jonbert, le phUosophe.

398. M»* KUehoor. — MU* Boohelle.

406. Nireatas. — Anagramme de Soatorin. Dana un oarton de U page 413, Restlf dit que Tatoé des frères de Julie arait tué Scatorin en dnel. On comprend qae oe oarton ne Ait i^onté anx exemplaires du tome XYI, que pour détraire raaalogle qui existait entre lliistoire de Julie et nn ftdt de la vie de Fontanes, oelni^ étant doTena nn homme poissant et oonai- déré sons le Consolât.

414. L'amée Toniop. — M^^* PoSnot.

453. M. Bultel. — Cest Botel-Domont, ex-oenseor royal, «ree qol Restif avait été très-Ué.

4fi6. Uinfime Héros de U 8» nolt de U Stmabu MoehrM. — Cest Ange, gendre de Restif .

473. Reatif n*a pas osé mettre le mot fbumeé, car le mot aawe rf ne parait pas être nne fkote d*impr^^on.

503. Le citoyen Oemonville. — Cest le oomte de Oenumville, qni avait plnsiears fois dîné et sonpé^ incognito, avec Restif, ches Senao de Mtillian. Yoy. le tome XI de Moiuiêur Nicolas,

514. Yallniq, fils. — Qnman, fils de l'imprimeor.

535. M. Bénavant. ~ Cest sans donte le marqnis de Sade.

543. Félicité Fïodigaer. — M^i* Ménager, que Restif appelle FéHeUettê^ dans le tome XI de Momiewr IHeoUu,


Les tomes XV et XVI des Nuttt de Paris sont, en quelque sorte» un journal personnel de Restif, pendant la Révolntionf depuis le 23 avril 1789 jusqu^au 31 octobre 1793. n fkut chercher le complé- ment et la suite de ce journal, suite trës-sommaîre, tronquée et visiblement altérée, dans le tome XV de Momieur Nieoku, écrit ou du moins publié en 1797, trois ans après le dernier volume des Nuits de Paris, Le rôle de Restif, à cette époque de bouleversement social et moral, se borne, il est vrai, à une observation muette et timorée des événements politiques, qui se passent dans la rue, pour ainsi dire : comme Pierre de TEstoille, durant la Ligue, il évite de se trouver mêlé à ces événements, mais il est animé sans cesse


«78 BIBLIOGRAPHIE RAISONNil DBS 0UYBÀ6BS

d*ime curiosité iuquiète, qui le porte à voir et à entendre tout ce qu'il peut recueillir lui-même par les oreilles et par les yeux. Il n'interrient que bien rarement dans les scènes populaires dont il est témoin ; mais il tient à se trouver là, incognito, et sans payer de sa personne ; il n*est, U ne veut être que spectateur et surtout spectateur nocturne.

Cest donc un sujet neuf et intéressant que de montrer Restif au milieu des journées on plutôt des nuits de la Révolution, et d'indi- quer, par quelques courtes citations^ les sentiments et les opinions qu'U émet, en présence des faits mémorables qu'il raconte et qu'il présente parfois sous un point de vue tout nouveau. Combien de- vons-nous regretter de n'avoir pas un tome XVI, non cartonné, des Ntâtt de Paris! car les nombreux cartons de ce volume remplacent certainement les passages les plus importants , les révélations les plus curieuses, que Restif n'a pas laissé subsister, après la réaction thermidorienne, qui poursuivait non-seulement les robespierristes, mais encore les maratistes et les babouvistes. a Le XVI* volume des NuUs de Paris, que je donne, à la fin de cet ouvrage, avec les cinq volumes du Drame de la vie, dit Restif dans une note de ifon- sieur Nicolas (tome XV, pag. 4307), contient, sur la Révolution, les détails où l'on n'entre pas ici : j'y renvoie, en avertissant qu'im ami timide y a fait, sous la Terreur, des cartons que je désavoue. Il n'est pas jusqu'à l'imprimeur, qui n'ait tourné en louange l'article ironique de Marat. » L'imprimeur n'était autre que Restif lui- même. Nous avons donc cru nécessaire, pour la comparaison des faits rapportés et jugés à deux époques différentes, de renvoyer à la dernière version, qui se trouve, de temps à autre, dans le tome XV de Monsieur Nicolas,

Restif avait fait un voyage en Suisse, dans les premiers mois de l'année 1789, pour traiter d'affaires de librairie à Neufchàtel et à (Genève, oti il voulait faire imprimer dorénavant ses ouvrages, qui, ayant une grande vogue dans toute l'Europe, depuis les Contempo- raines, devaient se répandre avec plus de facilité et d'avantage, en sortant d'une imprimerie genevoise ou neufchàteloise, sans avoir rien à démêler avec la censure et la police françaises. « A notre ar- rivée clandestine à Paris, le 23 juin, dit-il dans son préambule, nous sommes eflhtyé de l'agitation des esprits I Nous espérions qu'ils se calmeraient; nous nous trompions; le trouble a toujours été en croissant. » Restif fait raconter, par un jeune homme qui pérorait dans les groupes, au Palais-Royal, la marche des événe- ments depuis l'ouverture des États-Généraux (23 avril 1789) : « Aris- tocratie veut insolemment présider à la première séance, dit le


OI BISTir BI Là BBITONIfl. m

jeune homme qui pourrait bien être Camille Desmonlin»!, mais elle y trouve Démocratie, qui lui donne im soufflet. Irritée, elle veut se Tenger. Démocratie reste immobile, à sa place... Enfin^ hier, Aris- tocratie a presque triomphé... Mais je tous prédis que son triomphe sera de courte durée. »

En effet, Restîf ajoute : « Le 12 juillet arrive. Les ministres sévis- saient encore... Le 10, c*était une agitation sourde ; Torage gros- sissait le 17. Vers les 10 heures, un jeune aristocrate, au moment du plus grand péril, accouru de VersaUles au Palais-Royal, s'effor- çait de tranqulliser le Peuple, en s*écriant : Tout va bien! » Le 12, des étourdis provoquent les soldats, rassemblés prës des Tuileries, oh la foule des curieux et des promeneurs était considérable. Une pierre atteint le casque du prince de Lambesc, qui pousse son che- val dans le jardin et qui donne un coup de sabre à un homme assez hardi pour lui barrer le passage : « Action fiitale I dit Restif qui se trouvait là. Mais il ne fallait pas entrer à cheval, dans le jardin. C'est un crime dont Lambesc ne peut se laver. »

Cependant Restif court au Palais-Royal, « où, depuis le 7 juin, se tenaient de nombreuses assemblées, où se faisaient ces motions, source primitive des Districts ou de la Municipalité... Je n'y trouvai que des hommes grossiers, l'œil ardent, qui se préparaient plutAt au butin qu'à la liberté. » Restif s'enfuit et retourne aux Tuileries, dont les riants jardins avaient un air de tristesse : a rois sans sigets ! s'écrie-trO... Tout est à la nation! tout est pour la nation I » La nuit vient, et Restif est déjà au Palais-Royal, rempli de groupes tumultueux : « Je frémissais, dit-il ; je voyais un nuage de maux se former sur cette capitale infortunée, naguère la plus voluptueuse des villes de l'univers, la plus libre, la plus agréable, par consé- quent la plus heureuse. » Pendant cette première nuit de Révolutionf les rues sont infestées de brigands, armés d'épées et de bâtons : « ma patrie, s'écrie-t-il, tu vas périr, par ces enfants bâtards, qui vont assassiner tes légitimes enfants I »

Dans la journée du 13 juillet, « les bandits du faubourg Saint- Marcel étaient passés devant ma porte (rue de Biëvre), pour aller se réunir aux bandits du faubourg Saint-Antoine. Ces bandits étaient mendiants de race, avec les horribles tireurs de bois flotté; tout cela formait une tourbe redoutable qui semblait dire : « C'est atgourd'hui le dernier jour des riches et des aisés. Demain sera notre tour; demain nous coucherons sur l'édredonl » Restif se disait : « Voilà le moment ou jamais de former une milice natio- nale I » n va trouver les ouvriers, les artistes de sa connaissance, entre autres son dessinateur Binet et son graveur Berthet, et il


280 BIBLIOaEàPHII EàlSONlfll DIS OUTRiiGIS

leur donne misaion de faire appel aux bourgeois honnêtes, en les invitant à 8*anner^ « pour se préserver des brigands et des hommes grossiers. » Voilà Torganisation de la garde nationale, et Restif revendique Thonneur de Tavoir inaugurée. Les patrouilles bour- geoises parcourent la ville, mais le lendemain on doit aller à la Bastille. La Bastille est prise ou plutôt rendue, avant que Restif ait eu le temps d*y courir. Lorsqu*il arrive au pont Notre-Dame, il rencontre une foule furibonde, qui promène des têtes an bout des piques. Flesselles et Delaunay ont été égorgés par le peuple, qui ' martyrise les soldats suisses et les invalides prisonniers. Restif se rend à la Bastille : « Tout était fini... Des forcenés jetaient les pa- piers, des papiers précieux pour Fhistoire, du haut des tours, dans les fossés... Un génie destructeur planait sur la ville 1 » Dans le Palais- Royal, où toutes les boutiques étaient fermées^ a les groi^es du jardin n'étaient plus occupés, comme les jours précédents, de mo- tions : ils ne parlaient que de tuer, de pendre, de déci^iter... Mes cheveux se hérissèrent 1 » dit Restif, qui ne rentra pas ches lui sans échapper à quelque danger.

Le 17 juillet, le bruit court que le roi vient à Paris : « n vient, disaitron, pour nous prouver qu*il n'en veut pas à la capitale, pour la prise de la Bastille. » Restif est dans la joie : « roi 1 s*écriait-il, les larmes aux yeux. roi, chef de la nation I En t'honorant, c'est elle - même qu'elle honore I Bn t'aimant, elle donne le signe le plus puissant de la confraternité générale. Béni sois-tu, bon Louis XVII » Restif, à qui la venue du roi avait remis du baume dans le sang, accuse les nobles et les prêtres, «ces Busiris en sou- tane », de faire tout le mal, en s'opposant aux généreuses et libé- rales intentions de l'Assemblée. Le 22 juillet, c'est l'épouvantable assassinat de Foulon et de Berthier; Restif en fut spectateur, mal- gré lui. En rentrant à son domicile, il se trouva mal et passa la nuit dans les transes : a Je cherche, moi, à creuser l'impression d'horreur, dit-il. Je suis excellent patriote, mais je me dis : Si ce furent des victimes nécessaires au bonheur publie, consacrons-les, mais ne les avilissons pas. »

Aux journées des 5 et 6 octobre, Restif n'accompagne pas l'odieuse foule qui va chercher le roi et la reine à Versailles, mais il assiste au défilé de cette foule, parmi laquelle il reconnaît des espions dé- guisés en femmes, des souteneurs de profession et de maûionnêtes femmes habillées en poissardes. Il raconte des détails bien étranges sur l'invasion du palais de VersaUles, où Marie-Antoinette faillit être assassinée. Il fut témoin de l'arrivée de la famille royale à l'Hêtel de ville de Paris. « J'ai disculpé la Nation, dit-il ; j'ai tâché d'éclairer


BI BISTIF BS LA BBBTONlfl. «l

les particuliers, qui s'imaginent que les Parisiens ont fait violence au roif à rAssemblée nationale, tandis que la yérité est que le sé- jour du roi et de TAssemblée nationale à Paris était nécessaire aux progrès des affaires et au bien de tout le royaume. » Nouvelles invectÎTes forcenées contre les aristocrates, les nobles, le clergé. Voici, par exemple, une parabole dans laquelle Restif a désigné sous des noms d'animaux les différentes class0S, les différents ca- ractères, qui composaient alors la société : « Nation française, dit-il, ne nourris plus de Léopards, de Licornes, de Qriphons. Alimente le Chenil de labeur, le Bœuf, TAne même : ils sont nécessaires ; ali- mente la Brebis, le Mouton, le Porc, la ChèTre : ils sont utiles ; favo- rise TAbeille et même le Ver à soie : ils sont agréables. On peut même souffrir le Singe : il divertit; d'ailleurs, Thomme lui doit quelque considération, & cause de la ressemblance ; le Chien et le Chat sont des animaux nécessaires, et quoiqu'il fût utile de s'en passer, rattachement flatteur du premier, les flagorneries du se- cond adoucissent les maux de la vie ; c'est un luxe ; hé I faut-il le proscrire entièrement?... Mais le Loup, le Tigre, l'Hyène, le Croco- dile, le Serpent tortueux, la Fouine, la Belette insinuante, le Rat, l'incommode Souris... D faut détruire ces monstres et cette vermine I Gardes seulement le Lion, en le muselant, pour le lancer sur nos ennemis I Protégeons le Chameau, pour traverser les déserts I » Hé- las I la Révolution tout entière se résume dans cet apologue. Dès ce temps-là, Paris était devenu un objet d'envie et de haine pour les provinces, qui pourtant lui fournissaient la plus grande partie de sa population; Restif s'élève avec chaleur contre l'injustice des pro- vinciaux : « La ville de Paris, dit-il, est jalousée par les municipali- tés de province 1 Y pensei-vous, concitoyens? Qu'est«e que la capi- tale d'un royaume? N'en est-ce pas la tête et le cœur?... J'aime Paris, moil ajouto-t-îl tout ému, et j'y ai appris qu'il le fallait voir, pour aimer sa patrie, pour en être glorieux, pour s'élever l'Âme... Exaltons la capitale I Qu'elle soit le centre unique, ou tout se dé- membrera... J'ai la vue de l'esprit saine, moi... Qu'on m'écoute, ou tout est perdu ! »

A la page 183, Restif cite la a belle conduite de Louis XVI envers le président de l'Assemblée le 20 décembre », et le discours prononcé par le roi dans cette Assemblée le 4 février 1790 : le tout entremêlé de nouvelles de théAtre. Bn ce temps, Mercier et Restif étaient en froid, ne se voyaient plus et ne se recherchaient pas, quoique tous deux entraînés par le courant de la Révolution : « Je ne suis point par- tisan aveugle de Mercier, dit Restif (page 196), je le contredis sou- vent, et dans sa politique et dans son Tableau de Paris, et sur mille choses. » C'est seulement le soir du 13 juillet 1790 que Restif recom-


2» ^ BIBLIOGEàPHIS EàI80NNiS DIS OUVIU6B8

mença ses explorations diumea et noctomes : « Reprends, hibou, ton Yol ténébreux I dit-il, au début du tome XVI. Jette encore quelques cris funèbres, en parcourant les rues solitaires de cette vaste cité, pour effrayer le crime et les penrersl » Tous les soirs et tous les jours, il aUait au café Robert, autrefois Manoury, sur la place de TÉcole, pour recueillir des nouvelles; mais il ne s*aTentn- rait pas toutes les nuits, comme naguère, dans les rues, où il eût couru le risque de faire de mauvaises et dangereuses rencontres. « Une foule d'événements se passèrent jusqu'au 27 février 1791, écrit-il (page 281), mais les dangers de la nuit, les craintes que m'avaient inspirées mon arrestation de TUe Saint^Louis le 15 juillet, et celle du 14 octobre au soir, par la calomnie de Tinfâme Auge, me retenaient, les soirs, au café Robert-Manoury. • La troisième nuit (27 au 28 fé- vrier 1791} est intitulée : les ChemHen du poignard. Calomnies ridicules et monstrueuses ; atroces déclamations contre les nobles, les prêtres, et surtout contre les émigrés. Restif a cessé d'être roya- liste : « Ah I Louis XVI nous a perdus 1 s'écrie-tril. Il a fait le mal- heur des aristocrates et des démocrates. Il n'avait qu'un moyen de se sauver, et nous tous avec lui : c'était de demeurer fermement attaché à la Constitution, comme à l'ancre du salut. Et vous, Marie-Antoinette, que de reproches n*avez-vous pas à vous faire? Comme font ordinairement les femmes quand elles se mêlent des af- aires, vous avez tout gâté! » Le 2 avril, Restif accourt aux Tuile- ries : il avait appris que le roi devait aller à SaintrCloud; il est témoin des violences que subit ce malheureux monarque, quand une foule apostée par les Jacobins Tempéche départir et le force de des- cendre de voiture, a Ce fut alors, ajoute Restif, que Louis dit ce beau mot : a S'il doit en coûter une goutte de sang, je ne pars pas ! » Restif, qui se croit tout à coup inspiré par le génie de l'avenir, en- registre une prophétie, qu'il n'a pas vue s'accomplir : « Oui, quelque chose qui arrive, les grands, les nobles, les aristocrates de toutes les classes sont à jamais perdus, non-seulement en France, mais dans toute l'Ehirope; si ce n'est pas en miUe-7, ce sera mille-8. La secousse est donnée : un nouvel ordre de choses va commencer, quand les Français seraient anéantis t »

La nuit du 20 au 21 juin 1791 (page 301), « époque terrible qui a préparé celle du 21 janvier 1793 », Restif devait être spectateur muet, sinon indifférent, de la ftdte du roi et de la famille royale : a Je sentais, au dedans de moi, dit-il, un mouvement tumultueux ; il semblait que l'agitation de ceux qui fuyaient m'électrisAt. » Il assiste aussi au retour de la famille royale, qu'on avait arrêtée à Varennes (page 313) : « Je vis la rentrée de Louis, dit-il, que je regardai dès ce moment comme détrêné ! » Le dimanche 17 juilleti


DS BI8TIF DI LA BHXTORlfl. S83

le peuple se précipite au Champ de marSi pour aigpaer, sur Fautel de la Patrie, une pétition demandant la proclamation de la République. La Fayette est là, sur son cheval blanc. Restif, qui Ta pris en dé- fiance, mais non encore en horreur, entend proclamer la loi mar- tiale : « Les Lameth et les Barnave, qui avaient cru, par là, détourner de ridée de porter la pétition sur l'autel de la Patrie, ne savaient pas qu'ils avaient affaire à des hommes qui ne reculaient jamais. » On tire sur le peuple, c*est-àrdire sur les émeutiers qui attaquaient la troupe, après Tavoir insultée. « Lafayettel s*écrie Restif, que tu es coupable! et toi, Bailly, que tu étais fîEtiblel municipalité, que ta étais tête à perruque!... Je vis ces effets de l'intrigue et de l'esprit de parti, avec indignation, mais elle ne tomba pas, comme celle du peuple, sur la garde nationale. Le peuple ressemble au chien qui mord le bâton, au lieu de la main qui le dirige. »

26 au 27 septembre 1791 : « La Constitution est revue ; ell^ est toute à l'avantage de Louis, il reparait sur son trône, environné d'une gloire nouvelle. Marie- Antoinette goûte un léger mouvement de joie, mais son cœur ulcéré n'est pas content. » Restif maudit la contre- révolution, qui reprend du terrain : « Aussi, tout le corps des mar- chands, dit-il, des tailleurs, des perruquiers, des libraires et sur- tout des anciens imprimeurs, tout ce qui vendait aux riches, et ne vendait qu'à eux, est-il aigourd'hui aristocrate, du moins entre cuir et chair. » Restif ne reprend la plume qu'an mois de juin 1792. L'Émigration continuait; Louis XVI était sollicité de quitter la France et de se mettre sous la protection des souverains étrangers. Les Jacobins complotèrent une invasion du palais des Tuileries par le peuple, sous prétexte de remettre au roi une péti- tion contre le veto. Cette prétendue députation des faubourgs, « dans laquelle s'étaient glissés beaucoup de brigands déguisés n, vint en armes, le 20 juin, et pénétra dans l'intérieur du palais : Restif se trouvait là; il soutient que le roi ne fut pas injurié ni outragé; seu- lement, des gens grossiers l'inritèrent à mettre le bonnet rouge et à boire un verre de vin : « Il le fit gaiement, remarque Restif, et je l'admirai... Telle fut la scène. Il ne fut, en aucune manière, manqué au chef du pouvoir exécutif; on ne proféra aucune injure contre sa Famille, et l'on se retira, vers les six heures, après environ trois heures passés dans les appartements. » Restif déclare que cette dépu- tation était illégale, déraisonnable, mais que » dans une forme convenable, elle était l'exercice du rapport légitime du Peuple au Monarque w.

Cependant, après avoir été acteur dans cette scène scandaleuse, Restif se garde bien de reparaître aux Tuileries, du moins pendant


SM BIBLIOQRÂPHH HàlSONNil DIS OUYEÂGES


la bataille, & la journée dn 10 août 1792. Il n'arrire que qnand on tirait les derniers coups de feu. « Ahl pourquoi ces membres mutilés? s*écrie le Spectateur nocturne, en attribuant aux Chevaliers du poignard la dernière résistance des courageux défenseurs de la royauté. Prétendaient-ils anéantir la classe du peuple? » A Tinstant même, un changement complet s*est fait dans les opinions de Restif, et le malheureux Louis XYI n*est plus qu'un traître (page 361). Voici Tétrange système politique préconisé alors par Restif : « O mes concitoyens I une chose cause nos malheurs, c'est l'incertitude de ceux qui craignent les suites de la Rérolution. Cette incertitude les fait agir par saccade, suivant les événements. Ils retardent la marche, quand ils la voient prompte et fadle. Si les révolutionnaires s'arrêtent et les menacent, eux-mêmes poussent à la roue pour retenir ensuite le char de la Liberté. Par ce moyen, ils font toi^ours du mal. Je pose en fait que le parti que prend une nation, fût-il mauvais, il faut que êw membres poussent tous dn même c6té. Les réfraotaires sont tous dignes de mort, parce qu'ils causent le plus grand des maux, la division. » Ces doctrines sont hideuses; c'est dn Marat tout pur.

MaiB ce n'était pas la conviction, c'était la peur qui dictait à Restif ces effroyables principes. La Terreur est décrétée avec le Tribunal révolutionnaire, lequel, selon Restif « fait tomber difTérentes têtes coupables, ne fûtrce que du crime de division, toigours capital». Plai- gnons le pauvre Restif : il n'a plus la tête à lui, et il craint de la perdre tout à fait sur l'échafaud. Dans la nuit du 27 au 28 août, il est réveillé par une visite domiciliaire. Ses frayeurs redoublent et ne cessent pli)s. Malgré sa prudence et sa pusillanimité, il assistera pourtant à tous les épisodes des massacres de septembre, à l'Abbaye, à la Force, à Bicêtre, et le récit qu'il en fait (pages 371 à 394} est à la fois le plus terrible et le plus extraordinaire qui ait jamais été écrit. Il avait tout vu; malheureusement, il n'a pas tout écrit, a C'est avec impartialité, dit-il, qu'il faut décrire ces événements atroces, et l'écrivain doit être froid, lorsqu'il fait frissonner. »

Restif n'était pas, heureusement pour sa mémoire, du parti des massacreurs.» Ai-je oublié quelque chose de cette nuit fatale, ajouta- t-il, ouvrage des Pétion, des Brissot... et de leur clique, malgré l'hypocrite désaveu qu'ils y ont donné?... Je l'ignore I il m'est trop pénible dé reporter ma mémoire sur ces faits atroces. Ah ! les lAches qui les ont ordonnés, se sont cachés I ils n'osent se montrer... liais on les a vus derrière le voile qui les couvrait I.... » Mais déjà Restif s'eflfraye d'en avoir trop dit. Louis XYI est dans la prison du Temple, et Restif ne peut s'empêcher de rendre hommage k l'hérol-


DS BI8TIP BI Là BBITONIfl. t»


que résignation de l'auguste captif.... Il s*arr6te tout à coup: « Et qu*on ne croie pas, aristocrates ou patriotes, dit-U, que je Tcoille exciter ici, sur son sort, une stérile pitié I Ahl je connais trop la ▼anité de la pitié des honunes, et leur opinion, depuis des années, ne me touche plus I... Je dirai ce qui est : Je ne plains pas Louis. » Et pourtant, il ira souvent, le soir et la nuit, errer autour de la prison, toiyours absorbé dans ses réflexions sur Finstabilité des choses humaines. «Je ne plaignis plus Louis, qu'autant qu'il Tivrait, disait Restif, et qu'il sentirait son malheur. En effet, quelle eût été son existence? Il n'avait pas pris les moyens de vivre paisible, avec la Révolution. Peut-être ne l'avait-il pu; mais quelle existence aurait-il eue avec la contre-révolution, sous la verge des vainqueurs? Abreuvé d'opprobres et de mépris, il aurait végété quelque temps... Oui, la mort fut un bien, comparée au sort que lui eussent ûût sa femme, ses frères, et les rois 1 »

Au 26 décembre 1792, commence le procès de Louis XVI. « Nous vîmes passer Louis, dit Restif. Nous allâmes à la Convention, où le secrétaire (de M. de Liancourt, ex-constituant) me fit entrer. Je vis interroger Louis. Je l'entendis répondre, et je convins, en moi-même, qu'il avait une sorte de sang-froid, que je n'aurais pas eu. » La con- tenance calme et digne de Louis XYI devant ses juges, qui vont être BBè bourreaux, impressionne vivement Restif: « Mon profond éton- nement, dit-il, n'était pas l'effet de mon respect pour les rois, mais de la marche des événements, qui amenait successivement en trois années ce qui n'était attendu qu'en trois siècles. »

Le 15 janvier 1793, à cinq heures du soir, Restif était au Palais- Égalité, lorsque le garde du corps Paris tua le conventionnel Michel Lepelletier, qui avait voté la mort du roi. Restif vit l'assassin s'enfuir et ne chercha point à l'arrêter : « J'aurais peut-être pu faire prendre PAris, en indiquant son passage I » ditril. Le 16 janvier, Restif est à la Convention, pour entendre le plaidoyer de Desèse en faveur de Louis XYI. La veille, il se disait, en examinant quelle pouvait être la défense de l'ex-souverain : « Était-ce de ses crimes pour réta- blir son autorité, qu'on devait défendre un roi, dont on avait réglé et diminué le pouvoir? Personne ne doutait qu'il n'eût fait, pour cela, tous ses efforts, en public comme en secret. Louis était vraiment coupable, en cela, d'entêtement, de cruauté, d'erreur et de parjure. n l'était de n'avoir pas connu ses véritables intérêts, de n'avoir pas vu qu'il n'avait qu'un parti raisonnable à prendre, celui de se jeter dans les bras de la Nation, et de regagner, par sa franchise, par son lèle, par une constitution qui le protégeait comme tous les citoyens, ce qu'il avait perdu en incapacité native, par les mauvais


S86 BIBLipcaULPHIB BÂISONNil BBS OUVRAGES

conseils des aveugles et des sots qui rentooraient O Louis I vous

étiez aveugle, et un roi aveugle est cent fois criminel. » C*était le ré- volutionnaire qui parlait ainsi, pour excuser le crime des révolution- naires. Mais quand Restif se trouve à la séance où Louis XVI com- parait devant ses juges, quand il écoute attentivement le- plaidoyer de Desèxe, il redevient royaliste : il plaint le roi, il le pleure en cachette, et le soir, en sortant du jardin des Tuileries, il ramasse par terre un billet plié, sur lequel il lit, à la lueur d*un réverbère : tt Le pauvre homme est perdu I perdu 1 II ne faut plus le flatter I »

Le 80 janvier, Restif quitta son travail, à Theure du dîner (vers deux heures) et sortit de chez lui, « avec cette émotion inséparable des grands événements ». Il remarque que, dans Paris, tout est tranquille comme à Fordinaire. Le roi était condamné, et Ton nte parlait que de Tassassinat de Lepelletier. « On ne parlait presque pas de Loms. Peu accoutomé aux grands mouvements révolution- naires, se dit Restif qui entre dans plusieurs cafés pour étudier Tétat des esprits, je ne réfléchissais pas assez que le peuple était

déjà à la hauteur de la Révolution I » Il ne se coucha pas, cette

nuit-là, devant aller, avec sa compagnie de garde nationale, former la haie sur le boulevard, à cinq heures du matin; il retourna dans son quartier, où les gardes nationaux commençaient à se rassem- bler. « J*allai prendre ma pique, raconte-t-il, et je me mis à mon rang, quoique harassé de fatigue. Notre capitaine parut à six heu- res. Ma pâleur et mon tremblement firent qu*il me renvoya : « Vous êtes infirme, me dit-il ; ailes vous reposer. » Et Restif quitta son rang en gardant sa pique. Là, nous n*avons plus qu*un carton, qui remplace quatre pages enlevées. Dans ce carton, Restif donne quel- ques détails sur la mort du roi, d'après un témoin oculaire. Ce n'est donc plus son récit primitif, et Restif aura jugé prudent de le faire disparaître. Ce ne sont que des déclamations insignifiantes, destinées à cacher ses véritables sentiments. Après avoir dit que Louis, coupable comme roi, l'était infiniment plus comme particu- lier, il laisse échapper ces paroles, par lesquelles il se défend d'avoir protesté contre le régicide : « On n'est jamais innocent, quand

on a contribué à plonger la Nation dans l'anarchie et le malheur

La Nation a-trelle pu le juger, l'exécuter? Cette question ne peut se faire par un être qui pense. La Nation peut tout chez elle ! » Puis, il ajoute avec amertame : « Concitoyens I posez les vrais principes, et ne vous en écartez plus I Ne confondez plus les temps de révolution avec ceux du règne paisible des lois I » La dernière phrase du carton commence ainsi : « Je suis bon citoyen, doux, humain, point fédéra- liste, encore moins anarchiste, » et U page suivante, qui n'a pas


DS USTIF DB LA BUTORHB. 2«7

été cartonnée, complète cette phrase par un aveu, qui témoigne combien Reetif avait changé d^opinion depuis le commencement de la Rérolation : « Suadé (fin du mot persuadé) de Tinsuffisance des lois humaines, je sens qn*mie société ne saurait exister sans elles ; je sens plus : c*est qu*il n'y faut toucher qu*ayec la plus grande réserve : la secousse que donnent les changements produirait toujours le mal réel et si sensible d*6ter aux hommes leurs habitudes. »

Dans la nuit du 27 au 28 janvier 1793, il se trouve au Palais- Royal, dont toutes les issues ont été fermées pendant que le comité de surveillance de la Convention y fait opérer une visite de police. On espérait y découvrir l'assassin de Lepelletier. Beaucoup de per- sonnes y furent arrêtées. Restif eût été mis en arrestation, s'il n'avait montré sa carte de citoyen. Il était revenu alors à des idées sages et presque morales : les hommes et les événements politi- ques lui inspiraient autant d'inquiétude que de dégoût. Le 26 fé- vrier suivant^ il sortit de chez lui, vers les cinq heures du soir. « Une sombre mélancolie, dit-il, s'était emparée de moi. Malgré les nouvelles du succès de nos armes, certain trouble m'agitait. Était- ce un pressentiment de nos malheurs?... » Il est témoin du pillage des boutiques des épiciers, et il se vante d'avoir fait arrêter plu- sieurs pillards. « Ce sont, ditril, des agitateurs qui viennent émou- voir ce peuple imbécile, ces femmes de bateau, aigries par la peine et qui ne voient, comme l'animal, que le lieu et l'instant présent, qui ont contre l'épicière, mieux habillée, mieux vêtue, la même jalousie qu'une bourgeoise avait contre l'avocate et la con- seillère; que celles-ci avaient contre la financière et la noble. La femme du peuple croit ne pouvoir en trop faire, pour ravaler l'épi- cière à son niveau I » Et c'est en 1793 que Restif ose formuler, im^ primer ces réflexions pleines de bon sens , mais audacieusement contre-révolutionnaires en ce temps-là. Une fois lancé dans cette voie, il ne s'arrête plus; ses yeux se sont ouverts, il reconnaît les dé- plorables résultats delà Révolution, et û ose les maudire : « J'ai-tou- jours vu, dit, pensé, écrit, que le bas peuple, sans instruction, est le plus grand ennemi de tout gouvernement. C'est à lui, c'est à ces êtres stupides, que l'agitateur s'adresse, habillé comme eux. Je ne connais qu'un remède au mal, dans un pays où la populace com- mande : c'est, non le partage égal des fortunes , cela est impossi- ble, et il faudrait recommencer tous les jours, mais la communauté, telle que je la proposais, en 1782, dans mon ArUhropographe, » En 1793, Restif n'était déjà plus républicain, encore moins jacobin, mais il restait communiste.

« Nous sommes à la veille des plus grands malheurs I » écrivait Restif, le 28 février 1793. Des bandes d'hommes armés avaient pé-


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nétré dans rimprimerie de la Chromquêf et briié les pretiee de oe journal ; ils voulaient en faire autant chez Panckoucke, qui imprimait le Moniteur universel, et chez Prudhomme, rédacteur et éditeur des RévoiuH(ms de Paris; mais les ouvriers s^armèrent et défendirent leurs ateliers. « Il reste encore bien des lois de détail à établir, dit Restif en présence de ces dévastations, avant que les citoyens libres jouissent de leur liberté. » Restif fait alors un triste retour sur sa propre situation, depuis le commencement des troubles : « D*abord, Taffaire du Cardinal-Collier, dit-il avec amertume; puis les Nota- bles, puis Calonne, Necker, enfin les États-généraux, TAssemblée na- tionale, la Révolution, première, seconde et bientôt troisième. Tout fut secoué. Je perdis tout ce que j'avais, par non-valeurs, par non- achats, par non-lecteurs ; je congédiai tous ceux que j'occupais , et je fus tout à la fois auteur, imprimeur, assembleur, brocheur, libraire, afficheur, colporteur. Or, un homme qui fait tant de métiers les fait tous mal; c'est ce qui m'arriva. J'étais absolument perdu, quand, au mois de janvier (1793), im homme généreux est venu à mon se- cours. Béni soitrill C'est M. Arthaud que vous connaissez... »

Aces souvenirs, Restif s'exalte, s'emporte, et, sous prétexte dépas- ser en revue les abus de l'ancien régime, il flagelle impitoyablement et bien injustement la Cour, les Ministres, les Magistrats, la Basse- plumaille, les Impôts, la Chasse, les Prêtres, etc. Mais la Terreur marche les pieds dans le sang. Restif tremble et devient, par peur, terroriste. En apprenant les échecs des armées françaises (2 à 4 avril 1793) , il s'écrie : « Périssent tous les traîtres I péris- sent tous les aristocrates de l'intérieur, qui se réjouissent des désas- tres de leur patrie t.. . Mais périssent également les anarchistes, ces insensés qui 'croient que nous pouvons exister dans un état de choses, qui n'est avantageux qu'à eux seuls!» Il se mêle encore aux rassemblements, pour entendre ce qui se disait : a II ne me parut pas, objecte-t-il naïvement, qu'il y eût des brigands. J'y entendis seulement beaucoup de ces ouvriers indisciplinés, qui voudraient taxer les travaux à tel degré de cherté, qu'il serait impossible à personne de faire travailler, à moins qu'il n'y eût qu'une nation dans le monde et, par conséquent, point de concurrence, car lorsque la main-d'œuvre est trop chère dans un pays, tous les arts et mé- tiers tombent, les citoyens se fournissent à l'étranger, et aucun de ceux-ci ne peut acheter de la nation qui a une façon trop chère. Voilà ce que le stupide ouvrier ne conçoit pas. » Restif n'est pas tendre pour l'ouvrier, mais il est impitoyable pour le bas peuple : « La canaille, qui devrait ne plus l'être depuis la Révolution, dit-il, existe encore; elle est même plus dangereuse; il faut que cette génération-ci passe, avant que le peuple soit épuré. Je ne sau-


DS BSSTIF DS LA BRETONNS. M»

rais TOUS exprimer tout mon mépris pour les vauriens qui salissent, dénaturent, déshonorent, empoisonnent les meilleures choses... On croit communément que ce fui l'ambition des rois, des puissants, qui produisit le despotisme? Non, ce fut Vinsolence des vauriens... Ohl combien nous devons en vouloir à la canaille sans mérite, sans capacité, sans vertu, qui nous a réduits à cette cruelle extrémité I »

Conçoit-on que Técrivain qui venait d*imputer à la canaille tous les maux de la Révolution, se fasse tout à coup un des promoteurs du triomphe de Marat, au 24 avril 17937 G*est un carton en onglet qui remplace le feuillet enlevé. Faut-il croire, comme Restif Ta déclaré plus tard, qu*un maladroit ami a travesti ses véritables ' sentiments à l'égard de Marat, en remplaçant le blâme par Téloge, l'indignation par l'admiration? Le triomphe de Marat, « ce patriote célèbre », est raconté d'ime étrange manière : a On a vu que Marat était un vrai patriote, i^oute l'auteur du carton, et que tout ce qu'il a dit, écrit et fait, depuis la Révolution, a été justifié par l'événement. Pour moi, je consacre cet alinéa au triomphe de Marat... On le verra s'exclure volontairement de l'Assem- blée, et, par une conduite pour laquelle il n'a eu l'exemple de personne, joindre le rôle d*accusé à celui d'accusateur. Jamais il n'y eut rien de pareil ; c'est un phénomène sans exemple. Il a con- tinué de faire ce rôle, pendant le reste admirable de sa vie. » Admi- rable t C'est Restif qui ose écrire ce blasphème : il est maratiste, parce qu'il se persuade que Marat est communiste.

Le soir du 6 mai , des groupes se forment de tous côtés : le Gou- vernement demandait 12 mille volontaires, pour faire la guerre en Vendée. Les commis et les clercs de notaires et procureurs refu- sent de s'enrôler, et Restif de s'écrier : « Honneur aux bons soldats I Étemelle infamie aux clercs, aux commis, à tous les lâches 1 » Dans la nuit du 31 mai, la garde nationale se met sous les armes et en- toure la Convention. Les Brissotins sont exclus de l'Assemblée et décrétés d'accusation, quoique inviolables, dit Restif, « eux que nous croyions de vrais patriotes et les plus fermes soutiens de la liberté... Ils nous avaient trompés I Leur conduite postérieure a prouvé leur félonie ; ils ont voulu déchirer le sein de leur mère, ils ont causé à la patrie des maux incalculables. » Restif n'en dit pas davan- tage; les Brissotins monteront sur l'échafaud, il n'en parlera pas: « Passons, dit-il, sur les événements connus : le soulèvement aveu- gle et bien repenti de quelques départements, la fuite de quelques membres arrêtés, leurs manœuvres dans les départements oh ils se sont sauvés. » Mais la nouvelle se répand tout à coup que Marat vient d*étre assassiné. « Qu'a-t-il fallu, dit Restif avec solennité, pour rendre à Marat, habile physicien, médecin intelligent, ardent

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patriote, toute la pureté de sa réputation? La mort, la mort patrio- tique, qu'il a reçue le 13 juillet 1793, entre 7 et 8 heures du soir. » Restif, cependaOït, ne cache pas ses sympathies pour Charlotte Cor- day, au moment même où ces sympathies conduisaient Adam Lux à Téchafaud : C'est « une jeune personne intéressante »; c'est « une flUe vertueuse de la vertu des femmes, c'estràrdire chaste ». Il s*exalte, à cette idée, et s'écrie avec une véritable éloquence : « Il semblait que cet homme, dévoré du feu sacré du patriotisme^ ne dût voir trancher ses jours que de la main d'une vierge I » Le récit de l'assassinat et celui de l'exécution renferment des détails impor- tants, quoique Restif B|B soit tenu éloigné de la place de la Révo- lution. Il faut remarquer, à ce siyet, qu'il ne paridt pas avoir assisté, une seule fois, aux exécutions.

La fête de la République (10 août), à laquelle toutes les villes de France, excepté Lyon révolté, envoyèrent des députations, fut su- perbe, au dire de Restif qui avait voulu en être spectateur ; mais il semble éviter dès lors de se mêlera la politique; il mentionne les événements en simple narrateur. En parlant du général Gustine, condamné A mort le 27 août : « Autant Marie-Anne-Charlotte (Cor- day) avait montré de fermeté, sans affectation^ dit-il, autant Custine parut frappé. Il appela au secours de son désespoir la religion chrétienne. » En parlant de l'exécution des conspirateurs de Rouen (6 septembre), il reporte encore sa pensée vers l'héroïne de Caen, dont il promettait de raconter l'histoire dans l'Année des Dames : « Je vis sortir ces huit malheureux, à midi; je les observais en fré- missant. J'ai toiyours vu que, Marie-Anne-Charlotte exceptée, tons les êtres pensants qui allaient à la mort étaient moitié morts déjà. >» Au 9 octobre 1793, il se borne à énumérer, sans aucune réflexion, les événements qui se sont succédé depuis le 7 septembre, jus- qu'au début du procès des Girondins, décrétés d'accusation par la Convention, « qui cherche à s'épurer». La Montagne l'emporte; Robespierre et ses complices vont pousser la Révolution aux dernières extrémités, et l'échafaud est en permanence, pour travailler sans relâche à l'achèvement des hautes œuvres du Tribunal révolution- naire.

Restif s'épouvante de cet état de choses; il tremble d'être dé* nonce, poursuivi, arrêté et jugé; il croit prudent de se faire d'avance un témoin à décharge, en consignant dans son livre, sous la forme d'un credo, la profession de foi politique de l'Auteur : «Je crois que la vraie Représentation nationale est dans la Montagne; que les Jacobins et les clubs patriotes dans le même sens , ceux qui pensent comme eux, sont les vrais patriotes ; que les Pétion, etc., loués il y a un an, étaient des traîtres ; que Marat, Robespierre, etc.,


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ont sauTé la patrie; que les exécutions des 8, 3, 4, 5 Septembre étaient malheureusement nécessaires, surtout pour les prêtres ré* fractaires, les laïcs contre-révolutionnaires, etc.; que la mort de Louis Capet a été juste et nécessaire, et qu'en le défendant, comme on Ta dit dans cet ouvrage, on n'aurait pas dû néanmoins le sau- ver, mais seulement prouver à la Nation que son intérêt était que le dernier tyran des Français périt ; que lorsqu'on a dit qu'il n'était pas tyran, étant né sur le trône (Restif se dément ici lui-même), On a seulement voulu dire qu'il n'y était pas monté par violence ; mais On soutient qu'à présent tous les anciens rois français doivent être nonmiés des tyrans; que les journées du 31 mai, 1,2, 3, 4 juin, etc., 3 et 10 octobre, qui en ont été la suite, ont sauvé la patrie ; que le crime de Marie-Antoinette, de Brissot, etc., est constant, et que la Commune de Paris a bien mérité de toute la République, par sa vigueur, son zèle et son brûlant patriotisme. » C'est l'auteur du tome XVI des Nuits de Paris, qui se corrige lui-même, en se cachant sous le pronom personnel indéfini On,

Après cette horrible profession de foi politique, Restif se tran- quillise un peu, et il continue à enregistrer les événements, en se gardant bien de se montrer tiède ou indécis dans ses opinions révo- lutionnaires. Il mentionne l'arrestation et la condanmation de Oor- sas (7 octobre), qui avait été presque son ami ; pas un mot de pitié ou de regret : u U dit (croit-on), que sa mort serait bientôt vengée. Le président ne répondit que deux mots : Emmenex T accusé t II fut exécuté à 3 heures. » Mais le procès de Marie-Antoinette lui rend un peu de courage : il ose s'en occuper, recueillir des renseigne- ments et les conserver pour l'histoire ; les deux pages qu'il a écrites sur la mort de la reine sont si curieuses, que nous allons les transcrire comme un précieux document historique :

« Le 4 de la 3« décade du premier mois (14 octobre) , Marie*Antoi- nette est au Tribunal révolutionnaire. Elle sent enfin, cette femme hautaine, dans toute sa force, ce mot d'un ancien : Nt/AicfTUMt a me oHcnvm. Rien d'humain ne m'est étranger, pas même le malheur et la honte...EteUeraméritéeI Marie-Antoinette d'Autriche, de Lorraine, interrogée, ajouta, aux mots exprimés, sa qualité qui ne fit aucune impression. Ses réponses furent courtes, par oui et par non : quelque- fois elle ajoutait : « Cela n'est pas ainsi. » Elle donna, entre autres, une réponse par écrit. Le président lui observa que ce n'était pas l'usage et lui renvoya son écrit par son défenseur officieux. Et elle dit la chose de bouche, sans lire. Ceci était relatif à une inculpation grave, au sujet de son fils. Son interrogatoire, commencé le lundi 3, continué le 4, a fini le 5, à 3 heures du matin. Elle a été jugée à 4 heures. On l'emmena dans sa prison* Elle a demandé à ses défen*


SM BIBLI06IULPHIX RAISONNES DES OUVRAGES

seun si elle n'avait pas montré trop de dignité dans ses réponses. Vou* landi au nom du Comité de sûreté générale, a demandé que see deux défenseurs officieux fussent retenus, pour savoir d'eux si elle leur avait confié quelque chose. Ils ont assuré qu'elle avait conservé une dissimulation profonde. Elle se coucha et dormit environ deux heures. Elle prit du chocolat. Elle a été deux heures, avec Tecdé- siastique. Elle fut habillée de blanc, avec un petit ruban noir pour attacher son bonnet. Elle n*a point demandé à voir ses enfants. Elle est sortie du Palais-justice, à 11 heures et demie. Elle avait demandé un carrosse. Elle avait été mise dans la voiture, avec un confesseur, vieillard blanchi. Elle s'est tenue fort droite et n'a point parlé au prêtre en particulier, quoiqu'elle lui ait répondu quelque- fois. Elle devait être pâle, comme toute femme qui a mis beaucoup de rouge et qui a passé par de grandes angoisses. Elle a été exécu- tée, vis-à-vis la statue de la Liberté, place de la Révolution, à midi un quart, pour avoir u constamment travaillé contre la Révolution ; u tenu un Comité autrichien à Paris ; engagé son mari à fuir à « Varennes; ouvert seule et fermé toutes les portes; avoir, à son « retour, continué à conjurer ; corrompu des membres constituants, N pour la révision de la Constitution , pour en détruire l'effet, etc. » Elle est encore accusée d'un crime horrible, qu'on a fait entrevoir plus haut. Interpellée de répondre, elle nia, ajoutant avec un regard sur le peuple : « Cela est impossible; j'en appelle à toutes les m^ rest » Elle n'a pas, comme Marie Stuart, décliné le tribunal. On dit qu'un jeune gendarme, dans la prison.... Mais ceci n'est pas prouvé. On saura mieux toutes les circonstances, dans quelque temps. Son corps a été emporté sur-le-champ et mis dans la chaux. Périssent tous les tyrans, soit reines , électeurs, landgraves, margraves, czart, sultans, dairis, lamas, papes, etc., etc. Amen! amen!

« P. S. — Elle était évanouie, au moment du coup, à ce qu'on dit. On a arrêté un ex-gendarme, qui trempait son mouchoir dans le sang. Exaltation, tête perdue. »

Ainsi finit le tome XVI des Nuits de Paris, Plus tard, Restif men- tionna encore quelques faits postérieurs dans 4 pages supplémen- taires , le tout précédé d'une correction que les circonstances ren- daient assez importante pour lui; au bas de la page 448, qu'il avait cartonnée, il atténue et modifie le sens de la phrase, en ajoutant cette demiàre ligne : point désorganisateur, quoique per-, pour rat- tacher la page 448 à la suivante. Le quoique est un palliatif qui ôte à la phrase ce qu'elle avait de trop modéré et de trop réactionnaire. Il parait trës-préoccupé du procès des Girondins : « Vergniaux, dit-il, a fait hier, quintidi, un discours, de cinq quarts d'heure, très-véhé-


DI RISTIF DE LA BRETONNE. M

ment, mais je n'en ai encore aucune connaissance, n'ayant pu l'en- tendre. » Il est moins réservé sur la question du nouveau Calen- drier de la République, établi, pour le premier mois, à commencer le 27 septembre (vieux style), qui est devenu le !•' de la !'• décade de l'an II de la République, autrement, le !•' de vendémiaire : « On sait, dit-il, que j'avais proposé de faire commencer l'année au 21 ou 22 décembre, au moment du solstice d'été. J'y proposais de changer les noms des mois, de les égaler les uns aux autres, etc. Les noms que je leur donnais étaient primobre (du 22 décembre au 22 janvier)^ duobre, iriobre, quariile, quintile, sextile, septembre (du 22 juillet au 22 auguste), octobre, novembre, décembre, unzobre, douzobre (ce dernier, du 22 novembre au 22 décembre). Les noms donnés par le nouveau Calendrier sont plus heureux. » Ces pages supplémentaires se terminent par le jugement du Tribunal révolu- tionnaire dans le procès des Girondins, et par leur exécution : « C'est ainsi, dit Restif en déguisant ses angoisses et son ef&oi, qu'ont fini ceux qui n'avaient pas marché droit et franchement dans le sens de la Révolution. »

On comprend pourquoi Restif ne songea pas à continuer ie$ Nuits de Paris; d'abord, il ne courait plus les rues pendant la nuit, dans la crainte de se faire arrêter comme suspect, malgré sa carte de citoyen, qu'il exhibait à tout propos, pour s'en faire une sauve* garde ; il ne sortait plus même le jour, et il se tenait caché, tantôt chez sa fille Manon, tantôt chez sa fille aînée. M»» Auge, qui avait enfin divorcé (septembre 1793), mais qui n'était pas délivrée des per- sécutions de sonpremiermari. u J'allais dîner une fois par semaine, dit Restif (tome XVI des Nuits, page 546), avec l'ami qui me don- nait le moyen d'achever d'imprimer mes ouvrages commencés, M. Arthaud, dont l'épouse a succédé à la Marquise des quatorse premiers volumes des Nuits* » Nous avons pu découvrir quel était cet Arthaud, que Restif nomme deux fois, à titre de bicotifaiteur, dans les Nuits de Paris, et qui n'est pas oublié dans Monsieur Nico- las ; « Ce fut en 1788 , dit-il (tome XI, pag. 3191 et suiv.) que je connus le citoyen Arthaud, de Lyon^ homme instruit et homme de goût (Voy. ses ouvrages, dans la France littéraire, de Quérard, qui le nomme François Artaud), solide en certains principes philoso- phiques. Je le conduisis chez la comtesse de Beauhamais, qui le goûta beaucoup... En 1792, au moment où j'étais dans le plus grand embarras, par une banqueroute que j'essuyais, mon nouvel ami, pauvre auparavant par un effet de son insouciance, hérita d'un oncle riche et vint à mon secours. Mais bientôt, par un effet de l'état ac- tuel des choses, une fortune, presque immense, se réduisit en ins- criptions, et je me retrouvai plus bas que je n'étais auparavant. Le


S94 BIBLIOORAPHIE BÂISONMÉE DES OUVEJlGSS

citoyen Ârthaud voulait servir la chose publique. Il donna diflérenta diners, pour exposer ses idées aux députés qu*il y invitait. » Cet idées étaient certainement celles de Restif, qui aurait pu se repen- tir de parler trop devant témoins.

Il est pourtant certain que, jusqu*à la fln de la Terreur, Restif se mit absolument à l'écart de tout et de tous. Un jour, en pleine Terreur, il vit arriver à la porte de la petite imprimerie qu*il avait encore rue de la Bucherie, n9 27, le commissaire de police Hue, avec deux hommes de police : «Enfin, mon tour est venu! » pensait-il. On venait mettre les scellés chez lui , à la requête de sa femme, qui de- mandait alors le divorce, en se fondant sur l'incompatibilité d'hu- meur. Il frissonnait pourtant, car il savait que le Comité de salut public pouvait lui reprocher certains actes et certaines paroles : « J'avais, dit-il, parlé à notre tribune du Panthéon; j'avais réclamé en faveur du ministre Roland , auquel le Peuple souverain et sans- culotte avait retiré sa confiance. Je craignais qu'on ne s'en sou- vint, et alors j'étais perdu. » Mais, par bonheur, il ne s'agissait que d'une affaire purement civile, Agn^s Lebëgue ayant réclamé , avec plus d'imprudence que de perfidie, une constatation régulière des biens de la communauté. Restif ne put s'empêcher d'exprimer hau- tement son indignation contre la requérante, tandis qu'on mettait les scellés. « Hue visitait révolutionnairement, raconte-t-il, pendant que le greffier écrivait le procès-verbal. Il lut, entre autres, toutes les lettres, oubliées dans un tiroir, du citoyen Beaumarchais, rela- tives à une Camille. J'en Ais très-fâché. Je les ai détruites depuis, en écrivant dessus l'histoire de mon divorce. Mais il ne trouva pas, heureusement, la dernière réponse du ministre Roland, cachée au fond. On ne me trouva ni argent ni assignats. On mit le scellé sur rien, pour la conservation des prétendus droits de MUe Agnès Le- bëgue, qui avait abandonné sans motif, pillé, ruiné la maison 1... Elle se désista du scellé, sans inventaire, à la réception de deux lettres, aussi vraies que terribles, que lui écrivirent ses filles... Le divorce iîit enfin prononcé. L'avoir demandé est le seul plaisir que m'ait fait Mu« A. L.. depuis trente ans. i» {Monsieur Nicolas, tome XI, pag. 3217-19.)

Restif avait compris enfin ce que c'était qu'une Révolution. Il en avait horreur, parce qu'il se sentait, à son tour, exposé aux foreurs de la démagogie ; il pouvait, d'tme heure à l'autre, être conduit au Tribunal révolutionnaire. Combien il regrettait alors l'ancien régime, qu'il avait tant maudit et accusé I II restait socialiste , communiste, mais il n'était plus républicain. Il ne respira qu'après le 9 Ther- midor. C'est dans le tome XV de Monsieur Nicolas qu'il faut cher- cher le revirement d'opinion, qui s'opérait en loi depuis cette époque.


DE RESTIF DE LA BRETONNE. 305

Il pMse en revile les prineipavz éTénements de la RéYolutioo, et il lee présente comme on « exemple mémorable d*ime politique de liasard, eouveat contraire aux réglée de la prudence, maie où les Français, Phaétone nouTcauz, ont été emportée par les événements, comme le fils d^ApoUon et de Climène le ftit par les chevaux trop vigoureux du Soleil ».'Ne revenons pas, avec lui, sur les récits, sur les impressions, qu'on trouve dans le tome XVI des Nuit» de Paria, malheureusement cartonné : « Les cartons, dit-il, faits du temps de la Terreur, ont défiguré ce volume, oh le procès du roi et Marat étaient présentés sous les couleurs convenables. Je réparerai cette faute, dans un ouvrage de vérité.» {Mmuieur Nicolas, tomeXV, page 4323.) Cet ouvrage de vérité n*a jamais paru ; il faut donc nous en tenir aux notes sommaires que Restif a intercalées dans sa PoHiiqw; nous allons en donner Textrait, à partir du procès de Harie-Antoinette. Restif, ne craignant plus les mesures acerba de la justice révolutionnaire, est redevenu républicain, en 1797, et Tennemi acharné de la noblesse et du clergé.

Il ne se souvient pourtant qu'avec exécration du procès de la reine : « Les hommes dont rougit la France se distinguèrent par une cruauté sans but, comme sans exemple ; ils firent traîner igno- minieusement à Téchafaud, en charrette, une Reine I... Une nouvelle horreur succéda : Elisabeth, sœur de Louis XYI, est vouée à la mort encore plus capricieusement que sa belle-sœur. Elle fut tirée du Temple; on la mit inhumainement d*une quasitriacombe de 89, et elle ftit exécutée la dernière I... » (Tome XV, page 43(M).) Ce n*est pas en 1794 que Restif eût osé écrire le chapitre intitulé Chute des premiers intrigants (pag. 4361 et suiv.) : « Disette justitiam numiti. La Révolution était bonne, mais ils n'étaient pas bons, ceux qui la

faisaient C*étaient les Hébert, les Momoro, la Commune et leurs

complices, qui avaient précipité la mort impolitiquement crueUe d'Antoinette et d'Elisabeth. Ces infâmes oontrenrévolutionnaires, après ce coup atroce, devinrent insolents et lassèrent bientôt la pa- tience de scélérats plus puissants qu'eux... Ils périrent et souffrirent autant que leurs principales victimes, Marie^Antoînette, Elisa- beth I... » Restif avait jugé, avec beaucoup de bon sens, que « la mort d'Hébert et de ses complices était l'annonce de celle de Dan- ton, Lacroix, Camille (Dumoulin), Chabot, et des autres meneurs qui, depuis si longtemps, dominaient la République ». Il prévoyait donc que ces hommes, «qui avaient violé l'humanité, » dit-il, devaient périr. Mais, la Terreur n'existant plus, Restif ne courait aucun dan- ger à se faire terroriste : « Hél que, d'après ceci, le perfide aristo- crate n'aille pas s'imaginer que je regarde comme injuste la mort de tous ceux qu'ont fait guillotiner les terroristes et les buveurs


tM BDilMBÂran RilSONNil DIS OUTBàOBS

de MagI La plajMurt d« oeiiz qui ont péri étaient coupables... Qui- conque dans une févolution tire en sens contraire duGonremement et de la marche générale, est digne de mort, et tout au moins de déportation. »

Le chap. 53 est intitulé : Tremble, Bobeepierrel ton tour e$t venu! « Danton est morti Robespierre, Timprudent Robespierre s'est 6té ses plus fermes appuis. Tandis qu'on le croit au fsdte de la puis- sance, sa perte est jurée. Par qui? par des patriotes... Robespierre et consorts, quoique soutenus par la Commune et par l'inepte Han- riot, commandant de la garde nationale, place qu'il avait méritée par son crime, Robespierre fut accablé par le nombre et périt ; il

fut traité comme il avait traité les autres, et mis hors la loi Je

l'ai TU passer dans la grande salle du Palais de justice, porté sur un brancard, accablé de douleurs physiques et morales, qui n'inspi- raient de pitié à personne. Aucun guillotiné ne Ait aussi malheu- reux; il soufirit plus que cent d'entre eux n'avaient souffert I »

Chap. 54. La Commune guiUoHnée, « On rit ensuite périr cette infâme Commune, chargée de crimes... »

Chap. 55. Aveuglement des succeeeeurs de Robespierre, « Un nou- veau Gouvernement commence. Aussi aveugle que l'ancien, il ne connaît qu'un moyen de réparer le mal, c'est de faire tout le con- traire de ce que les précédents meneurs avaient fait..B£ais tout ce que Robespierre et ses complices avaient fait, n'était pas mal. Aussi, en faisant tout le contraire, navra-t-on la République, d'une plaie incurable. »

Chap. 56. La Famine, c Le» lâches aristocrates, forts de la fai- blesse du (Gouvernement, travaillèrent le peuple, la gent mercantile, la classe des cultivateurs, etc. Tout fut bouleversé. L'assignat, auparavant au pair, tomba, avec une ruineuse et scandaleuse rapi- dité!... Il fallait plutôt faire piler dans un mortier, depuis les pieds jusqu'au crâne, le premier scélérat qui avilirait le papier-monnaie, le premier scélérat qui vendrait cher à raison de cet avilisse- ment!... » Restif ne se connidt plus, dès qu'il songe à cette baisse subite du cours des assignats, cause de sa ruine et de sa détresse : « J'ai compté mes morceaux, dit-il, et la faim dévorante habituelle m'a longtemps pressé de son aiguillon... Conventionnels ! Vous, pré- tendus humains, que vous avez été cruels! Je vous pardonne; mais la postérité vous pardonnerartrclle?... Quoi! le Corps-législatif, con- tent de se mettre au-dessus du revers commun par son salaire, est demeuré spectateur impassible de la subversion générale.... On le maudit!... »

Chap. 67. La Nouvelle Constitution, « On espérait dans la nou- velle Constitution. BUe est rédigée, proposée, établie. Ceux qui crai-


DI RI8TIP DS LA BRITOlfHB. »7

gnaift&t la misère Tont acceptée aTcnglément^ hâtiTement, et le mal empire horriblement.... On sait quelles furent les suites de rinsur- rection de Vendémiaire? Il j eut une crise terrible, où Taristocratie eut encore le dessous... La famine, qui avait commencé dès 1794, et qui dura deux années entières, produisit le trouble du !•' prairial, la mort de Ferraud, tout ce qu'on a vu... I » C'est aux aristocrates que Restif attribuait cette £Bunine de deux années !

Chap. 58. Triomphe des armées françaises, « Quelle mémorable guerre que celle oh se sont immortalisés les Buonaparte, les Piche- gru, les Scberer^ les Jourdan, les Moreau et tant d'autres I n

Chap. 59. Désùrdre des finances; sa Cause fiitUe. « C'est le mauvais état de nos finances, qui nous tue. Mais qui l'a causé? Ces exécra- bles dépréciateurs du papier-monnaie, qui lui ont 6té sa valeur ûxe,

pour agioter Quoil ces assignats, si commodes, surtout pour les

grosses sommes, sont une mauvaise monnaie? Bh! pourquoi? — C*est qu'on ne peut la réaliser. — Mais, en la réalisant, l'or se chan- gera-t-il en comestibles, en draps, en souliers? »

Chap. 60. La mt^veiUance en est la véritable cause, « Je vois la vraie raison du discrédit des assignats (les mandats sont la même chose) que tu décries, vil ennemi public I C'est que tu ne peux envoyer les assignats aux émigrés. Voilà une des véritables causes, qui te les a fait déprécier Tout Français qui a favorisé ce décri par ses dis- cours ou ses actions, est un mauvais citoyen, un scélératqui mérite la mort! » Le pauvre Restif n'a plus conscience des plus simples no- tions du juste et de l'injuste : il est malheureux , et il attribue aux royalistes le discrédit des assignats, comme il attribuait la ûuEuine aux aristocrates.

Chap. 61. Prétendu système <f humanité. Restif a perdu tout ce qu'il possédait, tout ce qu'il avait amassé avec tant de peine et de labeur; il s'irrite, il s'indigne, il s'emporte contre le Gouvernement, qu'il accuse de modérantisme, comme au beau temps de la Terreur: « Depuis l'exécution de Robespierre, tombé victime de gens dont plusieurs ne le valaient pas, et celle de la Commtme, oU tout était coquin, gangrené, même ceux qu'un crédule vulgaire regardait

comme honnêtes gens, il n'y eut plus d'exécution, dit4l Je suis

terroriste, moi, et je m'en fais gloire, pour le crime I Maudits soient les prétendus compatissannts pour le crime, qui épargnent la vie d'un coupable, pour faire périr un million d'innocents I... » C'est le système de Marat, ce sont les propres paroles de Marat. « vous qui gouvernez aujourd'hui, s'écrie-t-il, en s'adressant aux membres du conseil des Cinq-Cents, punissez terriblement le premier abus à conséquence funeste, punissez-le de mort! Faites trembler, pour son avantage, pour son intérêt, pour son salut, ime Nation immorale


»8 BIBLIOGRAPH» RAISOIINÉE DES OtTEAGXS

et agioteuse! » Ce sont ioiyoun les dépréciateurs du papier-mon- naie que Restif veut atteindre, et il propose un nouYeau système, naïf plutôt qu'empirique, pour le rétablissement de la confiance dans les assignats.

Ghap. 66. Encouragement au Corps-légishHf, au Directoire exé- cutif. « Représentants de la Nation, et tous, braves Directeurs I de l'énergie ! C'est le courage seul qui peut nous sauver tous ! N'épar- gnez pas l'ennemi; enlevez tout, pour faire marcher votre gouverne- ment (et c'est ce que fait le héros Buonaparte); qu'il soit ferme, absolu, militaire, pendant toute la guerre et quelque temps après ! la justice, c'est notre conservation, qui vous est confiée! » Restif trouve le moment bon, pour oftrir sa panacée au Gouvernement, c'est-à-dire l'organisation du communisme. Voici comment, après avoir exposé son système tel qu'il l'avait déjà développé dans fii»- ihropographc, il invite le Gouvernement à se mettre au-dessus de la Constitution : « En attendant la communauté générale, le véritable et parûdt républicanisme , qui nous adjoindrait en peu de temps toutes les nations, vous n'avez pas d'autre moyen de nous bi«i gou- verner, que d'adopter ce que je vous propose ici : une autorité abso- lue à votre gouvernement : autorité qui contiendra et le hbertimttfne du jacobin et l'incurable anHpatriotitme de l'aristocratie; le Gou- vernement absolu est le seul capable d'effectuer le bien, de disci- pliner les armées, d'obliger les fonctionnaires publics à remplir leurs devoirs. »

Les conseils de Restif n'avaient été que trop entendus; mais le coup d'État du 18 fructidor 1797 ne réussit pas à la majorité du Direc- toire, qui avait voulu violer la Constitution. Quant au communisme, il avait été condamné comme doctrine subversive et antisociale, avec son principal organisateur Calus-Graochus Babeuf, qui conspi- rait^ pour le faire proclamer loi de l'État, dans une Saint-Barthélémy des riches et des aristocrates, « au son de la trompette ». Après l'exé- cution de Babeuf (17 mai 1797), Restif, qui était devenu l'adepte le plus enthousiaste de cet atroce utopiste, en lisant son journal te Tribun du peuple, cessa tout à fait d'écrire sur des sujets politiques et n'espéra plus voir, avant sa mort, l'avènement de son cher com- munisme.

Restif, en annonçant les xvi parties des fruits de Paris, dans le treizième tome de Monsieur Nicolas publié en 1797, s'est chargé lui- même de mettre en valeur, par cette espèce de prosopopée prophé- tique, la nouveauté, l'intérêt et le mérite de son livre, « contenant 366 nuits ou une année intéressante des NuiU de Paris, recueillies en vingt ans » : a Ce vaste ouvrage est le vrai Tableau nocturne de Paris, dont on présente les mœurs, comme autrefois Pétrone peignit


DE RSStIF DK LA. BBSTONNE. «99

celles de Rome à ses contemporAins ; mais tes Nuits oninne manière moins satirique et plus décente... Dans la siiite des siècles, lorsque cette grande ville, contre laquelle tout semble conjuré, aura subi le fiort commun des vicissitudes humaines, les Français la regret- teront en pleurant et liront avec intérêt tout ce qu*on en aura écrit; ils diront : « O Départements! quel était votre aveuglement « insensé de jalouser Paris I Quoi ! vous regardiez la capitale de « votre République comme une ville particulière, tandis qu*elle « n'était que votre point de rassemblement à vous tous qui compo- te sez la République française? C'était la France en représentation K permanente, par la réunion de tous ses peuples... Malheureux! « vous avez détruit la mère commune qui vous réchauffait dans son <« sein ! » Ainsi se parleront les Français de 2093 ; ils recherche- ront tout ce qui eut rapport à la reine du monde, et le seul nom de Paris à la tête d'un livre suffira pour le rendre précieux... Les Nuits de Paris peignent, sans recherche et sans prétention, les mœurs des Français, à la fin du règne des rois, et présentent l'état de la capi- tale sous le gouvernement des lieutenants de police, Sartine, Lenoir et Decrosne. On y voit les abus et les avantages de la civilisation. Tout y est passé en revue, moins par les discours, que par les faits. »

Ce grand ouvrage, essentiellement parisien, a toiyours été re- cherché, alors même que les œuvres de Restif étaient encore dé- criées, négligées, et presque inconnues de notre génération. On connaissait, au moins de réputation, les Nuits de Pétris^ sans les avoir lues, et on en faisait cas, sans les lire beaucoup. C'est, en effet, un livre unique, qui représente la physionomie morale de Pa- ris vers la fin du dix-huitième siècle. Il ne manque à ce livre pré- cieux, pour faire un tableau complet, que des détails sur les monu- ments et les objets extérieurs, que Restif ne dépeint jamais et qu'il se contente de citer, comme si chaque lecteur devait les avoir sous les yeux. Au reste, Restif n'avait aucune idée, aucun sentiment des arts ; il n'étudie, il n'analyse que le cœur humain. On dirait qu'il ne voit pas le cèté plastique des scènes qu'il représente ; U décrit volontiers un portrait physique, il caractérise surtout la beauté chez les femmes, mais il ignore absolument ce que c'est que la des- cription pittoresque dans une œuvre littéraire. Les Nuits de Paris rachètent avec usure cependant ce qui leur manque au point de vue descriptif. «Les Nuits de Paris, dit-il {Monsieur Nicolas^ p. 4736), sont une de ces productions majeures, une de ces vastes composi- tions destinées à peindre les mœurs d'une nation ; ce qui rend cet ouvrage important pour la postérité, par la vérité des faits. J'ai été


aeo BIBLIOGRA.PHII RAISONNES DIS OUTIUGIS

vingt aai à les recaeillir ; olu^iie matin, j^écrivais ee que j'avais tu laveille. »

La muse qui Tinspirait, comme nous l'avons dit plus haut, fut la belle marquise de Montalembeirt, que Restif n'avait vue qu'une fois dans un diner auquel l'invita Le Pelletier de Morfontaine, et dont tous les convives s'étaient donné des noms et des qualités de cir- constance, pour ne pas intimider l'auteur des Contemporaines, qu'on voulait, en quelque sorte, prendre sur le fiait de ses excen- tricités. Cependant il dit quelque part, peutétre pour dérouter les curieux et les indiscrets, que son héroïne était la marquise de ICa- rignj. Marignj ou Montalembert, Restif devint réellement amou- reux de sa Marquise. Il avait osé l'immortaliser dans les inscrip- tions latines qu'il gravait sur les murs et les parapets de l'Ile Saint-Louis, inscriptions que la Police a fait gratter impitoyable- ment. Les gravures des Nuits de Paria nous ont conservé son image, qu'il ne faut peut-être pas regarder comme un portrait.

Quant au principal personnage que Restif a placé auprès de la Marquise, sous le nom de M. Du Hameauneuf, c'est le comte ou sieur . de Villeneuve, qu'il avait rencontré ches la comtesse de Beauhar- nats et dans plusieurs maisons aristocratiques : « C'était une espèce de fou, dit-il, agréable, généreux, qui aimait à se laisser gouverner par les femmes. »

Il n'y a eu qu'une contrefaçon des Nuits de Paris sous ce titre :

N* 2. — Les Nuits de Paris, ou l'Observateur noc- turne. Par M. Rétif de la Bretone, auteur des Contem- temporaineSf du Paysan et de la Paysane pervertis. (M6me épigraphe.) A Londres, et se trouve chez les principaux li- braires de France. 1799. 14 parties en 7 volumes, chaque partie ayant sa pagination spéciale.

Le contrefacteur a mis, au verso du titre de son premier volume, cet avis <fun libraire : « Je donne avec plaisir mes soins et mon temps à l'impression d'un livre, quand je crois qu'il peut être utile. J'ai trouvé celui-ci non-seulement utile, mais philosophique et sail- lant, trois qualités rarement unies dans les ouvrages publiés de nos jours I Je me crois obligé d'avertir qu'on ne trouvera, dans les premiers volumes, que des traits particuliers, non que l'auteur ait évité de les employer d'abord, mais n'y apportant pas alors l'atten- tion qu'il y a donnée depuis. L'intérêt de cet ouvrage, vraiment neuf, ira donc toujours en croissant. » Le contrefacteur s'est


DS BB8TIF DE LA BRBTONMS. 301

abstenu de reproduire Torthographe singulière de Restif de la Bretonne.

On peut être surpris que les Nuits de Paris niaient pas été réim- primées, ni du virant de Tauteur, ni après lui. Mais son petit-flls, Victor Vignon, voulut donner une suite à cet ouvrage déjà si volu- mineux, et il fit paraître, sous le titre de : Nouvelles Nuits de Ptais^ une série d^articles de mœurs dans le Panorama littéraire^ journal hebdomadaire, publié, en 1824 et 4825, par Gtouriet et B. Saint- Edme. Il ne faut pas oublier de rappeler que les Mystères de PÔris^ par Eugène Sue, ont été incontestablement inspirés par les Nuits de Paris, de Restif de la Bretonne.

Les Nuits de Paris n*ontété traduites en allemand que par eitnûts, en 1788-91, 3 vol. in-8o.

XXXV

N^" i. — LA FEMME INFIDELLE. A la Haye, et se trouve à Paris, chez Maradan, libraire, me des Noyers, iV* 33. 1788^ Quatre parties en 4 vol. m-i2^

La pagination, qui comprend les titres, mais non les faux-titres des quatre parties, n*est pas interrompue, et va du chifiVe 1 à 979. Le fleuron varie sur le titre, à chaque partie : !<> deux oiseaux sur une branche ; 29 un Amour se transperçant le cœur ; 3^ des fleurs dans une draperie ; 4» un bouquet de roses.

Lorthographe de cette édition est presque régulière, ce qui donne lieu de supposer que l'impression n'a pas été faite sous les yeux ni par les soins de Restif.

Cet ouvrage était imprimé dès l'année 1786 , mais la publication n'avait pas eu lieu, par des circonstances que fait supposer la nature même du livre. Les premiers titres, qui furent supprimés, quand le livre parut, pour ainsi dire, sous le manteau de la chemi- née, avaient été faits ainsi : La Femme infidelle, par Maribert-Cour- tenay. A Neufchdtel, et se trouve, à Paris, chez la veuve Duchéne, rue St-Jacques, 1786. Les fleurons qui ornent ces titres diffèrent dans chaque volume; première partie: des génies offrant un sacrifice à la déesse Hygie, avec ces mots : Saluti Delpkim; seconde partie : griffbn volant; troisième partie : une étoile; quatrième partie :

< 31 Ar., SoUr, 1860. — 12 tr. br., mauvais état, Langlois, 1872. — 239 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874.


302 BIBLI06RÀPHIS BÀISOMNÉB DSS OITVEÂGKS

(ce titre nous fait défaut; il est donc plus rare que les autres). Chaque titre présente une épigraphe qui n'a pas été consenrée sur les nouveaux titres, datés de 1788 ; première partie : « Toute fille restera fille toute sa vie, quand il y aura des hommes sensés ; » deuxième partie : « Por bien que hable la Muger Mejor le quadra el callar ; » troisième partie : Quàm pia cura Deùml prodest crudeUor Uxor, Et quum Fata volunt, bina venena juvant » Auson., epig. 10. Nous n'avons pas eu sous les yeux le titre de la quatrième partie.

Le nom du prétendu auteur, Maribert-Courtenay, qui a été enre- gistré dans les Annales de l'Histoire littéraire (il est cité^ à son rang alphabétique, dans la France littéraire, de J.-S. Ersch), quoique les bibliographes ne se fussent pas mis d'accord sur le sexe de cet auteur, se trouvait en quelque sorte authentiqué par cette déclara- tion, qui suit l'Avant-propos, et qui donne un état civil à Maribert- Courtenay :

« Comme mon nom est absolument nouveau dans la littérature, il faut le faire connaître. Ce n'est pas de la ville de Courtenay que je le tire, mais d'un franc-aleu, borné à l'est et au sud-est par le flnage de Saci ; au sud, par celui de Vermanton, etc., etc. Ce frano- aleu fut donné, par un seigneur de l'illustre maison de Courtenay, à Maribert I, son bâtard, Siont je descends. »

La préface, signée Maribert-Courtenay, commence ainsi : « La

FbMMB INFinÀLE, ou LA FbMMK LBTTIUBB, OU LA FbMMK UONSTRB

(l'Auteur a balancé entre ces trois titres). Un écrivain connu, mon compatriote, a peint, dans ses ouvrages, la vie commune et non la vie chimérique et romancière. Je déclare que je veux en faire au- tant, en rapportant les véritables lettres que j'ai sous la main, c'est- à-dire leur historique seulement ; car j'en supprime, et il en est de perdues, que je rétablis de mémoire, les ayant lues ou entendu lire. L'utilité est mon premier but : rien d'utile que le vrai ; le second est la justification d'un ami. » C'est, en effet, un recueil de lettres écrites par Restif à sa femme et à ses maîtresses, ainsi que par sa femme, Agnès Lebègue, et par les amants ou les amis de celle-ci, qu'il appelle Jfmo Jean de Vert, Ces lettres reproduisent en partie, et avec de nouveaux détails, les désordres du mari et de la femme tels qu'ils sont racontés dans Monsieur Nicolas. On peut assurer que beaucoup de ces lettres, toutes différentes de style, sont impri- mées sur les originaux. Quant aux noms de la plupart des signa- taires de ces lettres, on les retrouvera plus loin dans la Clé de Vouvrage. C'est, du reste, dans la neuvième partie de Monsieur Nico* laSf ces étranges confessions de Restif de la Bretonne, qu'il faut chercher le commentaire des lettres rassemblées dans la Femme infidèle; c'est là que Restif a eu l'impudeur de raconter les débor^


DX ESSTIF DX LÀ BESTONMI. 303

dementa de sa femmet qa*il déshonore en se déshonorant lui- même.

La publication de cet ouvrage, très-curieux et trës-piquant d'ail- leurs, est la plus cruelle Yengeance qu'un mari trompé, ou qui croit Tétre, ait jamais exercée contre son épouse infidèle. On comprend qu'un pareil livre n'ait pas circulé, sans danger d'être saisi à la requête de la femme insultée ou calomniée. On peut donc assurer que la plupart des exemplaires ont été détruits, puisque, en 1789, Auge, l'abominable gendre de Restif, avait eu bien de la peine à s'en procurer un exemplaire, qui devait lui servir de pièce à l'appui dans une plainte portée contre l'auteur; c'est là ce qui a fait l'ex- trême rareté de l'ouvrage.

Restif a intercalé, tant bien que mal, dans ce recueil de lettres, diverses ébauches littéraires tirées de son portefeuille : tome !•', p. 61, le plan et les sept premières scènes d'une comédie intitulée : FÉgotste ou le Célibataire; tome II, p. 271, fHypocrine masquée, sa- tire en vers, précédée d'une préface et attribuée à Mb« Jeande Vert; p. 396, un fragment du Glossographe, sous ce titre : la Langue fran- çaise; p. 359, un Mémoire sur la langue, avec une orthographe nou- velle; tome III, p. 495, le premier chant d'un poème en prose, inti- tulé : Samsan;Tp. 585, Suite du Nouvel Emile, dixième entretien sur les sciences et les lettres, etc.

Restif avait vécu longtemps séparé de sa femme, sans en venir à une brouille complète et à des hostilités éclatantes. Les torts qu'il lui reprochait avaient existé, bien avant leur séparation, suivant son propre témoignage dans Monsieur Nicolas; il lui pardonnait des infidélités que les siennes ne justifiaient que trop, à certains égards, car il ne se piquait pas d'être un époux modèle. Ils seraient donc restés en assex bonne intelligence, quoique éloignés l'un de l'autre et ne se voyant qu'à de rares intervalles, si M^o Restif ne s'était pas posée en victime et en martyre vis-à-vis des amis de son mari. Celui-ci se sentit blessé dans son amour-propre, et non-seulement il se brouilla irrévocablement avec sa femme, mais encore avec ses amis qui avaient eu l'air de balancer entre elle et lui. Voilà com- ment il perdit du même coup l'amitié de Fontanes et de Joubert, lesquels avaient passé avec armes et bagages dans le camp de M>>« Restif. Nous n'osons pas nous prononcer dans une question aussi délicate, mais Restif, qui avait toutes les audaces, n'hésite pas à proclamer que Joubert, le philosophe sentimental, était l'amant de sa femme, et que Fontanes pouvait bien être, dans cette affaire, Yalier ego de son ami Joubert

Quoi qu'il en soit, Joubert s'était poussé dans les bonnes grâces de la dame, en commençant par aduler le mari; voici la lettre qu'il


304 BIBLIOaHÂPHIS RÀISOlfNÉB DBS OUVRiQBS

lui écrivait en 1784 : a Ce 21 mars. M. de Fontanes m*a remis, Mon- sieur, Tezemplaire, dont tous avez bien vouln le charger pour moi, de la Prévention naiionaie. J'ai lu cet ouvrage, avec tout l'intérêt qu'il est fait pour inspirer. C'est à vous qu'il appartient d'apprendre à tous les hommes, de quelque nation qu'ils soient, à s'aimer, à se regarder comme frères. Malheureusement ils sont rebelles à l'ins- truction, parce que les raisons de haïr sont, hélas I bien plus évi- dentes que celles d'estimer et d'aimer. Mais vos écrits ramènent au sentiment ; ils font sentir le bonheur de pardonner et de s'attendrir. J'ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serriteur... » Voy. cette lettre, n» 93, à la fin du tome XIX des CoH' temparainesj seconde édition; voy. aussi plus loin, n^ 118, une autre lettre du même Joubert, lettre très-anodine et très-pattepelue : « Je n'ai nullement besoin d'être assuré. Madame, que je ne serai point compromis ; quand même je devrais l'être un peu, je m'y ez- poseraiB sans peine, si je pouvais par là rendre un service, à M. Res- tif, de quelque conséquence. Je réponds du consentement de M.Fon- tanes, à qui j'écris par la même occasion. » Dans Monsieur Nicoias (tome XI, p. 3102), Restif a révélé certains détails étranges sur Joubert et Fontanes, qu'il nomme Naireson et Scaturin : « Ces deux hommes me croyaient riche; ils trouvèrent dans Agnès L. (Lebègue) une créature facile ; ils eurent la pensée de s'établir chez elle et de vivre à discrétion. Us avaient trouvé leur femme, mais ils n'avaient pas trouvé leur homme : quoique bonasse, je suis inabordable pour les frelons... Scaturin ne venait pas, mais Naireson passait avec elle toutes les après-dînées... Il se tint un conseil contre moi, le 22 février (1785) au soir; on en mit le jeune La Reynière, qui prit ma défense. Il ne s'agissait de rien moins, de la part d'Agnès L., que de demander pension et séparation. Mes bons amis Scaturin et Naireson, qui m'avaient tant recherché par admiration de mon ta- lent, disaient-ils, la poussaient à cette démarche. »

Ce ne furent pas les seuls amis que Restif eut à maudire et à dé- masquer, dans ces déplorables querelles de ménage. Milran ou Mar- lin, son admirateur, son séide, devint aussi le partisan d'Agnès Lebègue. Restif écrivit la lettre suivante, pendant ces douloureuses alternatives, lettre adressée à M^e Charmot, amie intime de la famille Milran : « Mademoiselle, je suis fâché de vous interrompre. C'est un r61e qui m'a totyours été pénible. Je vous envoie ma fille cadette (Marion) ; elle vous demandera si le livre est parti (c'est sans ^ndoute un envoi de la Femme infidèle). Je vous prie de lui parler de la lettre de M** Milran. Il est important, pour moi, que les moindres faussetés soient prouvées ; cela conduit à prouver les grandes. Je vous supplie, quelque chose qui échappe à cette enfant, de le ren-


DK BI8TI7 BK Lk BBIT<mifI. 305

fenner dans la discrétion de TOtre cœur et de Tonloir bien lui parler eenle à seule. Un mot dit à sa mère bouleyerserait la maÎBon; au lieu que je suie résolu à pacifier, à dissimuler et attraper le terme delaTie, sans éclat. M. Milran m'a fait bien du mal; mais il ne m'en aurait fait aucun, avec une antre épouse que la mienne ; ainsi je ne lui en Teuz pas. Qu'art-il donc écrit à ma femme, pour qu'elle se soit déterminée à lui faire parvenir des confidences calomnieuses contre moi, capables de la déshonorer elle-même? Je l'ignore I J'ai l'âme cruellement ulcérée. La fable de La Fontaine, tOurs et tAmi des Jardvu, est bien vraie! Je suis, avec respect, mademoiselle, Totre très-humble et très-obéissant serviteur. Rbstdp. »

Restif se retira donc auprès de sa fille aînée, qui venait de s'en- fuir de la maison coi^jugale pour échapper aux mauvais traitements de l'indigne Auge : il laissa le champ libre à sa femme et à ses trois anciens amis, qu'elle avait trouvés pour chevaliers, Fontanes, Jou- bert et Milran. Agnès Lebègue continua de répandre partout ses lettres délatrice»; « elle intrigua, elle écrivit I... » dit Restif, et pour lui répondre, il composa la Femme infidèle^ « qui n'est autre chose qu'un factum par lettres, contre Agnès L., Scaturin, Naireson, Milpourmil (Milran), l'Échiné, en présence de Butel-Dumont et du jeune La Reynière. » (Mon$ieur Nicolas, tome XI, pag. 3103.)

Restif nous énumère lui-même les matériaux dont il s'était servi : « Le contenu de cet ouvrage est original. Il est composé non-seule- ment de lettres conservées, mais encore de celles que j'ai pu réta- blir de mémoire.' On y trouve une foule de pièces, qui sont ou des essais que je faisais avant que d'être auteur, ou des morceaux qu'A- gnès L. entreprenait, sans rien achever, soit en vers, soit en prose. J'ai parlé de mon Essai de famille vertueuse, qui s'y trouve. On y voit les principales pièces de vers d'Agnès L., pages 274-280, 512- 513, et la plus longue, à la fin de rouvrage,mi8e là pour la soufiSer au censeur, qui ne l'aurait point passée. Le si^et en est l'Hypocrisie des moines; les vers en sont rocailleux et durs, les pensées triviales ; mais, enfin, telle qu'elle est, elle n'aurait pu paraître sous l'ancien régime. » On voit qu'Agnès Lebègue se mêlait d'écrire^ et l'on peut croire qu'une femme, qui avait su plaire simultanément à Fontanes, à Joubert et à Milran, ne devait manquer ni d'esprit ni de charmes.

La Femme infidèle ne fit du bruit que dans l'entourage de Restif et de sa femme ; elle passa, d'ailleurs, inaperçue, ne circula pas, né fUt pas annoncée dans les journaux ; l'ouvrage ne se vendit même pas ; mais tous les amis de Restif l'avaient reçu, comme une pièce capitale" du procès terrible qui s'était engagé, entre les deux époux, vis-à-vis de leurs amis et de leurs connaissances. Voiei, par exemple, une lettre qu'un de ces amis écrivait à Restif, après avoir lu fa Femme


a06 BIBLIOOEiJPHn RAISOlfNil DIS OimUfllB


infidèle: « Qael tissa d'horrenn et de perfidies, mon ami I Vous êtes, au coin d*un bois, corps à corps avec im Tolenr. Il n'y a que deux partis à prendre : la faite on de le taer. Je n'ai pas asses de données sor votre fortune, sar vos besoins, poor savoir si yoos pourries tous sé- parer amiablement ; ce serait à coup sûr le plus simple et le plus sage. PouTes-Tous faire cinq ou six cents livres à votre femme et la déterminer à vivre en province? Voilà le premier point de la ques- tion. Si vous voules user de Tautorité, il faut rassembler les motifii de votre demande, de la manière la plus simple, et alors vous pourrez vous en ouvrir à M. Le Pelletier (de Morfontaine, prévit des mar- chands), mais ce serait le seul cas où il conviendrait de lui en par- ler. Écrives-moi, donnes-moi les détails que vous croires nécessaires ; si vous me juges bon à vous être utile, comptes sur mon sële et ma discrétion, pour pouvoir vous donner quelques conseils. Vous sentes que j*ai besoin de causer avec vous. Votre position me parait af- freuse et inquiétante, mais vous pouves espérer de ramener tout dans Tordre, avec de la fermeté. Adieu, mon ami, je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur. » Cette lettre paridt être de Beau- marchais. (Voy. n^ 131, à la fin du tome XIX des Cùntempcrtsmei, seconde édition.)

La Femme infidèle est Touvrage le plus rare de tous ceux qui composent la collection de Restif la Bretonne. « Je brochai cet ouvrage, au mois d'avril et mai (1785), dit-il {Monsieur Nicolas^ tome XVI, page 4727), après la crise violente qu'Agnès L. (Lebè- gae) me causa, par ses calomnies et ses lettres contre moi, qui toutes y sont rapportées. Il faut annexer à cet ouvrage celui-ci, puis- qu'il complète mon histoire, à quelque chose près, que je me suis efforcé de défigurer, afin de pouvoir paraître avec une permission tacite. » Restif avait eu la précaution de ne pas se nommer, en pré- sentant à la censure cet ouvrage, qu'il attribuait à Maribert-Cour- tenai. Le censeur Blin de Sainmore soupçonna pourtant quel était le véritable auteur, et il ne donna son approbation, qu'en exigeant la suppression de plusieurs passages « comme contraires à la déli- catesse »; mais Restif sentait venir la Révolution, et il se crut asses fort pour braver la censure et les censeurs. Il n'exécuta pas les changements que Blin de Sainmore avait demandés, et il fit pa- raître son ouvrage non cartonné. La vente en fut certainement contrariée, sinon interdite. Quoi qu'il en fût, la Femme infidèle figu- rait sur les catalogues du libimre Mar^ulan. Mais on peut supposer que tous les exemplaires qui tombèrent entre les mains de la femme et des filles de Restif, forent anéantis^ après la mort de oe dernier, qui les tenait cachés dans son domicile. Agnès X/ebègUe ne pouvait laisser subsister un monument «uMi honteax des désordres que son


DS RSSTIF DE LÀ BRETONNE. 307

QMJri lui imputait, aans avoir pris la peine de déguiser les noms des personnes qu'il avait mises au pilori. Son gendre Auge avait aussi contribué à la destruction des exemplaires de ia Femme infidèle, où il était peint d*après nature, sous le pseudonyme de l'Échiné, comme Restif le déclare en ces termes : « Je fais suivre ensuite llûstoire des infamies que nous fit l'abominable TÉchiné, à ma fille Agnès R. et à moi...» Restif disait, dès 1789, dans le Thesmogra- phe : « On a vu TÉchiM courir, de libraires en libraires^ pour décou- vrir les ouvrages où il est question de scélératesses semblables aux siennes. » La rareté excessive de ce livre s'explique assez par les détails inconcevables qu'il renferme, et cette rareté est d'autant plus regrettable que la Femme tn/l(f^/e^ suivant l'intention de Restif, doit servir de suite nécessaire à Monsieur Nicolas.

Cet ouvrage est si précieux p9ur l'histoire intime de Restif, que nous croyons devoir réimprimer ici, malgré son étendue, une Clé de ce document autobiographique, telle qu'on la trouve, sous le titre d'errato, dans le tome XXIII de la seconde édition des Contempo- raineSf où personne probablement n'irait la chercher. Ce fut la publication de cette Clé, en 1787, qui autorisa la plainte d'Augé contre son beau-père, qu'il accusait avec raison de l'avoir diffamé dans deux ouvrages anonymes, que Restif refusait d'avouer : la Femme infidèle et Ingénue Saxancour,

Le roman ou plutôt l'histoire de la Femme infidèle est souvent in- intelligible, à cause des noms propres déguisés que Restif y fait figu- rer, et surtout à cause des points et des étoiles, qui remplacent non- seulement des noms et des mots, mais encore des dates et des phrases entières. Nous avions donc essayé de faire une Clé, qui ne pouvait être que très-insufflsante, lorsque nous découvrîmes celle que Restif avait faite lui-même, en y laissant subsister toutefois quelques anagrammes et quelques initiales inexpliquées. Nous avons donc pensé que cette Clé, tout à fait inconnue et qui se trouve dans une édition très-rare, méritait de prendre place tex- tuellement dans notre livre. Nous y ajoutons aussi, et sans rien changer à l'orthographe de l'auteur, le petit factum, qui lui fait suite, dans la seconde édition des Contemporaines ^ et qui forme une espèce de supplément à la Femme infidèle. Les seules additions que nous jugeons utile d'introduire dans la Clé, très-véridique et très-complète, composée par Restif, ce sont quelques noms, qu'il avait omis à dessein et que nous avons placés entre parenthèses. Le meilleur commentaire de la Femme infidèle se trouve, éparpillé eà et là, dans Monsieur Nicolas, tomes IX, X et XI.


106


BDLIOailÂPHII BAISONlCiB DS8 OITVRÂGKS


ERRATA DE LA PEU M B INFIDÈLE.


18. 14.


15. - ». — M. —

f9. —

41. -

42. —

47. —

•1. -


V.., Uus Yftloii.

Laoondie, Baron, Blonde, Boor-

dignon : Rheeacfaé, Us0M Char

clieré. — Lei non» sont mis

id par ordre* Pmtin, lUêM Tnrpin. RénnedaTe, Utet de Yarénne.

      • , Comte de-TaTannea.

Sonia, Uses Niaon. Riole, litêM LeroL Seditaogea, Hum Deadanges. JeandeTert, nom dégnisé d'un

Hom. Gonnn. ~ (Restif). OmaAiTi, UstM Ponmier.


111. — Timbre de-&-M., tUei Imbert

de^-Maorice. 119. — A *, Usês à Sena. 135. — Garaqua, Ut€M COiérean-de-Vil-

lefr anche. 157. — Nolat, UtêM Talon. 160. — Désirée, Ufes Didier ; a., lues

Cocn. 164. — Cardin, Uiês Necard ; De-Ro-

mei, lùeM De-Ronci. 178. — Ugnebet, (w«« Beugnet. 184. — A 1**^, g. d. U, liteM à rimpri- merie - royale , galerie da LoQTre.


880. -


•vO. "^


808. 8S1. 388. 387. 346.


Vogrea la aoite de ces Ters, à la p. 512 de la 8* partie, et ci- deyant après la p. 280.

La grande FUle : Utei Cler- mont, nouTelle-convertie ge- nevoise.

Nlrelle — C*esi le N*èg*ret do Paifion penerti, et le Regret des Contwiponinêi»

Mondimer, Uêes Krammer.

L*****, UtûM rimprimerie.

lineamod. Usez Dumesnil.

P..., (tM« Pmdbomme.

A cette page, en reatitoant les


Ters de Yerrata, mettes : vé- role, an lien d'hiperbole.

359. — La pièce de vers sopprimée est à présent daxis Ut Fhmçaitet, 1 vol., p. 179.

309. — Regains , Uses Sagnier.

397. — Yolmin, Usez Moolin.

404. — Protane, Uies Bdme-Rapenot.

632. — Élise, tUei ÉUsabetb-Toloat.

440. — Gleton^ 2{i«« Conlet.

464. — NUasse, litês Asselin.

478L — A K", 1'*!, nom déflgoré, ainsi que le suivant, à TAbbé (Mer- cier) de Sainileger.


ISOISIBBfB PABTUU


485. — A De-M...; ces initiales aont

justes. 518. — Siparad, Uses Paradis. 588. — Admirable, lues Thorloger Ad-

miranlt. 571. — A ***, Uses à Ancerre; à **, Us,

à Fleuri; Rirenfou, Us, Fonr-

nier; Lauquil, Us.Q", (Quil-

lan). 577. — Tdlliet, Uses BUianz, à Joigni.


583. — Comédienne d****, Uses d' An- cerre ; Yillede, Uses De Yille. 002. — Rue de-** , Uses de-Bièvre. 603. — Rue du-**. Uses do-Fouarre.

606. - Fille à **, Uses à Joigni.

607. — A ***, Uses k Auceire.

610. ~ A** qu'on désignera par dea**,

à Joigni. 614. - Le *" (an lieu d'étoUes), Uses

le Yicomte.


DX BI8TIF DX Lk BBITOMNl.


Pt(W.

02t. — 628. —


640. 654.

658. 662.


664. 665. 670. 671.


672. —


A ' * (deox 4toU0B) , Utex à Joi- gnL

Naireson , on Dictioimairraoïi . et Scatmin, non» supposés (Ber^ou, Taaefons). — (C*est- à-dire Joabert et Fontanes).

Ratminon, UseM Martin, derc de Procureur.

M ad. aonbil, Utex BlognL

llUpounnll , UseM Milran. — (Marlin).

La •*"-**, Uses la Déeowerte- australe.

Le ** , UiêM le Hibou : comme***, ttf. comme ouvrage ; cer- tains**** UMo certains ouvra- ges ; le •^-***, Ua. le Com- père-Nioolas.

17.., U«ejrl785.

Bonentout, Htex Charmot.

      • , UaêM ouvrages.

La *-•-*-**, Hiêx la Vie-de-mon- Père ;•*•-•*•, Utex Ifenage- Pariaien; cette *•', Us. cette Producdon ; une •" <, Us. une satire ; fécond "',lis. fécond Éarivain; de vos ••* nom- breuse itf. de vos Ennemis nombreus ; tous nos * * ", 2tf. tous nos Littérateurs; que vous **', Us, que vous ren- verses; de vos ", Us, de vos Lecteurs ; laD* * % J«. laDun- ciade; que m.'", Uf. qnoM. Palissot.

Sagesse *** , Usêx sagesse écrite : les *****, fit. les C<m- iemporaines.


673. — Dans la 679.


Usêx dans la


686. —


D^ouoerte-^Kiutrale* Sentiment à **, Usex à Bestif. De-Lelisée, Usxx De-I»-Rey-

nière. C-N., Usex Compère -Nicolas; M. De-a, U». M. D»-Beanmar-

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Analise de , Ueex Ana-

lise At la Vie de mon père,

Excellent • • , Usex excellent Livre.

Mauvais " % Usex mauvais Ou- vrage; le ••, Us. le Hibon; comme '", Us, comme ou- vrage.

D'autres "\Us, d'autres Ouvra- ges ; C-N., Us, Compère-Nico- las ; cet "*, lit. cet Ouvrage.

M. R. — C'est M. De-Lelisée. (Grimod de la Beynière Ois.)

Micromegas, Zittfx Legrand.

A la •"*, Usex à la Postérité.

Stigmatin, Usex Lamarque.

OlaOs-Magnus, Usex magistrat respectable, dont le nom est ainsi déguisé. (Le Pelletier de Morfontaine f)

Les * * * odieuses, Usex les Nou- velles odieuses; dans ma " *, Us. GoUecdon.

Que vos * * , fit. que vos Critiqs.

Contre , Usex contre lee

Contemporames.

X" ««iiteir j'imprimais; pas' * ' ', Us. pas imprimable; qu'au- qu'un.., Us, qu'anqu'un Cen- seur.

C'est un *", Usex c'est un icrivain ; je ne le *, Us. je ne le lis; défauts en-**. Us, dé- fauts en lisant; dans les ,

Ua. dans les Ccmiemperaime : que cet " * , Us, que cet Ou- vrage; le cours des "*', Ue, le cours des CcnUen^erames ; de ses "*, 2it. de ses Ou- vrages.

'. De tous vos * * *, Usex de tous vos Livres.

- Fait le — , etc., Usex fsit le Pomograplke ; qui faites le Hi- bou, qui faites les Préjugés justifiés; si vous ne voules pas que vos Ijecteors, etc.


310


P>K«t.


BIBLIOGRAPHIE RAISONNES DBS OUVRAGES


de U •••-••, lû. de U Dé- vêrtô-auitreUe ; C. de M., Us. Ceear de Malac*; votre ", Iw. votre livre f je trouve que c'eat Salocin-emde^Bter. — (Nicolas-Edme Restif).


Pages. 720..

7tL -

7M. - 784. -


lÀMs, i&*aviei aoooatnmé âoz renversemeng.

lÂies, c'est que lee àcrivains.

LUeM comme lee Aateurs.

Lises Ms Lecteurs;... ni Au- teur.


QnATRIBMB PARTIB.


730. — Aux deux **, Uses son Amant à

JoignL 736. ^ lisez me de-Comeille :

738. ~ Lises: Ponr obliger les Martin,

les Naireson, les Scatorin.

739. — La petite Simiaae , lises la pe-

tite Jeanne -Laforét (petite malheurease qui sert mad. Jeandevert , en instruisant Auge).

740. — Vilmontre, lises MontreuiL 746. -- D'OSUbœuf, Uses Dumont 752. — D'Oiseaumont, lises De-Mont-

linot.

755. — Au Curé de Saintnicolas-du-

Chardonnet.

756. — A son BeauAràre, curé de Cour-

gis. 76L — A Saci, chés ; un an à Aucerre.

762. — J'ai été à Paris; avec moi à

Joigni.

763. — Unigenit, Megas, Uses BuUeUt,

Legrand. 767, — De^Selhamisat, Uses De-Saint- charles. >.

774. — Commandon, Refavi, Ellefard,

Uses Lamarque, Favier, Far- delle.

775. — Quitté Joigni..; été à Joigni.

776. — Nottîp, Niavel, lises Pitton,

Levain. 782. — Z. A., lises Zeflre, Agnès.

787. — Ingénue, tiiar Agnès,

788. — Du plus vrai de ses Ouvrages;

c'est à la fin de la Malédic- tion-paternelle; Gercell, Uses Lederc; Lagenisse, Us, Des- Tores.


789. —


790. —

792. — 765. —

800. —

801. — 803. — 806. —


807. 810. 811.


812. —

816. —

817. —

818. —

819 et

822. —

823. —

874. — 827. —


831. —


L'Echiné, partout Uses Auge; Oussidec, Us. Decoussi; Roc- bard. Us, Brocard.

Premier Commis à laDireodon

des Tingtièmes. Betsi, partout Uses Biset. M. Decourmontagne, an lieu de

PetitecoUine. Appelée R., Uses Bertoche. 178',2Mejrl783. Se retirer à Melun. En 1784; Commis aux Poudres- et-Salpétres; Café Desbrosses; le sieur Bleri ; alors Commis du sieur Delaistre. Avec un autre rondin, que ce- lui qui t'a fait tant de plaisir. Causa, en me prenant avec brutalité, me fit, etc. Café Desbrosses; 1784—5; Le- pinaie. Contrôleur des Bois- à-brûler. Lepinaie; Lepinaie. Lalumette, Uses Langlumé. Voyage à Melun. Vivement à ses brutalités in- fâmes. 820. Nommée laFrio./les Bois-

à-brûler. Chés M. le Prévôt -dès-Mar- chands. Cuisinière de M. Poindoux. (1785) comme , etc. L'hôtel de M. le Prévôt -dès- Marchands; Magistrat chef de la ViUe. Promenade à Chantiili.


01 RI8TIF M LA BRITONNB.


311


832. —


837. 837.


8il. 842. 843. 844. 845. 846.

847. 850. 853.


858. —


861. —

862. — 865. — 867. —

ftAfl — DOO. "~*


808. "~*


OantUli; les pointa ..., à U

même pftge, expriment une horrible calomnie d*inoeito, qu'on n'ose exprimer cUire- ment.

Mad. De-" , Uses Mad. Doconasi.

Après la Lettre, mettes en note : • On m sa depuis, qu'Auge, «ttnjé de ses torts, B'mTai^pas-ooudié diés lui, depeur d'Atre arrêté pendant la nuit, s

La 1 Lettre doit être la 2.

Porte de M. Vieillot.

Chés M. Vieillot.

Dans l'Arsenal; de l'Arsenal.

Qu'il était à Bleri.

Votre maq. et votre amoureux ; Mad. Martin.

Le Monsieur de l'Arsenal.

Les épitaphes de l'Arsenal.

Au Qroscaillou : nota; où ce malheureus Père loge, depuis que son indigne Fils a-Toulu le forcer, pendant la nuit , à lui donner son argent.

Le résultat du Père de cet In- fâme , et le mien , ce toi que les deux Épous devaient de- meurer séparés.

Tante et Cousine Beauoousin; chés M. Poindoux.

S*", ^«s Agnès-Jeandevert.

M. Legrand, consent qu'Agnès.

Mad. Martin.

Votre Sœur Marianne; ma Sœur Beaucottsin.

Informer M. Legrand; chés Bleri, à l'Arsenal; M. Le- grand et moi.

Madem. Marianne ; plaisir à Bleri.; M. et Mad. Berthet. — Ajoutes en note: «Bt il adit, lors de la scène terrible du 25 mai 1786, an Jardin-du- Roi, publiquement, devant


Pifes.


873. 874. 876. 878.


1500 Personnes, que J'avais mis ma Fille daxis un Bordel , en la tirant de chés lui! 11 l'a répété depuis, hêtel des Trésoriers, rue des-Massons !»

M. Berthet peut vous dire.

Chés M. Legrand.

De Mad. Desbrosses.

A M. votre Père et à M. Le- grand*

Lise* Mad. Martin ; Madem. Marianne ; Mad. Martin.

A Mad. Martin; près de M. Vieillot; et de M. Lefort; votre Tante et votre Cousine Beaucousin ; votre Tante Til- lien.

Mad. Beaucousin et Christine


884.


887. —


880-891. — Fanssetés que tont-céla ! L'on n'a jamais eu l'intention de l'avanoer.

— Mémoire à la Polioe ; M. Henri.

— Fausseté que cette Lettre ait- été-écrite sous les ieus de M. Legrand I

^ Veuve Martin.

900. — La jeune Infortunée Marie*

Françoise Quenet.

901. — La même.

902. — Chés M. Dechestret, receveur

des tailles ; M. Dechestret s'in- forme.

903. — La Dame Deconssi; Deooor-

montagne, receveur de la Car pitation, quartier Saintpaul.

904. — Marquise, nommée Mad. De-

BulEen; petxta emplois dans les Bois-à-brûler; au service de Mad. Délaistre; unPayan- cier de la rue de la Baquetle. 906. — Ce Payancier ; nommé Dol; le Fayander, sous la foi ; chés le Fayander ; Delaistre, direc- teur des Fermes pour lesBois- à-brûler; au Fayander; De- laistre.


312


BIBLIOflllÂPHIS &ÀI801fllÉB DIS OUYIUGBS


PafM.


wr. —


909.

911. 915. 917.


•18. 919. 911. 9t6.


M. Dtlaistn; IfarqnlM de-

BoUion, à laquelle le PreiBier. Pour lai donner la Terole. An Café Deabrouea; an Café

Lesage ; 5 décembre 1795. A M. Legraad. Devant M. Legrand. Lettoe écrite à Bleri Lettre du 5 décembre 1785 ; Un

est nn If. Defije, avec qoi ta

aadlnéàQentiUi. M. Berger. M. Legrand*

Meeaieurs Legrand et Berger. 8. J. f. L., foftf Agnéa Reatif,

fàmme Ange.


927. — Legrand ; de-present à Morfon-

taine.

928. — M. Legrand a va ma Lettre à

Ange.

929. — Un toor à me Saintlooia; ehés

M. le Commiaaaire Dolarria ;

chéa le lientenant-dviL 980. — 3. Jeandevert, Umm Agnéa Bea-

tif. 940. — Traite d'Anteor sana morartf

de gredin, de coqoin, d'homme

sans aven! 949. — Cbasin Coolis. 952. — Professeor Lingua ; aa Collège

de Presle.


Aa Moyea de en Corrêceitmi, «I «Km Vert qui Ut preeèdeni, on ne tromerapUu rien dam Ftamnê-Infidelle gvi ne t^entende facilement, /e voit maintenant tuppker Isf fidtt fvi bU tant jtotteriewrt.

Hait Joors après U aoène, daxis laquelle le tU Auge s'était-jeté anx genoux du Magiatrat pour calomnier M. R., il signa un écrit par lequel il consentait qa' Agnès R. restât chéa son Père, qui la gardait sans pension. Le mois d*aTril 8*écoala.

Le 18 mai, Auge s'apergut que M. R. avait du monde à dîner ; c'étaient If. Mo- rel'de-Rosières , Ifadem. Mesnager, et M. son Frère; le premier, lieutenant- général à Ch., le second, ancien directeur des droits-réunis à Caen; il les sui- vit, lorsqu'on sortant de table, Us alèrent se promener autour de l'Ile Saintlouis ; il tenait son PUs par la main, affectant de l'appeler. Petit Restif, pour se fiaire- remarquer : n les ramena ainai Jusqu'à leur porte, en fesant des gestes de fureur. Mais voici une scène affireuse^ et connue de tout le monde.

Le 25 mai matin, le Père d'Agnès reçut du Monstre une Lettre, dans laquelle il fesait une critique insensée de la première page de ta Famme 3 étatt. Il reata dana un cabaret, et se prit de vin, pendant que les mêmes Personnes du 18 dînaient chés M. B. Quand on sortit, il suivit tout le monde au Jardin du- Roi ; et là, sur le petit monticule en-face du labirinte, il donna deux soufflets à Agnès, alors àrcété de sa Sœur Marion et de M. De-Rosières: Elle s'écria; le Monstre s'enAiit : plus d'une heure après, on le trouva dans le parterre, oft M. De-Rosières le flt arrêter. Il vomit des iigures abominables et qui font horreur, contre M. R. qui le fesait conduire, en^résence des Gardes, de M. Robe le poète, que la Jeune Dem. Marion avait-rencontré dans la Poule, et qu'elle avait^nvoyé auprès de son Père ; il accompagnait tout-eela de menaces hurl- bles d'assassinat : Un sieur Ouillote, inspecteur du Jardin, étant anrivé, le Monstre continua devant lui à proférer les horreurs qu'il avait-débitées dans le Jardin en-présence de 1500 Personnes: Cet Officier l'écouta : —Je vois que vous êtes un mauvais-s^jet, et je vous juge par vos propres discours... Mon- sieur (dit-U au Père), emmenés vos Dames, et je vais retenir cet Homme-... n


DI BI8TIF DK Lk BRITONNE. 31S


1a garda effeotirement trois qnarta-d'hAore, et en sortant, U lui défendit d'ameu- ter Persone, sous peine d'étre-condnit en-prison. Le lendemain, le Monstre ala se-vanter an nommé Vieillot, ancien Domestiq; il osa dire à la Dame Biset, qu'il n'avait tenu qu'à loi de faire-mettre en-prison M.R., sa Fille, et tonte lenr- Compagnie ; il ajouta : —Je l'ai-bien-tapotée toujours ! Cette scène aAreuse fesait le lendemain 26 l'entretien du Palais-royal.

Le 20 Juillet, il fit-lnsulter If. R. par le nommé Duval, auquel il Tenait de payer à dîner ; ils étaient pris de vin : Ce Duval menaça M. R. de le fraper et de le faire-arréter ; un pareil excès d'audace est inconeoTaUe 1 M. R. lui répondit avec sang-froid.

Le 12 ou 16 auguste. Auge vit un exemplaire de la Famme-InfiéUUe , qui lui Ait-donné par Vieillot, brocanteur de lâvres, et il se-reconnnt sous le nom de L'Echiné ; il fit une esclandre digne de ses mœurs basses et crapuleuses ; pen- dant trois mois il vint journellement dans le jardin de l'HdtelrTorpane , alors vacant, fûre des déclamations scandaleuses, en montrant les fenêtres de M. R.

Mais il a^nis le comble le 9 février 1787, qu'il s'est-rendu à Montrouge, chés M. Merder alors absent; le Monstre entra chés M. Letounieur, et y-vomit de- vant six Persones les mêmes horreurs qu'an Jardin-du-Roi. Le même jour, à M. le vicomte de-Toustain. Le soir, il envoya chés M. R. comme de la part de M. Mercier, et reçut la Lettre adressée à cet Homme estimable , qui s'en- plaignit, par un Billet à l'Abbé De-Montlinot. Ce Dernier, le même qui s'était- originairement-interessé pour Auge, en-porta plainte, et sut tellement exciter l'indignation, qu'on chassa Auge. Depuis, ce Monstre osa présenter un me- mdre, pour ravoir sa place, en-mettant pour condition, que si on la hd rendait, il ne poursuivrait pas M. R. Cest le comble de la folie ! Aussi cet Homme vil est-il également sot et fou.

N® â. — La Femmb infidèle, par Maribert-Ciourtenay. Neuf- chàtel et Paris^ sans date, 4 part, en 2 vol. in-12.

Cette édition, aimonoée, mais non décrite dans le Bulletin mentuel du libraire Alvarès (n« 8, 4* année, nov. et déc. 1860), serait, suivant oe libraire, antérieure à celle que M. Monselet a citée conune la première, et tout à fait différente. Nous ne Tavons pas vue.


XXXVI

INGÉNUE SAXANGOUR, ou la femme séparée : Histoire propre à démontrer, combien il est dangereux pour les Filles, de se marier par entêtement, et avec précipita- tion, malgré leurs Parens : Ecrite par Elle-même. A


814 BIBLI06BAPHIS RÀISONlfil DS8 OUTBAOSS

Liège, Et se trouve â Paru, ehés Maradan, libraire, rue des Noyers, n* 33. 1789. Trois parties en 3 yolumes, in.l2*.

Le premier volume a 248 pages, y compris les titres et les feuillets préliminaires ; le deuxième, 240, et le troi- sième, 260 pp., suivies du prospectus : i^j Provinciaks, qui forme la signature M du volume.

U y a des ezempUires, avec de nonveauz titres, portant Ingénue Saxancour, avec le nom de Gueffler, imprimeor-Ubraîre , quai des Aagustîns, vfi 17, et la date de 1790; mais cet ouvrage n'a jamais été réimprimé.

Chaque volume contient, au milieu du récit, Une' pitoe de théA- tre : le Loup dans la bergerie, en quatre actes^ dans le premier vo- lume; dans le deuxième, la Matinée du père de famille, en un acte, et dans le troisième : Épiménide, comédie en trois actes. Ces pièces se retrouvent dans le Théâtre de Restif.

La dernière pièce est précédée ici d'une bixarre dédicace à Féli- cité, c*estFàrdire Mu* Ménager, que Restif avait surnommée FéHei- tette : « Vous avei été ma Muse I lui dit le père d'Ingénue Saxancour ; daignes servir de mère à l'Enfant que vous avez engendré 1 Vous en êtes le Père ; je n*en suis que la Mère : Aimes*moi, protéges- moi, comme TÉpouz doit protéger l'Épouse I Vous ne vous atten- diez pas à être Mari ! C'est moi qui vous procure cet avantage pré- cieux ; car sachez que lorsqu'une Belle inspire un ouvrage, elle fait l'ofilce du Mâle ; et l'Auteur conçoit, porte, accouche. » La Mar- chande de modes, ou le Loup dans la bergerie^ est donnée aussi, par Ingénue, comme une pièce de son père, et eUe la £ût précéder d'un Avis, qui nous apprend que cette pièce, faite à la demande d'un mu- sicien, mari d'une actrice de la Comédie-Italienne, est tirée de la 70« nottveUe des Contemporaines. On trouve, en outre, dans le second volume, l'ode de Piron, sur le prix du jeu de l'Arquebuse, remporté à D^on par les Beaunois en 1717, et la lettre du même, à M. Jehannin l'aîné, contenant le récit de son aventure de Beaune, au mois d'août 1717. Ces deux pièces, quoique très-connues en Bourgogne, n'avaient pas encore été recueillies dans les éditions de Piron.

< 40 fr., SoUr, 1860. — 75 £r. demi-rel. rogné, Cat. Aug. Fontaine, n» 1151, 1870. — 800 fir. mar. r. dos orné à petits fers, Chambolle-Dyru, Cat. Aug. Fon- taine, no S077, 1874.


DI RMTIF DB LA BRITONUS. 315

C'est la fille aînée de Restif, Agnès, qui, sous le nom d*ingénue Saxancour, raconte Tbistoire de son mariage avec Moresquin ou t Échiné, que Restif a dépeint, dans plusieurs de ses ouvrages, eomme un monstre capable de tous les crimes. Il est trës-possible, en efifet, que ce livre ait été rédigé par Agnès, qui savait écrire et qui, à Texemple de sa mère, composait des vers et des pièces de tbéàtre. « Que va-t-on voir^ en effet, dans cet ouvrage? dit l'éditeur, qui se donne le titre de Jeandevert ou Marivert et qui n*est autre que Restif. Une fille imprudente qui se marie, malgré son père, à un Infâme, un bomme faux, qui, avant le mariage, a menti les mœurs et la fortune, mais qui jamais n'a pu mentir l'esprit, parée que c'est le seul masque que l'hypocrite sot ne puisse prendre; à un bomme qui, après le mariage, laisse voir tous les vices, soumet son épouse infortunée à tous les caprices d'un libertin, à toutes les turpitudes d'un débauché, à toutes les in&mies d'un scélérat corrompu, à tous les supplices que peut faire endurer un bourreau ; à un homme, qui la contraint de fuir et qui lapounmit, en rage, après qu'elle s'est dérobée à sa fiireur. »

Restif avoue qu'on trouvera, en ce livre, a ce qu'on nomme dans le monde des horreurs, » et il s'en félicite, car il veut « que ce livre soit profitable aux filles qui se marient, malgré leurs parents et sur- tout en bravant l'autorité d'un père. » Il i^oute, cependant, que sa fille est bien réellement l'auteur de l'ouvrage qu'il publie : « J'ai firémi, diMl, en lisant, dans ces Mémoires, des traits véridiques, écrits ingénuement, sans être aifaiblis, égayés, enjolivés, deêkarribUké» (comme diraient les Anglais), par une jeune femme qui peint ce qu'elle a senti, souffert jusqu'au désespoir. »

Le livre se termine par un PogUeriptmn de l'éditeur, qui ra«mte les dernières manœuvres de Moresquin, lequel lui écrit une lettre d'ii^jures et de menaces. Cet éditeur, ce prétendu Marivert, dédare qu'il publie le manuscrit d'Ingénue, à l'insu de cette dame^ et sans l'aveu de son père, M. Saxancour, pour laisser à la postérité les preuves des monstrueux sévices d'un scélérat qu'il faut punir : « Voilà, dit-il, le motif de la publication de ces Mémoires; de l'es- pèce de larcin que j'en fais ; de l'adresse avec laquelle j'en dérobe la connaissance à ceux qu'ils intéressent, lesquels ne démêleront pas le titre de ce livre parmi la foule de ceux qu'on publie hebdomadai- rement à Paris. » Mais alors l'infortunée Ingénue n'était plus; elle avait succombé à ses douleurs physiques et morales. C'est là le roman, car Agnès Auge, séparée volontairement mais non judiciai- rement de son mari qui cherchait sans cesse à la ressaisir, ne fîit délivrée de ses poursuites incessantes que six ans plus tard : « In- génue, dit Restif dans Monsieur Nicolas (tome XVI, page 4729) ,


316 BIBLIOGRAPHIE RAISONIfÉS DBS OUVRÂfiBS

-

en Tertu de la sage et sainte loi du divorce, a enfin divorcé, en 1794, d'avec le vil TÉchiné, et s'est remariée an citoyen Vignon, avec lequel elle est tranquille. »

Cet ouvrage est le plus rare de tous ceux de Restif, soit que Tédi- tion ait été détruite en bloc, soit que les exemplaires aient été re- cherchés systématiquement pour être détruits Tun après Tautre. Restif, en effet, a dépassé dans ce roman toutes les bornes du cynisme le plus audacieux, puisqu'il y étale au grand jour l'histoire vraie ou supposée de sa fille aînée, qui avait épousé, malgré lui, cet assez vilain personnage, nommé Auge, qu'il a flétri dans tous ses ouvrages sous le nom de f Échiné : « C'est, dit-il, comme une suite de la Femme infidelle. Ma fille atnée y fait son histoire, depuis son enfance jusqu'à son mariage et sa séparation d'avec l'exécrable rËchiné. » Cet ouvrage étrange est donc le complément nécessaire de Monsieur Nieoias, car Restif n'a « pas manqué de s'y mettre en scène à côté de sa fille. Ingénue Saxaneour, quoique annoncée sur les catalogues du libraire Maradan, est aujourd'hui absolument introu- vable. Solar n'avait pu en rencontrer un exemplaire, qu'après des recherches inoiûes. Ce n'est pas tout que de trouver un exemplaire de ce roman ou plutôt de ce factum ; il faut encore que l'exemplaire soit complet. L'édition entière a dû subir des retranchements systé- matiques, et les pages 249-252 du tome III manquent presque tou- jours.

Je me rappelle avoir cherché aussi, mais sans succès, un exem- plaire, qui m'était indispensable, en 1851. J'avais esquissé un roman historique sous le titre d* Ingénue, dont Restif et sa fille Agnès étaient les héros, car il n'y a pas de roman sans héros. Notre charmant et merveilleux conteur, Alexandre Dumas, s'était chargé d'écrire ce roman, que j'avais mis en scène, et le roman, grâce à mon illustre collaborateur, faisait les délices des lecteurs du Siècle, La famille Restif de la Bretonne s'émut de ce genre de célébrité, qu'un ro- man, un peu trop véridique, redonnait à son chef et à sa descen- dance. De là procès en diffamation. Il fallait démontrer que les au- teurs n'avaient fait que puiser aux sources ouvertes par Restif lui- même, et le roman d*Ingénue Saxancour aurait suffi pour prouver l'innocence... du grand romancier, qui était seul nommé au bas de ses feuilletons. On ne parvint pas à découvrir Ingénue Saxaneaur; mais le procès, au moment des plaidoiries, fut arrêté et mis à néant par une bonne transaction. Le Siècle paya le dommage, et il fut convenu qu'Alexandre Dumas, dans la conclusion du roman, ferait amende honorable à Restif et à sa fille Agnès, « Vous l'avez échappé belle, dit-il à la partie adverse : le Bibliophile cherchait un exemplaire d'Ingénue Saxancour, pour le faire réimprimer. — Il ne


DS RS8TIF M LA BBITORHl. 317

Ta pas tromrét «t il ne 1« tromrera pas I » répondit graTement leflli d'Ingénue, en homme sûr de son fait.

Le roman d'Ingénue Saxaneour était nne satisâkction morale et on plaisir de vengeance, qne Restif avait vonlu se donner; car Fou- ▼rage, quoique imprimé, n'eut aucune espèce de publicité et de- meura caché dans l'imprimerie de l'auteur. C'est seulement en oc- tobre 1789 que Auge, dit l'Échiné, eut connaissance de cet ouvrage, dans lequel il était mis au pilori ; il dénonça donc son beau-père au district de Saint-Louis-la-Culture, et il l'accusa d'être l'auteur d*/n- génue Saxanamrn et autres livres du même genre, ne tendant qu'an bouleversement du royaume, de la cité et de chaque individu, qu'il ne cesse d'outrager ». Auge n'avait pu se procurer un exemplaire dlngénue Saxancour^ que par l'entremise du libraire-colporteur Vieillot, et un exemplaire de la Femme infidèle^ que par un abus de confiance. Dans l'interrogatoire de Restif, le conmûssaire lui de- manda s'il était l'auteur d'Ingénue Saxancwr. Restif répondit « qu'il n'y avait que trois pièces de théâtre auxquelles il eût travaillé, dans cet ouvrage, savoir : le Loup dans la bergerie, la Matinée du père de famille et le Réveil (tÉpiménide; et que, d'ailleurs, cet ouvrage était imprimé avec approbation. » {Nuits de Paris, tome XV, p. 212.) La Femme infidèle était imprimée, de même, avec permission tacite. Auge, qui se reconnaissait dans le personnage de FÉchiné, avait fait relier ces deux romans, eh faisant graver ce titre en or sur le dos de la reliure : Œuvres d^un scélérat,

La Clé de la Femme infidèle^ rédigée par Restif lui-même, peut servir aussi pour l'interprétation d'une partie d* Ingénue Saxancour; nous avons jugé utile pourtant d'ajouter à notre ouvrage une Clé particulière, dans laquelle on trouvera beaucoup d'explications que Restif n'aurait pas données.

Tome !•'• Page 7. Une grande Dame. — La comtesse de BoufOers.

— Le MonAtre. ~ Ange, mari d'Agnès Restif.

— Une Jeune femme. — Agnès Restif, dite Ingémiê. ~ 9. Jean de Vert. — Restif lui-même.

-- 10. Une Ville de Bourgogne. ~~ Anxeire. ~ Un YiUage de Champagne. — Sacy. — Mon Ayeul mateméL — Edme Restif, illustré par la Vie de mon père*

— 11. Mon Ayeule. — Barbe Ferlet, femme du précédent. — Mon

Père. — Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, dit Sagan- coer, du nom de Sacy où il était né.

— 17. Mulino, marchand de mousselines. — Moulins. Voy. ifoii-

tieur Nicolas, tome X, page 3686.

— 18. Une grsnde Fille. — Sara Erammer.

~ 19. M. Leroux. — Imbert de Saint-Maurice, Ibid., page 2679.


818 BIBLI06RiPHIE BAIgONNiB BIS OUVEàGSS


Tome 1«. PagM tl« M"* Balbin. — Agnès LeMgo», femme de Reatif.

— 41. Une Ckimmère. — U»» Déairée Didier. iM., ptge 2718.

— 48. Une dame Manigre. — Ûennain. JUd^ page STaOu

— 50. Deox Jomeanx. — Voj, sor cea Jumeaux la Femamn vn$f

diU.

— 52. M. Rftpenot. — Ceat Sdme Rapenot, le libraire.

— 59. Un galetas an cinquième. ^ An collège de Preale, me

de la Harpe.

— 75. Une Demoiselle fort brane. -— Eatherette. Voj. Mimtimir

IfieoUu, tome X, page 2772.

— 78. M* Soor. — Manon, aeoonde iUle de Bestif.

— 81. Caraqiin. — Chèrean de Villefranche. Ibid,, tome X, page

2831.— L'Anglais.— Sir Janson. Jbid., tome X, page 2843.

— 89. Omefùri. — Foumier.

— 115. Un Homme singulier. — Cest Restif Ini-mê&ie. Yoy. ses

lettres nnx filles de modes, dans ItiMalédietùm patermeUe,

— 123. Mamonet. — Nougaret.

— 245. Jean de NiTelle. — Bncore Nougaret. Tome II. Pages 1. IjO Musicien. — Restif.

— 13. M-* Sites. —M-*TeuTeBiiet, sorar de Bestif, byontière,

quai de QeaTres.

— 17. Moresquin. — Auge, qui èponsn Ingénue ; il est désigné

sous le pseudonyme de Lechiné ou CÉekmé^ dans la Femme infidèle.

— 24. M"* Leeman. — Debée, mère de la Sara de Restif.

— 101. Ttà été trois Jours à prendre ton p — Raconté dans

r AmfiVwInw, où Auge est désigné sous cette anagramme : Gua. ~ 139. Un Bien qu'elle possédait enMoimandie. — Aux Andeljs.

— 150.LeTilCri]ier. — Richer.

— 185. Un saint ecclésiastique. — Le curé de Courgis.

— 187. Le directeur L. T. — Delaistre ou de Laistre ?

— 218. Fromentel Bléri.

— 221. Une Marquise. — La marquise de Bullion ? Tome III. Pages 1. Le 25 novembre. — 1782.

— 2. Champdépines. — < Lépinaie, contréleur des bois à brûler.

— 7. L'Homme dont Moresquin dépendait. — Delaistre, le direc-

teur des Fermes pour les bois à brûler. — Un Fayender. — Dol, me de la Roquette t

— 12. Un Homme puissant.— Le préTdt des marchands, Le Pelle-

ter de Morfontaine.

— 14. M. d'Oiseaumont. — L'abbé de Montllnot, qui habitait

SoiBsons. — Olatts Magnus. — Le prévôt des marchands.

— 44. Vulda. — Dulau.

— 73. L'âpouse d'un artiste qu'U ocolpait — La femme du gra-

veur Berthet.

— 83i Le Sous-protecteur. — M. Legrand, secrétaire de Le Pel-

letier de Morfontaine.


DS BB8TIF DS LÀ BBBTONMI. 319


TonM m. FiHSM 86. Ma Tante. — M"* ffiset.

— 83. Megas. — Legrand.

^ 103. Le Commiuaire de police de Tlle Saint-Louis. — Dularris.

— 106. Un Inspecteur général d'artillerie. — Le cheraMer de

Saint-Mars. Voy. iTonnsicr Nicolas, tome XI, page 3106 et BoiT. — L'Aimable Félicité. — M"* Félicité Mesnager on Ménager.

— 111. Tont près de Moresqnin. — An Port au Blé.

— 113. Un Jenne aTocat-général au parlement de... — Morel de

de Rosières, lieutenant général an bailliage de Chalon.

— 114. Une pièce terrible... — Voy. le rédt de ces tristes scènes,

à la suite de la Clé de ta Femme infUile.

— 118. L'Inspecteur du Jardin. — M. Gtdllote. ^ 119. Le Colporteur vieillard. — Vieillot.

— 125. Une Terre près Montfort. — Saint-Léger, dans le dépar-

tement de l'Eure.

— 130. Calomnie de Moresqnin. — Auge accusait Restif d'inceste.

— Le "^oomte de T**. ~ Toustain de Bichebourg.

— 242. M. de Saint-Sarmin. — De Saint-Mars.

— 244: M. de Sereisor. — De Rosières.

— 245. Une Demoiselle de trente ans. — Restif en parle dans

Montieur NUolat, tome XI, page 3125, sans la nommer. --> 250. Une Femme de qualité, dn premier mériite.— La comtesse de Beanhamais.

— 254. Ingénue ne vécut que quelques heures. — Ceci est du ro-

man et n'a été imaginé que pour donner le change anx chercheurs d'allusions.

— 255. La Comtesse de B***— De Beanhamais. >» Moresqnin en-

voyé auzUes.— Id encore l'histoire cède la place au roman.

— 257. Marivert.» Maribert-Courtenay , prète-nom de Restif. Dans

Memieur Ifieoiai, tome XI, page 3142 et suiv., il raconte qu'il imprima Ingéme Saxaneowr, à la prière d'une dame Lamelle, qui avait marié sa fllle k M. Moresquin : « J*ai raj^orté dit-il une partie de ces horreurs, sous le nom de cet honmie. dans Ingénue Saxaneour, et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'un autre homme innommé (Auge) a montré ce livre partout comme étant son histoire. >» >- 250. Deux magistrats, le vengeur des crimes, et le dief de la police et des mœurs. — Le Uentenant civil et le lieutenant dep<dioe.

Restif, dans Monnettr Nicolas, tome XI (pag. 3024 et suiv., 3045 et soiv.), parle du mariage de sa fllle Agnès avec Auge, mais il s'abstient de toute espèce de détail, sans dissimuler sa haine contre rÉchiné, qu'il ne nomme pas autrement, car Auge avait été alors condamné à mort et guillotiné, comme assassin*


3» BIBLIOeftlPHII RAISONIIÉI DIS OUTRIO»


XXXVIl

LE THESHOGRAPHE, ou idées d*uii honnête-homme sur un projet de règlement, Proposé à toutes les Nations de TEurope, pour opérer une Reforme générale des Loiz ; avec des Notes historiques. E|pigraphe : Salus Populi suprema lex esto. XII. Tab. A La-Haie, chés Gosse-Junior et Changuion, libraires des États. Et se-trouve à Paris, chésMaradan, libraire, rue des Noyers, n^ 33. 1789. Deux parties en un volume in-S** de 590 pages, y compris les tables des deux parties, au commencement et à la fin du volume ^

La première partie s'arrêta à la page iS6. Le faux-titre de la se- eonde partie reproduit le titre de la première, en amionçant que cette seconde partie contient les Notes [A], [B], [C], [D], [E], [F], [O], [H], [I], imprimées en petit texte.

La seconde partie contient deux pièces dramatiques : Le Boule- doguct ou le Congé, comédie en deux actes, « destinée au Théâtre des Danseurs-de-corde, le styet étant trop bas pour les Variétés », pag. 279 à 311, et rAn Deux-Mille, comédie-héroïque, mêlée d'ariettes, en trois actes, pag. 515 à 556.

Cet ouvrage a paru avec une figure allégorique, formant fron- tispice ; mais cette figure, on ne sait pourquoi, a été supprimée dans presque tous les exemplaires. M. Ch. Monselet ne Tavait pas Yue et ne Ta pas citée.

Dans sa dédicace aux États-généraux, signée le Tkesmographe, Tauteur leur présente cet ouvrage, ainsi que FAnthropographe, dans Tespoir que la sagesse des députés a saura extraire le bon de ces deux productions et remployer à Tutilité communew.Restif propose d'établir en France la forme du gouvernement du Danemark, qui lui parait « belle, utile, conforme au caractère des Français ».

Au verso du faux-titre de la seconde partie, îtestif s'adresse en-


I 5 fr. 50, Solar, 1800. — 27 fr. carfc. non rogné, Langlois, 167t. — 150 fr. mar. r. dos orné à petits fors, Chambotte-Ihtru, Cat. Aog. Fontaine, n* 2110, 1S74.


DS RS8TIF BS LÀ BRITONlfB. 3tl

core aux Étato-générauz et leur signale neuf des principaux Bigets, traités dans les Notes du Thesmographe : « Daignes, honora- bles Citoyens, dit-il en finissant, prendre en considération les cinq Projets des Idées singulières; ils ont été dictés par le patriotisme le pins pur. »

Voici l'indication des pièces concernant la querelle de Restif avec son gendre, et qu'il n'a pas craint d'imprimer dans le Thesmogra- phe : 1° Proscript relatif à la conduite du soi-disant l'Échiné ; S^ Let- tre d'un ancien ami, homme en place ; 3« Lettre de l'indigne gendre, à un homme de mérite (Toustain de Richebourg) ; 4> Réponse de ce gentilhomme ; 5* Lettre du beau-père outragé^ au gendre impie ; 6« Proscript du 19 septembre 1789.

A la page 514, Restif accuse ses ennemis de l'avoir fait poursui- vre à coups de pierre, dans llle Saint-Louis, le 7 novembre, le 14 avril et le 10 juin 1789; de l'avoir fait arrêter, le 14 juillet de cette même année, à li heures du soir, par la sentinelle du pont de la Toumelle, et enfin de l'avoir fait assaillir, par des assassins, dans la rue de la Parcheminerie, le l«r août suivant. A la page 587, il nous apprend que, le 28 novembre, il a été arrêté sur la dénoncia- tion de son gendre , et conduit à l'Hôtel de ville, comme ayant composé deux libelles abominables; mais ses réponses loyales et catégoriques avaient amené sa mise en liberté et l'emprison- nement de son lâche dénonciateur.

Cet ouvrage, qui forme le cinquième volume des Idées singuHè' resy est bien plus curieux et bien plus rare que les quatre précé- dents , publiés de 1769 à 1782. Nous avions soupçonné que tous les Graphes étaient de Ginguené, de Linguet et de Butel-Dumont, qui, en les faisant imprimer par Restif, lui en laissaient la res- ponsabilité, et lui donnaient ainsi le droit d'y ajouter ce qu'il vou- drait. Restif ne s'est pas fait faute d'user de la permission, sur- tout dans ce volume, qui contient tant de choses inattendues, relatives à sa personne et à ses aventures , à ses opinions et à ses ouvrages. Pour se convaincre que, derrière Restif, il faut chercher le véritable auteur des Graphes y soit Ginguené, soit Linguet, soit Butel-Dumont, il suffit de lire (pages 465 à 468 du Thesmùgre^hé) une asses verte semonce que ce dernier adresse à Restif, qui s'excuse, dans une note, d'avoir été pris en flagrant délit d'erreur littéraire. Plusieurs lettres de Butel-Dumont, imprimées sous les n»* 56-58, dans le tome XIX des Cwitemporaxnes^ seconde édition, semblent justifier nos suppositions sur les travaux collectifs de ce philosophe économiste et de Restif, qui prenait la responsabilité de Touvrage imprimé par ses soins.

21


m BIBLIOGRÂPHIS RÂISONNÉE DES OUVRAGES


M. Monselet a indiqué que deux pièces de théâtre étaient ca- chées dans le Thumographt : le Bouledogue ou le Congé, comédie en deux actes, et rÀn 2000, comédie héroïque, mêlée d^ariettes, en trois actes. La première de ces deux pièces met en scène un épisode de la Tie de Restif et de sa terrible guerre contre son gen- dre Auge, qu'il andt surnommé tÉchiné, Ce n'est pas le seul monu- ment de sa haine pour ce personnage, qu'il accuse d'avoir voulu l'assassiner et qu'il juge passible de la peine de mort! On ne sau- rait imaginer la violence avec laquelle il attaque ce malheureux (pages 482 à 501), en citant plusieurs lettres qui le concernent, notamment celle qu'il lui avait adressée pour lui rappeler tous ses méfaits. Cette lettre est une pièce extraordinaire dans ce pro- cès inouï entre le beau-père et le gendre.

Il y a aussi, dans ce volume, d'autres pièces vraiment singulières et plus conformes au titre de l'ouvrage, entre autres un projet d'éta- blissement pour Vimprimerie des ouvriers, « destinée à donner aux compagnons imprimeurs une propriété qui les rende citoyens. » Voyes aussi les lettres de Restif au marquis de Clermont-Tonnerre, an comte de Lally-Tollendal et à Bailly, ainsi que la consultation demandée à Toustain de Richebourg. Restif, en publiant le Thes- mographe, annonçait la prochaine publication du Ghssographe^ ou la Langue réformée, qui n'a jamais paru; tout ce qui en subsiste se trouve dans le tome XVI de Monsieur Nicolas, pag. 4689 à 4713, fragment qui contient un système entier pour la réformation de la langue et de l'orthographe.


XXXVIIl

PAMPLETS CONTRE L'ABBÉ MAURT, formant trois vo- lumes.

C'est Gubières-Palmézeaux qui, dans sa Notice sur Restif, nous fournit ce renseignement, qu'il est impossible de ne point admettre, car Cubièree-Pahnézeaux, ayant publié lui-même son fameux podme satirique : les Rivaux au cardinalat, ou la Mort de tabbé Maury, podme héroïque en quatre chants (Paris, 1702, in-8), devait mieux que personne connaître les auteurs des innombrables pamphlets imprimés clandestinement et répandus à profusion contre l'abbé Maury, dans les années 1789, 1790 et 1791, lorsque cet homme poli-


DS B18TIF BB LÀ BRITONNS. ats

tique tenait tète à Mirabeau et à tous les orateurs de la démocratie, dans les tristes débats de TAssemblée nationale. Restif ne connais- sait pas Vabbé Maory et ne pouvait avoir aucun ressentiment per- sonnel contre lui, mais il avait épousé les principes de la Révolution avec Fardeur et le fanatisme qu'il apportait dans toutes les ques- tions à débattre; il était, d'ailleurs, possédé d'une sorte de monoma- nie furieuse à l'égard de la religion et de ses ministres ; il se trou- vait presque sans ressources et ne pouvait plus vivre de son travail littéraire. On peut donc supposer qu'il devint libelliste, à l'ins- tigation des ennemis et des rivaux de Tabbé Maury. Mirabeau était le plus intéressé à payer le pamphlétaire et à employer l'arme de la satire contre un antagoniste qu'il ne pouvait vaincre à la tribune. Tous les partis, à cette époque, avaient des brocburiers à gages, pour faire la guerre aux hommes et aux idées. Mirabeau, mieux que personne, savait quelle était la puissance de la presse, quand il fal- lait jeter à pleines mains le ridicule et la calomnie sur de puis- sants adversaires. Il faut donc rapporter, à cette série de pamphlets anonymes contre l'abbé Maury, les visites mystérieuses de Restif à Mirabeau, racontées dans le XV^ tome de Monsieur Nicolas, pages 4249 à 4305. Dans ces entretiens, si précieux pour l'histoire^ il est plus d'une fois question de l'abbé Maury, et Mirabeau prend la peine de refaire à son point de vue un des discours prononcés par son éloquent rival à l'Assemblée nationale : « Jamais, dit-il avec une colère dédaigneuse, on n'a été aussi gauche que ce fils de cor- donnier... Si je ne l'avais pas connu auparavant, je l'aurais pris pour un sot. Il l'est bien un peu; cet homme n'a pas de véritable esprit; ce n'est que de l'exaltation provençale. D'ailleurs, Maury a eu la plus sotte éducation : celle des gens du commim. » Restif se croit donc fondé à dire que l'abbé Maury « ne cherchait qu'à £aire du bruit et fortune ».

Dans le tome XVI des Nuits de Paris, pages 425 et suivantes, Restif raconte sa rencontre, au Palais-Royal, avec un inconnu qui l'emmena dîner chei un restaurateur, le 16 janvier 1798, et qui eut l'air de vouloir sonder ses opinions, pour employer son concours dans une œuvre politique. L'inconnu disparut tout à coup, et une femme, vêtue en grande dame et suivie de deux laquais, essaya de donner suite à cette conférence avec Restif : « Elle me dit tout bas sa commission, que je refusai net, d'une grande importance alors. » On devine qu'il s'agissait de composer quelque factum et de le faire imprimer : « Ici, par exemple, ajoute Restif, je devais être un ins- trument aveugle, quoique intelligent. Je ne devais apercevoir ni l'un ni l'autre des deux bouts de la chaîne. On me demandait un acte isolé» pour lequel il fallait de l'intelligence, et après lequel, je


m bibuooeiphh RAisomiiK dis ouTRicas


« serait demeuré tranquille. » Mirabeau était mort, à cette époque, et Restif, n'ayaat plua à s'occuper de Tabbé Maury, pouvait disposer de son temps, de sa plume et de sa presse clandestine.

Panni les 50 ou 60 pamphlets qui ont été lancés contre Tabbé Ifauiy, pendant la période la plus brillante et la plus périlleuse de sa Tie parlementaire à TAssemblée nationale, nous choisirons ceux qui rappellent le mieux le genre d*esprit de Restif et ses habi- tudes de polémique. Qu'il nous suffise de montrer la piste aux cu- rieux et de les mettre sur la voie des découvertes à faire.

1* Coneapondaace sêcrette entre Vabbé de Yennoiit, l'abbé Mauri et M"*de PoUgnac. S, L n» d., in^ de 7 pp.

2* Réponse de M. Tabbé de Vennont à M. l'abbé Mann. De Bade, le .... août 1780. Ih rimprimerie de Valteyre l'aM, ia-8* de 7 pp.

3* Lettre de l'abbé Maory an vicomte de Miraboan, à son régiment. (A la fin : de tmprmerie de LaUlet et Gameiy, rus Serpente, n* 17.) In-8* de 8 pp.

4* Véritable Réponse dn vicomte de Mirabeau à la lettre de Tabbé Maoïy. S. L «. d„ iihS* de 16 pp.

S* Lettre de l'abbé Maury à M. de Robespierre, défenseur dn prince de Condé et des ministres à VAssemblée nationale. Du 28 juillet 1790. De rimpiimerie de Chapigny, in-8« de 3 pp.

6* Quatre mots à M. l'abbé ***. 5. /. n. d., in-8* de 8 pp.

Pamphlet contre l'abbé Maniy, au siget de la brochure intitulée : Ré- clamation des Provinces contre leurs députés.

7* L'abbé Maury frappant sa poitrine, ou la Passion de notre bon et humain Clergé. Office du Vendredi saint. Se trouve à Paria ekes le Steréteâre des commandements de mons, l'archevêque de Paris, 1700, in-0* de 8 pp.

8" Les Délassements comiques de l'abbé Maury aux Enfers, ou sa deuxième Lettre au Clergé. S. L n. d., in^d* de 8 pp.

8* L'Infernal roi des Enfers, ou les Amours de l'abbé Mauiy avec Proser- pine. S. l, n. d., in*8* de 16 pp.

10* Le Mariage de l'abbé Maury. S. U n. d„ in-8« de 8 pp. Pamphlet obscène; du ^rai Restif.

1 1» Messe du Saint-Esprit à l'occasion du pacte fédératif, célébrée par Tar- chevèque d'Aix, et chantée par [l'abbé Maory, grand-chantre du parti aristocratique; suivie d'oraisons sur le même siget, faites par Sa Ma- jesté Louis XVI, ci-devant roi des Français, et par sa femme Marie- Antoinette. Sans lieu d'impression, 1790, in-8* de 32 pp.

12* Messe du 14 juillet 1790, célébrée par l'abbé Maury, de fameuse mémoire. S. L II. d., in-8* de 8 pp.

« Maurt, à l'introite : Au nom de la Loi, de la Nation et du Roi qui se souviendra de 1789.... Louis XVI. Dis ta messe, gredin, et laisse-moi tranquille avec tes réflexions ! »

13* Les Miracles de l'abbé Maury et la Résurrection du vicomte de Mirabeau. M. d., in-8o de 8 pp.


BI BISTIf DI Li. BBITONIIB. StS


14* Le Batonr d» l'abbé UKory aux Bnfen, on le llanâcra de Carpentraa et

d'Avignon. S. l, n. d„ in-S^ de 8 pp. 15* Dialogue entre VéTêque d'Anton et M. l'abbé Ifanry. S, U n, d., in-8o de

8 pp. 16* Le Viol, par l'abbé Maniy. S, L n. d., iii-8» de 8 pp. (A la fln : /»• (a 0*

imprimerie de la L^erté.) 17* Poflme snr la Prière, tradoit d'nn mes. grec troové dans lei mines de

Paimire. Dédié à l'abbé Maoïy. A Parii^ «. d., in-8* de 63 pp. 18* Faites bean col, Toas n'anres qu'une claque, ou Érénement aniré à l'abbé

Maoïy dans la cour du Collège liasarin, par les écoliers, le 27, à trois

heures. S. /. n. d,, in-8* de 3 pp.

L'abbé Maurj, enchanté de la motion inoendiaire, selon lui, que Mira- beau Tenait de faire pour la création d'un papier-monnaie, alla arec

empressement ches M. Laboure, son ami, professeur de 6* au Collège

Masarin ; là, il ftat fouetté par les élèves. 19* Le Gardien des Capudns, ou l'Apôtre de la liberté : Brouillerie de l'abbé

Maury avec 45 aristocrates. S, L n. d., in-8. SO* Indécence énorme du vicomte de Mirabeau et de l'abbé Manzy, envers la

Nation, et justiflcation de M. le marquis de la Fayette. (A la fln : i>e

rtmprinwHe de L. L. Girard, ru» de Yaloit, n* 79.) S. d., in-8* de 8 pp. 21* Les Souliers de l'abbé Maury. (A la fin : D Vimprimerie de Jean Bart,)

5. d„ in^ de 8 pp. n* L'Assassinat commis par l'abbé Maury, sur son élève. S. /. n. d,, io^

de 8 pp. 23* Les Trois culottes de l'abbé Mauiy. S, l, n. d,, îikS* de 8 pp. 24* La Calotte renversée par les assignats, ou la Défaite de l'abbé Mauiy,

par Mirabeau. S, /. n, d„ in-8* de 8 il. Pamphlet d'une violence extrême contre le aergé, que l'auteur quali-

fle de moines fainéants et hypocrites, de pourceaux engraissés, etc. 25* Grand accident arrivé à l'abbé Maury, occasionné par le tonnère (fie). A

Pari», ehe» Simoa et Jaeob Sien, 1790, in-8* in-8* de 8 pp. L'abbé Maury, réveillé en sursaut par le tonnerre, se lève à tâtons,

met le pied dans son pot de chambre, le casse et se blesse à l'orteil. Le

médecin déclara qu'il serait fou pendant quelque temps. « Nous avons

engagé, dit l'auteur, un homme d'esprit à se déguiser en garçon apotfai-

caice (dût-U lui donner un lavement), afin de savoir tout ce qu'il dira

dans sa déraison. » 26* Mariage de l'abbé Maury avec l'abbesse de Montmartre; Détail de la

fête. 27* L'abbé Maury répudié par la Négre»»»^ le lendemain de son mariage. 28* Le Sabbat de l'abbé Maury. 29* Messe de minuit, célébrée par l'abbé Maury. 30* Complot du Clergé. 31* Le lonp-garou à l'Assemblée nationale. 32* Testament de J. F. Mauiy. 33* La Mort de l'abbé Coco. 34* Almanach de l'abbé Maniy, in-82, portrait. 3S* L'abbé Mauiy pris dans les flleU du Père Duchesne.


396 BIBLIOGRàPHIS RAISOIVRÉI DS8 OUTRÂGIS


36* Petit CarAme de Tabbé Manry, on Sennoni proches dans rAMemUée des Enragés, l'o année. 10 n«* de 8 pp. in-S» chacun; seconde année, 3 n«".

37* Les Grandes Prédictions d*un petit Prophète.

38* Le Pape condoit aux Enfers, par Tabbé Maury, etc.

Noos avons laissé de eôté un certain nombre de brochures, qu'on at- tribue plutôt à Hébert, parce que le Père Dnchesne s'y mesure person- neUemeat avec l'abbé Ifamrj. On s'accorda aussi à lui attribuer la Tie privée de FabbéMaury, 1790, in-6*, qui pourrait bien être mise an compte deRestif.


XXXIX

NM . — MONUMENT DU COSTUME physique et moral de la fin du Dix-huitième siècle, ou Tableaux de la yie (texte de N.-E. Restif de la Bretonne), orné de Figures dessinées et gravées par M. Moreau le jeune, Dessina- teur du Cabinet de S. M. T. C. et par d'autres célèbres Artistes. A Neuwied sur le Rhin, chez la Société typo- graphique. M.DCC.LXXXIX. Grand in-folio, de 37 pages de texte, sans compter le titre, avec 26 estampes ^

Voici les titres des chapitres de Touvrage de Restif, qui corres- pondent aux estampes, avec les noms des graveurs et les dates des gravures :

1. Déclaration de la grosseue, Orav. par P. A. Martini, 1776.

2. Lei Précautions. Orav. par le même, 1777.

3. J'en accepte Vhewreux présage, Graev. par Ph. Trière.

4. If ayez pas peur, ma bonne amie, Grav. par Helman, 1776.

5. Cest un fils. Monsieur! Orav. par C. Baquoy.

6. Les Petits parains. Orav. à l'eau-forte par C. Baqaoj et terminé au

burin par Pataa, 1777.

> 100 fr., Solar, 1860. — 121 fr. cart., Pavart, 1864. — 91 fr. non rogné, Sten- gel, 1861, et 165 fr., TrosB, mai 1868. — 250 fr. demi-rel. mar.vert, Potier, 1870. — 279 fr. cart., vente Tross, 17 novembre 1871.— 300 fr. demi-rel. veau, Gunta- berger, 1872. — 900 fr. demi-rel. non rogné, Cat. Aug. Fontaine,no 6005, 1872. ~ 6000 fr. mar. r. non rogné, ChamboUe-Duru (avec les 12 flg. de Freu- denberg et les 26 fig. de Morean et Freudenberg , avant la lettre, et une antre suite avec le privilège du roi), Cat. Aug. Fontaine, no 5293, 1872.— 300 fr. demi- rel. vente Tufton, juin 1873. — 325 fr. (£ 13), Barker, Londres, 1674. — 770 fr. cart. non rogné, Curmer, 1874.


BS B18TI? DS Li. BRITONlfS. 3X7

7. Lu DéMMM de la maUmité. Or*T. par Helman, 1777.

8. L'Accord parfait, OraT. par le même, 1777.

9. Le Jiendejf^oiu pour Mar^f, Grav. par Cari Guttanberg, ic.

10. Le» Adieux, Orav. par De Launay le jeune, 1777

11. Za Rencontre au boù de Boulogne. Qrav. par Henri Outtenberg.

12. La Dame du paUna de la Reine, Qrav. par P. A MartinL

Nota. — Les 14 estampes soiTantes appartiennent k la seconde série, dite da Petit-Maître, à cause du si^et et du titre de la première estampe de cette série.

13. Le Lever du petit nudtre. Grav. par L. Halbou.

14. La Petite toilette. Grav. par P. A. MartinL

15. La Grande toilette^ QT9,r. par A. RomaneL

16. La Matinée. Sans signatorea. Grav. par Bosse, d'après Freudenberg. (Cette estampe a paru d'abord sans ce titre : THeureuee anion.)

17. La Caiate de chevaux. Qtk7. par H. Gutanberg.

18. Le Pari gagné, Grav. par Camligoe.

19. La Partie de loiscA. Grav. par Dambnm. M. Oui ou non, Grav. par N. Thomas.

21. La Surprite. Sans signatures. Grav. d'après Freudenberg, par ingouf. Elle avait paru auparavant, sous ce titre : let Mcture du Tempe, et avec cette légende : « On épouse une femme, on vit avec une antre, et l'on n'idme que soL »

22. La Petite loge, Grav. par Patas.

23. La Sortie de VOpéra. Grav. par Malbeste.

24. Le Souper fin, Grav. par Helman, 1781.

25. Le Seigneur eheg eon fermier, Grav. par J. L. Delignon.

26. Le Vrai bonheur, Grav. par Simonet, 1781.

Cet Avis des éditeurs se trouve, en tête de l'ouvrage : « La fin du diz-huititene siècle sera l'une des époques les plus remarquables de l'histoire. La révolution qui s'est faite dans les idées et dans les usages est digne d'exercer les pinceaux des Théophraste et des La Bruyère. C'est d'après ces modèles qu'est rédigé l'ouvrage dont nous faisons l'hommage au public. U est orné de gravures qui présentent divers événements de la vie de société. Elles sont l'ouvrage des artistes les plus habiles de notre temps.

tt Les faits employés dans la plupart des traits relatifs à chaque estampe remplissent d'autant mieux le titre de Costume moral, que l'auteur (M. Ret. de la B.) s'est attaché à les prendre dans la vérité. On sait qu'aucun homme de lettres n'a plus observé, n'a recueilli plus de traits frappants dans l'histoire privée de toutes les classes de la société, etc. »

Il parait que les estampes gravées d'après Moreau, de 1771 à 1781, avaient été d'abord vendues séparément aux amateurs, avant d'être réunies en recueil. Plus tard, vers 1788, le propriétaire de ces plan-


3t8 BmLIOeBAPHB RAISONNAI BBS OUY&IGSS

cheB y fit effacer les n^ d'ordre et le privilège, pour en donner une nouvelle édition, avec un texte, qu'il avait eu Tétrange idée de demander à Restif de la Bretonne, qui passait, à Tétranger, pour l'oracle des modes parisiennes, et qui devait ime partie de son succès aux nombreuses gravures du Paysan-Paysanne pervertis, et des Contemporaines,

Ce recueil célèbre de planches gravées au burin par les plus fa- meux artistes français, d'après les dessins de Moreau jeune, avait été précédé d'un autre recueil de douze estampes, gravées d'après les dessins de Freudenberg et publiées d'abord, sans texte, en 1774. Ce premier recueil, beaucoup plus rare que celui qui lui fait suite, a pourtant été reproduit en partie dans les figures des petites édi- tions in-18, que la Société typographique de Neuwied a imprimées, sous différents titres, avec un texte de Restif et de quelques autres écrivains français.

Quoique Restif n'ait peut-être jamais cherché ses inspirations dans les estampes du recueil de Freudenberg, nous donnons ici la liste complète de ces estampes, d'après le magnifique exemplaire que M. Fontaine a décrit dans le Catalogue de livres anciens et modernes de sa librairie, en 1872; exemplaire dont les épreuves étaient la plupart avant les numéros d'ordre et avant les tailles sur la tablette, avec une partie des eaux-fortes :

N«* 1. Le Leoet» Orav. par A. Romanet, 1774.

2. Lt Babu, Orav. par le même.

3. La Toilette, Orav. par Yoyes l'aîné, 1774,

4. L'OeoÊpatUm, Orav. par Lingéa.

5. La Viiite inattefÊdue. Orav. par Yoyes Talné.

6. La Promenade du matin. Orav. par Lingéa.

7. La Promenade du soir. Orav. par Ingouf Junior, 1774.

8. Le Boudoir. Orav. par P. Maleavro, 1774.

9. Lee ConfUieneet. Qrvr, par C. L. Lingée, 1774.

10. La Soirée d'hyver. Orav. par Ingouf Junior, 1774.

11. L'Événement au tel. Orav. à reau-forte par Dudos; terminé au burin

par Ingouf Junior.

12. Le Coucher. Orav. à l'ean-forte par Duclos et terminé au burin par Boase.

Cette première Suite n'ssTAMPSs, pour servir a l'histoire des

MCEURS ET DU COSTUME DBS FRANÇOIS, DANS LE DIX-HUmÈlCE SIÈCLE,

année 1775 *, avait été publiée & Paris, chez Prault, imprimeur du roi, en 1775, avec un discours préliminaire et tme page de description pour chaque gravure. La Seconde sutie d'estampes pour servir

1 255 te. demi-rel. vélin, Favart, 1864. ^ 600 fr. mar. r. Sardy Memàl, Cat. Aag. Fontaine, n* 3426, 1872.


DE B18TIF DS LÀ BBlTONlfB. 329

A L'mSTOBElB DBS MODES ET DBS C08TU1CE8 EN FraMCB DANS LE DIX-

HurnàMB si&CLE, année 1776, parut également chez Prault, en 1777 S avec discours préliminaire et une notice pour chaque planche. Cette seconde suite est le premier Recueil d'après les dessins de Moreau, contenant aussi i2 estampes. La troisième Suite, ou second Recueil de Moreau, composée également de 12 estampes, ne parut que plus tard, vers 1784, mais sans titre et sans texte, bien qu'on Tait annon- cée, dans cette seconde suite, sous le titre de : Vie du cavalier à la mode ou du petit-^matire.

Les estampes d'après Moreau, qui devaient compléter la suite de Freudenberg, furent donc publiées d'abord, sans le texte de Restif, comme les estampes de Freudenberg, mais avec privilège du roi, en deux séries distinctes. Ces estampes portent toutes Moreau le Jeune deL, dans les épreuves avec la lettre. L'exemplaire incomparable, décrit dans le Catalogue de M. Auguste Fontaine, 1872, n» 2582, était tout entier de premier tirage, et par conséquent n'avait pas à figurer dans l'Œuvre de Restif de la Bretonne, qui y est absolument étranger. Il appartient aujourd'hui à un grand iconophile, M. le comte Welles de Lavalette.

La première série des estampes d'après Moreau, au nombre de 12, fut d'abord réduite et publiée par Moreau lui-même, sous ce titre gravé :

Seconde suite d'estampes, pour servir à l'histoire des modes et du costhume {sic) en France, dans le xyiii* siècle, année 1776. A Paris, chez Jlf'. Moreau^ graveur du Ca- binet du Roi. Cour du Mai au Palais, Hôtel de la Trésorerie. Sans date. A. P. D. R. Petit in-8« •.

Les iconographes pariassent avoir ignoré l'existence de cette charmante réduction des gravures de Moreau, publiée vers 1776, puisqu'ils ne l'ont pas citée. Les exemplaires en sont extrêmement rares. Nous en avons vu, chez M. Danyau, un exemplaire avant la lettre, avec le titre gravé, que nous donnons ci-dessus. Nous serions pourtant fort en peine de dire si ce sont les cuivres de ce joli recueil, qui ont servi depuis à, faire différentes éditions des Tableaux de la tne, en France et en Allemagne.

Quoi qu'il en soit, il en existe, en outre, une contrefaçon trom-

■ Les deux suites réanies, 1025 fr. (£ 41) cuir de Russie, Barker, Londres, 1874. > 150 tr. mar. r., Bertrand» Cat. Aag. Fontaine, no 6007, 1872 ; revendu 350 fr. Rigaud, 1874.


330 BIBLIOGRAPHIE RAISONNES DES OUVRAGES

peuBe, qui a été gravée en Allemagne par Oleich, tirée en bistre dans le format in-8, et publiée à part, sans aucun texte imprimé, avec privilège de Son Excellence (A. P. L I. S. D. E.), Les épreuves en bistre, quoique évidemment antérieures aux épreuves tirées en noir à Paris, avec privilège du Roi (A. P. D. R.)» et plus soigneu- sement (la légende y est aussi mieux gravée et n'ofl^ pas de fautes grossières, comme dans les exemplaires en bistre), portent oette inscription : Peint par M, Moreau le jeune, à Paris. Gravé par GMeh. Tous les exemplaires sont accompagnés de quatre ou cinq vers asses spirituels, au bas de chaque estampe, qui méritent d*étre re- cueillis, quoique nous ne songions pas à les attribuer à Restif.

i^ La Déeiaration de la grossesse.

Dans neuf mois, le Docteur a décidé le cas, A votre mal, Céphiae, il doit être un remède. Cessés de vous en plaindre. Eh! quoi! ne fant-U pas Que le fruit k la fleur saccède?

2<» Les Précautions,

Prenés garde , Madame ! un rien peut voae blesser. Ainsi pajde un Mari qni vm devenir Père. Céphise, allés an Ciel voas adresser; Le destin de l'Ëpouse a sçn Tintéresser. n veillera de même à celai de la Mère.

3» J'en accepte f heureux présage.

Tendres Epoux, occnpés-Toas d'avance De l'enfant précieux qui vous devra le jour. Aux plus petits détails la nature et l'amour

Savent donner de l'importanoe.

4» N'ayez pas peur, ma bonne amie.

N*a7es nulle crainte, ma chère, Et vous, l'abbé, faites moins le plaisant.

— D'honneur! le fiait est très-constant. Mesdames, Usés donc : Vénus, devenant mère. En eut plus de beauté... l'Amour f&t son enfant.

5» Cest un fils. Monsieur!

Ergaste a tout perdu, soit malheur, soit méprise. On eût crû que son sort étoit désespéré. Vivent les gens d'esprit! Q épouse Céphise; Un fils lui natt... et tout est réparé.

6» Les petits Parrains,

L'un pour l'autre fonnés dès leur plus tendre enfance , Ils gardent les douceurs d'un penchant mutuel. Bientôt peut-être un nœud plus solemnel De leurs parens comblera l'espérance.


BI RISTIF BS Li. BBfiTONinB. 331

7» Us Délices de Ut Maternité,

On chardia ce boDhonr, l'objet de nos déain:

Tn penx sentir sa doace yvresse, Géphise , à ton enfant prodigue ta tendresse. Vas, le ooBiir maternel goftte tous les plaisirs.

80 L'Accord parfait.

La Harpe dans yos mains, Céphise, Ne le cède qu'à Totre Toix. Vous causés plus que la surprise : Qui TOUS écoute , admire et soupire à la fois.

9o Le Rendez-vous pour Marly,

Ce née^, d'une taille élégante, Laisse admirer tous les contours. La beauté parott plus ch a rm a nt e , Moins on la surcharge d^atours.

iù<^ Les Adieux.

Au larcin de Tamour Céphise en rsin s'oppose , n dérobe un baiser charmant : Pour CépUse c'est peu de chose, Et c'est beaucoup pour son amant.

llo La Rencontre du bois de Boulogne»

Pour garder ce coursier d'une main affermie. Un écuyer galant tous ofl^ ses leçons. Mais craignes que son art ne rende trop hardie , Car il est des faux pas de toutes les façons.

i2« La Dame du palais de la Reine,

De ces brillants atours Céphise serait vaine? Non, elle s'applaudit de son destin heureux, Qui l'appelle k la cour de notra jeune Reine : EUe va voir de près les Qrftces et les Dieux.

N® 2. — Monument du« Costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle; ou Tableaux de la vie. A Londres : chez C. DMy, PouUry. 1790. 2 vol., in-42, à belles marges, papier fort; avec une jolie gravure en tête de chaque volume : 4" Déclaration of Pregnancy. Déclaration de la Grossesse. T. HoUoway seulpt., 2* The Levée. Le lever du Petit-maitre. J. Beat seulpt.

Cette contrefaçon anglaise nous parait reproduire le texte de Restif, sans aucun changement.


33t BIBLIOGRAPHH BÂISONlfil DES OUY&IGSS

N^ 3. — Monument du Costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle, ou Tableau de la vie. A Londres, 4793, 2 vol. pet. in-S** de vu feuill. prélim. et 185 pp. pour le premier volume, et de 162 pp. pour le second, avec 26 flg. ^

ReBtif ne doit pas avoir en part à cette seconde contrefaçon anglaise, qui reproduit à peu près le texte de l'édition originale in-fo- lio. L'éditeur ne s'est pas contenté de placer en tête de chaque volume les deux charmantes gravures qui ornaient l'édition in-12| pubUée à Londres en 1790. Il a fait graver, d'après Moreau, les autres es- tampes qui correspondent aux chapitres de l'ouvrage de Restif. Ces estampes, dans lesquelles les dessins originaux ont été interprétés à la manière anglaise, c'est-à-dire avec des types et des costumes empruntés à l'Angleterre, sont exécutées grossièrement, maladroi- tement, sans esprit et sans talent. On lit au-dessus de chaque es- tampe cette inscription : London, publùhed as the act directs [fer the Proprietors) by H, Hinton horse shœ court Lugdate Hill, aug, 1792.

La légende des gravures est en anglais et en français, ce qui nous fait supposer qu'il existe une traduction anglaise de l'ou- vrage de Restif, publiée simultanément avec cette édition française.

N^ 4. — Monument du Costume physique et moral de la société à la fin du dix-huitième siècle, gravures de Mo- reau le jeune, texte de Restif de la Bretonne, revu par Gh. Brunetet Anat. de Montaiglon. Paris, Wilhem, 1874, gr. in-4*.

Il n'a paru encore qu'une ou deux livraisons de cette nouveUe édition, dans laquelle les planches gravées, d'après Moreau, ont été réduites, à moitié de leur grandeur, par des artistes habiles et consciencieux. MM. Ch. Brunet et de Montaiglon se proposent d'ajouter au texte primitif de la grande édition, publiée à Neu- wied en 1789, les différents chapitres que Restif avait composés pour cette édition, mais qui n'y figurent pas et qui n'ont été impri- més que dans les petites éditions publiées, de 1789 à 1791, en Alle- magne.

Le premier texte de Restif doit avoir été rédigé dès l'année 1787, pour les éditeurs de Neuwied, puisque la première édition des Ta-

I 150 fr., vente Bachelin. juin 1874.


DX BSSTIP DX LA BfiSTONlfX. 333

bleaux de la benne compagnie date de cette année-là. Nous citerons donc ces éditions, la plupart sans date, en leur donnant un ordre tout systématique, sans chercher à distinguer, des contrefaçons faites en France et en Allemagne, les éditions publiées de Taveu de Fau- teur. M. Henry Cohen, dans son excellent Guide de l Amateur de livres à vignettes du xtiii* siècle (seconde édition. Paris^ P, Rau- guette, 1873, in-8, pag. 202), dit à ce sujet : « Je crois, d'après Tétat des épreuves de ces trois éditions (sous différents titres) et les chan- gements de noms que les figures ont subis, que leur ordre de publi- cation a dû être le suivant : i» Tableaux de la bonne compagnie; 2o Les Petites Parties ; 3o Tableaux de la vie. » Nous n*osons pas être aussi affirmatifs, car les éditions, accompagnées d'un texte, portent des dates qui ne s'accordent pas toujours avec Tétat des épreuves. Il faut aussi admettre que les cuivres ont été retouchés à plusieurs reprises et même gravés de nouveau, pour répondre aux besoins du tirage.

Tableaux de la bonne compagnie, ou Traits caracté- ristiques, Anecdotes secrètes, Politiques, Morales et Littéraires, recueillis dans les sociétés du bon ton pendant les années 1786 et 1787. Accompagnés de Plan- ches en taille-douce, dessinées et gravées par M. Moreau le jeune, graveur du Cabinet du Roi, et d'autres célè- bres Artistes. Paris {Neuwîed), 1787, 2 vol. in-18, de âlO pages, non compris trois feuillets préliminaires^ pour le tome premier, et de 192 pages pour le second ^ f

C*est la première édition de ce charmant ouvrage, avec le pre- mier tirage des gravures, car le titre seul de Touvrage ne permet pas d'admettre Texistence d'une édition antérieure. M. Monselet ne Tavait pas connue. On peut donc juger de sa rareté. Quelques-unes des planches offrent le titre allemand au-dessous du titre français. C'est aussi le véritable texte de Restif, avec sa préface-dédicace : « vous, sexe charmant qui savez tout embeUir, malheureusement même le vice. » Les titres des chapitres sont parfois différents de

I 64 fr. veau marbré, Duplessis, 1856.— 17 fr. 50, demi-re!., Tron, novembre 1866. — 40 fr., mar. r. Bertrand, Cat. Aug. Fontaine, no 1149, 1870. — 55 fr., demi-rel. n. r., Charles Brunet, 1872. (Édition annoncée, par erreur, avec la date de 1782, n« 766 dn Catal.) — 80 fr.. mar. vert, David, Quntsberger, 1872. — 60 fr. dflôni-rel., Henri Artur, 1873. -~ 45 fr. non rogné, Lebert, 1874. — 150 fr. .mar. r. dos orné à petite fers, ChamboUs'Diint, Cat Aog. Fontaine, n» 2107, 1874.


334 BIBLI06RAPHII RAISONNES DBS OUVRàGKS

ceux dei éditions postérieureB, et Une les chapitres ne sont pas accompagnés de figures. Voici la liste de ces titres, dans Tordre que Restif leur a donné :

Tome I*'. La Leçon de musique. — Le caifé de Madame la mar- quise D***. ^ Les Tuileries. — L'Opéra. — Le Restaurateur. — Fontainebleau. -- La Partie de chasse de Fontainebleau. ~ Le Bal. — Le caffé du Caveau. -- Versailles. -- La Table d*h6te. — La Visite de médecin. — Le Souper de la marquise D***. ~ Le Comité.

Tome II. Les Précautions. — Le petit Couvert. — La Lingère. — Anecdotes. — C'est un fils I — L'^tichambre. — Les petits Pa- rains. — La Nouvelle du jour. — Le Coin de la Cheminée. — L'Assemblée de Notables. -^ Les Confidences. — Les Rêves. — Le Printemps. — Les Frondeurs. — Les vrais Plaisirs. — La Vie de garçon.

Ce texte ne ressemble en rien à celui des Tableaux de la Vie. Ce sont les plus agréables pages que Restif ait écrites , et tout ce que nous avons lu dans ce joli ouvrage est bien du Restif, de l'ex- lent Restif. Quant aux gravures, ce sont des merveilles de finesse et de perfection. Au reste, le livre a été réimprimé plusieurs fois, à Neuwied, sans date, dans l'espace de cinq à six ans, et les gra- vures sont plus ou moins fatiguées dans ces réimpressions, qu^il est difficile de distinguer entre elles autrement que par la qualité des épreuves. La plupart des exemplaires sont restés en Allemagne.

Restif nous apprend lui-même à quelle époque il termina les Ta- bleaux de la vie, qui diffèrent beaucoup de l'ouvrage précédent, qu'il avait composé, avant de faire un texte spécial pour accompagner les gravures de Moreau, sous ce titre : Monument du Costume physique et moral de la fin cftixym* siècle : ce fut le jourméme de la prise de la Bastille, 14 juillet 1789 : « Je m'étais levé tard, dit-il (tome XV des Nuits de Paris, page 66), pour achever les Tableaux de la vie, que j'envoyais à Neuwied. » Il se crut en droit, quatre ans après, de faire reparaître ces Tableaux, en les distribuant, sous une autre iorme, dans les six premiers volumes de P Annie des Dames natio- nales, oii ils figurent quelquefois avec leurs anciens titres. Voici le détail de cette nouvelle distribution.

Déclaration de Grossesse.

Les PrôcautioiiB.

J'en accepte l'heureux présage.

N'ayez pas peur, ma bonne amie.

Ou la Sandovienne.

(Au Marais.) C'est on fils, Monsieur !

Les Petits panrains.

(Quartier Palaia-RoyaL) La partie de vriseh.

(Place des Victoires.) La Belle, en accord parfait


Tome V,


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Tome IL


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Tome III.


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DE RB8TIF DE LÀ BRETONNE.


335


Tome IV.


Tome y.


Tome VI.


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17» —

18» —

19» —

20" —

21» —

22* -

28» -

24- -


(Place Vendôme.) Le double Rendei-Toas aux Toi- leriee, pour Marli.

Lee Adieux.

(Toileries.) La Rencontre au bois de Boulogne.

(A Versailles.) La Dame du palais de la Reine.

(Butte Saint-Roch.) La jolie Marchande à la toi- lette.

La Fille du taiUeur, à marier.

(Bourg la Reine.) L'Amie du maître.

La Dame du Tournoi (Louise de B. C.)

(Rue Ventadour.) Lee belles Parieuses et le Chas- seur.

(Oonesse.) Le Mariage tu extremis,

(Rue de Vendôme.) La nouvelle Mariée, an sortir de rOpéra.

Le Souper fin, à la petite midson. (Quai de Voltaire.) La petite Loge. La Pille du fermier.

(Rue Saint-Louia.) Les Épouses que leur mari n'ose déformer.


Il ne nous a pas été possible de rechercher les différences qui existent entre les deux textes, mais nous avons pu constater que Restif avait fait de nombreuses additions à son premier travail, soit pour rétablir ce que les éditeurs allemands de Neuwied avaient sup- primé ou atténué; soit pour compléter son œuvre primitive. Les Tableattx de la vie sont très-ingénieusement utilisés dans t Armée des Dames nationales. Restif, en les y intercalant, ne leur a pas donné un vernis révolutionnaire, qui les eût entièrement gâtés, n avait procédé à Timpressîon de son recueil dès Tannée 1789, et cinq volumes étaient déjà imprimés au 12 août 1792. Il a donc laissé paraître ces premiers volumes tels qu^il les avait exécutés dans sa petite imprimerie, mais, à partir du 6« volume, celui de Juin, il n*osa plus réimprimer intégralement les Tableaux de la vie, composés BOUS le règne de Louis XVI. Il supprima, par exemple, tout le cha- pitre intitulé : le Vrai Bonheur, en écrivant sous le même titre une autre Nationale, et en la faisant commencer ainsi : « Je suis f&ché de le dire, mais la belle estampe du Vrai Bonheur en a menti. » Restif eût craint de déclarer qu*on avait pu être heureux sous la ty- rannie d'un roil

Dans les volumes suivants, il n'osa donc pas continuer à repro- duire les gracieuses esquisses aristocratiques qu'il avait composées pour les Tableaux de la bonne compagnie et les Tableaux de la vie.


336 BIBLIOGRAPHIE RjUSONNÉK DES OUYBAGES

N* 1. — Tableaux de la Vie ou les Mœurs du dix-huitième siècle. Avec 17 figures en taille-douce. A Neuwied sur le- Rhin, chez la Société typographique, et à Strasbourg, chez J. G. Treuttel. Sans date. 2 vol. in-18*.

Avis des Éditeurs : « Nous ne donnons point cette galerie pour une collection de tableaux originaux. Le Montanent du Costume de M. Rétif de la Bretonno , et quelques autres ouvrages récens nous en ont fourni les matériaux. »

Ce sont surtout les estampes qui font le mérite de ce petit livre. On ne trouve presque jamais de belles épreuves de ces charmantes gravures ; il faut donc se contenter de celles qui sont passables. Il pa- raîtrait que Restif n*est pas l'auteur de toutes les notices qui accom- pagnent ces gravures. On s'était adressé à lui, parce qu*il avait en Allemagne une réputation qui surpassait celle de tous les écrivains français de son temps : il prêta sa plume à cette affaire de librairie étrangère (c'est un Allemand nommé Eberx, qui avait eu Tidée de publier ie Code des modes et des manières de la France au XVIII^ siècle, avec des dessins de Freudenberg et de Moreau jeune], parce qu*on le paya bien , mais il ne se fit pas honneur de son travail, quoique les éditeurs , dans leur préface, eussent vanté l'auteur du texte autant que le peintre et les graveurs. Restif parle de cet ou- vrage, en ces termes {Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4734) : « J'ai fait entrer dans C Année des Dames nationales tous les traits qui m'ap- partiennent dans les Tableaux de la Vie, imprimés à Neuwied ; et, comme cet ouvrage n'est pas entièrement de moi, je ne le place pas dans mon Catalogue. Pour éviter de l'y mentionner, je fonds [dans tAnnée des Dames nationales les morceaux nombreux que j'ai four- nis pour cette compilation. Ils seront faciles à distinguer; ils for- ment les quatre ou six premières nouvelles de chaque premier des six mois commençants de tAnnée. » La publication d'un ouvrage de Restif à Neuwied nous autorise à supposer qu'il était en rapport avec le bénédictin Imbert, le nouvelliste Métra, et-les autres collabo- rateurs anonymes de la Chronique scandaleuse et de bi célèbre Cor- respondance littéraire secrète, qui se préparait à Paris, dans les cercles politiques et littéraires, et qui s'est imprimée et publiée A Neuwied depuis 1775 jusqu'en 1793.

» 16 fr., Solar, 1860. — 50 fr. mar. r., Bertrand, Cat. Aug. Fontaine, n© 6006, 1872.— 30 fr.demi-rel. non rogné, Cat. M. X** (Rouquette), 1872.— 50 fr. demi- rel. non rogné, Charles Brunet, 1872. — 39 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874. — 120 fr. mar. r. dos orné à petits fers, ChamboUe-Vwru, Cat. Ang. Fontaine, n« 2108, 1874.


DK BSSTIF DK Lk BRETONNE. 3S7

Les figures qui sont toutes des réductions d'après les grandes estampes in-folio de Freudenberg et de Moreau, et dont quelques- unes *sont retournées, portent les légendes suivantes, dans les Ta- bleaux de la Vie : Le Printemps. — Les Tuileries. — Versailles. — Fontainebleau. — Les Précautions.— Le Coin de la cheminée. — Les petits Parrains. — Le Boudoirs. — Le Bal. — L*Opéra. — La Leçon de musique. — La Visite du médecin. — La Lingère. — Le Comité. —C'est un fils, Monsieur! — Les Confidences. — Les vrais Plaisirs.

^o 2 — Tableaux de la Vie, ou les Mœurs du dix-hui- tième siècle. Nouvelle édition. A Neuwied, sur k Rhin^ chez la Société typographique. 1791. 2 vol. in-18, le pre-

»

mier de 168 pages, et le second de 186^

n y a des exemplaires avec gravures, et d'antres sans gravures, mais il en faut 17, qui sont annoncées dans TAyis des éditeurs. Le premier volume de cette édition porte souvent la rubrique de Lon- dres.

N* 3. — Tableaux de la Vie et des Mœurs du dix-hui- tième siècle. Sans indication de lieu et sans date. 2 vol. in-18.

Édition citée dans le Bulletin mensuel du libraire Alvarës, 8« an- née, nM 7 et S, décembre 1S64 et janvier 1865.

N"" 4. — Les Petites Parties et les grands Costumes de LA Cour de France, ornés de gravures dessinées par Mo- reau le jeune, et publiées par Rétif de la Bretonne. Paris, Royer, sans date (vers 1791), 2 vol. in-18.

C'est la reproduction du texte des Tableaux de la Vie, sous un nouveau titre déguisé, oit figure le nom de Restif ; ce qui semblerait indiquer qu'U n'était pas étranger à cette édition, la seule qu'on ait faite à Paris, au mépris des droits de l'éditeur de Neuwied.


> 36 fr. broché, Henri Artor, 1873. — 130 fr. mar. r. dos orné à petits fen, ChamhoUê'Dtsru» Cat. Aog. Fontaine, no 3109, 1874.


33


338 BIBLI06BÂPH1S RÂISONlftE DK8 OimtAGKS


XL


NM.— LE PALAIS ROTALS trois parties, en 3 vol. in-12.

Fauz-titfe da premier volume : Les FnxES du Paiais- ROTÀL ; au-dessus, une figure en bois représentant une chèvre qui sort d'un buisson, en face d'une maison de campagne ; ensuite la Gravure-frontispice, pliée en trois, avec cette légende : « Les trente-deux Filles de l'Allée des soupirs. »

Titre : Le Palais-Roval. Première partie. Les Filles de l'Allée des Soupirs. Épigraphe : temporaf à mo- res/... GiCERO et liLiRTiAus. Fleuron : compas ouvert. A Paris^ au Palaù-Itoyal d'abord; puis^ Partout; même ckés GutUot, libraire rue des Bernardins. 1790.

Faux-titre du second volume : Les Sunamites au Pa- lais-Royal. Gravure pliée en trois : « le Cirque. »

Titre : Le Palaii»-Rotal. Seconde partie. Les Sunami- tes. Même épigraphe, même fleuron.

Faux-titre du troisième volume : les Exsunamites au PaloM'Royal. Gravure : « la Colonnade. »

Titre : Le Palais-Rotal. Troisième partie. Les Con- verseuses. Même épigraphe, même fleuron. A Parie, au Palaie-Royal d'abord; puis, Partout. 1790.

Le tome premier a 248 pages; le tome second, 280 ; le tome troisième, 288.

L'Avis qui précède le Palais-Royal commence ainsi : « Tandis que des journalistes mensongers répandent le Tenin et la terreur, tandis

  • 51 fr. Solar, 1860. -- 200 flr. mar. r. Bertrœnd^ Cat. Aug. Fontaine, no 1140,

1870. » 160 flr. demi-rel. rogné, Itangiois, 1872. -^ 800 fr. demi-reli non rogné» Lebert,1874.


DS RS8TIF DE LA BRETONNE. 3»

que des âmes atroces cherchent à détruire la confiance, et, par un air de tristesse, aggravent nos malheurs, ne seraitrîl pas à propos de montrer que la Nation a conservé le goût du plaisir, qu'elle n*est point accablée et qu'elle veut rire encore? Nous donc^ célibataires jadis célèbres, un peu singuliers, peut-être bizarre^ avons entre- pris de ramener la Nation à des idées plus douces, et, tout en atta- quant des abus , de présenter quelquefois Tattrait du plaisir. Nous allons former une galerie de tableaux, gaiement tristes... »

La première page du texte porte : le Palais-Royal, par un indagO' teur qui se nommera quelque jour. Kindagateur est un homme qui suit à la piste, comme un chien de chasse. Cette note semble avoir été mise là pour dérouter les curieux qui voudraient reconnaître Tau- teur de cet ouvrage pornographique : « Nous composons ce petit ouvrage anti-philosophique, dans un voyage ûût très-clandestine- ment à Paris, cette année 1789. »

La troisième partie est précédée d'un autre Avis, qui pourrait donner à entendre que cette partie a été composée, comme un appen- dice, en dehors du plan primitif : « Nous errions, un soir, sans des- seins, au Palais-Royal. Après avoir vu les Filles, les Houris, les Ressembleuses, le Cirque, les Sunamites, les Exsunamites, les Ber- ceuses, les Chanteuses, les Conveneuses, nous ne croyions pas qu'il nous restât rien de nouveau à découvrir. Nous sortions des allées du Club, enveloppé dans notre manteau national, et nous avancions vers la première des colonnades... »

Bans cet ouvrage, si étrange d'ailleurs, l'orthographe et la ponc- tuation n'ont rien d'inusité et d'extraordinaire^ comme si Restif n'y avait pas mis la main : « J'avais imprimé, dit-il pourtant {Monsieur Nicolas, tome XI, p. 3133), les Filles du Palais-Royal, en 1789; c'est une 4^ série des Contemporaines, qui les porte à 53 volumes. »

Restif de la Bretonne s'est mis lui-même en scène, sous le nom de M. Aquilin-des-Escopettes. On a lieu de croire que son ouvrage devait fournir au moins un quatrième volume et n'a jamais été ter- miné, comme l'indique cette note qui le termine : « C'est ainsi que M. Aquilin-des-Escopettes, pendant un séjour clandestin dans la Ca- pitale, a découvert une multitude de faits singuliers, bizarres I... On n*a retranché qu'une partie du Curé patriote , que nous regrettons fort, et que nous placerons peut-être ailleurs. >i II dit, en finissant : « La Révolution est opérée, citoyens I Tous les abus vont disparaître, et l'égalité va ramener les bonnes-mœurs. Hé I ne dites pas que le riche fait vivre le pauvre I II le corrompt plus sûrement qu'il ne le

fait vivre I Cependant nous observerons les mœurs, nous les

guetterons, pour ainsi dire, et nous crierons sus au Vice, comme vos sentinelles-nationales crient sus aux ennemis du Peuple I »


^ BIBLI06RAPHII RÀISONlfÉK LIS OUTRAGES

Ce curieux et bizarre ouvrage a été composé eur le vif» comme on disait autrefoia ; on peut dire que Tauteur a travaillé in anima viH, comme Tanatomiste sur le cadavre. « On sait que le nouveau Palais- Royal, écrivait-il en 1796 {Monsieur Nicolas, p. 1789), est devenu le rendes-vous universel des motions, des affaires, des plaisirs, de la volupté, de la débauche, du jeu, de Tagiotage, de la vente d*argent, d^assignats, de mandats, et par conséquent le temple ou le prosti- tuteur de Tobservation. Ce célèbre bazar m*attirait donc par lui- même et par les agréments que je rencontrais sur la route. » hau- teur du Pomiographe n'eut qu'à se souvenir, pour faire, ex professa, un traité sur les Filles du Palais-Royal. « J'approfondis la matière, dit-il (Monsieur Nicolas, U XVI, p. 4732), en dévoilant une multi- tude de choses que je savais de mon ami le docteur Guillebert (de Preval), et que je n'aurais jamais connues, sans lui : les différentes manières de se divertir, à Paris, avec les femmes ou de les faire servir au plaisir des hommes... Les différents détails de cette produc- tion singulière la rendent, pour les Français, ce que fût le Satyre de Pétrone pour les Romains ; les Sunamites, les Berceuses, les iies- semblanteSf etc., sont autant de phénomènes moraux réservés à notre siècle. Cette sixième suite des Contemporaines ne pouvait entrer dans les premières, à cause des censeurs, mais elle était nécessaire à leur intégrité. » Quand parut cet ouvrage, imprimé plus soigneusement que la plupart des autres livres de Restif, il n'y avait plus de censeurs, et l'auteur ne fut pas plus inquiété que son livre, qui se vendit partout, et surtout au Palais-Royal. Nous croyons que l'impression a été exécutée en Allemagne, A Neuwied, sans doute, où Ton imprimait en même temps les Tableaux de la vie ou les mona^ du 18« siècle, dont Restif était aussi l'auteur.

Le libraire Guillot, qui avait publié le Palais-Royal, joignait à son commerce de librairie ime industrie plus dangereuse : il fabriquait de faux assignats, A Passy. Il fut découvert,condamné et décapité, le i7 août 1792. Restif ne nous dit point si ses relations avec ce libraire faux-assignataire (voy. le tome XVI des Nuits de Paris, pag. 322) n'avaient pas eu pour lui de f&cheuses conséquences. Dans tous les cas, il ne donna pas suite à son projet de publier un quatrième volume, dans lequel il eût approfondi plusieurs ahus, qu'il n'avait fait qu'effleurer, dit-il ; par exemple, le trafic des en- fants. C'est dans le tome XVI des Nuits de Paris, qu'il faut cher^ cher la constatation de ces horreurs, qui font dresser les cheveux I On voyait alors (1792), sous les arcades du Palais-Royal, « des enfants, des deux sexes, dans l'Age le plus tendre, provoquamment habillés, confiés à des matruUes, qui profanaient leur enfance et moissonnaient leur vie, comme la friandise de l'homme fait garnir


DK RS8TIF DS LÀ BRETONNE. 341

de Teaux nos boucheries. » Quelquefois, ces malheureuses victimes succombaient aux atrocités qu*on leur faisait subir : « On paye alors Tenfant^ dit Restif, comme on paye un animal grevé de fatigue, un prix convenu d'avance, entre les parents et la matruUe, qui gagne toigours sur le marché : elle a ainsi son intérêt à sacrifier des en- fants. » Restif nous apprend que cet infernal trafic existait, bien avant la création du nouveau Palais-Royal : « Il était, ajoute-t-il, la partie la plus abondante des revenus de Texempt inspecteur des filles, et peut-être rapportait-il au lieutenant de police f II était trop odieux, pour être jamais dénoncé, ébruité, puni. Mais Mairobert, le censeur, le même qui s*est tué en 1779 aux bains de Poitevin, le connaissait, et U est le premier qui m*ait fait soupçonner son exis- tence. »

Restif veut s*instruire par lui-même, et il s'adresse à une de ces abominables ogresses, pour avoir des détails, en offrant de les payer. Il était révolté de ce qu'U avait vu, mais il tenait à être ren- seigné : « Bon t bon I je te reconnais, lui dit en riant la mégère. Je t'ai vu chez Saint-Brieux I Tu es un bon enfant, plus bête que malin. Tu avais la chaussure d'une certaine dame, que tu honorais comme une relique. Tu es auteur, mais tu ne fais pas tes livres, car il y en a quelques-uns qui m*ont amusé. » Elle ne fait donc aucune diffi- culté de lui révéler des mystères d'iniquité, sur la traite des en- fants, qui se vendaient comme un vil bétail : c Quand un enfant est trop délicat, dit cette infâme, nous ne faisons que le blanchir, pour le faire durer six mois, un an, pendant lesquels nous le mettons à toute sauce... » Restif, malgré sa longue expérience, ne veut pas en entendre davantage et se retire, tout malade. On avait sans doute abusé de son innocence, ou plutôt de sa perversité, pour éprouver combien il était naïf et crédule.

N* 2. — Le Palais-Royal, par M. Rétif de la Bretonne, auteur des Ntats de Paris. Paris^ au Palaù-Boyal. 1791. 3 vol. in-8^

Nous empruntons cette description au Catalogue (fune eollecHon de Hvrei curieux en diver» genres (Paris, Alvarès, 1864, in-*», n« 437), où le rédacteur du Catalogue (M. Alvarès lui-même) ajoute la note suivante : c Cette édition est absolument une contrefa^n de l'ouvrage de Restif; elle ne difière, du reste, de l'édition origi- nale que par la justification et le nombre de pages ; eUe est très- rare, n Nous avons cherché inutilement un exemplaire de cette contre- façon, que M.Monseletn'a pas citée et qui paraît être sans figures.


34t B1BLI06RAPHIS E^SONNÉK DSS OUVRAGKS

N* 3. — Le Palais-Royal. Première partie. Les Filles de rAUée-des-Soupirs. (Seconde partie : Les Sunamites. Troisième partie : Les Gonverseuses.) Épigraphe : Otem- poraf 6 mores/... Cicero et Mahtiaus. A Londres. 1792. 3 Yol. iii-12, sans figures*.

Le tome premier a 208 pages; le tome second, i9S ; le tome troi- sième, 215. Les fam-titres sont oompris dans la pagination. En tète de chaqne Yolnme est nne table des matières, contenant les noms des Filles de TAUée des Soupirs, des Sunamites et des Exsunamites ou Converseuses. Ces dernières comprennent les Fem- mes des gentilshommes populaires, les Femmes du Curé patriote et les Héroïnes du Divorce nécessaire. Cette édition se trouve bien rarement avec les figures.


XLI


Le Plus fort des Pamphlets. L*Ordre des Paysans, aux États- généraux. Sam nom de lieu ni d'imprimeur, 1789, in-8* de 80 pp.

Restif est incontestablement Tauteur de ce factom politique, qui n*a jamais été cité que dans un Catalogue de livres à prix mar- qués, en date du 19 juillet 1869 (librairie de M^^ V* Hénaux) et que nous n'avons pas eu l'occasion d'examiner, parce qu'il a été vendu immédiatement, au prix de 7 fr. Nous ne savons pas même si le nom de Tauteur se trouve sur le titre ou dans la préface. Restif avait préludé à son Plus fort des Pamphlets, par le Thesmographe; dans la préface de ce volume des Idées singulières, il proposait aux États-Généraux de créer dans l'État quatre ordres, au lieu de trois : « n y aurait donc, dit-il, l'ordre du Clergé, celui de la (Noblesse, celui de la Bourgeoisie, celui des Paysans; lesquels auraient cha- cun leur orateur. »

On ne peut pas douter que Restif n*ait publié, pendant la Révolu- tion, des brochures politiques et socialistes, mais sans se nommer, car il n'était pas d'une nature très-courageuse en face d'un danger

I 800 ft, demi-rel. non rogné, Charles Bnmet, 1872. — 90 fr. très-rogné, sans flgttrea, Cat. Leflllenl, 1874. — 43 fr. sans figures, demi-rel. non rogné, Lebert, 1874.


Bl RSSTir DK LA BHXTONIOB. 34S

réel, et, dans tons les actes de sa vie, on voit qu'il se dérobait vo- lontiers, au lieu de se mettre en évidence et d'accepter une responsar bilité quelconque. Il avait d'abord applaudi avec enthousiasme aux événements qui, depuis 1789, amenaient la ruine de l'ancien rég^e et l'établissement de la République, mais il ne tarda pasàvoir s'éva^ nouir ses illusions et ses espérances; ce n'était pas là l'are nouvelle qu'il avait rêvée. Son 16^ volume des Nuits de Paris, imprimé, mais non publié pendant la Terreur, témoigne du revirement qu s'était opéré dans ses opinions, en présence des horreurs de la tyrannie ré- volutionnaire. En imprimant le tome 8« de Monsieur Nicolas, le 18 mars 1795, il ajoutait à son texte (page S176) une remarque sur la cruauté des Jacobins. « Qu'en conclure? disait^il dans une note, ajoutée aussi. Que toute tyrannie est insupportable, et celle des sans- culottes encore plus que celle des princes, qui n'oppriment pas tout, parce qu'ils ne connaiBsent pas tout, au lieu que les nombreux tyrans sans-culottes voient partout : ils sont méchants, jaloux de leurs égaux, ivres du pouvoir d'être oppresseurs, pouvoir qu'ils ne croient jamais porter assez loin, insolents et injustes, comme tous les ignorants, tous les hommes sans éducation ; cruels , comme quiconque fut longtemps avili. »

Nous nous promettons donc de rechercher et de retrouver t6t ou tard les pamphlets et les publications de la rue, que Restif a pu faire, de 1789 à 1797. Nous avons déjà eu sous les yeux un de ces pam- phlets, qu'il ne nous a pas été possible de ressaisir, aiyourd'hui que nous voudrions en faire la description; il est intitulé : A ViUeterque, vil pamphlétaire ! et Restif n'a pas craint de le signer en toutes lettres. ViUeterque était rédacteur du Journal de Paris et du Joumai des arts; il avait plus d'une fois rendu compte des nouveaux ouvrages de Restif, et toujours avec une dédaigneuse sévérité, qui devint plus dure et plus amère, lorsqu'il attaqua Restif sur le terrain de la politique et de la moralcEn 1780, Restif s'était borné à lui répondre d'un ton ironique, mais assez mesuré, au sujet d'un article inséié dans le Joumai des beaux-arts (voy. cette lettre, à la fin du tome XIX des Contenqxirainei, seconde édition). Il terminait ainsi sa lettre : « Forcé de dire que je montre du talent, vous avez soin d'empoisonner ce faible éloge, par complaisance pour votre confrère de la plaine de Montrouge (Sébastien Mercier?) plutôt que par conviction. Sans rancune. Monsieur; je n'en serai pas moins, toute ma vie, avec une parfaite reconnaissance, pour les louanges (non méritées) que vous m'avez données en d'autres occasions, votre très-humble, etc. » Phis tard, les critiques de ViUeterque blessèrent au vif la suscep- tibiUté de Restif, qui aeensa ViUeterque de n'être qu'un vUpam" phlétttire.


344 BIBLIOGRAPHU BÀISONIliK DIS OCVIULGIS


XLII

ANNÉE DES DAMES NATIONALES, 12 volumes in-12, 1791-1794».

Premier volume : L*Année des Dahes nationales; Histoire» jour-par-jour, d^une Femme de France. Par N.-E.-Réstif-de-Ia-Bretone. Janvier. 40 Femmes. Pro- vinces à rOrient de Paris. Sujet de TEstampe duParisis. On y voit deux Costumes : la Duchesse, sous Thabit de sa condition, et la Gharonète, sous celui de Paysane. (Titre encadré.) A Genève^ et se trouve à Parts chis les libraires indiqués à la tête de mon Catalogue. 179i. — Titre et pages 1 à 308, plus 2 feuillets non chiffrés.

Le frontispice (tel qu'il est indiqué sur le titre), avec le mot Janvier au-dessus, se rapporte à la page 65, et représente non la Ckaronette, mais la MontreuiUette en paysanne; plus, une estampe avec le n® de la page 136. La table des estampes, dans le volume de Février (page 596) , indique à la page 34 de Janvier : « la Duchesse appuyée sur son mari ; » estampe qui n'existe pas.

Deuxième volume : L'Année, etc., (comme ci-dessus). Février. 40 femmes. Suite : Provinces à l'Orient de Pa- ris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux Nationales, la Champenoise et l'Alsacienne, sous le costume de leurs Provinces. A Genève, etc., (comme ci-dessus). — Titre et pages 315 à 596 ; plus S feuill. non chi&és.

I 19 fr., Solar, 1860. ~ 150 fr. demi-rel. non rogné, Cat. Aug. Fontaine, 1870, et 100 fr. rogné, même Catalogue, 1870. ~ 60 fr. veau, rogné, Henri Artnr, 1873. — 68 fr. bas. Rigaud, 1874. — 60 fr. rogné, Lebert, 1874. — 120 fr., cart., Cat. Leâllenl, 1874. — 450 fr. mar. r. do* orné à petits fers, ChamboUê-Dwru, Cat. Aag. Fontaine, n* 2062, 1874, et 200 fr. demi-reL non rogné, même Ca- talogue, n* 2063, 1874.


BK RB8TIF DE Lk BRETONNl. 345

Le frontispice, en deux compartiments, avec le mot Février dans le haut, se rapportant aux pages 540 et 388 ; plus, deux estampes, avec les numéros des pages 531 et 539. La table des estampes en indique une, qui man- que à la page 359 : « Ghâlomamette formant son jeune amant. »

Troisième volume : L*AimÉE, etc. (Le nom de Restif est supprimé, à partir de ce volume.) Ouvrage particu- lièrement destiné à fournir aux Auteurs des sujets dra- matiques de tout genre, légèrement esquissés. Mars. 45 Femmes. Suite : Provinces au Sud de Paris. Sujet de FEstampe : On y voit deux Nationales^ la Comtoise, et la Bourguignone, sous le costume de leurs Provinces, ou- tre 2 Estampes-de-situation. A Genève, etc. 179S. — Titre et pages 604 à 925, plus 1 feuillet non chiffré.

Le frontispisce, en deux compartiments, avec ces mots dans le haut : Mars : Chartraine, Vakncèse; et trois estampes, numérotées 647, 657 et 771. La liste des estampes indique deux gravures qui ne sont pas dans ce volume. Il n'y a que celle du frontispice et celle de la page 657.

Quatrième volume : L'Anitée, etc. (comme ci-dessus). Avril. 45 Femmes. Suite : Province au Sud de Paris. Sujet de FEstampe : On y voit deux Nationales^ la Beausserone et la Dauflnèse, sous le costume de leurs Provinces, outre 2 Estampes-de-siltuation. A Genève^ et se trouve à Paris chés les Ubraires indiqués au PnmtiS" pice du mois de Décembre. 1794. — Titre et pages 932 à 1299.

Le frontispice, en deux compartiments, avec Tindica- tion d'Avril dans le haut ; une estampe numérotée 961 ,


346 BIBLIOGRA.PHB RAISONNES DK8 0UV1UL6E8

et une seconde estampe, en deux compartiments comme le frontispice, ayec le mot Avril dans le haut (placée, dans certains exemplaires, à la page 9i37) : c^est Tes- tampe qui doit faire partie du mois Auguste. La liste des estampes indique, à la page 1149 : a Le Prisonnier de la Bastille, » qui ne s*y trouve pas.

Cinquième volume : L*Annéb, etc. Mai. 54 Femmes. Suite : Provinces au Sud de Paris. Sujet de TEstampe : On y voit deux Nationaks, la Provençale, et la Gevé- nèse, sous le costume de leurs Provinces, outre 9 Es- tamp€9-de-iituation. A Genève, etc. (comme ci-dessus). 1794. — Titre et pages 1304 à 1619.

Le frontispice, en deux compartiments, avec ces mots dans le haut : Mai : Sevénaùe, Provençale; et deux es- tampes aux pages 1454 et 1607. La liste des estampes indique, à la page 1521 : « Le Duc de*^, Mademoiselle et leurs confldens ; » estampe qui manque.

Sixième volume : L*Annéb, etc. Juin. 56 Femmes. Suite : Provinces au Sud de Paris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux NaHùnaks, la Languedocienne, et la Béamèse, sous le costume de leurs Provinces, 3 outre {sic) Estampesrde^ituation, A Genève, Et se trouve â Paris chés les libraires indiqués à la fin au présent mois de Juin. 1794.— Titre et pages 1624 à 1916, plus 2 feuill. non chiffrés.

Le frontispice, à deux compartiments, avec ces mots dans le haut : Jum : Langdocienne, Pavehtte, Béamoise et Roussillote; et deux estampes numérotées 1657 et 1805.

Septième volume : L^Annéb des dahbs nationales, ou Histoire, jour-par-jour, d'une Femme de la République


f


DB BS8TIV DK LA BBETONUS. 347

française. Ouvrage particulièrement destiné à fournir aux Auteurs des sujets dramatiques de tout genre, légè- rement esquissés. Juillet. 68 Femmes. Suite : Proyinces au Sud-ouest de Paris. S^jet de l'Estampe : On y voit deux Nationales, la Guiénnèse et TÂuvergnate, sous le costume de leurs Provinces, outre 1 Estampe-de-situa- tion. A Genève, Et se trouve d Paris chés les libraires in- diqués au frontispice du mois d^ Auguste, 1794. — Titre et pages 1928 à 2256, plus 2 feuill. non chiffrés.

Le frontispice, à deux compartiments, avec Tindica- tion de Juillet dans le haut, et une estampe numérotée 1981.

Huitième yolume : L'Akhéb, etc. Auguste. 58 Fem- mes. Suite : Proyinces à l'Ouest de Paris. Sujet de l'Estampe : On y yoit deux Nationales, la Poitevine et la Bretone , sous le costume de leurs Provinces, ou- tre 1 Estampe-de-situation. A Genève^ Et se trouve à Pa^ ris chés les Citoyens Duchêne, rue Saintjaques, Merigot jeune, quai de la VaUée, et Louis, Libraire, rue Saint- Severin. 1794.— Titre et pages 2264 à 2560, plus 2 feuill. non chiffrés.

Le frontispice, à deux compartiments, porte dans le haut Avril (la même estampe existe sans le mot Avril), et une estampe (qui manque souvent), avec le mot Auguste dans le haut, numérotée 2301 .

Neuvième volume : L'AimÉs, etc. Septembre. 57 Fem- mes. Suite : Provinces à TOnest de Paris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux Nationales, l'Angevine et la Picarde, sous le costume de leurs Provinces, outre 1 Estampe^e-situation. A Genève, etc. (comme précé- demment). — Titre et pages 2568 à 2855.


348 BIBLIOGRAPHIS RAISONNiS DES OUYIU6I8

Le frontispice, à deux compartiments, avec Findica- tion de Septembre, et une estampe, portant aussi le mot Septembre et numérotée 2735.

Dixième volume : L'Année des Dames nationales ; ou le Kalendriér des Gitoyénes : Histoire, jour-par-jour, d'une Femme de la République française. Ouvrage par- ticulièrement destiné à fournir aux Auteurs des sujets dramatiques de tout genre, légèrement esquissés. Oc- tobre, 57 Femmes, ou Yindémiaire. Suite : Provinces à rOuest de Paris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux Nationales, la Flandre (sic), et la Liégeoise, sous le cos- tume de leurs Provinces, outre 1 Estampe-de^situatùm. A Genève, etc. —Titre et pages 2S60 à 3202, plus 1 feuill. non chiffrés.

Le frontispice, à deux compartiments, avec cette in- dication dans le haut : S*»** 2. Liégeoise. 8*^ 1. Fla- mande; et deux estampes, aux pages 2861 (exécution de de Charlotte Gorday) et 2942.

Onzième volume : L'Année, etc. (comme précédem- ment). Novembre, 57 Femmes, ou Brumaire. Suite : Pro- vinces au Nord'ouest de Paris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux Nationales, la Rouanèse et la Cauchoise sous le costume de leurs Provinces, outre 2 Estampes- de-situation. A Genève, etc. — Titre et pages 3208 à 3522, plus 1 feuill. non chiffré.

Le frontispice, à deux compartiments, avec indica- tion : 9*»^ 2. Cauchoises, 9*^1. Rouanaises; et deux es- tampes numérotées 3427 et 3486.

Douzième volume : L'Année, etc. Décembre, 57 Fem- mes, ou Frimaire. Suite : Provinces au Nord'ouest de Paris. Sujet de l'Estampe : On y voit deux Nationales,


DS BS8TIF DB LÀ B&XTOIflfS.


la Gorsëse, et la Sandomingote, sous le costum leurs Provinces, outre 1 Estampe-^esituation. A nève, etc. Titre et pages 3228 à 3825, plus 1 feuill. chiffré.

Le frontispice, à deux compartiments, avec ces i dans le haut : -X*^ 2. Martintquaine. X^ 1. Corsïi et une estampe, numérotée 3567.

Les 32 gravures, dont cet ouvrage est orné, sont de deux s( les Costumes et les Sujets. L'estampe de costumes, placée c( frontispice en tête de chaque volume, est divisée, excepté cel premier, en deux compartiments, et doit compter double ai nombre de gravures, que Restif porte à 42, par erreur, puisq en aurait 43, d*après son propre calcid. Ces estampes de cosi ne sont pas mal dessinées, mais assez mal gravées, sans aucun d'artiste. Quant aux autres estampes, représentant des scèn sujets, elles ont été la plupart empruntées aux premiers vol des Contemporaineg, ou plutôt Restif, sinon son libraire, les graver de nouveau par quelque artiste de second ordre, d*apr anciennes gravures qui avaient été exécutées par Berthet et I sur les dessins de Binet, et qui étaient alors absolument i Nous avons cru pouvoir attribuer quelques-unes de ces copit blés ou mauvaises à Ransonnette et à des graveurs de son h\ On sait que depuis la Révolution Fart de la gravure, nagu florissant en France, s*était complètement perdu. Enfin, les estt de r Armée nationale étant souvent absentes ou mal placéei suite des fautes de la table de classement mise à la fin de cl Volume, il nous a semblé indispensable d'en donner la descri] en nous servant, pour cela, de l'exemplaire le plus comple nous ayons pu rencontrer.

Quoique la table indicative des estampes , telle qu*eUe se t imprimée à la fin de chaque volume, soit très-inexacte (ce que tif constate lui-même, par cette note, au bas de la table du on volume : « n y a des estampes mal chiffrées ; l'ouvrage en a rante-deux, celles de costumes étant doubles dans un seul cad nous avons jugé indispensable de reproduire ici toute la se: ces tables indicatrices, en y Ajoutant des observations qui penne de rétablir les gravures à leur véritable place.

I. Fhmtispice de Janmer. La Montrenillette (au li«a de la Cba» en paysane, à Paris, repoussant nn homme, page 65.


850 BIBLIOGEIPHIS aAJ80RHiS DIS OtJTlUGIS


n. La DiidiesM appojée rar ton mari, page 34 (manque).

m. Fille qu'on Teat forcer à être Religienae, maltraitée par <adre d*iuia

mère âénatnrée, page 136 (flg. dee CamtempormmM). IT« Fhmtiaptce de février, (Fig. double.) 1* Beanmontaise recmmiie par

Bon frère, page 388. f* Straabonrgette avec son amant, page 540. T. Chilomamette formant ion jenne amant, page 350 (manque). Ti. Tlonvillette^ nue, Aijant du Ut, page 531 (flg. dee Cmt^, Tnu Barduquette présentant aaflSe à ton Téritable père, page 530 (Hg. des

CORt.).

Yio. Frontispice de siorf (flg. double). 1* La Comtoise airiyant à Fan- berge, page 683 ; 2* La Châlonote (page 750) donnant la main à la Courgillère, basse-Bourguignone, page 881.

IX. Les Petits Parrains, page 657 (flg. des Coni.),

z. L*ftpaline en garçon, page 647 (flg. dee Coal.).

u. L'Autonèse et le petit commissionnaire, page 771 (flg. des Cmi<» non dtée dans la taUe).

xn. Frontispice d*aon7 (flg. douUe). I« Chartraines allant en jouinée ; 20 Yalencèses, mère et fllle, récemment à Paris, page 806.

Nùttu — On trouve quelquefois dans ce volume deux frontispi- ces, contenant chacun deux scènes et portant, Tun et Tautre, Tinscription Avril. La première de ces estampes (la Beaasserone et la Dauflnèse) se place en tète du mois d^Avril; la seconde (la Poi- tevine et la Bretone) i^partient au volume SAugutU. Ce mot est inscrit, an milien du haut, dans le frontispiee qui appartiast à ce volnmeb

xni* Belleise, dont l'époux presse la taille devant la compagnie, page 061 (flg. des ContJ),

XXV. Le Prisonnier de la Bastille, page 1140 (manque).

XV. Frontispice de mai (flg. double), lo L'Aptine, page 1340; fo L'Alai-

sine, page 1504. L'estampe porte pour légende : Sevénaise, Pro- vençale.

XVI. Le Duc de..., tfademoisèlle, et leurs c<»ifldents, page 1521 (manque), xvn. Les lerssines, page 1452 (1454» en baut de la flg.).

xvm. La Quillante elfrajée, page 1607 (flg. dee Omt,), XIX. Frontispice de juta (flg. double) : lo Peri^gnate, page 1762; f> Pa- velote, page 1861. L'estampe porte pour légende : Languedo- cienne, Pavelotte, Béamoise et Roussillotte. XXI. Iranciote à la porte d'un Auteur, page 1657 (flg. des Cont,), xxn. Uo-Jourdanèse tenant son fils et regsrdant son laid mari démas- qué, page 1806 (flg. des Conf.).

xxm. Frontispice de j^dUet (flg. double), lo Ouyennèse, page 2062; 20 Auvergnate, page 2230.

XXIV. Parisienne à genoux devant son mari, page 1061 (flg. des Cont.).

XXV. Frontispice d'ooAf (flg. double portent, par erreur, en haut et à

gauche, la légende d'aoH/, ou bien sans aucune désignation), lo Poitevine , page 2361 ; t* Bretonne,page 2480.

XXVI. Parisienne et Parisien sous un beroean, page 2801 (flg. des Ceitf.).


352 BIBLIOfiRAPHIS RÀISOMNÉI DES 0UYBÀ6S8

estimer ce tirage à 2,500 exemplaires, dont le plus grand nombre a été vendu, comme vieux papier, au poide.

Cet ouvrage volumineux, dont Thorrible impression sur un affreux papier ne fait pas honneur à la petite imprimerie de Restif, n*en avait pas moins coûté trente mille francs, si nous pouvons en croire cette note finale, dans laquelle le pauvre auteur, ruiné par la Bé- volution, fait entendre ses doléances : « Le voilà donc terminé, cet Ouvrage, que je ne croyais pas terminer I Je suis parvenu à le mener à sa fin, à travers mille obstacles, mille dangers I La ban- queroute que m'a faite Maradan Tinterrompit, dès le deuxième to- Inme. Je fus ensuite la victime de deux associations mineuses et d'achats de caractères. Pressé de commencer les Ressorts du Cœur- humain dévoilés, je mis, aux premières Époques de cet ouvrage, des fonds qui auraient avancé FÀrmée des Dames nationales^ que je ne voudrais nommer que le Calendrier des Citoyennes, le nom de dames ne convenant plus ; mais l'Ouvrage était entièrement composé avant la Révolution, puisque la dernière Nouvelle, inscrite sous le porche de la rue Bretonvilliers, lie de la Fraternité, est du 7 juillet 1789. L'impression a duré six années entières, fin de 89, 90, 91, 92, 93 et commencement de 1794 ; et les frais s'en montent à près de trente mille livres, par la grande cherté du papier. »

Restif a inséré, dans l'Année des Dames nationales, les historiettes du Monument du Costume et des Tableaux de la vie; elles forment les quatre ou six premières Parisiennes des premiers six mois de Tannée, dans les six premiers volumes. Nous avons reconnu 23 à 25 de ces Nouvelles, avec des changements commandés par leur annexion à l'ouvrage, et souvent avec des additions très-importan- tes; Restif s'est plu à y ajouter des détails libres, que l'éditeur de Nieuwed avait probablement écartés de sa publication. Nous ne savons trop pourquoi Restif a imprimé ces Parisiennes en plus petit caractère ; quelquefois aussi il imprime en italique certaines Natio- nales, et ces variétés d'impression ne sont pas certainement l'effet d*un simple caprice typographique, car tout est calcidé dans les bizarreries de Restif imprimeur, comme dans les excentricités de Restif écrivain.

Restif juge ainsi son œuvre : « Cet ouvrage, infiniment varié, très- extraordinaire, très-intéressant, contient 610 Nouvelles, toutes ex- traordinaires. L'Année des Dames nationales est intéressante pour toutes les villes de la République, puisqu'U n'en est aucune qui n'ait fourni un trait historique et dont on n'ait peint les mœurs particu- lières. J'eus pourtant une peine infinie à trouver un libraire... » Les difficultés que rencontrait Restif pour ti'ouver un libraire-éditeur


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provenaient surtout de la condition onérease qu*il exigeait, ei lant toi^oure ajouter des gravures à ses ouvrages. Celui-ci dernier complément des Contemporaines, qui comprennent i 68 volumes, avec toutes les suites. Il y a, en eiTet, dans fAnm Damée nationales, une foule de particularités très-curieuse qui fait dire à Restif, dans Monsieur Nicolas (p. 3181} : « On y t i des choses qu'il est étonnant que j'aie sues. » Il les tenait si du marquis de la Grange, ancien officier des mousquetaires tous les vendredis assistait aux soupers littéraires de la cou i de Beauhamais; là, vers trois heures du matin, le marquis se i tait à raconter les anecdotes secrètes des cours de Louis 1 de Louis XYI. « Ce n'était pas un génie, dit Restif, mais il une excellente mémoire. » Restif, dont la mémoire n'était pas t i bonne, retenait tout, écrivait tout, publiait tout, sans se soucie indiscrétions. Nous croyons que c'est ce marquis de la Grang i épousa depuis la veuve du comte de Suleau, et dont le fils, ai i sénateur et membre de l'Institut, est encore un des hommsi plus aimables et les plus instruits de notre vieille noblesse ! caise.

Restif a intercalé dans VAnnée des Dames nationales, soit p ' les Nouvelles, soit à la fin des tomes VI et XII, sous le titr Hors (f œuvre, un certain nombre de notices biographiques sui : femmes célèbres contemporaines. Ces notices, dont plusieurs i été reproduites dans l'ouvrage de M. Charles Monselet, comme ; curiosités historiques et littéraires, renferment sans doute ai i de calomnies que de vérités ; mais elles n'en sont pas moini quantes.

Voici d'abord la liste de ces Hors d'oeuvre :

Volume de juin, page 1002 et soiv. : 1. W^ Déon (le chevalier d'Éon). • Caterino Estinès. — III. La Fille Sahnon. — IV. La Lyonnaise i duelle). — V. Jeanne-Françoise Camin, dite de Valois, aatremei comtesse de Lamotte. — VI. Les Époox de Pontchartrain. — Vil meunier Sauvage et sa flUe. — VIII. M"* Romaine de Montgnyo; , IX. La Sslpétrière. — X. La femme Desrues. — XI. La princesse 1 1 baUe.

Volume de décembre, page 3802 et suiv. : XII. Marie-Antoinette. — XIII. ! dame Elisabeth. — XIV. La fille Capet. — XV. La fille d'Orléans . XVI. — La Genlis. — XYII. La Theroueigne. — XVIII. La Rivarol< XIX. Olifflpe de Gouges. — XX. La Dubarry. — XXI. La Momo^ • XXII. La Femme Hébert. — XXIII. La femme Lavergne. — XXI\ . temme DantoB.>— XXV. La jeune Duplessia, fomme de Camille Desmou .

On est heureux de voir Restif, malgré ses préjugés et sa lu.

23


354 BIBLlOGiUPHU BÀISONlfiS DBS 0UVIIAGS8

contre toutes les supériorités sociales, prendre la défense de la pu- deur publique, en protestant contre les ignobles accusations qui avaient osé souiller la mémoire de la Reine et de Madame Elisa- beth. « Nous ne croyons absolument pas, dit-il, ce qui a été dit des libertés que la mère et la tante Elisabeth prenaient sur le petit Capet. A peine. le croirions-nous, s'il arait eu 15, 16 ou 17 ans. Nous croyons encore moins la prétendue conversation de cet Enfant avec sa sœur, qu'il accusait d'avoir voulu badiner avec lui. A qui per- suadera-t-on qu'une vierge immature est si pressée à courir aux chatouillements voluptueux et à y provoquer la première? Cela n'a pas d'exemple. Les m&les y sont plus disposés, et il en est de pré- coces, au lieu que les filles qui le sont davantage succombent peut- être alors, mais ne provoquent pas. Laissons intacto cette jeune fille. »

De toutes les Nouvelles qui concernent des personnages histori- ques, la plus curieuse, la plus extraordinaire est celle que Restif a consacrée à la biographie de Charlotte Corday d*Àrmand, à son procès et à son exécution. Voy. le volume de septembre, pag. 2^7 à 2855, et le commencement du volume d'octobre.

Nous avons encore remarqué les notices suivantes qui offrent des particularites tout à fait différentes de ce que l'on sait sur ces dames naiionaies : volume d*avril, page 1162, la belle Romorantine Oliva, c*est une des accusées dans l'affaire du Collier; pag. 1166 et suiv., récit de l'empoisonnement commis par l'épicier Desrues et sa femme; volume de Juillet, pag. 1927 et suiv., la jeune et jolie per- sonne, amante de la célébrité, est Lucile Duplessis, femme de Ca- mille Desmoulins ; Restif lui fait jouer un singulier rôle ; volume d'au- guste, pages 2376 et suiv., Restif raconte l'histoire d'une fille naturelle du comte de Saint-Oermain, ministre de la guerre sous Louis XV.

Dans bien des passages de ce vaste recueil anecdotique, Restif se montre ce qu'il était alors, démocrate, républicain, ennemi des nobles et des prêtres ; mais aussi, à chaque instant, on le voit 8*ir- riter, s'indigner contre les folies et les atrocités de la populace : ici, pag. 2881, il stigmatise cette « populace insensée qui s'ôterait toutes ses ressources, si elle effrayait mal à propos les riches ». Mais, dans la 33 1^ nationale, il ne craint pas de remuer le bour- bier d'infamie que les révolutionnaires avaient si lAchement pré- paré pour y faire tomber la reine ; il la représente comme la Mes- saline de Juvénal, se livrant, insatiable, aux caresses brutales des hommes du peuple 1 Restif avait besoin de se faire pardonner ce que son livre, dont cinq volumes étaient imprimés avant le 10 août


DS BB8T1F DI LA B&XTONMI.


1792, devait avoir de suspect et de dangereux, dans nn tempi ne fallait qu'une pbrase malsonnante pour entraîner la coi nation à mort du plus innocent des hommes. Dans TAvi termine le tome XII, page 3801, il s'excuse d'avoir laissé dai ouvrage les titres et les noms de terres : u Mes infirmités^ dit-: pauvreté actuelle me mettent hors d'état de faire les cartons i saires. » Il eût voulu changer le titre de t Armée des Dames nalesj en celui de Calendrier des citoyennes, qu'il a seulement i en soufr-titre aux trois derniers volumes de son recueil.

Restif, en achevant cet immense ouvrage, a cra devoir, dan note finale (tome XII, dernier feuillet, non chiffké), se mett garde contre les accusations auxquelles sa conduite pouvait p: à la fin de la Terreur : « J'ai toi\jours, dit-il, été un citoyen ai le but de tout gouvernement sage. Je n'ai jamais cherché à hier, même en désirant plus vivement que d'autres la réform des abus. Adieu, mon lecteur républicain... L'infâme Robesp fut exécuté le 10 thermidor.»

n n'y a pas de livre pour lequel une Clé serait aussi néces que pour t Annie des Dames nadonaies, car tous les faits qu trouvent mis en scène sont plus ou moins véritables : « Je ne porte rien que je ne croie certain, dit Restif à la fin du volun juin. Je ne ressemble guère à tant d'autres, qui non-seulemen recherchent pas la vérité, mais la repoussent quand elle cadre avec leurs préjugés. » Mais cette Clé, dont nous regrettons sence, à chaque page d'un recueil formé par tant de mains c rentes, cette Clé-là ne pouvait être faite que par Restif, qui recevant de tous côtés les Nouvelles qu'il a utilisées dans son vrage, recevait aussi de ses correspondants les notes desUnéi l'éclairer sur l'authenticité des événements bizarres, monstru extraordinaires, qui faisaient le sujet de ces Nouvelles. Faute d Clé complète et détaillée, nous en avons fait une très-sommaii très-imparfaite, où l'on aura surtout les explications qui se rap] tent à la vie personnelle de Restif, et que la lecture de ses vrages nous a fournies, en cherchant à nous restreindre pi qu'à nous étendre. On comprendra, du moins, que les écrits de I tif s'expliquent et se complètent l'un par l'autre, car c'est toig'c LUI qu'il a pour objectif et qu'il offire sans cesse à ses lectet comme le modèle accompli du Cœur humain.

Tome I*'. Page 50. Un jeoae homme nommé de YiUenenve. — Cest c qui, aoi» le nom de M. Du Mamsamuuf, est on des principaax Bomiages dos Nuits dé Paris, Page 64. M. Nicolas. » C'est Restif Im-méme^


BIBLIOGIULPRII RAISONNES DES OUY&AGIS


Tome I«. Page 87. M. R. — Restif.

Page 164. logénaa de Bertro. — C'eet Agnès, U fille atnée de RaatU. qui raconte encore une foie le mariage de oette victime avec llndigne Ange, qn'il appelle Deeomttif.

Page 188. Les deux Astlai. — Ce sont sans doute deox downa an- glais en représentation à Paris.

Page 230. Dulis. ~ C'est un des pseudonymes que Restif prenait le plus volontiers, pour se persuader à lui-même qu^il descendait de la famille de Jeanne d'Arc

Page 209. Un particulier issu par les femmes de la branche de Cor- tenai-Leloge. •> Restif lui-même. Cest un airangement de This- foire d'Omphale Cœurderoi, mère de Reine Septimanette, que Restif regardait comme sa fllle. Vojr. les tomes VIII et IX. de Montieur Nicolas (page 2417.)

Tome n. Page 339. M. de la Reinerie. — De la Rejnière lils.

Page 418. Félicité Manager. — C'est Félicité Mesnager, que Restif

appelait FéUeitette; il la place ici, par ressentiment, sans trop sa

préoccuper de la vérité des faits. Page 450. Adèle Togemir. — Merigot. Page 490. La Première dame de l'État. — La Reine.

— Le Cardinal de R**. — De Rolian.

Page 523. Agnès RoussL ~ Cest encore sa fllle aînée Agnès, qna Restif met en scène pour raconter les tuipitudes du mari.

Page 525. Gum. — Auge, mari d'Agnès.

Page 528. Toute"* ~ Toute nature de femme.

Page 533. M. Roussi. — Cest le nom que se donne Restif.

Page 535. Dulis. — C'est Restif qui prend ce pseudonyme et qui se met en scène dans un roman, avec sa maltresse Victoire Londo, qu'il avait déjà représentée, comme une de ses muses, dans Monr' titur NieoUu,

Page 593. Un Homme de Lyon. — M. Arthaud ?

Tome m. Page 643. Yirgine Francos. — Cest la Virginie Francis dont Restif Alt épris en 1776. Voy. leurs amours, dans Afenrisar iVieoter (tome X, page 2855 et suiv.). Page 655. Le libraire Mourant. ~ Mourant.

— M«« Quillée, l'imprimeuse. — M«* QuUlaa. Page 656. Edmond. — Restif.

Page 661. Agnès Ait mariée à un scélérat — La fllle aînée de Rea- tif> mariée à Auge.

Page 862. Marion Roussi. — Marion, seconde fllle de Restif.

~ Sa Mère, femme galante. — Agnès Lebègne, femme de Restif.

Page 892. Pfailopmde. — C'est-à-dire partisan de la sodomie.

Page 717. Bultel de Pœbillot. — Cest Bntel-Dumont, le philosopha économiste.

Page 718. MU* Eugénie de Sabit Rœi. — MU« de SainVLeu, que Res- tif appelle Sonfod. /


3S8 BIBtIOfiRàPHII RilSOMNÉI DIB OUVBiLfiBS

Pagtt 916. us* natioiiAle. Manon Teintariar est «nati une des héroïnes de U jeunesse de Restif à Aozerre.

Tome IV. Page 961. ISS* nationale. Amilie Laloge est encore nne des saintea

dtt Calendrier de Restif. H l'aTait aimée à Aozerre. Yoj. Mm-

«trar Nieolai. Page 961. De Roserrtemélé. '— llorel de Rosière. Page 978. FéUdté ToddL -> Didot. — Adèle Togemir. — MérigoL Page 963. Dans la 139* nationale, comme dans la précédente, Restif

ne fait qne présenter sons on autre aspect nn épisode de ifoiinsMr

Nieolat. Page 963. Dans cette 135* nationale, M. Fistré ne peut être que

Restif, qni a mêlé, ce semUe, les tristes ayentnres de sa scsnr

OeneTiève et de sa maltreese Sara. Page 992. Dans la 136* nationale, Restif n*a fait qne raoonter son

aventore, arrivée le 17 décembre 1772, aux Uarionnettes de la

Crèche, aventure qa*il avait mise envers erotiques. Yoj. U Drame

de la Vie, tome Y, page ItlO. Page 1010. Restif ne se lasse pas de mettre en scène sa muse Tio-

toire Londo. Yoy. Montiêur Ifieoku, tome X.

Page 1017. Restif ose faire reparaître M'** Mesnager sous le nom de Woitkiê Prodiguer, en affectant de la confondre avec W de Saint- Léger. On peut supposer que cette 140* natiouale n*est qn*nn amas de médisances et de calonmies.

Page 1036. L*histoire amusante de Faènné et de sa nuit de noces se trouve aussi dans Monsieur Nieolae»

Page 1145. C'est l*histoire des amours de Beaumarchais, sous le nom de Bellegardê, avec M«* de Yillers.

Page 1061. Restif a Taudace de pnbUer sa comédie du Lièertin (M en l'attribuant à M. Bellegarde, qu'il vient de dépeindre comme étant Beaumarchais.

Page 1165. Cet infiUne cardinal. ~ Le cardinal de Rohan.

Page 1173. Sursede. — Desrues, l'épider empoisonneur.

Page 1178. Cette délicate Alise. — fiSisabeth Tulout, une des der- nières maîtresses de Restif.

Page 1182. A.-L.F.-se-L.-R. — Alphonse Leroy, savant profeaseur de pathologie.

Page 1191. Cette 152* nationale est l'histoire de Tonton Lados, une des héroïnes amoureuses de Restif à Auxerre.

Page 1227. Le billet du mousquetaire. — Cest Restif, qui tous les soirs faisait passer des billets galants aux jeunes modistes de la rue Grenelle-Saint-Honoré.

Page 1234. Qronavet. — Nougaret» souffleur ches lOcolet.

Page 1236. Dans la 160* nationale, Restif remet en scène la Tdnette de MB* Parangon, sous le nom de 2YmiMff«, et l'imprimeur Four- nler, sous le nom de Seri, VL semble s'être fUt un rêle, en se nom- mant Cuttet,

Tome Y. Page 1340. Dans la 180« nationale, Restif fait encore paraître Toi-


360 BUILIOGRAPHH BÀIBONlrtl DBS omm^GEs


ooote do La Fontaine, dans lequel U coltiT» à U fois le Jardin «t Im nonnos du coayent.

Page 2870. Dans cette nouvellef Pelis ressemble fort à Restif. Son ami déAmt Renand et Tancien moasquetaire Leblanc sont soasi des réminiscences de Mmuitur Nîeolat,

Page 2887. Dans la 431* nationale, Restif a mis en sctae, soit par ressentiment, soit par légèreté, Chérean de Yilleflrandie, Tima- gier de U me Saint-Jaoqnes, tpi arait été ramant on dn moins ramonreox de sa femme.

Page S056. Les petites ennemies de sœnr Lnce. — Allusion à nne pièce de vers erotiques de Piron, dans laquelle une religieuse, an dortoir, nommée Luce, fait la diasse aux puces.

Page 3060. Restif, en imprimant la 463* nationale, a donné satisfac- tion sans doute à des vengeances locales ; car les femmes dtées, comme peu difficiles, ont des noms déguisés par anagramme : Srtmt, Mars; Sonsed, Desnons; EtteK&m^ Minette; Toilo^, Qodot ; Ter^t Bret; Tûmeby Benoit; LeUe, Elbel on Belle; it«Acir, Ricber.

Page 3157. Tougnare. — Encore Nougaret.

Page 3178. La 477* nationale est une réminiscence du QtuiirtigémSrt et de la MaUdietion patenulU.

Page 5180. Un Bourguignon, gourmet en beauté. — > Restif. Nous ne savons pourquoi il se donne le pseudonyme de T'oaiMèA*, R6- bennot.

Page 3180. Un marchand d'estampes nommé Caraqua. — Chérean de Villefranche. Yoy. ses relations avec Restif et sa femme, dans le t<nne X de JtfbiuMicr Nîatlat. Tome XI. Page 3207. Dans cette nationale, Restif raconte certainement un trait de la vie galante de l'économiste Butel-Dumont.

Page 3333. Cette nationale est une nouvelle incarnation du char- mant épisode de Thérèse et Louise, dans le tome X de JtfSmsiMcr Nieolttê. Simplicienne n'est autre que M*** Alan.

Page 3373. Ily a dans cette 510* nationale un afflreux amalgame des souvenirs de Restif : on y retrouve son gendre Auge, sa fille Agnès et la première femme d'Augé, qu'il avait, disaiVon, fait mourir de chagrin.

Page 8886. L'Amateur dejolis pieds, Trifès.— Restif, en anagramme.

Page 3304. Le Jeune Cud d'Emélougna. — Duc d'AngouIême. — Sertrahc. ~ De Chartres.

Page 3430. Dans cette 522* nationale Restif a tellement amalgamé le vrai et le faux, qu'en aurait peine à les démêler. H donne la nom de Félicité de Saint-Léger à M"* Mesnager, qu'U i^pelait Félieitette, Les relations coupables du frère et de la sœur ne sont qu'indiquées dans ifoiMt«iir NieoUu (tome XI). M"* Agnès de For- mignjr, c'est la fille atnée de Restif, mariée à Auge. Beaucoup de détails sont réels. V07. le tome III û'Ingému Saxaneour.

Page 3457. Dans la 52S« nationale, Restif fait reparaître sa femme sous le nom â*Exupère et la met en scène avec M*« Chérean de Villefranche qu'il nomme M** Nerrean.


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M8 BIBLIOGRAPHIB RAISONNES DIS OUVBAGIS

Restif ayant été forcé de Tendre au rabais tous les exemplaires qui lui restaient de f Armée des Dames nationales, ces exemplaires ont été remis en vente, avec ce nouveau titre, collé par-dessus Tancien : « Lbs Provincialks : ou Histoire des Filles et Femmes des Provinces de France, dont les Aventures sont propres à fournir des sujets dramatiques de tous les genres. Épigraphe : NuUa diù Fœ- mina pondus haàet Propbrt. A Paris, chez J,'B. Gamery, Libraire, rue Serpente, n« 17. 1791-94. »

XLIII

LE DRAME DE LA VIE. Cinq parties, en 5 volumes iEhl 2 ^

« Lecteur I lisez le plus intéressant des ouvrages, sans craindre le scandale! » Le Dbame de la vie; contenant un Homme tout-entier. Pièce en 13 Actes des Ombres, et en iO Pièces régulières. Première partie. Épigraphe : Vita data est utenda. Imprimé à Paris^ à la maison; chés la V. Duchéne et Mértgot jeune, Loua, libraires, rue St» Séverin, 1793.

Au-dessous de chaque ligne du titre, il y a un filet, de différente épaisseur. Ce titre, encadré et enjolivé, est reproduit exactement dans les autres volumes, à Texception des deux lignes placées en tête : LectsurI usez, etc., qui ont disparu, ainsi que les noms des libraires, dans les tomes II à V.

Sur les titres de ces quatre tomes, les noms des libraires sont remplacés par cette simple mention : Et se trouve chez les Libraires nommés. La pagination se suit, pour les cinq volumes, de 1 à 1384.

Le premier volume est orné d'un grand portrait de Restif, format in-4, tête nue, cheveux lisses, figure de trois-quarts, dans un cadre ovale d'architecture, aux quatre coins duquel sont placés allégoriquement une ruche et une gerbe de blé, une poule avec ses petits, et un mouton; dans le fond du cadre, des livres debout et un encrier avec une plume. Sur le socle, cette inscription : a Nie. fin.

1 17fir.50c., Solar, 1860.— 70 te, demi-rel. rogné, Cat. Aug. Fontaine, no 1136, 1870. — 200 fr. demi-rel. non rogné, Charles Bronet, 1872. — 90 te, broché, portrait en mauvais état, Langlois, 1872. — 100 te, broché, Labitte, 1874. — 100 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874. — 350 fr. mar. r. dos orné à petits fera, ChamboUe-Duru, Cat. Aug. Fontaine, n* 2070, 1874.


DK BISTIP DK LA BBITOHHS.


Rjunr, Fujb-Edmb. Né le 22 O^e 1734 à Saci en Basse Bourgt 1785. » Au bas de Testampe : £. Binet deUneaoit L. Berthet \ i dicaunt^. Et sur deux lignes ces quatre vers :

Son esprit libre et fier, sans goide, sans modUe, H4me alors qu'il s^égare étoone ses rivaux ; Amant de la nature, il loi dut sas pinceaux. Et Alt simple, inégal et snblime comme eUe.

Plus bas, au-dessous : A Paris chez t Auteur Rue S^Jacquet i à-vis celle du Plâtre if» de f Epicier, Et chex Regnault Libraire i S^aeques vis-à-vis celle du Plâtre.

Ce beau portrait de Restif, qu'on ne trouTe que dans un ] i nombre d'exemplaires du Drame de la Vie, avait paru d'abord i I ment en 1785. M. Monselet dit que les épreuves qu'on en a tiré part étaient destinées à la famille de l'auteur, car l'avocat Ma i don, de Bordeaux , qui a composé le quatrain gravé au bas d portrait, écrivait au graveur Berthet, vers le mois d'octobre il « Le vif intérêt qu'inspire personnellement M. Restif à tous lecteurs m'avait fait désirer, depuis longtemps, de joindre i portrait à la collection presque entière que j'ai formée de ses é i nants ouvrages. Le Journal de Paris m'ayant apporté l'annonci i celui que vous venez de graver, j'ai Iprié MM. Bouillon, marcha ! d'estampes de cette ville, de m'en faire venir deux épreuves, j'ai reçues, en effet, la semaine dernière. Je ne vous ferai p i l'éloge de ce médaillon, Monsieur : il répond parfaitement à i tente qu'on devait avoir de votre talent uni à celui de M. Bi i L'espace que vous avez laissé sous le socle m'ayant paru propi recevoir une inscription, j'ai osé y placer celle que je prend liberté de vous envoyer et que les rédacteurs du Journal de Guye i ont accueillie avec empressement. Daignez la présenter, Monsit i à M. Restif comme un bien faible témoignage de mon estime e\ i ma haute vénération pour l'auteur de la Vie de mon père et du i i san perverti, » Voy. la lettre n« 132, à la fin du tome XX des Cont i poraines, seconde édition. Les épreuves du premier tirage ne pori <■ donc pas l'inscription en vers, signée Marandon. Ce fanatique . mirateur des ouvrages de Restif était un poète dramatique qv fait représenter cinq ou six pièces sur le théâtre de Bordea i « Tout ce qtii est sorti de la plume féconde de M. Restif, dit-il d . la lettre précédente, m'est devenu précieux, surtout celles de i dernières productions, où il parle un peu de lui-même. Enfin, . donné à mon fils le nom d'Edme^ nom si bien honoré par l'écriv i

> C'est cette belle estampe que nous avons fait réduire et graver i E. Loiielet, et qui pourra désormais orner les principaux ouvrages de Rei

U


m BIBLIO0RàPlIS EàlSONICil DIS OUTBAOKS


estimable dont tous Teaes de tracer les traits. J'ai donné, depuis deux ans, sat le théâtre de Bordeaux , quelques ouvrages drama- tiques dont le succès a dû flatter mon amour-propre, un entre au- tres, intitulé : ^Officier de mérite, en trois actes et en vers, puisé en partie dans un ouvrage de M. Restif, et dont M. le maréchal de Mouohy a bien voulu agréer la dédicace. Après une tragédie de Charles I^, roi cTAngUterret à laquelle je travaille depuis long^ temps, je me propose de choisir un épisode de la Prévention naiUh noie, pour le sujet d*un second drame. Daignez, je vous prie, faire agréer à M. Restif les assurances de ma profonde admiration. «  De pareils éloges étaient bien faits pour exalter la vanité de Restif. Qrimod de laReynière flls avait certainement payé les frais du por- trait gravé de son ami, en faisant aussi graver le sien, d*après un dessin de Binet. Dans une lettre du 7 avril 1786 (\a i45«, à la fin du tome ZZ des Contemporaines ^ seconde édition), il invite Restif à venir dîner ches Beaumarchais, le dimanche suivant, et il le prie d'amener le lendemain, pour déjeuner chez lui, « M. Binet, qui doit nous faire passer à la postérité ».

Le Drame de la Vie nous parait avoir été tiré sur deux papiera, diifé- rents de grandeur et de nuance, l'im donnant de très-belles marges, Tautre plus petit, de telle sorte que la marge manque parfois entière- ment. An reste, Tédition est remplie de ftiutes, de lettres retournées ou brisées. Les caractères du petit texte sont usés et mauvais. On voit bien que le livre a été itt^primé à la maison^ par Restif lui-même, aidé de quelque apprenti, aveo un vieux matériel de rebut.

L'orthographe de l'ouvrage n'est pas régulière partout; les ma- juscules sont très-multipliées, et l'accentuation est conforme au système de l'auteur.

On trouve, au verao du titre, dans le premier volume, la table des Actes et des Pièces, aveo les noms des penonnages [du Prologue en 4 actes. Les titres des Pièces sont les suivants : L Madame Paran- gon; IL Zépkire; III. Agnès, Adék^de; IV. Rose, Eugénie; V. tUse; YI. Louise, Thérèse; VIL Virginie; Yin. Sara; IX. FiHeOette; X. FiletH. Ces pièces sont liées entre eUes par des actes ou scènes détachés, que précède ordinairement un petit discours de Castanio, directeur des Ombres chinoises, « La scène réelle, dit Restif dans sa préface, est à Paris, dans la maison de M. Aquilin-de-rÉUsée (Ori- mod de la Reynière flls, qui demeurait dans l'hôtel de son père, le fermier-général, aux Champs-Élisées} , qui fait exécuter le Drame sur son théâtre d'ombres chinoises, par M. Castanio. »

Restif ne désespérait pas de voir représenter oe drame, par des acteurs véritables, sur un théAtre de Paris : a Peutrétre, dit^il dans


BK BKSTIP DK LA BBITONNI. 371

sa préface, peut-^tre objectera-ton que ce long drame ne sera pas représentable? Il est plTis dramatique que tontes vos pièces men- songères, puisque c'est la vérité. Les divisions en sont natorelles ; <m y suit le train de la vie. Peignez la vie, Acteurs, en la divisant par jounées égales : vous aurez ainsi une longue première représenta- tion, qui vous vaudra un succès. »

La préface, intitulée Avis, commence ainsi : « Voici, Lectenr, Tou- vrage le plus extraordinaire qui ait encore paru! Il est unique en son genre. Publier la Vie d'mi homme, la mettre en drame, avec une vérité qui le ftut agir au lieu de parler, c'est une entreprise har- die qui n*a pas encore été tentée... Cet ouvrage, ajoute-t-il, précé- dera, de la manière la plus avantageuse, le Monsoeur Nicouub, otf les Ressorts du cœur hvmom dévoilé, qu'on doit publier incessam- ment. Je ne déguise rien dans le Daramb (sic) db la Vib , mais je ne fais qu'esquisser, au lien que le Monsieur Nioolas est une ana- tomie complète du moi humain, non sèche et métaphysique, mais his- torique, variée comme la Natmre. On y voit la machine humaine démontée et mise sous verre, pour être examinée, considérée, scru- tée par les philosophes et par tous les lecteurs. On n'y a pas l'art de narrer ses turpitudes, comme si on les eût faites snr un théAtre. »

Dans une note imprimée en manehettes, Restif se justifie du re- proche d'immoralité : « Il est des gens qui appellent immoral tout ce qui est voluptaeoz ou libre, comme si toute la morale consistait à s'abstenir de femme. Un républicain doit se mettre au-dessus des petitesses de la sottise chatouilleuse de l'Ancien Régime. Bravons et les tartuffes et les oapons : prenei garde au PurisU, qui nous ramè- nera les Censeurs. »

A la suite de cet Avis, Restif a imprimé la table du Calendrier de Mimsieur Nicolas, et une partie de la liste des estampes qu'il se proposait de faire graver pour cet ouvrage, offert en souscription.

Au verso de la page 243, dernière du !•' volume, est le commen- cement de la liste des ouvrages de Restif; cette liste se continue au verso du titre du second volume. Après les Veillées du Marais, se trouve cette note : « Uen existe un seul exemplaire, avec 52 figures en dessin. 724 1. » Nous avons dit que cet exemplaire unique était intact en la possession d'un amateur. Ia liste indique, comme ayant paru, les iOOl Métamorphoses de FHomme, IV volumes, qui pouvaient alors être en partie imprimés à la maison,

Restif ne manque jamais de répéter, avec une orgueilleuse satis- faction, cette note extravagante : « Le Pomografe est exécuté à Vienne, par les ordres de Joseph II. Gazette de Leyde, du 21 no* vembre 1786. > Il y eroyait, il y a toi\joun cru» puisqu'il le répé-»


37f BIBLIOGIULPHIB RÂISONNil DS8 OUVaàGSS


tait sans cesse, de la meUleure foi du monde. Il nous i^iprend aussi qa*on ne trouvait plus à acheter qu'une seule collection complète de ses ouvrages. « Nota. Lecteurs, Toilà mon Catalogfue I Je traTaille à compléter ma collection par VAtmée des Dames natUmaleê. On Terra paraître ensuite le Monsieur Nicolas. » Le tome II finit à la page 596.

Au verso du titre du tome III se termine la liste des ouvrages projetés par Tauteur, mais non encore exécutés : elle mérite d'être conservée avec son orthographe, car on peut supposer que les plans et les ébauches de quelques-uns de ces ouvrages se trouvaient dès lors dans les papiers de Restif.

« Ouvrages que se propose de publier N. B. Restif, s'il vit asses longtemps pour les achever. — Il en donne ici le titre et le con- cept, afin qu'on puisse faire librement, après lui, ceux qu^il n'aura pas commencés.

I. Les MUle-et-nne Métamorfoses. Œatoire très-morsle dans laquelle on toit les différens changomeos par lesquels passent rHomme et la Femme, depuis le moment de leur naissance jusqu'à la décrépitade.

On n'y eoBtidèra pu Mnlaaeat le nonl; ^mI-4- Are Im puriou^ !•• Metiimi, l«i ■âsiêra, Mili eiwort Uê dévcloppMMas phjiiqi* Galto prsdnetiMv oà toi déteUs MTOst tarèi-npUM, m deit pu feiatr plu de IV TelmiUa de te taras de eeux du NniU.

II. Les Mille-et^une Faveurs.

OIsTie délktts» «4 l'es niTm lu (ndsUost ds l'sttoadriueoMst d'as eanr par.

m. Les MiUe-et-une Résolutions d'une jeune Fille à marier.

J« fenli u Lhrrt d*«prèt m ^'on ealand dire joarnallcoitat «uz Jennei-per- Mnau MBdklu. qvl ent cstte de m SMiler. Hâ lu betnx projeta t

lY. Hon Histoire, ou les Avantures très-communes d'un Jeune-homme- aaas-quaUté, d'un mérite assés mince et dont les talena sont très bornés. (Voyes dans les NuUt.)

V. L'Éducation propre à mettre nos JeuMs-Seignems au nombre des Hommes.

En faire du Payauii d'abord*

VI. La Téologie naturelle, ou Lettres d'un Jeune-homme absent, à sa Jeune-épouse, pour la rendre ildelle.

VII. Le livre-des-sots, ou Tours de passe-passe des Âponses de Paria : Ou- vrage utile aux Hommes.

VIII. Est-ce un Roman? Histoire où l'on voit les Personnages agir d'après nos mœurs actuelles.

IX. Claire d'Orbe, ou le Pandant de la NouveUe Élolie.

X. La Contre-Nouvelle-Élolse, en autant de Lettres que la véritable.

Yojrn-«B tu détaili daat lu Rsitf.

XI. L'Amoureuse, ou Conduite d'une Fille qui aime, depuis la première émotion jusqu'à la dernière faveur


Dl III8TIT BS LA BRITOlfHS. 373


XII. Le Tour de Pnoioe, <m TàbleM fldette dee moBiuFt des diffftreiitet

Provinces dn Royaome. Xni. L'Amant institatear, on le Moyen de se former nne Aponse. XIY. Les MUle-et-nne IngénnitAs, on l'ainutble Agnès. XV. Les Mille-et-nne Infidélités. XYI. Les Mille-et-on Plaisirs. XVn. Les Ifille-et-nn Sacrifices. XYin. Les Mille-et-nne Sottises.

XIX. La Surprise de VAmonr.

XX. Moi, on l'Bgtilsme.

XXI. Les Mille-et-nne Manières de fklaire anx Pilles.

XXII. Le Bonhenr de Flllnsion, divisé par Chimères.

XXIII. Le Roman dramatique, ou TAvanture de 24 heures.

XXIV. Les Préjugés justifiés.

XXV. Le Jeune-homme.

XXVI. Le Naufrage, ouvre très filosoflque.

XXVn. La Femme toujours désirée: Secret dn bonhenr. XXVHI. La Femme qui triomphe dn temps et de la satiété.

(Tous ees ouvrages sont développés dans les Nuits.) »

Ce troiaiëme volume se termine à la page 776.

Au verso du titre du tome IV, est une circulaire des libraires Mérigot et Duchène fils, qai, devant publier prochainement t Annie des Dames, demandent, de concert avec l'Auteur, qu'on veuille bien leur communiquer, en peu de lignes, les traits qui concernent les filles ou femmes de la Ville du correspondant : « Par là, vous con- tribuerez à la perfection d'un ouvrage vraiment utile. Les honorables collaborateurs de cet important ouvrage auront la douce satisfac- tion d'y voir passer, avec l'histoire abrégée de la personne célébrée, les idées morales qu'ils affectionnent le plus. »

Les deux libraires avaient déjà reçu plus de 500 canevaa. L'ouvrage qui s'imprimait devait être composé de 550 Noufelles, « toutes con- tenant des fisito étranges et propres à fournir aux auteurs dramati- ques des siyets de pièces dans tous les genres. »

Le tome IV finit à la page 1040.

Au verso dn titre du tome V, Restif dit, dans une note, que ce volume « contient un achèvement nécessaire de cet intéressant ou- vrage. On y donne une foule d'aventures intermédiaires, qui étaient d'abord échappées, mais qui semblent mieux peindre l'Homme que les grandes. On y donne aussi la façon de penser du Héros, sur les événements publics , si extraordinaires, depuis 1789. » Il rappelle ensuite que, précédemment, « il a publié quelques ouvrages politi- ques, tels que tAndrografe, très-important dans les circonstances. »

Suit la fin de la Liste des figures de Monsieur NicoUut encore inédit, quoique déjà imprimé.


374 BIBLIOGRAPHIE RAISONNES DIS OUTRACKS

Le Drame de la Vie finit à la page 1252, où Aqmlin-des-Bsco- pettes annonce l'intention d'acheter une maison de campagne à Courgifl, dans la patrie d*Ânne-Augastin (le Héros du Drame), et d'y amener Castanio, son machiniste-mathématicien, pour y repré- senter, devant les habitants du pays, non-senlement le Drame de la Vie, mais encore les autres pièces de l'Auteur.

Les Pièces justiâcatiTes commencent à la page 1253 : « Ce sont des vers et des lettres ; celles-ci commencent à la 5«, les autres étant imprimées à la fin des 27 à 30 vol. des Contemporaines ^ 2« édit., VeuTe Duchesne, rue Saint-Jacques, et non chez Belin, qui n'a que la l** édition. » Les Ters, composés de 1752 à 1759, pour les jolies filles dont Restif était alors amoureux, à Courgis et à Auzerre, sont erotiques plutôt que libres, et accompagnés de notes historiques très-curieuses pour l'histoire du Héros.

A la page 1237, Restif a extrait les Dates de ses cahiers écrits en latin, de 1752 à 1754. Au Terso, page 1258 : a Suite de la 5* lettre de M. de la Reynière. Les précédentes sont dans les 27 à 30 toIu- mes des Contemporaines. » Cette correspondance, des plus curieuses, se continue jusqu'à la fin du Tolume, page 1344. ESle fut écrite con- fidentiellement à Restif en 1787 et 1788, lorsque Orimod de la Reynière était exUé; par lettre de cachet, à Domèvre, village de Lorraine, en punition de quelques pamphlets satiriques qui lui forent attribués. Elle se poursuivit, avec la même effusion, en 1789 et 1790, quand il obtint l'autorisation de voyager en Suisse, puis de se fixer à Bé- ûers, auprès de sa tante, la comtesse de Bausset. Restif joint souvent des notes explicatives aux lettres de La Reynière, et il publie, en dernier lieu, sa réponse aux 25* et 26* lettres. Cette réponse est pleine de faits intéressants, qui concernent la vie privée de Restif et aussi celle de ses amis.

Orimod de la Reynière était non-seulement un ami véritable pour Restif, mais encore un admirateur fanatique. Ses lettres sont rem- plies de ses témoignages d'admiration, d'autant plus remarquables qu'il avait peu d'indulgence pour la gent littéraire et qu'il passait pour méchant, comme il le dit lui-même. Mais Restif lui avait ins- piré une sorte d'idolâtrie, qu'il exprimait dans sa correspondance avec une exaltation presque risible. L'Année littéraire ayant fait, en 1787, la critique la plus sévère et la plus impitoyable de la nouvelle édition du Paysan-Paysanne pervertis, Grimod écrivait à l'auteur, son illustre ami : « J'ai lu avec indignation le n* 16 de t Année litté" raire; Royou et Geoffroy sont des chiens enragés, qui aboient contre tout le monde, que chacun repousse, et que personne ne craint. Ce sont des Lilliputiens qui déclarent la guerre à Hercule ;


Dl RI8TIP Dl LA BBITONNK. S7S

— — ^ ■ — * ■

rHomme-montagne n*a besoin que de se secouer, pour anéantir œtte année de mirmidons. Seconez-vous, et qu*il n'en soit pins question. » Restif buTsit conune nectar ces éloges si exagérés qn^on pourrait les prendre pour des railleries déguisées ; mais il se croyait supé- rieur encore à la meilleure opinion qu'on avait de lui et de ses ou- yrages. Ainsi Grimod lui apprend que le célèbre Lavater a lu plu- sieurs de ses écrits et en fait le plus grand cas; il le flatte sans doute, en lui disant que Chailleti l'ancien rédacteur du Journal de LauMOfme, le met fort au-dessus de M. Mercier, et lui accorde le premier rang parmi les auteurs Tivants. Restif accepte tout et se complaît dans son immense orgueil, sans s'étonner que les bons Suisses le « regardent comme le Téritable ami des mœurs et de la vertu ». n prenait au sérieux et il acceptait un pareil titre, qui lui convenait moins qu'à personne.

Ce fiit l'infernale politique qui jeta du refroidissement entre Qri- mod et Restif; l'un était un philosophe libéral, partisan de toutes les réformes sages et modérées ; l'autre un impatient et ardent exci- tateur de révolution sociale. Restif avait salué avec enthousiasme l'avènement de la République ; mais Grimod de la Reynière n'avait pas vu sans effîroi Itf terrible élément populaire se soulever contre la société, la religion et la monarchie. Il n'hésita donc pas à ftôre entendre quelques reproches à l'aveugle et imprudent SpeetaUut nocturne, après la lecture du tome XV des Nuits de Paris : a J'ai vu, avec une vive douleur, lui dit-il dans une lettre datée du 27 août 1790, que vous étiez chaud partisan de notre exécrable Révolution, d'une Révolution qui anéantit la religion et les propriétés, la gloire de cet empire, des lettres, des sciences, des arts, qui nous reporte au quatorzième siècle et même au temps des Qoths et des Vandales. Vous connaissez mon opinion sur les Grands et les Riches ; ainsi, vous ne me soupçonnez pas, en pensant ainsi, de chercher à dé- fendre leur cause ; mais je plaide celle de l'honneur, de la probité, du savoir et de la vertu, également outragés dans le nouvel ordre de choses... Estrce que cet enragé de Mercier vous aurait fait par- tager ses fureurs, ou que vous traitez les Municipalités, comme vous traitiez Fancienne Police, avec crainte et respect, quoique la mépri- sant au fond? Si c'est ce motif, à la bonne heure. Quoi de plus atroce, de plus redoutable, que cet odieux Comité des recherches, qui suppose des crimes pour se rendre nécessaire? La Bastille et les lettres de cachet n'étaient rien auprès de ces nouveaux inqui- siteurs I Et les sots gardes nationaux, étes-vous aussi leur partisan? Trouvez-vous qu'il est bon d'avoir armé la canaille, pour qu'au pre- mier signal ou au premier éca elle égorge tous les honnêtes gens ?


S76 BIBLIOGRAPHOE RUBONIIÉI DIS OUTIUGIS

Ba vérité, mon ami, je ne puis vona lupposer de tels eentimenta. Je oroÎB que si tous les aviez, ils éteindraient en moi ceux qui me lient à tous depuis si longtemps, et dans Tezercioe desquels se trouve l'un des plus doux plaisirs de ma vie. » La Reynière était déjà brouillé avec Mercier; il ne devait pas tarder à Tétre avec Restif, son fétiche n*étant plus à ses yeux qu'un septembriseur, un terroriste. Cette brouille, on la comprend, on la justifie ; mais ce qu'on ne comprend pas, c'est que Restif ait eu, nous ne dirons pas la perfidie, mais l'imprudence, l'ind^catesse d'imprimer, de publier, en 1793, des lettres confidentielles qui pouvaient 4tre, pour le malheureux Orimod de la Reynière, le prétexte d'une citation et d'un arrêt de mort devant le Tribunal révolutionnaire.

Dans la plupart des exemplaires du Drame de la Vie, on a sup- primé les 60 dernières pages du volume^ qui finit alors à la page 1244, laquelle est suivie de deux feuillets non ohifirés, contenant les « Vers de M. Marmontel, poète de TA.-F., à Mu« Quimard, dan- seuse de l'Académie royale de musique, sur des secours qu'elle a procurés à de pauvres familles, » et la Chanson nouvelle : « Quand on va boire à VEcu» »

Après le mot Fin, Restif a placé cette note, qui renferme un détail singulier : « Il faut, en finissant, que j'apprenne à mes concitoyens, qui riennent d'entendre beaucoup parler de mes dates sur l'Ile, qu'elles ont manqué récemment de me causer la morti Les Enfants du Peuple insulaire, instruits par un ennemi, m'ont insulté, à coups de pierre et par des injures atroces, le samedi 3 novembre et lundi 5 1793. Ces Tigres s'élèvent apparemment au massacre, et je réclame le secours de tous mes Concitoyens. J'ai écrit à leur commandant. »

Dans la plupart des exemplaires, on a broché, à la fin, le Prospec- tus de Moniteur Nicolas, en 6 feuillets non chiffirés : prospectus bicarré et curieux, précédé d'une Table de ce qui sera contenu dans l'ouvrage. Voy. plus loin un extrait de ce Prospectus, dans le cha- pitre de MoNSiBUR Nicolas.

Le Drame de la Vie est un ouvrage vraiment extraordinaire, très- curieux et très-amusant; il complète et commente Monsieur Nicolas, de la manière la plus originale. Ce sont des drames successifs et des scènes détachées, où figure toiigonrs Restif, qui s'est représenté dans les principaux épisodes de sa vie. On y trouve beaucoup de détails fort piquants, qui manquent dans Monsiettr Nicolas, et les événe- ments, mis en scène dans cet immense pandémonium dramatique, sont traités avec une verve, une chaleur, une audace incroyables. Ce livre, que Restif imprima lui-même, à la nunson, ne parut que


Dl BI8TIP DB LÀ BBITOHHK. an

quatre ans après avoir été achevé, parce qu*îl n*08ait le présenter à la censure. U le publia, quand la censure et les censeurs se furent évanouis au souffle de la Révolution. L'ouvrage ne se vendit pas et fut à peine connu : on mit à la rame une partie de Tédition, et les quelques exemplaires qui étaient dans les mains du public passèrent presque inaperçus. C*est là ce qui explique la rareté de oe livre biiarre, hardi, unique en son genre, qu'il faut considérer comme la suite indispensable de l'immortel Monsieur Nicoloi.


XLIY

THEATRE, composé de différentes parties formant en- semble 5 vol. in-iS ^

Yoici le titre général, qui doit se trouver en tète du !•' volume.

« THEATRE de N.-E.-Rest. Bret. contenant :

« L La Cigale et la Fourmi^ fable dram. « II. Le Jugement-de-Pâris^ comed.-ballet. « IIL La PrévenctotHMcionalei dr. 5 act, c< IV. LaFitte-natureUe^ drame en 5 actes. « V. Les Fautes sont personnelles^ dr. 5 ac. « YI. Sa Mère-Fakuta, comédie en 3 actes. <c VIL Le Lotq) dans la Bergerie^ opera*com. c( Vni. La Matinée du Pire^-famiUe, bagat. « IX. Bouledogue, ou le Congé, bagatelle. « X. Epimémde, grec, drame en 3 actes. « XI. Le Nouvet-Epimenide, com. en 5 ac. « Nn {sic). Le Père-Valet, drame en 3 actes. « XIII. L'Epouse-Comédiéne, com-ariet. 3 a. « XIV. L'An 2000, comédie-hérolq. 3 actes.

I lao fr. deml-r«L non rogné, Charles Bnuwt, 187S. ~ S96 fr. demi-rel. non rogné, Lebert, 1874.


378 BIBLI06R1PHIS aiISONHiE DIS OUTIUGES

« XY. Le Libertm-fixé^ pièce en 5 actes. « XVI. UAmour-Muety comédie en 5 actes. « XVII. Edmond, ou kê TombeoMXy tragéd.

« Plus X Pièces dans le Drame de la Vie, qui va pa*

raltre, et XIII Actes d'Ombres-Ghinoises. 40 p. A Paris,

Chés la Dame Veuve-Duchéne, rue Saintjaques, it M. Me-

rigot, jeune, quai de$ Augustin^me-Pavée* 1793. »

Au Teno de ce titre collectif, qm remplit tonte la page, sans aucun faux-titre, on troaye une espèce de préface générale inti- tulée : Nouvel Avis, 7 aug, 1792, et commençant ainsi : « Le Théâtre que je yiens d'achever fut commencé en 1770. Depuis, de temps à autres, j*ai composé une Pièce, dans Tespérance de les faire jouer. Mais mon peu d'i^titude à faire les démarches néces- saires et la singularité de ma manière y a toigours apporté des obstacles... » Suit le détail des contre-temps qui ont empêché la re- présentation des pièces de Tauteur. Ce Nouvel Avis finit par ces mots nayrants : « Je suis le seul Auteur qui m'occupe de littérature dans ces temps de troubles. J'ai le cœur serré aujourd'hui, en composant ceci sans copie. »

Le titre particulier du premier volume vient après le titre général : Théâtre de N.-E. RssTiF-DB-iA-BiiBTOirB (sans tomaison). Fleuron : bouquet de fleurs. A Lon-^ dres. Et se trouve d Paris, chis t Auteur, rue des Bernar- dins, n« 10. 1770-1786.

Au Ycrso de ce titre, est imprimée la table des pièces contenues dans le premier volume : la Prévention nationale, drame en 5 Actes ; la Fille naturelle ou la Mère impérieuse, drame en 5 Actes; la Cigale et la Fourmi, fable dramatique en 5 Actes, et le Jugement de Paris, ballet parlé en 5 Actes.

Une Préface, de deux pages, expose les idées de Restif sur les deux genres tragique et comique : u Le Drame en prose, dit-il, dans les principes que j'ai adoptés, est préférable à la Tragédie et à la Co- médie en vers. La Tragédie est boursouâée, hors de la nature ; les mœurs qu'on y représente sont des idéalités, des chimères, un géan- tisme fatiguant. La Comédie pour rire, à l'exception du Tartuffe seul, masque un fond de méchanceté dans Ceux qui la goûtent, quoique souTent elle soit l'ouvrage d'un Bon-homme. Mais le Drame


DB RISTIF DS LA BRITONHX. m

est Taction théâtrale par ezeellenoe, parce que tout y est raison- nable. »

Le premier Yolmne a 428 pages suivies, et pourtant la Prévention nationale, qui occupe les 180 premières pages, n'est que la reproduc^ tion exacte d'une partie du premier volume de l'édition originale de cette action adaptée à la scène, mais sans les Variantes. Le titre, la dédicace et le second titre se retrouTcnt ici comme dans l'édition de 1784. C'est évidemment un tirage séparé que Restif avait fait à cette époque, en prévision de l'édition factice de son Théâtre. Le reste du volume a été imprimé spécialement pour la publication de ce Théâtre,

Le drame de la Fille naturelle n'a pas de préface; la fable dra- matique intitulée : la Cigale et la Fourmi, ou ^Enfant gâté, est pré- cédée d'un avertissement. Le Jugement de Paris commence par la distribution des rôles « aux anciens acteurs du ThéAtre-Éphébique ».

Le second volume offre ce titre particulier gui diffère du précédent : Théatbe de N.-E.-RBSTiF-DE-iA-BRETOirE. Tome second. I. Les Fautes sont personnelles : drame en Cinq Actes. Épigraphe.

Si gua fides Miseris, hoc me per Nwnina jure Non mentisse nefas;paiior sine crimine posnam,

Metamor., L. IX, fab. X, w. 45-6.

A Neufchâtel, Et se trouve à PariSj Chés l'Auteur, rue des Bernardins y n"" 10. 1786-1787.

Ce volume est composé de 407 pages, les trois dernières dhiffirées, par erreur, 305, 306 et 307.

Outre le drame : les Fautes sont personnelles, annnoncé seul sur le titre, le volume contient les pièces suivantes, mentionnées dans la table qui le termine : Sa Mère VaJaita, comédie en 4 actes ; la Mar- chande de Modes, ou le Loup dans la Bergerie, comédie mêlée d'ariettes, en 4 actes ; la Matinée du père de famille, bagatelle en 1 acte, et Epiménide, pièce en 3 actes, mêlés de chants et de marches.

Le drame les Fautes sont personnelles est suivi de 4 ff. (pages 121 à 128 non chiffrées) sous la signature G, qui contiennent les corrections du Drame Les Fautes; les autres pièces n'ont pas de préface, mais deux d'entre elles sont précédées d'xm prologue.

Le titre du troisième volume est ainsi présenté :


sao BDLIOORàPHIB BAIflOlflfÉI BKS 0UYRÂ6S8


Théâtre de N.-E.-Resti7-db-la-Bretonb. Contenant la Sage^oumée, ou k Nouvel-Epimenide : k Père-Vakt, ou l'Epoue (sic) aimée dam Fib (sic) : tEpouse-Comedienne : le Congé, ou k Bouledogue : Sa Mère Valaita, teUe qu'on la joue. (Les pièces qui composent les î premiers vo- lumes se trouyent dans la Prévention- Natùmak, les Françaùesy les Pœrisiennee, ks Nuits, et Ingénue-Saxon- cour ; Il y a des complets.) A NeufchateL 1 789.

Ce volmne, dont 1m aignataree vont de  à S, forme cependant deux parties ayant èhaoïine sa pagination : 232 et 200 pages.

la Sage Journée, qui remplit tonte la première partie du Yolnme, n*a pas de prédeu^e; mais elle est suivie à'obwrvaiùms qui se rap> portent non-seulement à cette comédie en cinq actes, mais aux autres pièces du volume. Le Père-Valet commence par un Prologue. Le Bouie-dogue est sans prologue ; mais cette comédie en deux actes, qui n'est qu'une cruelle satire contre le déplorable FÉchM, se com- plète par ime affreuse lettre de if. Saxancour (Restif) à ce person- nage. Dans une note qui termine le volume, Restif accuse de pla- giat les auteurs du Sot^ver de Famille et de VÉcole de l'Adolescence, pièces jouées aux Italiens : selon lui, Bertîn d'Antilly aurait copié les meiUeures scènes de Sa Mère Valaita. Cette pièce, réduite en trois actes par Restif, qui Tavait présentée à la Comédie-ita- lienne, est transportée dans le volume suivant.

Le titre du quatrième volume reproduit presque iden- tiquement celui du tome III : Theatbe de N.-E.-Rbstif- db-ia-Bretone. Contenant la Sage-Journée, ou le Nouvel- Epimenide : k Père-Vakt, ou l'Epouse aimée dans son Fib : k Congé, ou Bouledogue : Sa mère ralaita, telk qu'on la joue : l'Epouse-Comedienne : TAti-âOOO, ou la Régénéra- tion. (Les pièces qui composent les 2 premiers Volu- mes se trouvent dans la Prévention Nationak, ks Fran- çaises, ks Parisiennes, ks Nuits et Ingenue-Saxancour : il y a des complets.) Suite du Volume précédent. A NeufchateL 1790, Ce volume, dont les signatures vont de T à Ce, est composé de


DB RSSTIF DE LA BRSTONNI. 381

pluBieurs parties ayant chacune sa pagination, mais formant la suite du tome III, comme Tindique la continuation des signatures. On trouve d*abord dans ce volume : Sa Mère l'alaita, pièce en 3 actes, sans aucune préface ; 82 pages. Vient ensuite l'Épouse co- médienne ou du Scénomane, comédie en 3 actes, avec des ariettes ; 72 pages. Sur la dernière page de ce fascicule sont les personnages de FAn deux mille, comédie héroïque mêlée d*ariettes, en 3 actes ; cette comédie remplit un autre fascicule de 56 pages. A la suite de l'An deux mille, Restif a mis cette note : « Nous apprenons, en finissant, qu'un M. Flins a plagié notre sujet d^Épiménide, traité par nous trois fois, et qu'un Enfant appelé M. Laya nous a pris gauchement les Fautes sont personnelles, que les Italiens doivent jouer. » Dans une lettre du 20 juin 1787, La Reynière disait à Restif : « Je vous félicite d'être reçu aux Italiens, et j*apprendrai avec le plus grand intérêt la nouvelle de votre succès. »

Le titre du cinquième volume a causé la confusion qui existe dans le classement des volumes du Théâtre; il est ainsi conçu : Théâtre de N.-B.^Restif-db-la-Bretone. Tome III, ou V. Contenant & Libertin- fixé. LAmaur- Muet, ou le Prétendu prévoyant. Lez Tombeaux^ ou Ed- mond^repentant. (Les pièces qui composent les 2 pre- miers Volumes se trouvent dans la Prévention nationale, les Fra^çaises^i les Parisiennes, les Nuiits {sic) et Ingénue Saxancour. Il y a des complets.) Les persones qui ont les precedens Ouvrages peuvent ne prendre que 3 vo- lumes, le précédent, le présent, et le suivant. A Neuf- chatel. 1790.

Le volume n'a que 221 pages chi£(rées. Au bas de la dernière, on lit : Fin du Théâtre, Nous avons eu entre les mains un exeibplaire broché de ce volume , dans lequel la tragédie d'Edmond, ou les Tombeaux, était précédée d'une gravure, qui appartenait peut-être à la suite des figures du Paysan perverti.

Le verso du dernier feuillet est consacré à l'annonce de l'Année des Dames» On a broché, à la suite, un cahier de douze feuiUets, remplis par les sommaires des Contemporaines^ la table des Pro- vindales et VAvis important contre les contrefacteurs.

Le Libertin fixé, comédie en 5 actes, de M. BeUegarde (ne), est précédé de la nomenclature raisonnée des pièces qui composent ce


8S2 BIBLIOGRÀPHIS RÂISONlfÉS DIS OlPnBUlGSS

Yolume du Théâtre et qui doivent être groupées dans le Drame de^ kl Vie, Aucune préface ne nous fait connaître si M. Bellegarde est réellement Fauteur du Libertin fixé, ou si Restif a pris ce pseudo- nyme pour faire parallèle avec le nom de Beaumarchais. L'Ammtr muetf comédie en 5 actes arec des scènes gazées {iic)^ n*a pas de préface, non plus q[ue Edmond, ou les Tombeaux, tragédie en 5 actes et en prose. Ce sont les personnages du Paysan et de la Paysanne, que Fauteur a mis en scène dans cette tragédie bourgeoise, où il semble avoir voulu imiter le genre des drames de Diderot et de Mercier. Il s'y est représenté lui-même, à côté de sa Zéphire et de jfat Parangon.

Pour avoir au grand complet le Thiàirê de Restif, il ùmdrait joindre à ces cinq parties ou volumes décrits ci-dessus : la Préven- tion nationale, édition de 1784, en trois tomes, et le Drame de la Vie, en cinq volumes, ce qui ferait treise volumes d'œnvres drama- tiques. Au reste, le Théâtre en cinq volumes est de tous les ouvrages de Restif le plus rare et le plus curieux.

L*ezamen littéraire que Gubières-Palmézeaux a fait de ce Théâtre, dans une longue lettre adressée à Nicolas Bonnevîlle (voy. ci-des- sus la Notice biographique sur Hestif, p. 47 et suiv.), peut sans doute donner une haute idée du talent dramatique de cet inépuisable poly- graphe ; mais il ne suffit pas pour nous faire connaître Torigine et, en quelque sorte, lliistoîre de chacune des pièces qui composent ce Théâtre. Par exemple, Restif nous donne lui-même des rensei- gnements sur la place que ces pièces occupaient dans ses nombreux ouvrages, avant d*étre rassemblées dans un recueil spécial, peut-être formé de tirages à part faits de longue date : « La l** pièce, dit41 (Monsieur Nicolas, tome XYI, p. 4740), est dans les Françaises; la 2*, à la fin des Parisiennes; la 3« se compose des trois volumes de la Pré- vention nationale; les 4« et 5« sont dans les Françaises; la 6* dans les Nuits de Paris; la 7« dans Ingénue Saxancour; les 8*, 9«, iO«, 14*, dans le Thesmographe ; les 15* et 16*, dans les Pi'ovineiales; les 11% 12*, 13« et 17* sogit absolument à neuf. » Restif aurait pu i^outer que plusieurs de ces pièces ont été réimprimées jusqu'à trois fois dans trois ouvrages différents. De plus, il laisse entendre, en divers endroits de ses préfaces et de ses notes, qu'une partie de ses œuvres dramatiques appartenait à des collaborateurs, et même à des colla- boratrices, qui lui avaient fourni plus que des canevas. Nous avons recueilli çà et là quelques-uns de ses aveux incomplets. Il s'était approprié ainsi, avec un imperturbable sans-gêne, le premier drame de la Prévention nationale; il avait publié, sous son nom, en les re> touchant plus ou moins, des comédies, composées par sa femme,


DE RS8TIF DE LÀ BBSTONNE. 383

Agnès Lebègne, et par sa maîtresse, Sara Debée. Il a même im- primé une lettre de la mère de Sara, réclamant ime des pièces de sa fille. Restif parle néanmoins de la dramomanie, qui le tint de 1784 i 1781. Longtemps anparaTant, i Tépoque de sa liaison avec Nongaret, souffleur du théAtre d*Audinot, il put espérer, un moment, que cette scène lui serait ouYerte; Audinot avait même reçu sa première pièce, la Cigale et la Fourmi, fable dramatique en quatre actes; mais pièce reçue n*est pas pièce jouée, et Restif se morfon- dit en yain à la porte de TAmbigu-Comique, malgré sa prédilec- tion pour les théAtres ^kébiques,

La seconde pièce de Restif, le Jugement de PârU, ne foX pas plus heureuse ; il destinait aussi cette comédie à TAmbigu-Gomique, et un plagiaire, peut-être Nougaret, lui prit son svget et ses idées pour en faire un balletrpantomime, joué chez Nicolet. Il faudrait pouvoir citer la curieuse lettre, datée du 7 septembre 1772, qu*il écrÎTitàHi^ Riyière, actrice de ce théâtre, et qu^il signa fièrement Restif de la Bretonne, auteur du Pomographe, de la Mimographe, des Lettres <fune Fille à son Père, oh se trouve le Jugement de Paris, etc. (lettre 10, à la fin du tome IX des Contemporaines^ seconde édition) : « Mademoiselle, lui disait-il, j*étais avantrhier au spectacle de Nicolet, votre direc- teur, où je vis, avec autant de surprise que de chagrin, qu'on avait défiguré un petit divertissement que j'ai composé pour ime société particulière, et que je me proposais d'adapter un jour au théâtre de l'Ambigu-Comique. La seule chose qui m'ait consolé, c'est que vous y ayiez fait le personnage que je vous avais destiné, en vous créant un rôle digne de vous. Quel est donc le plagiaire qui peut avoir ainsi défiguré mon Jugement de Péris? Si c'est H. Taconnet, je lui pardonne; ce que je ne fais pas, si c*est un autre. Estropier aussi maussadement l'ouvrage d'autrui, c'est un attentat punissable en littérature. Permettez, mademoiselle, qu'à cette occasion je vous exprime les regrets de tous les gens de goéit, lorsqu'ils vous ont vue passer du Théàtre-Éphébique (le théâtre d' Audinot) à celui oh vous êtes. Sur le premier, vous ne pbuviez que profiter et vous former de plus en plus; Audinot est un maître habile, qui sait donner à ses élèves un jeu noble, et qui les prépare à briller sur un grand théâtre. Sur celui de Nicolet, l'on ne voit qu'un trépignage ridicule, des acteurs qui ne savent pas parler. Quels modèles pour vous I... Rien de si mauvais, en général, que les pantomimes de Nicolet. Aucun goût, aucune imagination; vous voyez les acteurs courir, sortir, rentrer, comme une troupe de polissons, sans but, sans motif, sans art, sans liaison. Je ne saurais vous exprimer, mademoiselle, com- bien je souffre de vous voir au milieu de ces corps sans âmes, de ces


384 BIBLI06R1PHI1 aUSONNÉS DES OimtiLGSS

marionnettes TiTantes, et qn*im fil groetier fait mouvoir I... ^ Le Ju- gement de Paris, tel que Restîf Tavait fait imprimer, fut représenté plusieurs fois sur des théâtres de société.

La Fille naturelle et la Mère impérieuse, drame en cinq actes, est tiré de son roman la Fille naturelle, « J^y ai joint, dit Restif {Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4741), différents accessoires, qu'on ne goûte- rait pentrétre pas en France, faute de savoir que ce sont précisé- ment ces tableaux approfondis qui mettent le spectateur sous le cliarme et qui opèrent Tillusion. Les caractères sont tracés avec vérité. »

Le drame intitulé Les fautes sont personnelles fut la au Théâtre- Français par le comédien Desessarts, qui s'était promis de le faire jouer. La lecture produisit beaucoup d'effet, mais la pièce n'obtint pas les suffhtges du comité; M»* Bellecour, surtout, parut révoltée de l'énergie brutale de ce drame^ que Desessarts se chargea de rendre à l'auteur, avec de grands éloges qui ne le consolèrent pas de son échec.

La comédie intitulée : Sa Mère l'aknta, ou le bon Fils, avait été représentée avec succès, en 1789, « par une pension de jeunes de- moiselles », ches le chevalier de Saint-Mars, dans sa maison de la rue Popincourt (voy. Monsieur Nicolas, tome XI, p. 3137). On jouait, ce soir-là, la Rapporteuse, de Mm« de Genlis, et la Brouette du Vinai- grier, de Mercier. La pièce de Restif fut plus applaudie que les deux autres, et un acteur du Théâtre-Italien, qui se trouvait là, voulut avoir cette pièce pour son théâtre. Elle y fut reçue, peut-être répétée, mais une indisposition de la principale actrice, M^t Ver- teuil-Forgeot, retarda, empêcha la représentation.

La comédie : la Marchande de modes, ou le Loup dans la Bergerie, fut refusée à plusieurs théâtres. Restif avait eu l'intention de de- mander à SaUeri d'en faire la musique.

a La Matinée du Père de famille, dit Restif (Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4740), n'est qu'une bagatelle, en moins d'un acte. Je l'avais composée à la sollicitation du prévôt des marchands. Le Pel- letier de Morfontaine, qui voulait faire jouer à ses enfants une pièce sans intrigue. »

Le Boule-dogue, ou le Congé, m Cette critîco-farce, dit Restif (î6û/.), était dirigée contre un infâme procureur, qui avait insulté ma fille cadette (Marion), d'après un tour que l'Échiné avait joué à sa ser- vante. »

Le sujet à'Épiménide s'était imposé à l'imagination de Restif, à qui l'on avait peut-être confié un canevas qu'il ne fit que mettre en œuvre. Dans le premier volume des Nuits, on trouvait déjà ua Épir


DE RSSTIF DE LÀ BRETONNE. 385

ménide en roman & la grecque. I^stif composa le drame â'Èpiménide grec, en trois actes, avant que Blins des Oliviers eût fait jouer son Réveil dttpménide à Paris, comédie en un acte^ qui réussit beaucoup et qui (ùt imprimée en 1790. Restif voulut aussi mettre au tkéàtre le Nouvel Épiménide, ou la Sage Journée , comédie en cinq actes, pour faire concurrence & la Folle Journée de Beaumarchais. « C*est de toutes mes pièces, dit^il (ibid,), celle que j*ai eu le plus de plaisir à faire. Elle est pleine d*intérét et très-curieuse, ajoute-t-il; mais elle a, conmie les autres, un grand défaut : c*est d*étre de moi!... Un homme de lettres très-connu a lu mes pièces, pour voir ce que Ton en pourrait faire ; mais, me sachant attaqué d'une maladie mortelle, il attend que je sois mort, pour s'en emparer... Grâce à Timpres- sion, cela sera pourtant difficile. »

Le Père valet, ou l'Épouse aimée après sa mort, comédie sérieuse en trois actes. « Cette comédie, dit Restif {ibid.), est tirée de la contemporaine : le Père valet; c'est une pièce délicieuse, & la simple lecture, pour moirméme. »

L'Épouse comédienne, comédie à ariettes, u Le sujet de cette pièce est très-agréable, dit Restif {ibid.) ; mais je ne suis pas aussi con- tent de l'exécution, que je l'avais cru d'abord. Les plagiaires ne pourront rien faire de cette comédie. »

L'An 2000, ou la Régénération, comédie héroïque en trois actes, avec des hymnes. « C'est tme pièce de circonstance, dit-il {ibid.), faite dès 1788, et par conséquent trop tôt... Si j'étais J.-J., on l'au- rait jouée. »

Le Libertin fixé, h le 14 juillet 1789, dit Restif dans le catalogue de son Théâtre {Monsieur Nicolas, tome XIII, p. 3912), comédie patrio- tique, non encouragée, en cinq actes. » Restif eut certainement pour - visée de rivaliser plus tard avec le marquis de Sade, qui avait fait jouer, sur le Théâtre-Molière, en 1791, un drame intitulé : Oxiiem, ou les Effets du libertinage, drame imprimé seulement en 1800. Restif avait la fureur de faire une concurrence philosophique et littéraire au marquis de Sade : il alla porter au comédien Boursaut, directeur du Théâtre-Molière, le Libertin fixé, qu'il avait tiré de son École de la Jeunesse» Boursaut refusa la pièce « comme ayant trop de méta- physique ».

L'Amour muet, ou l'Amant qui tait son amour par délicatesse, co- médie, que Restif qualifie d^érotique, était emprunté au vi* Modèle du Nouvel Abeilard. « J'ai traité ce siyet, dit-il, de manière à ne pouvoir être joué sur un théâtre public. »

Enfin, Edmond ou les Tombeaux est une tragédie en prose, dont le siyet est dans la dernière partie du Paysan perverti. « C'est une

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386 BIBLIOORlPHn RÂlSOIflfÉK DIS OUYIUGSS

pièce i U Shakei peftre, dit Reatif (Moniteur Nteob», tome XVI, p. 4763), et encore moins rég:aUère que celles de cet auteur anglais... Il y a des choses touchantes, mais tout cela est inamdUum. »

M. Ch. Monselet a fait nn parallèle très-piquant et trèfrjuste entre Honoré de Balzac, qui s'intitule lui-même le plus fécond des romanciers, et Restif de la Bretonne, à qui ses contemporains avaient décerné un titre analog^ue. « Enyisagée de près, dit M. Ch. Monse- let, VœuTre de Restif n*est pas sans analogie avec Tœuvre de Bal- lac, la Comédie humaine. Ce sont les mêmes procédés matériels : des personnes qui reyiennent totyours, telle que !£■« Parangon, ce lys dans l'imprimerie; tel que TEdmond du Paysan-Paysanne; tel encore que le petit Nougaret, ce poète de tréteaux, successiToment désigné sous les noms de Gronavet, de Progrès, de Négret et du Mamonet. Gomme Balzac, Restif de la Bretonne a un idéal de femme, qu'il poursuit et qu'il rencontre quelquefois. Le sentiment paternel, fortement développé chez lui, nous a valu d^ pages hors ligne dans la Vie de mon Père, et des scènes énergiques dans la Prévention nationale, qui rappellent le beau drame de la Ma- râtre, Il est un autre trait d'union, entre ces deux romanciers, qui vaut la peine d'être indiqué : c'est la prétention, égale pour chacun d'eux, de peindre les mœurs de son époque. » Nous n'essayerons pas de commenter ou de compléter ce parallèle, qu'on lira ou plutôt qu'on a déjà lu dans l'ouvrage de H. Gh. Monse- let (p. 89-92). Restif et Balzac ne sont considérés l'un et l'autre, par l'auteur du parallèle, que comme romanciers. Biais Restif, en se comparant lui-même & Beaumarchais, avec un magnifique orgueil, en 1796, avait principalement pour objet de se mettre en valeur comme auteur dramatique. Le morceau mérite d'être re- produit en entier, à titre de curiosité biographique et littéraire :

« Il existe, à Paris, deux hommes de lettres, qui ont de singuliers rapports. Il se trouve entre eux une grande ressemblance, pour le genre d'esprit, pour le faire, la manière de travailler, les inclina- tions, la situation (une chose exceptée), le style et le but des ouvra- ges. Bellemarche a fait Eugénie, Pertinax la Mère impérieuse; Belle- marche les Deux Amis^ Pertinax ht Prévention nationale; Bellemar- che le Barbier de Séville, Pertinax FÉpiménide grec; Bellemarche Figaro, Pertinax le Nouvel Épiménide ou la Sage Journée; Belle- marche la Mère coupable, Pertinax le Père valet ou CÉpouse adorée après sa mort; Bellemarche Robert, chef de brigands (cette pièce n'est pas de Beaumarchais, mais de Lamartelière), Pertinax Les fautes sont personnelles; Bellemarche Tarare^ Pertinax F An 2000, et de plus le Loup dans la Bergeiie^ l'Épouse comédienne, le Libertin


DE R£8TIF DE LA BBETONNS. 387

fixé, 8a Mère falaita, f Amour muet Bellemarche a fait une fille au moins, Pertinax deux au moins ; Bellemarche lirait ses Mémoires, où sont deux contemporaines très-intéressantes; Pertinax a fait plus de mille et une Contemporaines, dont la plupart sont d'un vit intérêt. Pertinax a fait beaucoup de livres, au nombre de 160 volu- mes.... Voilà bien des affaires 1

« Tous deux ménagent tellement le papier, qu'ils écrivent sur tous les petits morceaux blancs qu'ils peuvent rencontrer, n'eussent- ils qu'un travers de doigt et un revers de titre... Tous deux font des vers durs, témoins Tarare et toutes les chansons de Bellemarche, témoins toutes les ariettes de Pertinax et ses vers qu'on a lus dans deux contes insérés dans les Contemporaines, Tous deux sont ar- dents, vifs, emportés , et toujours prêts à être bonnes gens. Tous deux aiment les richesses, et soutiennent que le mépris qu'en font certaines, gens n'est qu'une fanfaronade ; mais l'un les aime en amant heureux, l'autre en amant rebuté. Tous deux ont passionné- ment aimé les femmes, mais elles ont enrichi Bellemarche et appau- vri Pertinax. Tous deux sont hautains et sentent leur mérite : mais Bellemarche a quelqu'un qui sent le sien avec lui, tandis que Perti- nax est tout seul à soutenir qu'il en a. Tous deux bravent également le mépris insolent de leurs contemporains les auteurs, dont aucun ne les vaut. Ni l'un ni l'autre n'est de l'Institut national, avec dix fois plus de mérite qu'il n'en faut. Tous deux sont timides, en pa- raissant audacieux. Tous deux ont peint la Nature telle qu'elle est... Voil& les ressemblances. Et voici les différences : l'un a toujours été heureux avec la fortune, l'autre toi^ours malheureux ; ce qui vient plutôt des circonstances, que de l'adresse... Enfin, pour tout dire, en un mot, sur la situation de ces deux hommes contempo- rains, tous deux eurent une Sara, mais l'un est Crésus et l'autre est Irus, »